‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 52 sur 55 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Virittfons sneoessif es à» M. Cousin. *

Vers le même temps où nous attaquions ainsi la fausse philosophie qui se vante de régenter aujourd'hui l'Université et même l'État , H. Lerminier en faisait justice dans ses Lettres Philoeophiques adresèéee à un Berlinois. Il est nécessaire que nous citions ici quelques pages du chapitre consacré à l'Éclectisme :

a A tout homme qui a présenté un système philosophique, dit M. Ler-

20* LIVR. TOM. II. w* 22.

«ÉFCTATION DE L'ÉCLECTISIffi.

• Miiitoi?, tl Tant demander d^abord ce qoe, liès le principe, il a'tbulu É taire. Pourqaoi vens etes-voos levé, et qife voulicX'^TOiis dire?

» Quand M. Oon^in monta dans la chaire dé H. Rcyer-CoHard , il y

• parut «ans autre desMin que de développer lliisstoire des syslèmea » pbiloBOpMques. Esiprit lidéraîfe, il se tcnirna vers la Ktiérature de la

• philosophie; imagination mobile, il quittait facilement une belle 9 îbéorieiiour une antre qu'if trouvait j^m belle encore; pardie ari dente, il faisait couler dans its ftmes fintelligence et l'enthousiasme » de la scianoe. Tet a été H. Gonsin : c'e^t son caractère de n'avoir ja- » maispntrourreretseiftir la réalité philosophfqne lui-même; il la lui » faut ta*aduite, découverte, systématisée ; alors il la comprend, lem- 1 prunte et Texpose.

B Le jeune professeur commença sa carrière par commenter avec

• verve l'école Écossaise, dont M. Royer-^Collard lui avait légué Texi ploitation, Reid, Smith, Hotcheson, Fergusson, Dugald Stewart; en- » suite îl passa à l'Allemagne, saisit rapidement les princifiaux traits » de la philosophie morale de Kant, et se fllKantiste : ce furent sllors » d'éloquents développements sur le stoïcisme, le devoir et la liberté. B Pendant l^nnée 1819 à 1 820 , l'enseignement de M. Cousin rallia la â Jeunesse, «t semblait votiloir la préparer aux luttes de l'opposition » politique : aussi la contre^révolution, en arrivant au pouvoir, ferma » sa chaire, et relégua le professeur dans la solitude de son cabinet. à Alors il M Ion ma vers l'érudition ^ et se prit d'enthousiasme pour i l'école d'Alexandrie , qu'il personnifia tout entière dans un homme, » dans Proclns. Cette secte philosophique, qui avait enire|)ris de lutter i contre te Christianisme et de le faire reculer, sembla à M. Cousin un » glorieux symbole de philosophie et de liberté; il en parlait en ces ft termes t fftge /tiiï seilicet ultima ilta Grœcœ Philosophiùf secta, -quœ^ B-iitdem ffPt^quibus'Chrisiiana Religio tempùribus'nata, iamétu magna è'^um Umtt'ÉieHi; qwMuHuaUqwx tuper in orbe fuit ingmiorum Kber-- » tas, quartum verojam circa sœculum, non mutâta ratione, scd mutato D domicilio, exstU a6 Alexandria Athenas confugit,.. Celte école lui pa- » raissait la plus riche et la plus iipportonte de toutes celles de Tanti- » quité : Totius vero antiquitatis philosophicas doctrinas atque ingénia B in se exprimit; et il*croyail«on étude uiil^xion seulemeut à l'êrudi- » tion, mais aux progrès mêmes de la philosophie moderne. Plus tard, » je Iroirve qm M. Gonain n'a plus mis si teut la sagesse Alexandrine; » voici eommeAt iMa caractérisait en 18S9 i^Sam doute lê'pfofet*avmé 9 derénké^'Ats^andrie est Ndeciisms. Les Aleœundrkm oui «ou/vimtr

• touUêitkMH^t ton^tu- ks partim de iuphilosaiMe Urecqueentre elles, la » philosophie et la religion, la Grèce et T'Asis. On Us a uccstsis ianoir s abouti au syncrétisme; en d^ autres termes, d'avoir laissé dégénérer usu ^ nobk Unêati»€ tfe conciliation en une canJusUm MplorAU. -On aurait

BEPFTATJON DE L ËGLË€TJSMË. 999

M jm Uwr fnrB4X9Bc plus deioatso» tertfr^KheiOiHÊÉnmm.dLoiiii^qiÊefémk m ^Akamérie tombe dan» le ixtgme>et4edé8wdre^'^nfmdre9€imeni *B iune^émpartmkiéiimpmsmntn, «/fe s le earaeti^eidéeiM eibriUemt de »{|9tt^0 école exekuime, eiUyra «ipm de syneréêùme en eUe q^H^ftyv 9 feu bmmaimp d'icketismé; tar ce qui la^eeareu^êériwe e$t ta domineBiùm » d'un famtéemee fmriiciMer^dee dmete et de Jafem^. Atna cette

• écotoi4"e4H.>€ousin amt)choisîetd'abard tKmmie le raorièlie de Vé- 9 cleetisine, à«8'feuxm'est'preéqae plus éclectique ; il l^âccmed^mi m onystioisroe exckieifyinifdmèiieiassdK rudement «on^oiitoki^ie^'Sa'ih^^ H» dioée.; Arootus tùi-Riéme, bien qu^il reste toufoars un esprit du (ire* 9 mier ordoe, n'^est plu&^Wi sottiM^de i». philosophie et de te liberté, » dont tes efforts «ont^ généreux 'et légitima; le pntfesseur de 1999 j» nouslemontpeAntesant par'deS'faynanes m^sfiques emptreinls d'une j» profonde nnélancDlie, où l'on voit qu'il désespèvé'de la terre, raban- -9 donne aux Barbares ei« te religion nouvelle» et se Ti3fugte»nn mo- 9 ment en esprit daosila vénérable antiquité, mrant de seperdrea Ja* i»îniate dans tesein ée l'unité étemeète^ suprême objel de c«s*dfforte et j» de ses. pensées. Et d'où vteni ce Rangement dans Tiesprit de Tédi- A tenr de Prociiis?'Ce8ique,de 4 820 a 1829, biendes impressions dit- « fénsates roiH'traviersé. Après avoir adhéré exdneivenieiit atr ratio^ D naiisme de Kanty iaprès^Qvoir effleurélUdéalismeide Fiohte, M. fioosin a» ne futpasiionfç^ttempstaonasoiipçciiner et sans t eeonnattre ^que-cas m deux philosoptiies avaient *iîiit place à deux systèmes Bonveanx, ctent a les au^enns éteieot MM. ScbeMing et flegei; de loin, «oit parles cor- ATespsfndaneeSySoit par des'yisiles de voyagenrs, il lui en tarrhraît

• quelque chose, fin I8B4, il entreprit un voyage en AHemagne, pen* a dont lequel il fut entevé à Dresde par te police Prussienne et conduit a à Berlin : ùù l'avait «ofiçonné d'être earbanaf^ et révolu ttorniahre. 9 Dans la capitale de te Prusse, * vous te sarez, Monsienr, vos compa* D triotes environnèrent !H/Cou8in des témoignages du pkis nôbte m* a térét; ons'entramitipour sa déifvmice; tent qu'4l «fut capitt, oa te a visite danS'satiprisoQ taos.les'jannB. «Par *un heurem hasard, notre atvoyageur pnt)utiliser«aicaptivité; car il«ntra dans un commerce 9 goumalter amc i'éoate de M. Hegel ;^M. Gans et M.-Michetet de Berlin a Jui^dévdofipàient^âans de longues eonveiaatlons,te< système de leur Y.midtre; ite elfaçasent de '.son esprit le Kantisme'^ qnalqoss >erre^ a mente de iFiehte, pour y isubstiftuer tes principes et les «onséquences a (df an réalisme écteotiqueyoptimiste/qtttae targoait de Iml'ei^lîquer^ ade tout comprendre, -et de .tout aceeptenr. M. Cousin^Mt tourner à a nette phitesophte. a«eô sa 'promptitude 'ordinaîre; il *satoit*«ur-4e- » champ oombieat te changemoit était capitel : il ne semiptus un {diia aosop^ opposant, révolutionnaire, inquiètent pour teaponsances, i»»ni8U& aaaw daraiunl>tocn' tes ipsurtis,. tous las Sfste^^

3M RÉFUTATION DE LÉCLEGTISHE.

» iaépuîsable impartialité, doonaot des garantios au poaToir le plus ]» ombrageai. Aussi, Monsieur, ses amis de Paris, qui ue pouvaient » pas savoir les causes métaphysiques qui avaient influencé l'hAte de 9 Berlin, eurent à s'étonner de quelques changements; et un journal » royaliste, le Drapeau blanc, écrivit que H« Cousin aoaii bien pnmoé 9 qu'il ne profesêoit en rien le$ doctrinee des révolutionnaires. Je croîs, » Monsieur, que depuis cette époque M. Cousin Fa prouvé bien plus p encore^ Cependant le séjour de notre professeur dans votre capitale

> devait porter ses fruits : en 1826, il publia une collection d'articles » insérés dans le Journal des Sas>ants et dans les Archives Philosophie D ques, dont tous ne méritaient peul^re pas les honneurs d'une rés surrection, et qui au surplus étaient inférieurs a la préface même p qui les précédait. Dans la préface des Fragments Philosophiques » » M. Cousin présenta son système, qu'il affirma avoir façonné dès 1818. » J'aurais conjecturé, je l'avoue, que le voyage de 18^4 y avait contri- » bué en quelque chose , et que le rapport identique de l'homme, de » la nature, et de Dieu, qui commence à y poindre, était une impor^ ïà tation. La préface des Fragments fut peu goûtée quand elle parut s Cette condensation d'une métaphysique imparfaite qui se cherchait » elle-même, et n'était pas maltresse de sa. langue, étonna sans ius struire. Enfin, en i8S8, M. Cousin, rendu à sa chaire, pot s'y déployer j» à l'aise, et il eut le plaisir d'y exciter la surprise et l'admiration. Dans » uofi introduction éloquente de treize leçons, il développa, avec son » imagination d'artiste et son talent d'orateur, qudques principes du » système de Hegel, qui semblaient sortir de sa tête et lui appartenir. » Du haut d'un dogmatisme dont seul alors il avait le secret, il in- » specta l'histoire, les philosophes, les grands hommes, la guerre et ;» ses lois, la Providence et ses.décrels. Il professa la légitimité d'un op- » timisme universel, et prononça, au nom de hi philosophie, l'absolu- » tion de l'histoire. Je sais. Monsieur, qu'à Berlin vous ne partagiez pas 9 Tenthousiasme avec lequel nous avons accueilli ces leçons; vous ne » pouviez concevoir comment on importait ainsi une doctrine sans en

