CHAPITRE VIII
Doctrifie de la Perfectibilité relatifenent à la littérature et aux beaux-arts. — Charles Perrault.
De même que la protestation contre le pasté sous le rapport des * sciences sortit des découvertes scientifiques de la fin du seizième siècle et du commencement du dix-septième, et du sentiment que le» modernes conçurent de leur supériorité de savoir sur les anciens ; de nième la protestation contre le passé sous le rapport littéraire provint <fes beaux ouvrages d'art de la fin du seizième siècle et du commence* ment du dix-septième, et du sentiment que les modernes conçurent de leur égalité à cet égard avec les anciens.
'^ Cest ici vraiment la clôture du Dix-Septième Siècle et la porte d'entrée du Dix-Huitième. Nous allons trouver la Doctrine de la Perfecti- Mlité formulée de la manière la plus explicite dans cette phase de l'histoire littéraire célèbre sous le nom de Querelle de$ anciens et des modernes, mais jusqu'à présent encore incomprise. Et Ton ne dira pas, comme on aurait pu le dire du chapitre de Pascal, que c'est une échappée de vue, une idée sans conséquence, une de ces inspirations qui tombent dans Tintelligence et qu'on abandonne aussitôt; ici c'est une théorie étendue, c'est un thème favori sur lequel on s'arrête et sur le- ^el on revient sans cesse. Pendant cinquante ans des hommes se succèdent, répétant sans cesse les mêmes idées, et occupant tous leurs contemporains de cette question. On fait sur ee stget de gros livres et des épigrammes, les académies retentissent de la dispute, et la cour, i|Ui était alors toute la société, daigne s'en occuper, et se divise en deux partis } enfin pendant cinquante ans tout se teint de cette question d'étnancipation littéraire qui agite presque autant, quoique moins sérieusement, les esprits, que plus tard le fera l'émancipation religieuse, et piiïs tard encore rémancipation politique.
' ^ Hais si nous voulions raconter tout ce débat et les causes qui l'amenèrent^ ce ne serait rien moins que cette histoire philosophique de la littérature, dont nous parlions en conmiençant, qu'il nous faudrait
(1) De Arùtotele recentioribus reeoncili(Unli, et une réimpremioQ d*ua Uailé De verts principiis philosophandi contra pseudo-philosophM, avec une préface et dea notes, t670.
écrire. Nous laisserons donc ce sujet que nous aimerions à tr et sur lequel nous avons depuis longtemps rassemblé de curieux tériaux, pour suivre uniquement notre idée de l'engendremcnt ■ Doctrine de la Perfectibilité'. Qu'il nous suffise de caractériser en généraux les deux partis opposés dans la question littéraire, c'est-i le camp de l'autorité et des anciens, et le camp de l'émancipation la modernité.
Quaud on considère le développement de notre littérature, voit continuellement osciller entre deux sources d'inspiration rentes, la spontanéité et l'imitation. Au sortir du Hoyen-Age, apr trouvères et les troubadours, nous avons Harot et Rabelais; et pre , l'instant même vient l'école savante de Ronsard. Pois, la guerre no tous les peuples, et le Protestantisme agitant collectivement tout nations, il vint une époque dont on a dit qu'elle ressemblait à cette jadis si vantée de Sarrazin, la Pompe funèbre de Voiture, qui n rait aujourd'hui qu'un mélange bizarre de latin, d'espagnol, d'iti de français moderne, et de vieux français. C'est pourtant de cetti ment^tioQ et de ce mélange que sortit l'époque brillante el fonda taie de Richelieu, ce premier Dix-Septième Siècle bien supérie Dix-Septième Siècle de Louis XIV, puisqu'il comprend presque to grands génies que l'on est accoutumé de grouper autour du Qei narque, uniquement parce qu'ils ont prolongé leur vieillesse Ji sous son règoe^ mais ce n'était pas sous lui, c'était bien anpar qu'ils s'étaient formés : ils s'étaient trempés au milieu des guerr viles et des révolutions ; leur esprit avait pris racine dans ce siècl fois Italien, Espagnol et Français, où iout s'agitait pêle-mêle en rope, où tout Ëtat avait trois capitales, et où tout débat retentissai fois à ttome, à Paris, à Madrid. Alors ce n'était pas le calme m' chique et l'étiquette qui vint ensuite : c'était la guerre, c'était la ] 6u c'était la Fronde, la liberté, la licence, des passions bouillonni des caractères ûers et entreprenants, et une transformation gén dans les mœurs et dans les croyances. C'est à cette source que st mèrent tous les grands écrivains de cette première généra(i( Dix-Septième Siècle. Comment n'auraient -ils pas été empreints, haut degré, du imtiment modemef comment n'auraient-ils pa: leur inspiration dans les éléments qui les entouraient, dans la v la société présente, dans les croyances de leur époque? Les é d'ailleurs avaient été interrompues. On ne savait plus le grec; l'on étudiait la littérature latine (1), ce n'était pas du moins le i d'Augaste. Virgile et Horace n'étaient pas en très grand renon leur préférait Stace, Sénèque et Lucain. Le goût de Corneille poi
(I) Il j tTBll «ton beaucoup de poëtea comme RKao, qui ne nvall ni grec ni
trois auteurs était le goût de son temps. Qu'on examine donc bien le caractère de cette littérature de Richelieu^ on verra que l'inspiration y fut toute moderne, et qu'à ce point de Tue elle fait réaction contre l'école de renaissance du seizième siècle. Autant les poètes de la Pléiade étaient disciples fidèles des muses antiques, autant ceux du commencement du dix-septième siècle étaient libres du joug de l'antiquité; et quand ils s'y assujétissaient, c'était sans la connaître, et en la traye»tîssant plutôt à leur usage qu'en essayant de s'élever à elle.
Il s'avançait donc sur son déclin ce siècle littéraire de Richelieu, avec son œuvre entièrement accomplie, ses poèmes épiques (1) et ses odes sur des sujets modernes, où les anges, les saints et les démons remplaçaient les divinités antiques, avec ses romans allégoriques où les mœurs modernes et les histoires du temps se montraient sans se déguiser sous des noms anciens, avec ses contes à l'italienne, ses imitations de nos vieux fabliaux, ses rondeaux ressuscites de Marot, avec son burlesque (2), et surtout avec son théâtre où une inspiration toute moderne avait succédé aux imitations grecques de Garnier et de Hardy, avec son Cid et son Polyeucte, lorsqu'il rencontra tout à coup le jeune monarque et sa cour. Ce monarque nouveau, cette cour toute jeune, demandaient des plaisirs nouveaux. Il y eut alors une nouvelle oscillation de la littérature, et le classique revint.
