‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 8 sur 55 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Suite. — Halebraiidit.

Malebranche, qui n'avait probablement aucune connaissance du chapitre des Pensées que nous venons de citer, puisqu'il n'a été publié que beaucoup plus tard, s'est rencontré avec Pascal sur l'idée mère de la doctrine du progrès; mais il est loin de l'avoir considérée et formulée aussi bien que lui. Énumérant les divers motifs qui font que les hommes ne se conduisent pas, dans la recherche de la vérité, par les lumières de leur propre raison, il indique « l'admiration excessive » dont on est prévenu pour les anciens, qui fait qu'on s'imagine qu'ils » ont été plus éclairés que nous ne pouvons l'être, et qu'il n'y a rien à 9 faire où ils n'ont pas réussi; un je ne sai^ quel respect, mêlé d'une » sotte curiosité, qui fait qu'on admire davantage les choses les plus )D vieilles, celles qui viennent de plus loin> et même les livres les plus j» obscurs : ainsi on estimait autrefois Heraclite pour son obscurité. On

» recherche les médailles anciennesy quoique rongées de la rouiUe, et » on garde avec grand soin la lanterne et la pantoufle de quelques an- 2> dens; leur antiquité fait leur prix. Des gens s'appliquent à la lecture 1» des rabbins, parce qu'ils ont écrit dans une langue étrangère, très » corrompue et très obscure. On estime davantage les opinions les » plus vieilles, parce qu'elles sont les plus éloignées de nous; et sans » doute si Nembrod avait écrit l'histoire de son règne, toute la poli- » tique la plus fine, et même toutes les autres sciences y seraient coq- » tenues, de même que quelques uns trouvent qu'Homère et Virgile D avaient une connaissance parfaite de la nature. Il faut respecter l'an- » tiquité, dit-on^ quoil Aristote, Platon, Épicure, ces grands hommes D se seraient trompés? On ne considère pas qu'Aristote, Plakm, Éfi- » cure, étaient des lunnmes comme nom, et de plus qu'au temps où nous 1^ sommes le monde est f lus âgé de plm de deux mille ans; qu'il a pltu » £ expérience, qu'il doit être plus éclairé, et que c'est la vieillesse du » mM\de et l'expérience qui font découvrir la vérité. »

Ces paroles de Halebranche, cette ironie amère contre l'antiquité, ne ressemblent-elles pas à l'ironie du Dix-Huitième Sièc)e? Et remarquez que Malebranche ne s'arrête déjà plus» comme Pascal, aux sciences exactes et d'observation. Il comprend toutes les reliques dans le même mépris. II s'attaque, en termes obscurs il est vrai, à Tantiquité sacrée comme à l'antiquité profane. Ce sont les théologiens qu'il a en vue. On dirait que par la politique de Nembrod il veut désigner la Politique fondée sur l'Écriture^ainte de Bossuet H embrasse aussi le champ de la littérature et de la poésie, comme celui de la science^ il fait allusion à la querelle littéraire qui naissait à cette époque. En un mot, le disciple de Descartes cherche des auxiliaires partout, et prêche à l'esprit humain la révolte la plus complète contre le passé, en apprenant aux hommes, comme il le dit, à voir par leurs propres yeux : a II B est assez difficile de comprendre comment il se peut faire que des gens > qui ont de l'esprit aiment mieux se servir de l'esprit des autres dans » la recherche de la vérité que de celui que Dieu leur a donné. Il y a B sans doute infiniment plus de plaisir et plus d'honneur à se conduire B par ses propres yeux que par ceux des autres, et un homme qui a de B bons yeux ne s'avisera jamais de se les fermer ou de se les arracher B dans l'espérance d'avoir un conducteur, b

Nous n'ajouterons pas d'autres citations pour prouver notre thèse quant aux sciences proprement dites.

On le voit, cette question de Y autorité en matière de science et de philosophie a été la question du Dix-Septième Siècle; elle a occupé tous les grands esprits de cette époque. Bacon, Galilée, Descartes, Pascal, Malebranche. A la fin du siècle, Leibnitz, peut-être par rivar lité contre Descartes, prit dans cette discussion le parti des anciens; il

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ch6rch«» dan$ deux ouinrages de sa jeuziesse (1), à les expliquer et à les concilier avec, les découTertes des moderaes. Mais le senUmeut du progrès ei de rencbalœment de toute chose était dès-lors si bien senti, que ce fut Leibnitz qui émit cet admirable axiome, où se retrouye encore en gerI^e Joute la Doctrine de la Perfectibilité : Ia préseni» engendré du pa$$i, esi gro» de P avenir.

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