> nommer l'auteur. M. Hegel plaisanta deoe procédéavecune indulgence j» un peu satirique; et voua-mème. Monsieur, vous avez prononcé à ce » sujet un mot fort dur, que j'ai peine à écrire, le mot de plagiai. Je » ne pense pas, Monsieur, qoe sciemment M. Cousin ait voulu se parer de ce qui ne lui appartenait pas; mais, emporté par son imagination, » il a cru avoir conçu lui-même ce qu'on loi avait appris. Dans ses un- 9 provisations, il oubliait ses emprunts; et c'est de la meilleure foi du » mqnàe qu'en amalgamant Kant et Hegel , il se persuada avoir créé B quelque chose. Cependant le vol métaphysique de M. Cousin, je veux » dire sott ascension, ne fut qu'un phénoniène passager : il redescendit J j> vi4e sur la terre ; et , soit qu'il eût épuisé en peu de temps son dog*

» matisme, soit qu'il craigntt de n'é^e pins suivi dans ses excursions » exotiques, il revintà rhistoîre> déclara que la philosophie n'était plus »à faire, mais était &ite; qu'il ne s'agissait que de la rassembler; » qu'elle- se partageait en quatre systèmes principaux : le sensualisme, » l'idéalisme, le scepticisme, et le mysticisme , et qu'en dégageant ce 9 qu'il y avait de yrai dans chacune de ces formes exclusives de la réa- » liié, on. retrouvait la réalité pure et complète. Voila cette fois un » éclectisme bien constitué. Ainsi vous voyez , Monûeur, que H. Cou-* » sin a été tour à tour Écossais, Kantiste, Alexandrin, -Hégélien, Éelec- » tique : il nous reste à chercher s'il a janvûs été et &'il est philosophe. »

CflAPITEB III.

IL Ooiiisfii, honme poUflqse. «

On a reproché à M. Lerminier d'avoir mis une chaleur fort peu philosophique, dit*on, dans ses attaques contre M. Cousin. En vérité, nous ne voyons pas en quoi l'auteur des Lettre» à un Berlinois a mé^ rite le moindre reproche ; car il n'a fait que révéler ou préciser des faits incontestés et incontestables, dans le seul but démontrer que l'édectisme de M. Cousin n'est pas autre chose que le nom pompeux donné par lui-même à ses variations successives. C'est absolument comme nous, qui disons : L'éclectisme n'est autre chose que la formule philosophique d'un homme dépourvu de tradition, et, par une conséquence nécessaire, d'idéal. Un tel homme est indifférent par na* ture; il peut avoir une belle, une vaste intelligenee, mais son aspiration manque de base et de but, et par conséquent de règle. H. Lermi* nier, en nous montrant, l'histoire en main, les variations déréglées d'une telle intelligence, complète la démonstration. Quand un système se réduit ainsi, faute delien avec l'Humanité, à n'être, pour tout dire, que le nom propre de son auteur^ comment séparer ces deux choses, l'homme et le système^ de manière {que, frappant sur le système, il n'ai regailUsqe pas quelque ohosé|sur l'homme? Je déclare, pour ma part, que je regarde cela comme impossible.

Quoi qu'il en soit, on me fera certainement le même reproche qu'on: a fait à M. Lerminier* U est donc nécessaire, avant même de continuer la réf&tation du système, que je m'explique sur. les sentiments que j'ai pour l'auteur.

Je l'ai beaucoup admiré, mais aujourd'hui je le plains. Je me rends cette justice que rien de personnel, rien, qui sente l'égoïsme et l'intérêt privé, ne m'aveugle à son égard et ne me passionne contre lui. Tout ce qu'il pourrait y avoir de personnel en moi qui influtt sur mon

jBsenieiitt €• semft le reaeeDtiineot d'avoir été trompé. J'ai éé^k ex* primé ailleun ce ressentiment légitime* «Ifoos* avons ei]>di8ais^je(i), l'exemple de tant de déceptions, nous avQB&^u fanid'hemines alqurer Ieur»croyaii0es, neas avons prodigué taoide fois mal à propoe notre attention, notre estime, uotre sympathie, notre admiration même; ouï, la génération présente a fait de si rudes expériences en ee genre» qu*dUe ne tloit plus se sentir que de la réserve en versoeui qui oeent eneons* lut parler de philoaopbieet d'attaebemeut à des prineipes. Ah I moîqui écris cefr lignes, Gnrabien.n'ai--)e pas été trompé! Où seni'iis ces sages dont jeune j'écoutais la parole aveevn religieux tramsport, dont je ne mfap^ procbais qu'avec respect, comme le sectateur d'une religion s'approche du dieu qui va parler et rendre ses oracles? Où sont-ils ceux qui m'ont fait entendre d'austères leçons de lit^rté et de vertu? Ah! je reconnais bien maintenant pourquoi, malgré l'attrait que je me sentais pour eux, je n'ai jamais reçu d'eux auiume vérUaUe impulsion ; pourquoi la parole d'un philosophe ignoré (2), cette parole substantielle et claire, entendue une seule fois, m'a plus frappé et plus édairé que n'ont (ait leurs discours retentissants. Lui, s'il vivait encore, il. serait encore avec In peuple^qu'il voulait^ régénérer : ena^ ils sont passés dans les n l'aristocratie; philosophes parvenus, ils ont crucifié la i^ilosopbie tontes les croix, ils» Vont accolée à toutes les Chartes; et aujourd'hui qu'il, ne leur en reste pins que le cadavre, ils voudraient vendre €» endavre à la religion du moyen-âge, menteurs à la fois envers la Ph^ losopfaie et envers le Christianisme. Mais siicesbomaies ont trahi la Bhilosopbtei, c'est que réellement ils n^en ont oormu que le nom -, €eak a eux*mdmes qu'ils ont manqné^ etnon pas à la Philosophie; »•

Oui y en effet (je fiBiiftde vains eObrts pour arrêter une. vérité qnî vnni s^lMiapper de monccenr^ j'ai connu H, Gousia prêchant les idéessles plus révelulionnaires, je >'ai coonu mêlé- à rinsnrrectioa do Carbonarisme, puis je L'ai canmu rallié à la Restauratioji. Vousiaxrièn.changév diitfiSi>vous, TOUS aries changé de système à Beirlink Maisnnns* nous n^aviens paschanfié.. Vonlen-vous donc être un tel tymndQln pensée, fue le monde tout entier soit oWigé: de; eheni^r quand nom changes 4nsy8Aà«fv»? Change^ peur umphilosoplle, tfest développer seo prin^ cipe de certitude, ce n'est pns rabandonner brusquement penr en pren* dre;un; auii^^ Oii preniez-vonsvje vou» In demandé^ voira oertitode qunnd wuseoinbaliieifi dans nos rangs ?! 06 la pnenest¥ons donc mainftaqatttqoe voua nom abandonnes? Yousiavei. cbnngc^ dîles«^vons: nous, encore une fois, nous ne changeons pas ; nous avons teiiî(iuin*la

{i)Hevùe Encyclop^ique, iSSi.— * Vo^ez Ee la Doctrine dé ta PerfecitbUité, deaxième Mémoliv; dWi^efr Vôfemei «' f «

• misMiiA^nnctti 1

REFUTATION DE L'ECLEGfISlIE. 343

même foi dans la tcaditioa de la Révolutioa FrançpBe-: nms; touIoiw continuer le combat..

Nous le. continuâmes en effet, et la réyolution de luillet arà^a. Je me rappelle (|ne, pendant ces journées, je vis enirerlL Cousin au jour» nal que j.'avaîs (onde avec mon ami H. Dubois* G^ jowr» j'avais îm primé et signé le GloiCf malgré les ordoipuiacea. 11. Gnusin était iiH digne. « Vous compromettes vos ajxiis, me dit*il..La Restauratioiiiest A encore nécessaire pendant cinquante ans. Quani à moi» je déclare » que le drapeau blanc sera toujours mon drapeau. i> Je riade.sea.pnûK ptiéties. Un mois ou de^ux après, il inscrirait ea tête d'un volunie dasa traduction de Platon qu'il avait pris une paclaetine à la révolutim de Juillet; il se vantât devant la postérité de s.'dtre ei^parér hardiment de la municipalité de son arrondissement, et il dédiaitt e» votume i la mémoire de Farcy, vioriponr lu lois {i).

Si Farcy est mort pour les lois, nous combattionjs^loM pour les lois, quand vous vouliez, noua empêcher de comtoltrel

Hais pourquoi cette inscription adcessée par voua àr la peetérité i l'occasion de la mort de Farcy ? Farcy n'était plus de votretécole quand il est mort en con^baltant. J'en atteste les dernières pages qu'il a écr»r tes, et qui sont loin> bien loin de voir» éclectisme. (2).' Farcy était îm jeune homme généreux, qui> voyant le peuple livré à la<n)Urattl^ trouva mauvais ce que vous faisiez, vous qui vwliea.npusenapâcher de combattre, le dit à ses amis» le dit plusieurs fois hautement^ et s'en alla mourir. Farcy appartient à notre cause, à notre tradition^ et mm h la vôtre.. Sa mort est trop belle pour que nous ne la revendiqui^Nis pas, et pour que nous ne vous demandions pas de queL droit vous aviet tait, votre pro0t de son martyre.