Ce fut vers 1663 qu'eut lieu cette sorte de crise dans la littérature du Dix-Septième Siècle. Corneille avait alors près de soixante ans. Il y avait plus de vingt ans qu'il avait enfanté ses chefs-d'œuvre. Son génie, arrivé à son plus haut degré sous Richelieu, avait décru sous Mazarm, langui pendant la Fronde, et était alors à son couchant. Molière et Lafontaine avaient l'un et l'autre plus dé quarante ans. Molière avait déjà fait paraître la moitié des pièces qui composent son théâtre, et s'il n'avait pas encore produit ses chefs-d'œuvre, il était du moins dans toute la maturité de son génie. Lafontaine était également mûr : sa pièce de l'Eunuque avait paru depuis dix ans, et il commençait à publier ses contes. Au-dessous des grandes gloires de Corneille, Lafontaine et Molière, brillaient des gloires bien moins imposantes aujourd'hui ou même oubliées de nos jours, mais qui alors rivalisaient d'éclat avec elles. Sans parler de Balzac, dont Corneille, dix ans auparavant, avait regardé le suffrage comme un titre qui lui assurait Fimmortalilé, de Voiture, de Racan et de Segrais, une foule de prosateurs
(1) La Jérusalem, le Clovis, le Saint-Louis, rAlaric, laPuodle, etc.
(8) La Fronde donna naissance au burlesque. Le burlesque régnait depuis longtemps en ItaUe, qu*on ne le connaissait pas même de nom en France. On connaissait le grotesque, bien différent du comique, c'est-à-dire une manière d'outrer la naturs et de fhipper par la bizarrerie et par les contrastes; mais la bouffonnerie, le borlefrque, nous Tinrent de Tlialie. Les mazarinades mirent ce genre k la mode.
et de poètes ai:yourd'hui ridicules, à commencer par ChapelaiOi étaient alors en grande estime.
n se trouva que deux jeunes gens dont l'un sortait de Port-Royal où il s'était nourri des Grecs, et dont l'autre deyait toute sa Tie étudier laborieusement deux ou trois modèles de l'antiquité latine, publièrent alors leurs premiers vers. C'était une ode de la Nymphe de la Seine au roi , et des satires dont tout le sel était pris dans Horace, Perse et JuTénal. Ces deux poètes furent accueillis, récompensés; ils se firent courtisans. Racine mit la mythologie grecque sur le théâtre, tourna la tragédie à l'amour, pour une cour qui, suivant l'expression d'un contemporain (1], ne connaissait que l'amour et la galanterie (S). Boileau fit ses épitres, aussi adulatrices que mythologiques. Une sorte de goût, je ne dirai pas grec, mais classique et mythologique, se répandit partout, et commença à régner. Ce fut le Collège de France qui triompha, la littérature des écoles qui l'emporta.
Mais le vieux siècle se laissera-t-il battre ainsi? Le vieux siècle presque expirant se redressa comme un lion. On attaqua Racine au nom de Corneille ; et Racine tourna en ridicule, avec une ironie très amère, la plupart des pièces de Corneille (3). Alors s'engagea entre les partisans du vieux siècle et les novateurs classiques une guerre qui dura longtemps. Ce fut à qui s'emparerait du monarque : les uns mettaient à son service toutes les divinités du Parnasse, les autres faisaient comparaître devant lui la poésie héroïque en larmes :
On nous dit que sans eux (les dieux payens) tout ouvrage est stérile,
Que les fables des Grecs sont le seul champ fertile;
Qu*à leurs inventions on est accoutumé;
Que sans elles nul vers ne peut être estimé;
On inyoque sans cesse Apollon et les Muses;
On croit que par eux seuls les grâces sont infuses,
Que les irers n'ont sans eux ni force ni beauté.
Mais manquons-nous d'esprit et de divinité.
Pour aller emprunter, dans notre sécheresse.
De Tesprit et des dieux de Rome et de la Grèce? l
(1) VaUncoor.
(i) Od objectera pentp^tre qu'il y a deux pièces de Bacine puisées dans les livres safnta, et dont la cooceptiou se rapporte à ce que dous appelons le seutimeot moderne, EBtber et Athalie. Mais ces pièces, loia de détruire notre idée, la confirment pleine- [
nemenU Car Racine ne fit ces deux tragédies que pour sortir de ia voie où il avait marché. Tout le monde sait qu'après Phèdre il s*arrèta tontrè-coup, et quUl y eut lutte chez lui entre son art et sa religion. Bnfin, après dix ans de silence, il essaya de mettre d^accord ses croyances religienaes et son art. U fit Eslher et AUialie.
(8) Dans la pré&ce de la première édition de BritannicuSf lasa.
Cet État manque-t-il d'hommes ingénieux? .
Le vray Dieu ne peut^il ce qu'ont pu les faux dieux? Pourquoi faut-il aux Greos Céder là gloire entière? Nous les surpasserons^ en art comme en matière (1).
Puis bientôt le cbamp de la discussion s'étendit. La question fut d'à* bord de savoir si l'on devait employer dans le style la Mythologie antique qu le Christianisme^ si Ton devait prendre des sujets anciens ou des sujets modernes. De là on passa à sequereller sur le fond même des sentiments et des idées, et ce qui était arrivé pour les sciences arriva ponr la littérature; on se demanda si cette adoration et ce respect superstitieux po\ir yaqtjquité était noble et mérité.
De même que dans la question des sciences Tère moderne s'était présentée au combat avec les travaux du seizième et du dix-septième siècle, avec les découvertes de Galilée, de Fermât, de Boyle, de Torricelli; de même dans la question littéraire, les partisans des modernes se fondaient sur ceux des ouvrages d'art du seizième siècle qu'ils avaient appris à connaître et à sentir ; ils s'appuyaient autant sur leur littérature de Richelieu que surtout ce qu'elle avait étudié, goûté, admiré (S). C'était au nom de leurs modèles italiens et espagnols, qu'ils revendiquaient leurs droits, et le Tasse et Corneille étaient leurs héros d'avant-garde.