Vous avez fait. pour Farcy ce que vous aviei déjà fait pour Santftr Rosa, de la même fafion, dans une dédicace, quand vous avez blsifié l'histoire^ en insinuant en tâte d'un autre volume da votre Platon que Santa-Rosa n'appartenait pas au parti révolutionnaire,. et qu'il n'avait agi que danS' l'intérêt politique de 1&' maison de .Savoie»)

Vos dédicacea sont sans doute chose glorieuse poiuc ceux à qui. vous les décernez;, mais pourtant, quand ilsontcrumewii; pour leurcaus^ vous avez tort de les faire mourir pour le. compte 4a votre édeo^ tisme*.

Il est vrai encore que tdle est sur vous la aédinçtion de votre sffk tème, qu'il a pi;esque eflCacé dans votre mémoire le souvenir de votre prppre^ passé* A peine vous rappelez-vous combiea voua avez été rér

(1) C'est aii«tl ce que portç riniçripUan oonwcrée à Faurc| sur >,ii^ du CaffoiK sfel, et rédigée par M. Coiisîd.

(t) Voyez dans le Gtoèe de iSsa, moto de JniUet, mr artfel^ de Parer «r un oo»wag^d* Be^iaaiiia GôMtaou

Yolutioniidire. li ne m*étonnerait pas que tous eussiez perdu le souvenir du Carbonarisme, par cette raison que vous ne figuriez pas de votre personne dans nos ventes. Combien, en effet, se sont plaints (et je vous citerai entre autres Sautelet, ce camarade de votre enfance et de la mienne, qui fut long-temps sous votre discipline, et qui s*est tué ayant perdu toute confiance généreuse et toute religion de la vie], combien, dis-je, se sont plaints que vous ressembliez, h cet égard, à la femme de l'Écriture quœ comedit, et ttrgens oi suufn dicit : Non sum operuda mtUum,

Je crois, moi, que Ton vous juge mal, qu'il n'y a chez vous dans ces sortes d'oubli qu'une erreur involontaire, et que c'est le sysfème auquel vous vous êtes à la fin fixé qui égare ainsi votre imagination, et vous fait passer l'éponge sur des années de jeunesse qui ne s'accordent pas bien avec ce système. Mais cela étant, je n'en déleste que davantage votre système.

Quand nous lisons dans l'histoire qu'un homme a abandonné un beau jour le parti auquel il appartenait, nous sommes parfaitement désintéressés dans le jugement que nous portons : c'est que cet homme a vécu dans un autre temps que nous. Mais si nous avions vécu avec cet homme et appartenu au parti abandonné par lui, le jugement que nous porterions de lui serait, quoi que nous fassions, empreint de notre personnalité; car et nos espérances déçues, et le souvenir douloureux des amis morts à la peine, soit qu'ils aient été frappés dans le combat ou qu'ils n'aient pu supporter plus long-temps la vie, et même le re* gret que nous éprouvons de ceux que de mauvais exemples doimés de haut ont fini par égarer, nous reviendraient malgré nous. Voilà, je le confesse, le cas où je me trouve. Mais voilà aussi, je le répète, tout ce que je sens en moi de ressentiment personnel contre H. Cousin; car, du reste, je puis dire de lui : Nec beneficio, nec injuria cogniîuM.

Je croîs, en vérité, que j'aurais la même chaleur contre H. Cousin, en tant qu'il représente son système, lors même que je ne l'aurais jamais connu personnellement. Il peut y avoir seulement, dans cette circonstance que je l'ai connu, un motif de plus pour moi de faire triompher contre lui des idées que je crois plus vraies que les siennes et plus profitables à lIBumanité.

Si je n'avais pas cette chaleur, ou si j'avais honte de la montrer, ou encore si j'employais la ruse pour la déguiser adroitement, je démentirais moi-même la doctrine que j'ai émise plus haut, que le philosophe n'est pas une pensée seulement, une pensée abstraite, mais une pensée entée sur un sentiment.

Pour qu'un homme ait le droit d'en juger un autre, il faut que le sentiment au nom duquel il le juge soit pur de motifs égoïstes et intéressés : voila la règle. Hais vouloir détruire le sentiment, vouloir

que nous jugions indépendamment (f un senlimeni^ ceci est absudie ; et je ne connais en vérité que réclectisme qui ait prétendu opérer dans le philosophe cette mutilation.

Je m'interroge donc, je mé scrute au fond du coeur, intus et in eute, et je me demande :

Est-ce un sentiment personnel qui nous anime, quand nous reprochons à M. Cousin ses variations politiques? Non, c'est une conviction philosophique. Pour ne pas être Messe de ce qn'ila fait en politiqfue, il faudrait que nous fussions nous-même de sa philosophie. Or son éclectisme philosophique n'ayant pas notre foi, son éclectisme politique ne peut avoir notre assentiment. Notre chaleur sur ce point est grande, il est vrai ; mais c'est que notre conviction est profonde.

Est-ce encore une passion personnelle qui nous fait nous indigner contre M. Cousin, parce qu^il a déprécié, insulté la tradition philosophique du dix-huitième siècle, sans avoir à donner pour excuse aucun attachement sincère pour le Christianisme? Eh ! que serions-nous donc, si nous n'avions pas un juste ressentiment pour les dénigrements que l'éclectisme a prodigués à la grande tradition Française ! Avec quel aveuglement, en effet, avec quel absurde dédain, les éclectiques ont traité les grands hommes dont la pensée a produitia Révolution, et ne s'arrêtera pas là I M. Cousin a été plus tnodéré peut-être que ses élèves: mais comment lui-même a-t-il traité nos pèreë, nos devanciers, ceux dont la pensée a engendré notre pensée? quel sentiment ena^t-il eu, quel hommage leur a-t-il rendu? On trouve à peine dans ses ouvrages quinze ou vingt lignes consacrées aux penseurs de la France : et quelles lignes! Obligé de citer Voltaire, voici fie qu^il en dira: a Qu'est-ce que V Voltaire, messieurs? Le bon sens universel et superficiel : or, à ce o degré, le bon sens mène toujours au scepticisme (1). » Voilà comment M. Cousin comprend le scepticisme de Voltaire 1 Le scepticisme du dix-huitième siècle venant de ce que Voltaire n'avait qu'un bon uns superficiel (2) ! Obligé de citer Rousseau, il veut qu'on néglige '«ses » premiers ouvrages, où Rousseau, dit*il, s'ignorait et se cherchaU lui^ même (3), » et il ne voit d'ailleurs dans Rousseau a qu'un système 2^ brillant et prononcé de spiritualisme, sous des formes plus ou moins

» sévères (4). » Il appelle Diderot un philosophe obscur, et s'ékmne que

(1) Cours deVhistoire; de la Philofophie, tom. II, p. |S.

(S) Je me rappelle qu'ayant un jour cilé Voltaire à H. Cousin, il me répondit : « Le citoyen Voltaire n*est pas un philosophe. » Ce n*est pas un psychologue de profession que .Voltaire ; mais ayouez que ce eiA)ye»i-Hi a produit dané lé monde beaucoup de citoyens.

(3) G*est apparemment le Discours sur l'inégalité des conditions qui ne plaît pas à M. Cousin. Quel dommage que le Contrat Social ne soit pas' aussi de ees premiers ouvrages! •

(4) Cours d'histoire delà Philosophie, lom. Il, p. 11.

346 R&FUTATION DE L'ÉCLECTISME.

Bohle ait consacré uim.n grande jdace dans son Histoire à cet bonune n qni OQ fut> diUil, ni métaphysieieii, ni moraliste» ni politique (I). » Ailleurs, Diderot n'est pour lui remarquable que «par ses idées sur la p tbé<Kiedesbeaux*arts^c'eist«ncriUq^epai^oxaleteniboiiatt8te (^.» Voilà le Dix-Huitième Siècle pour M. Cousin I Ainsi, taniquaM. Cousîa aeecupé sa etiaiipe, Koilà lesaeulfi boJpnmgBS que les penseurs de la France aient regus de luil Ahl rAllemagiDe, était plus équitable eoTen eux que soa disciple. Goatbe ne trouvait pea qiie.Diderot fût un. philosophe si méprisable^ et TAUemagne ne farouve pes appa^remment aujourd'hui que Yûltaiire soit.un homoie si superiicielt puisque taat de ses écrivains répètent maintenant le soeptkisme de Voltaii^! Hnia ce u'était pas assez pour M. Cousin de ne voir daoa tout le Dix4luitièrae Siècle de penseur un peu respectable qjoe Condillae^ ce n'était pas assesde sacrifier la pensée vivante du Dix-Huitième Siècle et de la France au élucttbrations insignifiantes des psychologueaderÉcosse et des moiii* dres penseurs de T Allemafrne : il iàllait faire plus, il fallait courber ce géant» le DixrHuilième Siècle^ avec toutes aes aspiratioes d*ayenir, aux pieds d'un maitroi et c'est ce que M. Cousin a fait Haisaux pieds de quel maître, grand Dieu 1 le croirait-on ? aux pieds de Louis XVIIL Ah ! coui?* tîsan, o'était en t8S9 que vous disiea à la jeunesse : « Une mUtniié «mjm- » rieure a tranché la question. CMwi qm a fait io. Charte a porté %mjug^ » mmt^pétm^fimrMimr U ûiœ^Buiiiim Stick. H a fait la part du biea et i> celle du mal ; il a coudamné ce quiétail condamnable, il a légitiméce » qui était légitime... finderni^ analyse, tout examiné et pesé, la » part du Uen et du oaal équilablement faite» il me semble, et jea'hé* a sito.pas à coeckure, avec m^ deux honorables celtèguea et amis 1 H. Gui:^ et M.. VillemaîQ» que le Dix^Huitîème Siècle en masse est m un des plus grands siècles qui aient paru dans le moadCb La oHssîon tt que hu imposait rhistoire était d'en finir avei». le Moyeni^Age; il a a rempli cette tragique nussiw, il n'a rempllqtt&:cella4à. U a a il n'ariea tievé ;'il ne pouvait faire davanlaîpe^. Sur Vatalme de ïi » mense^ péTolution qu-il a euirerte.et.qu;!! a fermée^ le Dix^Heltième a Siècle a'a guère laissé que. des* abstractions; mais ces abstractions a sont des vérttése immortelles qui oontiennent revenir. Le Dix-Neur a viime^^ècie Hsa areeueillieS'; sa missieme^L de les réaliser en leur » imprimant une organisation vigoureuse.... Cette organisation nais- » sante est la Charte, que l'Europe doit à la France, que la France doit » à la noble dynastie qui marche à sa tête (3). » Qud amas de contradio. tianal Sile DixrBuitiwie Siècle eai un des pluagraodf sièctesqui aient

(S) Cours de l'histoire de la Phihso^ie, tom. II, p. 3S. (8) Cours de l'histoire de laPMhsûffm^ auai I, ^

RÉFUTATION DE L'ÉCLECTISHE. Ut

t)aru dans le monde, si sa missiona étéd'en flnir avec 16 Hoyen-Age^ s'U a aecompU celte mission, il a donc déiruii la religioa de ce Moyen* Age et rorgaoisatîon sociale de ce Hoyen^Age; et par conséquent, s'il n'a rien mis à la place, la mission du Dix-Neuvième Siècle sera d'élevec un nouvel édifice ponr remplacer celui cfuiesttomiiéen'ruiBes : ils'agit donepour ravenir d'une organisatioo rriigieuse et: sociale à la foia^ Mais quels, yeux il faut aireie pour découvrir on tel système dans la Charte de Louis XVIII, et pour faire de ce monarque le Moise de IV venir! Quel philosophe il faut être pour soumettre la philosophie à cette autofiàé mpérimre^ pour regarder comme péretnptoire le juge** ment qu'un tel honraie a pa porter sur le DÎK-Huitième Siècle ! Ah l vous prenez le transitoire pour le duraUe, vous êtes dupe d'un inei* denL Les abstractions du D^-HuitièmeSiècIev que nou^a^rons recueil» lies sur Ids hords de l'abîme, sont; comme vous dites, des vérités iix^ mortelles qui oontiennent Taveuir. Mais Tavenk n'est pasce misérable présent que des courtisans itobéciles adoreoft aux Tuileries. L'avenir, ce sera ce que, développée, produira la pensée du Dix-Hnitième Siècle^ En dernière analyse^ tout examiné et tout pesé, pour parler< comme vous, nous croyons que le BixrHuîtième'SièGlo a visé plus haut et ira jdiis loin que vous nevons^rétea imaginé, dans vos chaires, voos et vos honorables collègues etr amis M. Guizot et Mi Yilleminn, el.plue loin aussi que. ne l'a voulu sur son trône vo4{re respectable raaiire Louis XVIIL

Comment veut-on que nous n'ayons pas de chaleur contre Thomme qui'a fait un pareil ahus jde la scieoce, qui a mis aussi, platement le Dix*-Huitième Siècle aux pieds de Louis XVIII^ qui a fait juger Voltaire^ Diderot, Jban^lâeques, ces grands* hommes , par l'autorité supérieure de TautBor de-la Charte (4))

Comment veut-on que nous n'ayons pas quelt]ué indignation <|uand nous voifOQs M. Cousin répéter aujourd'hui,, et mémeavuc pli» d'iassuraneav. ee qu'il disaiL soua la ftealauiration? Cette ItestauratioR', qui devait durer au.moûwcinquante ans 'Suivant lui et ses collègues, étant tombée^. Us ont faiLàsa suite la Quasir^Reatauration. Ne pouvant pas conserver le drapeau blano, ife ont «onsenki à repraidre: le drapeau triooiore ^ roaia c'esÉ pourl eux tout da laimeL « JétjHonis^. dit M. Cou^ » sin(t)*9eftfieAvictions fondéesymnaurdesdlrconstancea passagères^ » maia sur um éftinde. approfoildîe do l'Hnmanité^eide l'histoire, ne s-é^

(1): Gak aoiis ii^piitlle uiftvlra-coUègp^aa^llvCfiiiin» M. biSMira ^ni/syaornb sQu&le f>«iroD»sja dttLoiijs.^Ul 9a ^llecMDa.de 4to»iqpei,. Ifop MiemM. wftf par VËtat, fit uo poêmê où Virgile,. Horace et tous lesLaiias venaient s'incliner dc^ Tanrce même auteur de la Charte. Lucrèce seul était privé de cette ikveur, comme trop impie pour oser paraître devant le religieux Louis XVHI.

(S) Préface de la deuxième édiUon de ses Fragments, 1S38.

348 RÉFUTATION DE LÉCLECTISME.

» branlent point au vent de la première tempête. Trois jours n'ont poii t B changé la nature des choses. » Il est yrai /trois jours n'ont pas change la nature des choses: ce qoi est aujourd'hui ressemble beaucoup à ce qui était avant ces trois jours. Mais voulez^vous que je tous dise pourquoi? c'est que vous avez professé l'éclectisme sous la Restauration. Vous vous êtes mis, vous penseur, à la suite des choses, les choses sont restées ce qu'elles étaient. S'il ne s'élevait pas d'autres penseurs que vous, la nature des choses ne changerait jamais.

Il faut convenir que M. Cousin, de même que ses collègues, tait toas ses efforts pour que la nature des choses ne change pas. « Il est con- » tent, dit-il, de l'état présent du monde, et ii s'y tient. » On s'y tiendrait à moins quand on n'a pas dans le cœur d'autre religion que Téclectisme. H. Cousin n'est-il pas à la Chambre dés Pairs, au Conseil royal de l'Université, à la Faculté, à l'Ecole Normale, à l'Académie, au Journal des Savants, à la Commission Littéraire? J'ignore si je n'oublie pas quelqu'une de ses fonctions. Où est le temps où il montait à sa chaire pour laisser tomber des paroles telles que celles-ci : o Je me B rendrai à moi-même ce témoignage, qu'au milieu des agitations de » notre époque, parmi les chances diverses des événements politiques » auxquels j'ai pu être mêlé, mes vœux n'ont jamais dépassé cette en- » ceinte. Dévoué tout entier à la philosophie, après avoir eu l'honneur » de souffrir un peu pour elle, je viens lui consacrer, sans retour et » sans réserve , tout ce qui me reste de force et de vie (1). » On le couvrait alors d'applaudissements. Alors aussi il parlait de son éioile philosophique. « Le public, disait-il en IS28, verra mon but, mes des- 9 seins, et pour ainsi dire cette étoile philosophique, etc. » Le public Yoit aujourd'hui ce qu'il ne voyait pas clairement alors. Il voit l'éclectisme à l'œuvre, il voit le système mis en pratique. Voilà donc où son étoile a conduit M. Cousin I

Il est vrai que H* Cousin nous dira qu'il est toujours dévoué a la philosophie, et que c'est pour la plus grande gloire de la philosophie qu'il travaille en ce moment. Que pouvaitril faire de mieux, ayant formulé l'éclectisme, que de propager l'éclectisme? Il lui fallait donc être une puissance ; or quelle puissance, en ce temps, a de l'éclat et de la solidité sans argent? Il lui fallait donc de l'argent. Et pour être une puissance durable, il fallait s'allier avec toutes les puissances. Et M. Cousin s'est allié avec toutes les puissances. Il y a deux puissances surtout, deux très anciennes puissances, omtre lesquelles la philosophie moderne avait toujours été en guerre : ce sont les rois et les prêtres. M. Cousin s'est fait courtisan des rois et des prêtres. Il vote àla Chambre des Pairs avec plus d'acharnement qu'aucun vieux courtisan dfins

(1) Cours de 18SS.

les procès de régicide, oubliant qu'il lisait autrefois en. secret à ses élèves les journaux de Harat, après qu'il avait dans sa leçon publique excusé les fouies du dernier, des Bruius (t). Ainsi Juste Lipse, cet autre éclectique, revenu de ses erreurs^ conseillait aux princes le fer et le feu. Hais, plus heureux que Juste Lipse, H. Cousin a l'avantage d'ap* plîquer ses nouveaux principes. Quant aux prêtres^ il n'aura de paix^ dit^on, que lorsqu'il sera parvenu à restaurer renseignement de la vieille théologie, à rétablir la Sorbonne, par exemple, ou quelque chose d'équivalent. En attendant , et ne trouvant pas que les prêtres fassent assez bien leur besogne, il compose lui-même des Catéchismes très orthodoxes, comme Juste Lipse écrivait Y Histoire de Notre-Dame de Hall. En toute grande occasion, il tire son chapelet, comme Juste Lipse tirait le sien. Et devenu ainsi une puissance, revêtu d*armes.à son usage, d'armes de toute espèce, invulnérable et monté sur le faite, il nous dédaigne, et nous dit doctoralement : a La nature des choses n'a pas changé ; quant à moi, je me conforme à la nature des choses. » Hais ne voye&'vous pas que c'est là un cercle vicieux? Comment, encore une fois, la nature des choses changerait-elle, si la philosophie s'emploie à arrêter le développement du monde ? Si la pensée décrète l'immobilité, comment voulez*vous que l'Humanité fasse des progrès?