La cause des anciens eut son légiste : ce fut Boileau (3). La cause des
(1) Ssther, poëme héroïque par le sieur de BoisTal, ItTO. Ea tète est une pièce de vers inlitulée : L'exceilence et les flaintes de l^ peéeiâ hérvUque au roi. Gette année même ItTO, Desmarets de Saint-Sorlln, auteur de Clovii ( 161^ ) et de Marie-Made' leine ( 1609 ), publia la Comparaieon de la Langue et de la Poésie Françaises avec la Grecque et la Latine, et des Poètes Grecs, Latins et François, a On te fait juge, dit-Il 9 au lecteur, du plus grand UifTérend qui soit maintenant au monde et qui sera jamais, » puisqn*ils*agit de juger la Grèce, Rome et la France, les siècles passés et le présent, » et de juger encore si les François doivent céder pour jamais la gloire du langage ec » du génie aux Grecs et aux Latins, o
(i) Depuis le temps de Malherbe on discutait sur le mérite des productions de Tltalie. II est dit dans les Sentiments de V Académie sur le Cid, que « la poésie serait aqjour- » d'hui bien moins parfaite qa*elle n*e8t, sans les contestations qui se sont formées » sur les ouvrages des plus célèbres auteurs du dernier temps, \sl Jérusalem, iùPastor » fidOj etc. »
(S) On ne sait pas assez que VArt poétique de Boileau, ce code du dassicisma, qui a eu une si longue influence sur la poésie française, ne fut ea quelque sorte qu^un ouvrage de polémique. Quand les partisans des modernes émettaient une idéei Boileau prenait le contrepied de ceue idée, et enregistrait fièrement sa sentence. Ainsi tout ce qu*il a dit sur remploi exclusif de la mythologie, son arrêt contre les noms et lea si^eis modernes, son jugement sur le Tasse, Toubli qu*il a fait de Lafontafae, son Jugement sur Molière, tout cela tient I la question des aaciens et des modeines, tout cela fut inspiré par la passion. Un fait curieux, et qui n*a pas été remacqné» c'est que le quatrième chant de TArt poétique, où sont condensés tous lus dogmes du classi-
modernes eut pour défenseur un esprit philosophique remarquable : ce fut Charles Perrault ; Perrault que les épigranainçs de Boileau poursuivent encore dans les collèges, mais que Boileau ne pduyait pas comprendre, que Diderot admirait et mettait en tête du Dix**Holtiàme Siècle, et qui a fait les deux œuvres les plus diverses, le ParàOile des anciens et des modernes, et ces Contes dès fées qu'un écrivain de nos jours (i), sans doute par une prédilection idolfttrique pour les contes, appelle le chef-d'œuvre d'un siècle qui ne produisit que des chefed'œuvrc.
Grflce à Perrault, le champ de la question en ce qui touche à Témancipation littéraire fut parcouru tout entier. On ne s'arrêta pas à la comparaison du mérite littéraire des anciens et des nouveaux, d'Homère et des grands poètes modernes (2); on ne se contenta même pas d'analyser les sentiments et les idées qui entrent dans la composition des poésies anciennes, pour leur opposer les délicatesses de sentiment ou les idées perfectionnées des poésies modernes. On alla plus loin : la critique osa décomposer ces grands types consacrés, ces grandes figures d'Homère et de Moïse; elle osa nier l'existence du premier et l'authenticité des ouvrages du second en tant qu'ils ont été attribués à jon seul homme. On a regardé dans ces derniers temps comme un paradoxe tout moderne, et comme un des résultats les plus singuliers de là cri-
cisme et de la poésie mythologique , est une réponse i un ouvrage de Desmarets, la Défense du poème hénàque, avec quelques remarques sur les, œuvres satyriques du sieur Despréauù:, iPtl. On sait que Desmarets devint dévot mystique vers la fia de sa vie. Son Avis du SainUEspHt Ta fait considérer presque connne un insensé par toute récole de B(rileau. Mais il s'en iïkut qull mérite oe mépris. Il avait de l*imagînation et de la grandeur. li avait été ministre sous Richelieu, et ftit pour beaucoup dans toutes ses fondations littéraires. Ce fut lui qui le premier réclama en faveur du vieux siècle : « Il transmit, dit PellissoD, sa doctrine et son cèle à H. Perrault, en lui dé- 9 diant son livre : la Défense de la poésie et de la langue française (1675). »
(1) M. Nodier.
(9) « Noos ne comparons pas les hommes avoc les hommes, qui se sont toi^oiirs res* » semblés et qui se ressemMeroni touiours : c'estFà-dire que les grands génies d'un » siècle, regardés en ewx-mémesetdans leurs talents purement naturels, sont tou- » Jours égaux a«x gradds génies d'un autre siècle* Hais nous comparons les ouvrages » deé'ancieM avec eeax des modernes; et i'avftDtage d'être venus les derniers est si 9 {ItHtM/ é(u6 plusieurs ontragetées modernes» quoique leurs auteurs soient, d'un génie i^'mêtfieeM^^tent'mleinrtine'pliisîmifs ouvrages des pkis grands hommes de l'auti-
-o*"' s Je pourrais vous faire voir, en examinant toutes les passions les unes aprèe les
B autres, qu'il y a mille sentiments délicats sur chacune d'elles, dans les ouvrages de
* ' *' » noA âmears, dans leors traités de morale» dans leurs tragédies, dans leurs romans,
^^^^ »el Qkns lèmrs pièces d'éloqnenoe, qti ne se rencontrent point chez les anciens^ Pans
' »'les tetiles tragédies de Corneille, il y a plus de i>enséûs fines et délicates sur i'am-
» bition, sur la vengeance, sur la jalousie, qu'il n'y en a dans tous les livres de l'an-
» tiquité. » ( PBBHAin.T, Pattdlèle^i. Il, p. SQ.)
tique philosophique, l'opinion de Woss sur Homère : ce paradoxe datait de cent ans (i) ; Perrault et D'Aubignac ont devancé Woss d'un siècle, et, ^appuyant comme lui, sinra aussi savamment, des divergences et des contrastes que présentent l'Iliade et l'Odyssée, ont comparé, comme lui, ces deux grands poèmes aux chants populaires, aux produits spontanés d'une ou de plusieurs générations d'hommes, et, en les attribuant à plusieurs auteurs, ont rendu à l'Humanité ce que l'on avait attribué au génie unique d'un homme quasi-divin. Il y a plus, on appliqua la même idée à la Bible. On fit des livres pour démontrer que la Bible, et même eu particulier la Genèse, étaient des recueils d'espèces de mémoires ou chroniques anciennes -, on chercha à découvrir leurs soudures et les pièces de rapport qui les composaient (2). Certes, après des travaux aussi étendus et suivis avec une telle insistance, on ne trouvera pas étrange que nous attribuions une grande importance à la querelle des anciens et des modernes.