(1) « Je connais les fautes du dernier des Brutus, Je pourrais les dire; mais il y a » pour cet homme au fond de mon cœur une invincibie tendresse. » Phrase célèbre de M. Cousin dans un de ses cours, écrite dans les cahiers et gravée dans la mémoire de ses élèves. — Je n*aUaque pas Topinion du juge qui siège au Luxembourg; mais je demande s*il n'eâi pas bien malheureux que le même homme qui a prononcé cette phrase sur le dernier des Brutus, et quelques autres semblables, devant la jeunesse studieuse qui venait étudier auprès de lui la philosophie, se soit montré le plus violent partisan des condamnations à mort dans les procès de révolutionnaires accusés de régicide. Kest-il pas odieux, par exemple, que dans le procès récent de Lavauz, reconnu innocent par la Chambre des Pairs, M. Cousin se soit levé six fois pour demander la mort? Il est vrai qu'en cas de condamnation la grâce royale était prête ; elle n^eut à 6*exercer que sur une seule tète. Il est notoire aujourd'hui que des erreurs judiciaires ont en lieu; il vient d'être réifélé, dans un procès qui se juge maintenant en cour d'assises, que des hommes ont été envoyés à récbafaud par une méprise. Et M. Cousin a été de tous les opinants le plus véhément pour qu'on envoyit ces hommes à Téchafaud! Que n'a-t-il pas dit pour la condamnation à mort des accusés Pépin et Morey l II avait élevé son vote à la hauteur d'une théorie. Il voulait montrer, disait-il, aux bourgeois, aux gardes nationaux, qu'on saurait aussi les frapper quand ils conspireraient; et il a contribué à faire frapper des hommes qu^on nous dît aujourd'hui innocents des faits qui leur étaient imputés! Et il avait fait autrefois, sinon Tapologie, au moins Teioose de Brutus! et il avait pris part k la conspiration du Carbonarisme! et il lisait à ses élèves en petit comité les jouruaux les plus incendiaires des sans-culottes de 93 ! et j'ai entendu moi-même M. Thiers, à qui M. Cousin reprochait son admiration pour Bobespierre, lui reprocher à son tour sa tendre sympathie pour Marai! Qu'on ne parle plus des lâchetés du chancelier Bacon : je conn:iis dans Thistoire de la philosophie des l&cheiés plus grandes et sans compensation.

3» RÉFUTAriON BE LÉCLECTISWL

Le dernier mot 4e votre f>hil080{ihie*est une inifaese. Vous dites : « L'HumaDtté len est à tel point; » et tous vous ismnlaisez de fi^çon ifu'eUe ne puisse faire on «eu! pas en a^nt. CiBst irocefde TicieoK, je ▼oas le dis eneore, qu'tin tel raisonnement ¥6U9 êtes dupe de la pi» étrange illusion iqoe jamais penseur se soit faite. Narcisse se mirait danfli Feau, et il aimait son image. Vous, yaos confondes, faute d'idéal, la philosophie arec le momie présent, et vous retrouvez partout votre plniosophie dane le miroir de ce monde. Comment, je voue le deommle, en serait-fl antrement? Vous ne donnes pas au monde phn qu'il n'a ; il vous rend jnste tout ce que vous Itn donnes. Gela doit être. Votre illu' sion est évidente.

Vanlez-voas donc maintenant de la preuve à posteriori qoe le monde présent vous fournit ! Prenee un air de triomphe pour nous dire que l'éclectisme Mt tous les jours de nouvelles conquêtes ; que « le nom a d^éclsctisme a retenti d'un bout de l'Eiirope à l'autre, •> depuis que votre voix Ta ptx^noncé? Proclamez-wus un grand philosophe, «parce » que l'esprit du dix-neuvième siècle s'est reconnu dans- réclec- » tisme(4). »

' Il a dà s'y reconnaître, en effet ; car c'était lui-même qui composait tout votre idéal. Cest lui que vous réfléchîssies : eomment ne »e serait-il pas reconnu? Vous avez appelé la nature actuelle des choses éclectisme, et la nature actuelle des choses vous répond éclectisme.

Ce n*est pas là une philosophie. Que diriez-vous d*un peintre qui, au lieu d'un tableau, vous présenterait un miroir, et vous dirait : Ce miroir est l^chef-d'œuvre de l'art, car il réfléchit parfaitement k nature; ce miroir est donc en lui-même un tableau, une peinture? Vous diriez que cet homme est insensé, qu'une glace est un produit de riodustrie et non de l'art. Vous êtes ce peintre; votre éclectisme est cette glace qui réfléchit la nature des choses et n'y ajoute rien. Votre prétendue philosophie est à la philosophie véritable ce que l'industrie est à l'art.

Et M. Cousin est en ce moment le pouvoir éducateur de la France ! Il exerce un empire ofQciel, sans limite et sans contrôle, sur l'enseignement de la philosophie, et par là sur toute Téducation .publique. Quel professeur n'est passons sa tutelle, «ous«a loi, sous son gouvernement? Il use et abuse de son autorité ; il propage à son aise l'édectisme par la voie du Compelle intrare. Âh ! quand nous pensons à ce que devrait être dans l'État le pouvoir éducateur, à ce qu'il sera dans l'aveuir, l'édacation de nos enfonts ainsi livrée à. M. Cousin nous remplit le cœur de tristesse. Quoi I vous n'avez pas d'autre idéal que le fait présent, pas d'autre principe, pas d'autre foi , pas d'autre religion; et vous êtes le pouvoir éducateur de la France ! Au moins ne nous retu-

(1) Préface des Fragments, 1SS3.

RÉFUTATION DE L'ÉTCL'ECTÏSIIfi. 351

^r«%«JWus pas'tedrMt'CoiMtitirtîoaMl âe^récliMier crnitre votre ma^gistrttlure, et de troatter que Totrei tyrannie ^hito8io|^b<H{œ est exofbi^ tanie.

Le lectefirr M à même âe jug«r Ynaintenairt si 'le^ repreifbes que nous avons à faire b'M. Cousin soiil tepr^uttd'unepassion personnelle, ou s'ils tiennent à des motifs sociam et à notre tontiction philosophique.

Faut-il donc, à cause des persoïmes, ménager à lel point rerrenr, qu'on la laisse régner à son aise dans le monde ? Serons^iOus aussi utiles que nous pouvons l'être à ceux qui souffrent, si nous craignons de faire de la peine à ceux qui triomphent et qui oublient ceux qui souffrent? Quand on s'occupe des choses philosophiques, peut-on rien faire de mieux que d'imiter à propos dans leurs actions les grands maîtres de la philosophie? Or les plus sages et les plus calmes des hommes n'ont-ifs pas donné r^fxempie d'une justice sévère?

Certes, personne ne respecte plus que nous l'évolution mncëred'un pHHosopbe. Nous comprenons à roerreiHe qu'il y ait dans la vie d'un penseur diverses phases, que le génie ait un développement et revête successivement des formes en apparence fort différentes, qu'il ait une enfance, une jeunesse, une virilité, et que sa décadence nécessairtp^ révélant le fini de l'homme, inspire même du respect et de la piéié. Mais une évolution qui n'est qu'une série de variations,'et qui n'aboutit qu'à légitimer le fait et à immobiliser le présent, une évolution qui semble, en définitive, n'avoir eu pour but que l'élévation d'un homme et sa fortune particulière, n'a rien à nos yeux de bien respectable.

n y a dans notre siècle d'autres hommes qui ont varié, qui ont "passé par des phases diverses; il y en a un surtout qui a donné le sublime exemple d'un prêtre Catholique arrivant religieusement à la Philosophie. Ceux-là sont respectables; ils ont passé cherchant la vérité, la cherchant du fond du cœur, 'souffrant tout pour la trouver. Mais autant nous admirons cette persistance d'une force qui épuise des formes périssables et reste une force, une force immortelle, autant nous plaignons cette faiblesse qui, dénuée àe statûnent et d'idéal, change au gré des événements, et finit, de guerre lasse, par ériger le fait en philosophie. Si nous n'avions pftS^de sentiment répulsif pour les variations de M. Cousin, nous n'aurions pas assez de sympathie pour le courage de M. de Lamennais :

Qui Bavium fi<m odit , amet tua «armina, Mcm.

Oh! si nous étions injuste envers le mérite de M. Cousin, enrvett son talent^ son beau ^tyle , son éloquence ; si nous •fermions les yMflt sur les sermes qu'il a rendus, directemefnt ou indirecteffleiit;Àl(a

bonne benre, nous ne seriouB pas eicusdde. Mais nous sommes â loin de contester toot cela, que personne n'admire pins que nous la baote intelligence qo'il a^ait reçue de la nature , le travail opiniâtre qu'il a employé pour la mettre en onivre, et même jusqu'à un certain point les résultats partiels qu'il a obtenus I Combien de Cns il nous est arrivé, en jetant les yeux sur certaines pages de ses livres, de nous écrier que rien ne rappelait mieux la grandeur de Platon , et de regretter amèrement pour notre siècle que cet homme, qui parle si bien parfois la langue de Platon, n'ait eu de Platon que le langage. IL Coasin a servi puissamment à ranimer les études en France ; il a servi à nous faire connaître les écoles étrangères ; il a combattu énergiquement le matérialisme; il a achevé de détruire le prestige grossier du sensualisme de Condillac, quoique l'hypothèse psychologique qu'U a opposée à ce système ne soit pas plus solide que cette hypothèse même; enfln il a parié à la jeunesse de liberté et de veriu, et c'est beaucoup d'avoir parlé avec éloquence de liberté et de vertu : ces sortes de levons ne s'oublient pas, même alors que le professeur les oublie. Non , encore une fois, nous ne lui refusons aucun de ses mérites; nous lui accorderons même le génie, si Ton veut admettre que le génie et l'esprit faux peuvent aller ensemble. Ce que nous lui refusons obstinément, c'est la vérité. Il n'a jamais entrevu, à notre avis, que des vérités partielles , et, ayant cousu ensemble ces vérités partielles, il n*a pas produit un système de vérité, mais un système d'erreur. Achevons maintenant de le démontrer.

J'examinerai successivement ce que M. Cousin appelle sa méthode » sa p$yehologie, ton oniolofiie, sa notion de la philoiophie et de Y histoire de la philoiophie ; puis je passerai à son système proprement dit de Yéeteetiême. Je m'engage à prouver non seulemeut que M. Cousin a commis sur tous ces points les erreurs les plus capitales» mais encore que ses propositions sont généralement contradictoires.

CHIPITRB IV.

De ta ■édMMte 4e M. Gowin.

J'ai comparé ailleurs M. Cousin à un très habile ouvrier qui s'en irait voyager chez les autres nations, et rapporterait, de toutes sortes de machines qu'il aurait vues, des pièces très belles et admirablement taillées, mais sans avoir précisément pu deviner le lien qui, dans les modèles, en faisait de» machines. Les pièces qu'il nous a montrées sont belles sans doute et polies avec art; mais eues ne jouent pas, et ne font, réunies, aucun mécanisme. En un mot, H. Cousm n'a jamais eu

RÉFUTATION DE L'ÉCLECTISME. 3:j3

de ses formules^ et de lusage légilime qu*on peut en faire, la profonde conscience qu'a de ses idées tout inventeur. Et je ne dis pas cela seulemeut des emprunts qu'il a faits à Ficble, à Schelling, à Hegel, dont il a pris tour à tour les philosophies diverses, à l'un le principe du moi volontaire et libre dans toutes ses manifestations, au second l'idée du moi développé dans l'histoire, au troisième la fatalité dans l'histoire, trois formules contradictoires au premier chef : je le dis encore des rapports qu'il a contractés avec les anciens philosophes dont il a publié des traductions ou des éditions, tels que Platon, Proclus, Descartes.

Sans doute on reconnaît souvent dans ses écrits un homme qui a eu un long commerce avec Platon; mais l'idce-mëre de Platon, cette con« ception de Tldéal divin qui a engendré le Christianisme, a complètement échappé à M. Cousin. L'inspiration Platonicienne a abouti en lui à produire l'éclectisme, qui est la négation même de l'Idéal; et il a maintenant l'esprit tellement fermé au sens du Platonisme, qu'il soutient, le croirait-on, dans le dernier de ses écrits philosophiques (1), que Yécleciisme était déjà dans la pensée de Platon. Platon éclectique, Platon père de l'éclectisme! voilà une curieuse découverte. Moi, je croyais que Platon était , quant à ce qui regarde la tradition Grecque, le père du Christianisme, et c'est ainsi en effet que tous les Pères de l'Église ont considéré Platon. Hais H. Cousin, qui a traduit Platon, lui attribue l'éclectisme. Je ne pense pas toutefois que ce nouvel enfant fasse jamais à Platon autant d'honneur que le Christianisme lui en a fuiL

Il en est de même du résultat des conversations de M. Cousin avec Proclus et les Alexandrins. Inspiré par eux, H. Cousin nous dira que a la pensée dominante de sa vie a été de reconstruire les croyances » éternelles et d'arriver aussi à l'unité (2). » Mais Plotin et ses disciples étaient des croyants, des croyants très fervents : H. Cousin lui-même en est convenu; nous avons cité plus haut ses paroles très nettes, très positives, à ce sujet. Donc Plotin et ses successeurs, en un mot cette école Néo-Platonicienne que M. Cousin reconnaît d'ailleurs pour être <c la fille très légitime de Platon (3), » ne voulaient reconstruire les croyances éternelles que pour arriver à une croyance, à une religion , et n'auraient jamais imaginé, comme H. Cousin, que le moyen de reconstruire les croyances éternelles était de séparer absolument la Philosophie et la Religion ; ce qui est la destruction même de touto droyance véritable. Mais il en a été, chez M. Cousin, de l'inspiration de Proclus comme de l'inspiration de Platon; et aujourd'hui, sans

<1) Sa Préface de 1S33.

(S) Préface de 1826.

(3) Cours de 18t8.

craindre de se mettre en flagrante contradiction avec Ini-mème , il afflrme que a Téclectisme était la prétention déclarées, légitime oa » non, de l'école d'Alexandrie (1\. »

Quant à Descartes, ses leçons n'ont ^|>a8 été moins décevantes poor H. Cousin. Descartes a beaucoup parlé de méthode; il a écrit, comme on sait, un Discour* de la Méthode, 11 était naturel, en effet, qu'un philosophe qui se mettait hors de toute communion spirituelle avec les autres hommes , qui se séquestrait de toute tradition, qui prétendait tout découvrir par lui-même, se demandât quelles règles de vie il adopterait en attendant que son édifice fût construit, et quelle méthode il emploierait pour le construire. Hais l'immense influence que Desrcartes a exercée, avec son doute dirigé contre la Scholastique et avec ses systèmes, a égaré étrangement M. Cousin. Il en a conclu d'abord que le philosophe était à toute époque, par devoir et par nature, ua douteur; c'est qu'il n'a nullement compris le but final du mouvement Cartésien. A cette erreur, H. Cousin en a ajouté une autre : il a confondu le doute anti-schoiastique de Descartes avec la méthode proprement dite de Descartes, la méthode de l'évidence, la méthode des géomètres. Confondant ainsi deux choses très distinctes , il est arrivé à sfimagioer que Descartes était tout entier dans sa méthode. Il faut lire, pour y croire, les singulières assertions de M. Cousin sur Descartes. Je renvoie à son Cours de 1828. On y verra que a la philosophie moderne » est née en 1637 avec le livre de la Méthode; it que « les systèmes de d Descartes ne sont rien pour sa gloire ^ » que Descartes, c'est uniquement a la.réflexion libre élevée à la hauteur d'une méthode, et encore » la méthode dans sa forme la plus sévère , etc. » IL Cousin confond, je le répète, le hardi courage de Descartes allant bravement à la recherche de la vérité,, avec le doute de Descartes; et puis il confond le doute de Descartes avec sa méthode proprement dite. Les éloges qu'il prodigue à ce grand homme sont donc fondés sur deux équivoques. La premièrCj^ c'est la répétition de l'opinion,, assez répandue, qui confond le génie inventeur et dogmatique de Descartes avec son doute dirigé uniquement contre la science de son temps. Malaria seconde appartient tout entière à H. Cousin , car il a renchéri sur le préjugé vulgaire* U Veut louer Descartes d'avoir été un hfirdi douleur,, prenant, je le répète,. la forme du génie de Descaries pour son génie.mâme; mais le louer ainsi n:eût pas été bien neuf, il y a long-temps qu'on célèbre le doute philosophique de Deecartes. Qnefail-il done? Il le loue au titre de philosophe qpi a eu une méthode, érigi^apt ainsi impUcitement te doute en méthode; et puis il s'écrie que toute philosophie est une mé-

(I) Préface de 188S.

tbddie, etqQeDeseartes eet le père de Ift philosophie moderne; parce que le premier il a eu une méthode.

' Eh 1 sans doute, une philosopMe est une métho(ie, tout philosophe ai une méthode. Méig, avant cette méthode, il f a Tinspiration du phîlo^ sopfae, qui lui fait employer cette méthode. Vbus réduisez Descartes i n'être autre chose qu'un douteur qui pense avec une certaine mé* tiiode, et vous en concluez que tout philosophe est un douteur avec une méthode, que la philos&phie est le doute et la méthode. Moi, je vous dis que le doute n'est que la forme de la pensée de Descartes, que cet homme sublime était le plus hardi et le plus dogmatique des hommes. Descartes est un dogmatique qui vient dire au monde : « Avec la méthode des géomètres nous potrvons tout découvrir, tout connaître avec certitude. Or on n'a pas encore employé cette méthode ; moi, je vais la pratiquer, et je vous engage à le faire aussi. Commençons donc par douter, puisque jusqu'ici on a mal raisonné ; ensuite nous ne dôu* terons plus, n Voilà le sens de Descartes. H. Cousin traduit : a Le propre de la philosophie à toute époque est de douter; et ce doute même est une méthode. » M. Cousin traduit ma). On dirait que H. Coushi n^a jamais lu attentivement le petit livre dont il parle si fastuensement, fo Méthode. Il y aurait vu que les neuf diiièmes de ce traité sont employés» à eiposer les grandes découvertes que Descartes croyait avoir faites, sur l'existence de Dieu, sur la nature des hommes et des ani* maux, et sur le monde physique ; en un mot, que c'est un abrégé des ouvrages quf parurent plus tard, fes Médiiatiwu, le Monde, le Traité de VHomme^ etc. U y auvait vu aussi que Descartes, tout grand qu'il soit, n'embrassa et ne voulut embrasser qu'une partie de la connaissance humaine; qu'engagé de foi comme il était dans le Christianisme et dans- l'ordre politique qui régnait de son temps, il s'interdit toujours les matières de religion et? de politique, et que sur ces matières, loin de professer le doute, il professa au contraire la^ soumission la plus absolue. Deseartes, ce n'est donc pas a la réflexion libre à la hauteur x> d'une méthode, et de la méttiode la plus sévère, » puisque le doutede Descartes. ne s'étend, chei? Descartes, qu'à cette sorte de science ou de philosophie que Descartes restreint si souvent dans ses écrits en la définissant <x la eeonaissance des vérité» qu'on peut découvrir par la « lumière naturelle. » Usis da«9 ce cadre même del'ontologîe'pure et de la. physique, croyez- vous que Descartes ait jamais pensé que la vraie méthode peur oonufldtre était iMi/otirstde'deuter d'abord t Jamais Des^ cartes, je le répète, n'a ea- une' pareille idée ; il n'a préconisé le douté* que* peur Itii^ pour go» temps^ s^4nag<fl«it bien que, qu«ind la vérité' seraiidécQiiveite, le devoin de tofttt'.pMtoaofitle seralit, neti dé douter d'aboffé sur toute chete^ nus de reconnattre et d'accepter lës^véritér découvertes et démontréemUaimiff ee d#ate>en pratique, parccf que*

son esprit de géomètre n'était nullement satisfait de la Tulgairc qu*on enseignait dans Içs écoles et dans les académies, et parce que, plein de foi et d'assurance dans la méthode des géomètre», il se croyait certain, lui et tous ceux qui emploieraient cette méthode, d'arriver à toutes les vérités que comportait cette méthode. Donc, bien loin que le douie lui parût la première condition et le génie inspirateur d'un philosophe, c'était au contraire sa très grande assurance de la vérité en soi, et de Texcellence de la méthode géométrique, qui lui donnaient confiance. On pourrait résumer le livre de la Méthode, par le mot d*Archimède : 'Euf>i^x«* •''^ trouvé. Est-ce là essentiellement et fondamentalement prêcher le doute ? non ; c'est au contraire prêcher la foi, la certitude, mais une foi nouvelle. Le doute, pour Descartes, c'est uniquement l'intervalle qui sépare ses découvertes ou sa philosophie de la philosophie des écoles et des académies de son temps. Mais qu'il n'ait fait ses systèmes, comme le veut H. Cousin, que pour se donner le plaisir de voir où conduisait sa méthode, et par manière de divertissement, cela est absurde. Au fond. Descartes fut un inventeur qui « philosopha par ordre, » comme il dit souvent, et qui sut enchatner des idées pour en faire des systèmes; voilà sa gloire et voilà sa méthode. Il douta sur la Scholastique, il fit grand hruit de son doute à ce sujet, parce que c'était là son point de séparation avec les idées régnantes, et il eut raison. Mais voir là l'essence même de la philosophie, dire que ce douie c'est tout Descartes, que Descartes a engendré l'esprit philosophique moderne, non pas par ses systèmes, mais uniquement pir sa méthode, et encore en tant que cette méthode est le doute, au lieu de voir que cette méthode recèle au contraire à l'état virtuel la confiance, l'enthousiasme, la certitude, c'est ne pas comprendre Descartes, et c'est ne pas comprendre non plus l'action de Descartes sur le monde. Bien loin de dire, comme H. Cousin, que Descartes est tout entier dans sa méthode, il faut dire, au contraire, qae la méthode de Descartes n'aurait produit aucun effet sans ses systèmes. Il faut louer Descartes d'avoir été un grand inventeur de hardis systèmes ; car c'est cette audace, cette noble assurance, semblable à celle des Kepler, des Galilée, des Bacon, qui a fondé pour ainsi dire l'ère moderne et donné une nouvelle trempe à l'esprit humain.