Mais, laissant ici, pour n'y pas revenir, toute l'histoire de cette querellera), nous allons présenter une brève analyse du livre de Charles Perrault.
n pose pour fondement que la nature est immuable dans ses productions (4), et qu'elle forme dans tous les temps un certain nombre d'excellents génies parmi la foule des esprits communs et ordinaires. La
(1) « D*exceUent8 critiques sontiennent qa*il n*y a jamais en aa inonde an homme » nommé Homère qui ait composé les TiogtHittatre livres de l'Uiadeet les vtngtKiuaUre » livres de i^Odyssée* Ils disent qne THiade et TOdyssée ne sont qu*une collection de » plusieurs petits poèmes de divers auteurs qu*on a joints ensemble. Voici comme ils » s'expliquent. Hs disent que dans le temps où Ton prétend qoe ce grand poète a vécu, » rhistoire du siège de Troie était un stjet qui occupait tous les poètes... L*abbé p D*Aubignac avait des mémoires tout prêts... On nous assure qu*on travaille là-dessus » en Allemagne, où ces mémoires ont peut-être passé. » (PimmAULT, Parallèle, U III» p. 33 et suiv.)
(S) Dès le di^-septième siècle, le savant médecin Hecquet fiaisait un ouvrage pour prouver que les livres bibliques attribués à Moise, et qui sont la source primitive de toute Tantiquité juive et chrétienne, portent matéri^ement la trace de chroniques différentes et de diverses époques, réunies et compilées. Un homme qui précède de loin toute la critique du dix-huitième siècle, et qui, dès rentrée de la carrière, It dépasse d'une prodigieuse hauteur, en même temps qu'il a ouvert une nouvelle route à l'esprit humain, Spinosa, fût conduit à traiter, avec son génie philosophique et son érudition spéciale, le même sujet, dans un chapitre de son Tractaius tfieologio(hpoliticw, Cest sa critique que Volney a reproduite, avec des développements qui lui sont propres, dans ses Recherches nouvelles sur Vhistoire ancienne,
(3) Depuis que ceci est écrit, H. Alfred Hichiels a tracé de ceUe querelle des anciens et des modernes un tableau plus étendu dans les premiers chapitres de son Histoire des idées littéraires en France, Nous renvoyons le lecteur à ce remarquable ouvrage (1851.)
(4) Nous sommes loin d'admettre aujourd'hui cette immuabilité, ce cercle étemel de la nature dans ses productions.
nature a entre les mains une certaine pâte qui est toujours la même, et dont elle façonne les hommes, les animaux et les plantes. Pourquoi les ceryeaux des hommes auraient-ils été mieux disposés autrefois qu'aujourd'hui? Les arbres auraient donc été aussi plus grands et plus beaux; car si la nature était alors plus jeune et plus vigoureuse, les arbres, aussi bien que les cerveaux des hommes, auraient dû se sentir de cette vigueur et de cette jeunesse. Les anciens et les modernes sont donc égaux sous le rapport des dons naturels. Mais comme les sciences et les arts sont un amas de règles et de préceptes, il est nécessaire que cet amas augmente avec le temps, chaque siècle laissant un héritage à ceux qui le suivent. Ainsi se continue la vie de l'Humanité : le type humain ne dégénère pas, les dons naturels restent les mêmes, mais les biens acquis croissent toujours. Éclairés par les découvertes de ceux qui nous ont précédés, et par leurs fautes mêmes, il n'est pas surprenant que nous les surpassions : pour ne faire que les égaler, il faudrait que nous fussions d'une nature fort inférieure à la leur, il faudrait presque que nous ne fussions pas hommes aussi bien qu'eux.
Voilà la base philosophique que Perrault donne à tout son Parallèle. C'est dans cette vue qu'il avait' entrepris d'examiner toutes les sciences et tous les arts, ce afin de voir, dit-il, à quel degré de perfection ils i> étaient parvenus dans l'antiquité, et ce que l'expérience du Genre » Humain y a depuis ajouté. » Malheureusement ni lui ni son siècle n'étaient capables d'une telle appréciation, et il le sentait bien : a Si je » suis blâmable en quelque chose, dit-il, c'est de m'être engagé dans » une entreprise au-dessus de mes forces. Un tel dessein n'a presque » point de bornes; mais j'en dirai assez pour convaincre quiconque osera s'arracher à la prévention et se servir de ses propres lu- » mières; et il ne manquera pas, par la suite, de s'élever d'excellents » esprits qui, trouvant l'opinion préparée, viendront mettre la dernière main à mon entreprise, et traiter cette matière dans toute son » étendue. »
N'est-ce pas une chose admirable qu'un homme ait tenté, au dixseptième siècle, une entreprise aussi gigantesque et dans un tel dessein? Qu'importe qu'il n'ait fait qu'une ébauche, et que cette ébauche soit faible et entachée d'erreurs? Ce n'en est pas moins, à notre avis, un des plus grands livres du dix-septième siècle, que celui où l'on discute les progrès successifs de l'esprit humain dans les mathématiques, la physique, l'astronomie, la médecine, l'architecture, la sculpture, la peinture, l'éloquence et la poésie; car l'ouvrage de Perrault embrasse tout cela, et tout cela y est traité méthodiquement. Nous n'aimons pas à faire des reproches aux hommes qui ont rendu quelque service à l'Humanité, quoique cependant il y ait une justice que la postérité est appelée à exercer; mais, en vérité, était-ce Boileau qui pouvait appré-
cier Tauteuf du Parallèle des anciens et des moderne^ ? Pour juger un A grand esprit philosophique, il fallait Diderot, qui au dix-huitième siècle porta le poids de Fencyclopédie.
Nous n'entrerons pas dans l'examen du livre de Perrault; ses appréciations historiques et critiques ne nous importent pas ici : c'est à ses formules et à ses idées dogmatiques que nous devons nous attacher.
D'abord l'identité de la doctrine de Perrault. et de celle de Pascal se retrouve jusque dans les expressions (i). Pour le prouver il nous suffira d'un passage :
L'abbâ. a Figurons-nous que la nature humaine n'est qu'un seul » homme : il est certain que cet homme aurait été enfant dans l'en- » Cance du monde, adolescent dans son adolescence, homme parfait » dans la force de sou âge, et que présentement le monde et lui se- » raient dans leur vieillesse. Cela posé, nos premiers pères ne doiventils pas être regardés comme les enfants, et nous comme les vieillards » et les véritables anciens du monde ?.. . Les derniers venus ont comme 1» recueilli la succession de leurs prédécesseurs, et y ont ajouté un grand » nombre de nouvelles acquisitions qu'ils ont faites par leur travail et B par leur étude. *
Lb PRÉsiDBirr. a Selon votre raisonnement les hommes du neuvième et du dixième siècle auraient été plus habiles que tous ceux de l'an- » tiquité, quoique l'ignorance et la barbarie n'aient pas moins régné » dans ces deux siècles que la science et la politesse dans celui d'An- » guste. I»
L'abbé, a II n^est pas malaisé de répondre à cette objection. Quand B on dit que les derniers temps doivent l'emporter sur ceux qui les précèdent, cela se doit entendre quand d'ailleurs toutes choses sont » pareilles ; car lorsqu'il survient de grandes et longues guerres qui » ravagent un pays, que les hommes sont obligés d'abandonner toutes 9 sortes d'études pour se renfermer dans le soin pressant de défendre » leur vie ; lorsque ceux qui ont vu commencer la guerre sont morts»
(1) Il est très probable que Perrault, de même que Ualebrancbe, n*avait aucune connafttaDce du chapitre de Pascal que nous avons cité ; car, comme nous Tavons d^ià dit, ce morceau ne fut pas publié par les éditeurs du manuscrit des Pensées, et il ne ftit connu qu^an dix-huitième siècle. Mais la parfaite concordance, comme idée et comme image, de la formule que Pascal, Hfalebrancbe et 'Perrault exprtmafeat prltoqte à la même époque, n'a rien qui doive surprendre. L'idée deTHuInaitité coiii^réa à un bomme vivant éternellement fbt'une de ces pensées qui naissent dans plusieuis tètes à la fois lorsque tout concourt à les faire ùclore.
» et qa'il Tient une nouTelle génération qui n'a éfsé élevée que dans le » maniement des armes, il n'est pas étrange que les arts et les sciences » s'éTanonissent pour un temps, et qu'on voie régner en leur place » rignorance et la barbarie. On peut comparer alors les sciences et les » arts à ces fleuves qui viennent à rencontrer un gouffire où ils s'abt- » ment tout à coup, mais qui, après avoir coulé sous terre dans Téten- » due de quelques provinces, trouvent enfin une ouverture par où on ft'Ies voit ressortir avec la même abondance qu'ils y étaient entrés. Les » ouvertures par où les sciences et les arts reviennent sur la terre sont B les règnes heureux des grands monarques, qui, en rétablissant lé » calme et le repos dans leurs états, y font refleurir toutes les belles » connaissances. Ainsi ce n'est pas assez qu'un siècle soit postérieur à » an autre pour être plus excellent, il faut qu'il soit dans la prospérité » et dans le calme, ou, s'il a quelque guerre, qu'elle ne se fasse qu'au ^ » dehors. Il faut encore que ce calme et cette prospérité durent long- * » temps, afln que le siècle ait le loisir de monter, comme par degrés, » à la dernière perfection. Nous avons dit que dans la durée générale B des temps depuis la création du monde jusqu'à ce jour, on distingue X» diflTérents âges : on les distingue de même en chaque siècle particu- B lier, lorsqu'à l'issue de quelque grande guerre on commence tout de o nouveau à s'instruire (i). »
On retrouve dans ce passage l'idée même de Pascal sur la vie de l'Humanité exprimée de la même manière; mais on voit en même temps se déceler quelque chose de plus avancé. Pascal avait dit : <r La » suite des hommes pendant le cours de tant de siècles doit être conai- » dérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui appread i»jContinuellement. » Mais il n'avait vu dans le progrès de l'Humanité qu'une série toujours ascendante ^ns discontinuation et sans crise, une addition continuelle. Or, bien que cette première formule d'un progrès continu et incessant nous paraisse de toute vérité, il n'en restait pas moins à déterminer les lois de cette série du progrès continu. C'est un travail immense, et qui aiyourd'hui même est à peine commencé. H n'existe encore sur ce siyet que quelques vues déduites à priori de cette formule : « La vie de l'Humanité (ou comxne l'appelle Pasoal, de Vhomme ' » uni^)er$el ) est comme la vie de l'homme indii^u : eUe a son enfance» » sa jeunesse, sa virilité. »
On sait quel bruit et quel usage on a fait dans ces derniers temps de cette formule. On la retrouve sous des transformations différentes dans plusieurs écrivains de notre époque. Elle a fait la. base de plusieurs, systèmes ou quasi*systèmes. U y a.qudques années, M. Cousin, aa la
(1) PEMAAXJLTf Parallèle^ lome I.
W LIVR. TOM. n. F* 4.
transportant d'Allemagne en France, sans en avoir le sentiment, pnisque^ chose inconcevable! il ne la rattacha Jamais i la Docirine de la perfectibilité dont elle émane, et sans laquelle elle n'a aucun sens; IL Cousin, dis-je, essaya de planer avec elle sur tout le monde de Thiatoire^ et, l'appliquant à tout, religion, philosophie, art, question de l'Orient, question de la Grèce, question du Moyen-Age, parvint à faire par son emploi, si j'ose ainsi parler, une espèce de concert philosophique (i). Il semblait que ce fût la grande découverte de la philosophie de l'histoire, et une vérité toute neuve, à laquelle personne n'a^ vait encore songé. Vers le même temps, M. Auguste Comte faisait de cette distinction des âges successifs de THumanite la base de son systeme (2). H. Ballanche, M. d'Eckstein» la laissaient souvent percer comme le phare qui les guidait dws leurs considérations générales sur la vte de l'Humanité.
Or il est remarquable que Chartes Perrault s'est continuellement servi de cette formule.
En effet, quand on extrait du livre de Perrault la partie philosophique, on obtient les propositions suivantes :
Toutes les facultés de la nature humaine se retrouvent à toutes les époques;
Ces facultes ne sont pas plus grandes à une époque qu'à une autre ; mais leurs résultats successifs s'accumulent ;
Par une conséquence nécessaire, quoique les facultés de l'homme soient finies et bornées, celles de l'Humanité croissent toiyours;
Mais elles ne croissent pas proportionnellement ; * Par cela même que l'Humanité se dévetoppe; il est impossibte qu'il y ût similitude de développement entre ses facultes; car lorsque les ma* teriaux de la réflexion n'étaient pas encore réunis, l'imagination devait nécessairement avoir tout dans son domaine;
L'Humanité est donc comme l'homme, elle a commencé par avoir proportionnellement plus d'imagination ;
Dans l'homme physique, la tete du fœtus est proportionnellement plus grosse que celle de l'adulte ; dans l'homme intellectuel, l'instinct» l'imagination, la réflexion, dominent successivement. La même succession, la même variation, la même loi d'équilibre a lieu dans l'Hu-
(1) Leçons de M. Cousin, première année.
()) « En étudiant te développement total de Tintelligence homainedans ses diverses » sphères d'activité, depuis son premier essor Jusqu'à nos jours, M. Auguste Comte •croit avoir découvert une grande loi fondamentale. Cette loi consiste en ce que cha- » que branche de nos connaissances passe successivement par trois états théoriques m différents : FéUt théologique, Tétat méUpbysique, et Tétat sdentifique. »
manité. Toujours Tunité, partout les mêmes éléments, mais dans des proportions difTérentes.