La philosophie n'est donc pas une sorte de machine appelée une méthode. La méthode est au contraire le produit de l'inspiration du philosophe, la forme de sa philosophie. Vous dites : tant vaut la méthode, tant vaut le philosophe. Il serait bien plus vrai de dire : tant vaut le philosophe, tant vaut la méthode. Donnes la méthode de Descartes à un esprit comme Condillac : eroyez*vous qu'il en sortira les Médite^ Hong ? Buffon a dit : Le style, c'est l'homme ; on peut dire dans le même sens ,: La méthode, c'est le philosophe.

Quoi qu'il en soit, il semble que, prenant Descartes pour Tunique père de la ptiilosophie moderne, et la méthode de Deseartes pour la métliode même de la philosophie, H. Cousin aurait dû se rattacher à cette méthode, et ne pouvait pas faire autrement que de s'y rattache^ . Eh bien, non; H. Cousin n'a pris de son commerce avec Descartes, et de la conception qu'il s'est faite de ce grand homme, que cette idée, qu'un philosophe est avant tout un homme qui a une méthode, qui peut dire ma méthode, et il a voulu comme Descartes avoir sa méthode.

Or quelle est la méthode de M. Cousin? Ce n'est pas celle de Descartes, je le répète, ce n'est pas la méthode des géomètres ; car c'est la méthode de Bacon, appliquée là où Bacon avait reconnu formellement qu'il ne fallait pas l'appliquer; c'est, en un mot, la méthode des . naturalistes transportée dans la vie du mot et du nous. Il est impossible d^attribuer plus de valeur à la méthode que ne l'a fait H. Cousin, et il est impossible aussi de se tromper sur la vraie méthode plus gravement que lui.

Constatons bien ce que H. Cousin entend quand il dit, à Tinstar de Descartes, ma méthode; c'est tout simplement la méthode d'observation des naturalistes appliquée (nous verrons tout à l'heure comment) à la vie du mot et du nous. Cette constatation ne sera pas ditQcile à faire^ car H. Cousin, après avoir passé par les écoles Allemandes, et avoir répété les leçons de Fichte, de Scheliing, de Hegel, voulant faire, de tout ce qu'il avait successivement adopté et professé, un ensemble original, où tout fût lié et marqué de son cachet, n'a trouvé, pour se trancher denses maîtres, que la méthode. Les Allemands avaient procédé plutôt à la manière de Descartes, de Spinoza, de Leibnitz, qu'à celle de Locke, de Condillac, ou des Écossais; ils avaient été plutôt ontologistes que psychologues, et ils avaient plu lot raisonné en géomètres qu'en naturalistes observateurs. H. Cousin, élève d abord de M. Laromiguière, et parti, dans le principe, de l'observation, a prétendu rester fidèle à la méthode d'observation. Il a donc fait, d'un côté, grand fracas de l'importance de la méthode, et il a bien voulu, sous ce rapport, amnistier le Dix-Huitième Siècle, auquel l'application de la méthode des naturalistes aux questions philosophiques est empruntée ; d'autre part, il a prétendu que cette méthode 1 avait conduit à tous les résultats qui composent ce qu'il appelle son système, et c'est à ce titre qu'il réclame surtout un brevet d'originalité et d'invention.

J'ouvre la Préface de 18S6, où M. Cousin a résumé et coordonné ses travaux; je trouve dès le début :

« Mes premiers soins furent donnés à la méthode. Un système n'est » guère que le développement d'une méthode appliquée à certains ob- » jets... Ouvrez l'histoire : tout philosophe qui a respecté ses sembla

A blâs, et qui n'a pas voulu seuleiuent leur offrir les résultats indécis » de quelques rêves, a commencé par un retour sur la méthode. Toute j» doctrine qui a exercé quelque influence me Ta fait et n'a pu le faire » que par la direction nouvelle qu'elle a imprimée aux esprits, par le M point de vue nouveau sous lequel elle a foit considérer les choses, A c*est-à-dire par sa méthode. Toute réforme philosophique a son prin- ^ cipe avoué ou secret dans un changement ou dans un progrès de 9 méthode. Mon premier effort devait donc être d'examiner conscieu- » cieusement le point d'où j'allais, partir, la direction que j'allais » prendre, la méthode que j'allais employer, et qui contenait en elle D les résultats de toute espèce, inconnus à moi-même, auxquels son 9 application successive devait me conduire. »

M. Cousin aurait pu nous dire plus simplement, et avec plus de vérité , qu'ayant commencé à étudier la philosophie sous M. Laromiguière, il avait dû naturellement accepter la méthode et les babitu^ies de l'école Condillacienne ; mais M. Cousin ne veut rien avoir reçu, da moins sans contrôle. C'est donc volontairement, après mûres réflexions, et de dessein bien prémédité, qu'il a opté pour la méthode d'observation :

a La méthode éT observation est bonne en elle-même. Elle nous est » donnée par l'esprit du temps, qui lui*méme est l'œuvre de l'esprit o général du monde. Nous n'avons foi qu'à elle, nous ne pouvons rien 9 que par elle ; et pourtant en Angleterre et en France, elle n'a pu n jusqu'ici que détruire sans rien fonder. Parmi nous, son seul ou- » vrage en philosophie est le système de la sensation tinnsformée. A » qui le tort ? Aux hommes, non à la méthode. La méthode est érréprù- » chable, eielle suffit toujours; mais il faut l'appliquer selon son esprit. » Il ne faut qu'observer, mais il faut observer tout. La nature bu- » maine n'est pas impuissante, mais il ne faut lui retrancher aucune 9 partie de ses forces. On peut arriver à un système qui dure, mais j» pourvu qu'on ne se. laisse arrêter d'abord par aucun préjugé systematique {i). »

Une fois en train de célébrer la méUiode expérimentale, M. Cousin ne s'arrête plus dans les éloges qu'il lui prodigue. Il va même jusqu'à reprocher à Bacon, le père de cette méthode, de n'en avoir pas cosh pris l'excellence et l'universalité. Bacon avait dit une admirable vé* rite ; il avait dit que la méthode d'observation n'était .pas ai^plicable direclement à la vie du moi, « que nous pouvions ob<^rver la maiière j» et les ouvrages de Dieu extérieurement à notre âme, parce que dans » cette contemplation le moi prend une forme en considérant un ol^et; » mais que si le mai ou Hme se-relonmeaur eUe-mftme,4M>mnie une

(1) Préface des Fragments, 18M.

RÉPDTATIOîf DE L'ÉCLECTISME. 339

» araignée tissant sa toile, Tâme reste sans manifestation, sans forme, » indéterminée [à l'état de vide, comme disent les métaphysiciens In- B diens(l]], et ne peut ainsi engendrer que des espèces de toiles, » comme celle de l'araignce, des toiles à fil délié, dont ^n peut ad- » mirer la finesse et Tenchevêtrement, mais qui n'ont pas de solidité 1» et ne sont d'aucun usage. j> H. Cousin est scandalisé de cet apliorisme de Bacon; il prétend que Bacon s'est trompé sur sa propre méthode, ou du moins sur la méthode dont on lui attribue vulgairement l'invention. Si Bacon a dit cela, c'est, suivant H. Cousin, que Bacon n'a pas su faire usage en psychologie de la méthode expérimentale :

« On a beaucoup célébré Bacon comme le père de la méthode expé- » rimentale; mais la vérité est que Bacon a tracé les règles et les pro- » cédés de la méthode expérimentale dans l'enceinte des sciences pby- » siques et pas au-delâi, et que le premier il a égaré la méthode dans » une route systématique en la bornant au monde extérieur et à la x> sensibilité. Elle est de Bacon cette phrase : Mens kumana, si agat in )» materiem, naturam rerum et opéra Dei contemplando, pro modo tna- » teriœ operatur atque ab eadem determinatur. Si ipsa in se veriatur, tarit> quam aranea texens telam, tune demum indeterminata est, et parit B telas quasdam doctrinœ, tenuitate fili operisque mirabiles, sed quoad » usum frivolas et inanes. En général, l'observation de Bacon ne s'a- » dresse qu'aux phénomènes sensibles ; l'induction appuyée sur cette » base unique ne portera pas loin. La philosophie qui devait sortir 9 d'une application aussi incomplète de la méthode ne pouvait être d qu'incomplète elle-même, et tristement incomplète. Le système de s la sensation transformée était au bout de pareils conseils, et Bacon » devait engendrer Condillac. Telle est l'importance des aberrations de la méthode. Les plus légères traînent à leur suite les erreurs les plus B graves, que l'on ne peut plus détruire qu'en remontant à leur prin- » cipe. La première aberration de la vraie méthode philosophique D vient de Bacon ; ses conséquences ne s'arrêtent qu'à Condillac, au- » delà duquel il n'y a plus de place pour aucune aberration nouvelle, » soit en fait de méthode, soit en fait de système. Consent-on à la méx> thode incomplète de Bacon? il faut consentir à toutes les lacunes du » système de Condillac; la faiblesse seule et l'inconséquence s'arrêtent » au milieu. Le système de Condillac dans sa rigueur choque-t-il la » nature humaine et l'observation la moins attentive? il faut remonter » jusqu'à Bacon et essayer de tarir le mal dans sa source,; il'faut em- » prunier à Bacon la méthode expérimentale, mais ne pas corrompre

(1) Voyez noire article Coniemplatwn dans VEneyehpédiefhuvètte, -^-^*Get aflScle se troQvera da/iS le Dictionnaire Philosophique k la fin de cette édiUoii.