D'où Perrault concluait : L'Humanité, comme l'homme, a dû, de toute nécessité, avoir son enfance, sa jeunesse, sa virilité } mais, ajoutait-il, il n'est pas nécessaire qu'elle ait de déclin (i).
n disait encore : Chaque époque de l'Humanité est comme l'homme et comme l'Humanité tout entière, c'est-à-dire chaque époque distincte de l'Humanité a son enfance, sa jeunesse, sa virilité, et de plus son déclin ; car il reconnaissait pour les époques une nécessité de décadence tout à fait étrangère aux guerres, aux discordes civiles, aux catastrophes de tout genre qui assiègent les nations.
Ainsi, misère des premiers commencements de l'Humanité, ensuite un âge de spontanéité où Timagination est exubérante, puis développement éternel s'opérant par crises analogues : telle paraissait à Perrault la vie de l'Humanité considérée dans son ensemble et dans sa succession. C'est ce qu'il exprimait en disant : L'Humanité est comme fhomme.
Voilà donc une première loi que les partisans des modernes découvrirent, qui taisait véritablement le fond de leur doctrine, et qu'ils rendaient par une formule à laquelle nous ne saurions rien changer aujourd'hui : seulement on l'a prise de nos jours dans un sens plus étendu, et elle a reçu plus d'applications.
Nous ne décidons pas sur la valeur de cette théorie, et nous n'avons pas à nous expliquer sur les conséquences qu'on en a déduites dans ces derniers temps. Nous constatons seulement le point où la philosophie de l'histoire et la Doctrine de la Perfectibilité étaient arrivées dès le dixseptième siècle en France.
Sans doute Perrault était bien loin d'apercevoir tout ce que son principe contenait, et d'en tirer des inductions comparables à celles qu'on en tire aujourd'hui. Certes il ne songeait ni à l'Orient ni aux théocraties orientales, ni à ce qu'on appelle révélation primitive, ni comment s'était opéré le développement et l'émancipation successive de la philosophie, de l'art, de l'état, de tous les produits de l'Humanité, absorbés d'abord par la religion. En un mot, il ne s'occupait pas, dans une magniflque synthèse, de retrouver partout l'homme tout entier et toutes ses facultés, tantôt développées, tantôt rudimentaires et à l'état d'enveloppement; et il n'était pas assez psychologue pour expliquer par la psychologie le monde de l'histoire, ce monde qui n'est que la réalisation des facultés de l'homme individuel multipliées dans des proportions différentes. Il ressemblait plutôt à un géomètre qui, à propos
(1) A moins qu'on n'entende par déclin le passage à une Humanité nouvelle.
«i DE LA DOCTRINE DE LA PERFECTIBILITÉ.
if tfn cas particulier, aurait trouvé une formule générale, sans se douter de tout ce qu'elle recèle et des applications qu'on pourrait en faire. Ce fut la logique qui le conduisit à son principe, et non Thistoire, qu'il ignorait et qu'on ignorait de son temps. Hais il faut pourtant lui rendre cette justice que dans le point de vue étroit où cette discussion était alors renfermée , il appliquait avec assez de tact son idée des dge$ suc- CHrifi ift l'Bumanité. Ainsi il ne faisait pas difficulté- de convenir que ieè anciens avaient fort bien pu exceller dans l'éloquence et dans la poésie^ car ce développement de la poésie coïncidait suivant lui avec la période même où il s'était opéré. Seulement il soutenait que rbotnme étant toujours le même^ l'Humanité serait toujours également capable des choses auxquelles sa jeunesse avait été propre, et qu'elle le serait toujours de plus en plus de celles qui conviennent à la virilité.
Pbur terminer sur ce point, nous dirons que Pascal a trouvé la démonstration de la série humanitaire, mais que Perrault a cherché la hri de cette série et en a donné une formule. Pascal avait bien comparé rHumanité à un homme, il avait même été jusqu'à comparer les âges successifs de l'Humanité aux âges de la vie humaine. Mais ayant borné sa vue aux 8ciencei,\l n'avait différencié ces âges que sous le rapport du savoir ou de l'ignorance : c'était les différencier uniquement sous le rapport de la quantité de connaissances -, la série était, dans son idée, du plus ou du moins. Voilà ce qui ressort du passage que nous avons cité. Perrault a été le metteur en œuvre de la découverte de Pascal : i* en essayant de la démontrer pour les sciences dans un large cadre historique ; ^ en la généralisant par l'application qu'il en fit aux sentiments, aux mcmrsy à la littérature, et aux arts, tandis que Pascal n'a* vait pensé qu'aux sciences exactes et éF observation; 3^ enfin en ajoutant une seconde formule à la formule de Pascal, c'est-à-dire en cherchant à déterminer la loi de la série du progriSy tandis que Pascal n'avait élar bli que la série.
CtfAVlTAB IT.
suite. -^ FotlcDeUê et LA MqÎIm.
. Fontenelle reput de Perrault la tradition de la Doctrine de la Perfectibilité. Cette succession, et, pour ainsi dire, cet héritage, lui convenait d'autant mieux que, neveu de Corneille, c'était en quelque sorte la gloire de sa famille qu'il défendait, en soutenant cetie cause des modernes qui avait levé l'étendard au nom de Corneille.
On s'est demandé quelquefois quelle avait été l'influence réelle de ce philosophe qui vécut une si longue vie partagée entre le Dix-
Septième et le Dix-Buttième Siècle, et chmt les éerita panaiaseQt capen^ dant si pâles et si eiàcés, de ce philosophe qui disait h^ru^^jffie qffp fifil avait la main pleine de Yérités, il ne les lateseraii échapper qu'quie è une.
Toute son influence, et eHe a été grande, lient à ce qp'il fjut P^ofpqdément et également pénétré dans tout soa être de ce sentîiEiient d'^r manctpation et de progrès qui unit les deux siècles. Après Ifss inventeurs viennent les vulgarisateurs. Fontenelle fut le vrai vulgarisateur des travaux les plus généraux du Dix*-Septième Siècle.
Dans ses Mondes il vulgarisa les idées de Galilée, dont le Disçou)^ sur les mondes est un chef-d'œuvre bien supérieur, môm^ comme style, au livre de Fontenelle.
11 s'attacha au Cartésianisme, mais sans riepouss^ la Qfïét^pde (|e l'expérimentation. Dans ses Éloges, il eut la sagesse de ne pas IJ^ii^e pencher la balance plutôt d'un côté que de l'autre, et il fut fidèle à 8û|1 principe du progrès jusqu'à accepter sans trop de mauvaise grâce 1^ découvertes de Newton.
n préluda à l'émancipation religieuse par sa critiquée des miracleMS.
Uni avec La Mothe, ils portèrent l'émancipation littéraire sur des questions de forme d'art où les partisans des modernes, agissï^ti W hom du Dix-Septième Siècle de Richelieu, n'auraient pas osé les pointer. Ils formèrent ainsi une nouvelle génération de novateurs et de partisans de la doctrine du Progrès. En révolte décidée contre les dieux çt les lois du Parnasse, ils essayèrent de fonder une nouvelle poétique, dont le naiurel était le mot d'ordre. La Mothe, qui la mit en pratique, et ceux qui l'imitèrent, purent manquer totalement de génie poétique; mais il n'y avait pas moins une portion énorme de vérité dans leurs principes. Voltaire, disciple en poésie de l'école mythologique autant que novateur en religion, ne comprit pas plus cette question qu'il n'avait compris la querelle de Boileau avec Perrault. Diderot la comprit. Quand nous exposerons le Dix-Huitième Siècle, nous montrerons ce qui est dû à l'influence de La Mothe et de Fontenelle sur la littérature de ce siècle, et comment les idées qu'ils soulevèrent se lient à ces idées de la liberté en littérature, du naturel dans la poésie, de la réforme du théâtre, de la réforme du vers, etc., qui, sous le nom de Qom^itisme, sont venues de notre temps détrôner le classique et le stjle mythologique.
Enfin Fontenelle conserva et soutint pendant soixante ans la tra(}ition de la Doctrine de la Perfectibilité tant dans les sciences ex9f^{^l d'observation que dans la littérature et les arts.
On voit par les ouvrages du temps q^'il fit passer non seuleoMPt éans les académies, mais jusque dans l'enseignement des wUég^ le sentiment de la supériorité de la modernité sur l'antiquité.
Cependant il n'ajouta rien aux formules de Pascal et de Perraulty et nous n'avons trouvé, dans son IHêcours sur le$ Modeme$, qu'un insolent plagiat du ParalUle de Perrault, qui n'y est même pas cité une seule fois. Mais là encore il eut l'art de résumer, en quelques pages d'un style élégant et concis, ce que Perrault a dinéminé dans un ouvrage prolixe et négligemment ^rit
Pour montrer l'identité des idées de F<Hitenelle avec celles de Pascal et de Charles Perrault, nous citerons un passage qui résume tout ce qu'on trouve développé ou répandu dans les écrits de Fontenelle sur la question du Progrès :
i Un bon esprit cultivé et de notre siècle est, pour ainsi dire, com- » posé de tous les esprits des siècles précédents; ce n'est qu'un mènae » esprit qui s'est cultivé pendant tout ce temps-là. Ainsi cet homme » qui a vécu depuis le commencement du monde Jusqu'à présent, a eu » son enfance, où* il ne s'est occupé que des ^besoins les plus pressants » de la vie ; sa jeunesse, où il a assez bien réussi aux choses d'imagi- » nation, telles que la poésie et Téloquence, et où même il a com- ]> mencé à raisonner, mais avec moins de solidité que de feu ; et il est » maintenant dans l'ftge de virilité, où il raisonne avec plus de force et » de lumière que jamais. Cet l^omme même, à proprement parler, » n'aura point de vieillesse ; il sera toi^ours également capable des choses anquelles sa jeunesse était propre, et il le sera toujours de plus » en plus de celles qui conviennent à l'Age de virilité ; c'est-à-dire, pour 9 quitter l'allégorie, les hommes ne dégénèrent jamais, et les vues sai* » nés de tous les bons esprits qui se succéderont s'ujouteront toiyours 9 les unes aux autres. »
GHAPITEE X.
CondDfioii de ee Premier Mémoire.
Arrêtons-nous ici, sur les confins du Dix-Huitième Siècle. Peut-être ailleurs essaierons-nous de tracer la suite et l'enchaînement des travaux de ce Siècle lui-même. Nous montrerons comment Vidée de k Philosophie, c'est-à-dire la Doctrine de la Perfectibilité, a été se manifestant et s'explicifant toujours de plus en plus; comment, de l'école de Charles Perrault, de Fontenelle et de La Hothe, elle s'est transmise, particulièrement par Diderot, à l'école de Turgot et de Condorcet ; et ainsi nous arriverons à la Révolution Française et à notre époque. En même temps, à côté du développement de la Doctrine de la Perfecti-> bilité, nous suivrons les formes diverses et continuellement changean-
tes du Jtafiorudiime, et dous montrerons la connexité de ces deax dé- Teloppemaits. Pendant que certains philosophes élaboraient ayec nn admirable génie des idées fragmentaires puisées soit dans l'expérimentation par les sens, soit dans la conscience , et pendant que toutes les sciences particulières se créaient ou s'enrichissaient par les deux méthodes de l'analyse et de l'expérimentation, nous verrons une doctrine générale, la Doctrine du Progris, la Philosophie, en un mot, ou la Religion, comme on voudra l'appeler, se former peu à peu, et, prenant consistance tantôt sur un points tantôt sur un autre, suivant un plan régulier et nécessaire, arriver enfin à l'évidence et à l'étendue qu'elle a aiyourd'hui.