360 RÉFUTATION DE LÉCLECTISME.

h d'abord l'obseryatioD en lui imposant un système. Il faut n'employer » que la mélbode d'observation, mais l'appliquer à tous les faits, quels » qu'ils soient, pourvu qu'ils existent : son exactitude est dans son ivor- » partialité; et l'impartialité ne se trouve que dans l'étendue. Ainsi » peut-être se ferait l'alliance tant chercliée des sciences métaphjsi- » ques et physiques, non par le sacrifice systématique des unes aux » autres, mais par l'unité de leur méthode appliquée à des phéno- » mènes divers (1). »

Voilà qui est clair, j'espère. M. Cousin est plus Baconien que Bacon lui-même, infiniment plus partisan de la méthode expérimentale. Bacon voudrait restreindre celle méthode aux phénomènes de la nature extérieure; M. Cousin ne le veut pas : il appelle la réserve de Bacon a corrompre l'observation par un système. » Quant à lui, il cherche a l'alliance des sciences métaphysiques et physiques dans l'u- B nité de la méthode, o Et H. Cousin a persévéré jusqu'au bout et persévère encore dans son sentiment à ce sujet; car voici son dernier mot dans sa nouvelle Préface :

« Ici comme ailleurs, comme partout, comme toujours, je me pro- » nonce pour cette méthode qui place le point de départ de toute saine D philosophie dans l'observation... La philosophie ne se distingue de la » physique que par la nature des phénomènes à observer (2). »

La philosophie une science comme la physique 1 une science directement objective comme la physique, une science.d'observation et d'expérimentation comme la physique et l'industrie ! Ah ! vous n'avez pas, ce me semble, profité de vos maîtres! C'était bien la peine d'employer si souvent la langue de vos maîtres Allemands, de parler si souvent du subjectif ei de Yobjectif, pour arriver à cette belle conclusion, qu'entre la philosophie et la physique il n'y a aucune différence de méthode, que le critériuip de certitude est le même, que ce sont, en un mot, deux sciences à mettre sur le même pied , deux sciences à considérer au même titre ! Mais dans la physique, l'objet est hors de nous; il appartient à un ordre de vie incommunicable à la nôtre. Dans la philosophie, au contraire, il s'agit avant tout de la vie du mot et du nùus, de la vie humaine soit individuelle, soit collective 1 Quoi ! cela n'établit pas une différence ! La vie subjective se fera sentir au sujet d'une façon directement objective, comme la vie des plantes, des animaux et des astres ! Encore une fois, ce n'était pas la peine d'étudier, avec Kant, avecFichte, avec Schelling, le subjectif et l'objectif, pour arriver là.

Et vous dites que vous avez adopté cette méthode sciemment, après

(1) Préface des Fragmenté, 18M.

(S) Préface de 1S33.

RÉFUTATION DE LÉCLECTISME. 361

avoir mûrement délibéré, et sachant bien qu'en philosophie tout dépend du choix d'une méthode. Laissons les phrases : vous vous trompez vous-même quand vous vous imaginez que vous avez adopté de propos délibéré la méthode expérimentale. Vous avez reçu cette méthode de ce que Ton pourrait appeler la queue du Condillacisme ; car vous avez commencé par être disciple de Condiilac ou de M. Laromiguicre, ce qui est à peu près la même chose; et vous étant ensuite tourné contre Condiilac, vous l'avez fait avec les formules de Fichie, tons avoir une inspiration propre et qui vous appartînt; et, ainsi différent en apparence, vous êtes resté pourtant avec la même méthode. Non, vous n'avez pas adopté volontairement la méthode dite de l'observation, vous l'avez reçtie; elle n'est pas chez vous le fruit de vos méditations, ni un résultat de votre choix; vous avez emprunté celte méthode de philosopher aux habitudes scientifiques du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième (1).

Vraiment H. Cousin a la main malheureuse quand il est question du Dix-Huitième Siècle ! S'agit-il de ce que ce siècle a de grand, de sublime, de vraiment divin, il n'est pas de mépris et d'^insulte que M. Cousin ne prodigue au Dix-Huitième Siècle; il va, comme nous l'avons vu, jusqu'à prosterner dans la poussière où les courtisans aiment à s'agenouiller les grandes et immortelles figures de Voltaire, de Rousseau, de Diderot. Hais s'agit-il de la partie erronée de l'esprit de ce même siècle, de la fausse application qu'on y a faite de la méthode des sciences naturelles en la transportant dans la vie du mot et du nous, oh ! H. Cousin n'a pas peur alors de se rattacher au Dix-Huitième Siècle : « L'esprit du Dix-Huitième Siècle, dit-il relativement à » la méthode expérimentale , n'a pas besoin d'apologie (i). i> C'est, je le répète, avoir la main malheureuse. Il y avait deux choses à considérer dans le Dix^Huitième* Siècle : son esprit novateur, son aspiration d'avenir, sa religion en un mot sous l'écorce de son incrédulité, sa foi à l'égalité, à la liberté, sa foi au progrès, à la perfectibilité, son aspiration vers un changement radical de la condition humaine y son éloignement des idolâtries diverses qui ont pesé jusqu'ici sur l'homme, cet élan en un mot de transformation et pour

(1) Je devrais citer uq autre maître de M. Cousin, un vrai et profond métaphysicien, M. Maine de Biran, qui a sans doote contribué beaucoup à égarer son disciple sur ce point. M. de Biran, comme je le dirai tout à Tbeure, se servait de inobservation psychologique pour établir une grande vérité ontologique. M. Cousin, qni a emprunté les idées de M. de Biran sans les bien comprendre, a tu \k une méthode, non seulement pour la psychologie, mais pour la philosophie tout eoUère. Il a été ainsi confirmé dans son choix de la méthode expérimentale à la fiiçon du Dîi-Huitième Siècle. Tandis que, par son inspiration, M. de Biran tendait à sortir de cette fausse méthode, M. Cousin y est rentré. imitatores!

(S) Préfiice de 1826.

362 RÉFUTATION DE I/ÉGUËCTISHE.

ainsi dire ée roétamorpbose qui a fNroduit la fiévokitkm Française, ef •qui ne s'arrêtera pas là. Sur tout cela, M. Gousiii a fermé les yeoxf ^jonf^létement fermé les yeux. La Charte de Louis XVIII lui a para le point culminant, le résultat définitif, et même le jugement péremptoiredu Dix-Huitième Siècle. Mais il y avait, en revanche, à dépoaîUer la pensée vivante de ce siècle de la forme qu'elle avait revMoe, la ten^ dance au pur Naturalisme, fruit de la méthode d'observation. Il fdlait montrer combien cette méthode a égaré le Dix^Huitième Siècle, comment elle a corrompu, autant qu'il était en elle, le souffle divîDqmanimait ce siècle. Il fallait enrouler leDix*Neuvtème Siècle dans une autre voie, le rappeler à la vie collective, à la vie spirituelle, par la méthode, non pas de robservatîon, mais de la conscience et du consentenieot unis. Et c'est précisément le contraire qu'a fait M. Cousin ; il a persisté, il persiste dans la méthode expérîmenlale. C'est là, dilil, lechrfd'œuvre de sa philosophie. Il hraite ia vie du nm et du nous à la manière des physiciens, par l'observation ; et il s'applaudit d'avohr, diC-il, € reconstruit le dogmatisme en partant de la méthode du siècle (f ). « Vous n'avez rien reconstruit; vous avez pris à la tradition du Dix- Huitième Siècle ce qu'il ne fallait pas lui prendre, ce qui n'est jar mais fécond, une forme, vrai caput mortuum que les siècles ahandonaent en oessmt d'être, comme la dépouille mortelle que nous confiotts à la terre en mourant, et vous avez délaissé l'esprit que cette forme recelait.

H. Cousin a écrit quelque part une belle page sur ce que sont l'un pour l'autre un siècle et un philosophe qui considère ce siècle : « Se- » Ion moi, dit-il, l'Humanité est inspirée. Le souffle divin qui est en » elle lui révèle toujours et partout toutes les vérités sous une forme a ou sous une autre, selon les temps et selon les lieux. A côté de VEvl - » manité est la philosophie, qui l'écoute avec attention, recueille «es i> paroles, les note pour ainsi dire, et, quand le moment de l'inspiraj> tion est passé, les présente avec respect à l'artiste admirable qm » n'avait pas la conscience de son génie, et qui souvent ne recoanatt » pas son propre ouvrage. » Gela est vrai, cela est beau ; quoiqu'il lallut dire aussi, ce que M« Cousin n'a pas dit, que le philosophe qui observe l'Humanité est inspiré comme elle : mais dans le cas présent de M. Cousin et du Dix-Huitième Siècle, je demande qui a manqué àson rôle, de l'Humanité ou du philosophe. Le Dix-Huitième Siècle a été un artiste admirable ; mais le philosophe, au lieu de recueillir a le souffle divin » en r^etant la a forme, » a fait précisément tout le contraire. Il a pris la forme, une fornae iraiisitoîre, une forme éphéoràpe, et il a négligé et méeonoiu l'hispiratioD.

(J) Préface de 1833.

RÉFUTATION DE L'ÉCLECTISHE. 983

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