Mais sans attendre l'exposition systématique que nous voulons faire des travaux du Dix-Huitième Siècle, nous pouvons conclure de ce qui précède que la Doctrine de la Perfectibilité remonte au Dix-Septième Siècle; et si Jl'on nous demande les pères de Turgot, de Condorcet, de Saini^ $mon, nous pouvons nommer sans crainte Bacon, Galilée, Descartes^ comme ayant préludé à la Doctrine du Progrès par leur émancipation du passé, et en donnant naissance au sentiment réfléchi de la modernité d'une part, et, d'une autre part, au nationalisme, que Descartes ea particulier a érigé en Philosophie ; mais surtout nous nommerons Pascal, Halebranche, Charles Perrault, Fontenelle, comme ayant positivement formulé la Doctrine de la Perfectibilité. A ces émancipateurs sous le rapport de la science et de la littérature, personne ne refusera d'^youter, comme émancipateurs sous le rapport religieux et politique. Voltaire et Jean-Jacques; de plus, nous prouverons que Diderot a continué à émettre, comme base générale de la Philosophie, la Doctrine du Progrès; et enfin tout le monde sait que l'école de Turgot et de Condorcet s'est présentée à la fin du Dix-fiuitième Siècle comme la légataire de ce &ècle, avec la Doctrine de la Perfectibilité r
Voilà la généalogie et la tradition. Et certes on ne dira pas que cette origine est incertaine, et on ne niera pas à ceux qui soutiennent aujourd'hui le dogme du Progrès l'éclat de leur filiation et la certitude de leur descendance. Dans toute cette analyse, en effet, nous ne sommes pas sortis et nous ne sortirons pas de la grande route ni de la lî^ gne droite -, je veux dire que nous avons laissé et que nous laisserons de côté les utopistes et les rêveurs, les Horus, les Vauban, les abbés de Saint-Pierre, les Fénelon, quoiqu'à la longue les utopistes et les rêveurs comptent aussi dans le monde. Hais ce sont les chefs reconnus du Dix-Septième et du Dix-Huitième Siècle que nous avons voulu considérer (i)*
(1) Nous arons aégligé antsi, et à deîiein, de perler de Vloo, qui d'aillears appartient ao commeocement da dix-bidUèiiie siède. Il e été beauooap question de Yicô
M DE LA DOCTRINE DE LA PERFEGTIBILITl
Donc, d'après lèutB textai BièiiiaSi oe sont eux qui ferment h chaîne traditioBoeUe; car c'est en eux et par eox que cette Doctrine du Progràa, qui doit régénérer ks inonde, s'est développée. Il n'y a plus lien, ee Û0M6 semble, de faire combaUre entre eux, comme des races enne- «nier, le DixrSepUème et le Dix*Huitîème Siècle; H n'y a pins lien de diviser et d'opposer, par la base et le fond des choses, ce qui est identi- |
fue par la base et le fond. Le Rationalisme de Descartes et de Bacon est bien le Rationalisme des philosophe» qui leur ont succédé ; mais surtout (car c'est là ce qui nous importe le plus) la théorie de la Perfectibilité de Pascal est bien la théorie de la Perfectibilité de Gondorcet. En s'élevant haut, Descartes et Pascal, Perrault et Footenellé, Diderot, Voltaire et Jean-Jacques, Turgot et Gondorcet, le Dix-Septième et le Dix-Huitième Siècle, forment une chaîne non interrompue. On cornmenoe par la Doctrine de la Perfectibilité, on finit par elle. La Doctrine de la Perfectibilité n'est donc point une invention nouvelle, ni un fruit wormal de l'esprit humain, éclos an hasard et par une sorte de génélalîoQ spontanée. Mais, comme le firuit normal, qui est à la fois semence de l'arbre et produit de l'arbre, qui se {dante en terre et repose long-temps inaperçu, pour reparaître ensuite à la cime de l'être qu'il ^ engendré; ainsi la Doctrine de la Perfectibilité ftat le germe déposé dans l'esprit humain au dix-^ptième siècle, sans que ceux mêmes qui le semaient eussent conscience de ce qui allait en éclore, et cette même doctrine, cent ans plus tard, est sortie éclatante de. tous les rameaux du Dix-Huitième Siècle parvenu à son développement. Et maintenant ijp'elle brille sur nos têtes et sous Tazur du ciel, que ce n'est plus un ^erme unique, obscurément enfoui, et mourant pour renaître, mais une couronne de fruits et en même temps une abondante moisson de germes nouveaux qu'il nous faut à notre tour féconder pour une reproduction noiivelte» c'est avec joie et avec un sentiment religieux qXLe nous devons contempler cette origine. Cest une grande joie, en i^t, et une grande certitude que de sentir le Dix-Huitième Siècle reo>Qquis, pour ainsi dire, à la foi religieuse de l'avenir, et de pouvoir ilire : Le Dix-Quilîèaae Siède procède de la Doctrine de de la Perfec- Jtibilité et 7 aboutit , eUe est à sa racine et à son sommet.
Pour bien comprendre cette succession, cette transmission de Pa»*-
iSkta ees demiènis années. Chose singulière! la tradition naturelle et vraie de la Pbiloiaphie ^étoit tèUmiMiit èbéeurde sons la Eestanratf on, on comprenait si peu le mou- «f |9aot progf«66if du DiK«Sepâème et en Dte-Rnîtième SIèeie, ifu'on a yu des écrivains qui, ne sacliant à qui se rattacher, et trouvant tout à coup Vioo qui pwatsirit au jour pour la première fois comme une restauration antique, ont déserté la France ponr le penseur Napolitaio, et ont fait de lui comme une espèce de révélateur qui le premier, et le seul peadaot loofHlQiB^ awic devteé qail 9 anit une taMe dans la ?ie de rHomaaiV^.
eal à FonteneUe» à Diderot, à Vdltaîre, à Condorcet, il faut faire la part delà fhiblesse humaine, du fini qui est en chaque homme, quelque grand qu'il puisse être. Chacun de ces grands hommes a succès^ yement entrevu la vérité générale ; mais, à cause de la faiblesse hnmaine et du fini qui est en nous, chacun ne Ta considérée et aimée que sous un c6té, bien que sa raison ait formulé ridée générale; en sorte que ceux mêmes qui, par la disposition plus philosophique de leur esprit, semblent posséder la théorie tout entière, ne la voient cependant que dans un cas particulier, et, sous d'autres rapports, la nient et la combattent. Les choses vont ainsi; les grandes vérités ne se manifestent que partiellement et successivement, quoique la logique noi|s conduise tout droit à des idées générales, dont nous sommes ensuite longtemps à apercevoir toutes les conséquences; en sorte que nous avons, pour ainsi dire, la vérité, sans toutefois la posséder et en avoir Gonacience ^ car elle nous vient par la raison pure, avant de se transformer pour nous en sentiment, ce qui n'arrive que lorsque nous la considérons et la contemplons sous toutes ses faces. Les hommes sont environnés â» ténèbi^: d'abord une fenêtre s'ouvre, puis une autre, puis une troMàme, et» par chacune de ces ouvertures, c'est toujours la lumière du soleil qui pénètre ; chacun cependant est resté dans ses ténèbres particulières, et n'a été éclairé que par un côté ; jusqu'à ce que tous les voiles soient levés, et que tous puissent contempler l'horizon tout entier et la commune lumière.
Ainsi Pascal. Le joug des anciens par rapport aux sciences proprement dites, voilà ce qui blesse Pascal, ce qui l'indigne, et c'est contre ce joug t]u'il dresse cette théorie générale de la Perfectibilité si admirablement formulée par lui. Ne sentez-vous pas dans Pascal le défenseur, le vengeur de Galilée, de Torricelli, et de Pascal lui-même, contre les théologiens et les vieux corps savants qui, au nom de la Bible et des anciens, repoussent leurs découvertes, et répètent* encore, p$r exemple, malgré les expériences du Puy-de-Dôme, que la nature a horreur du vide? Mais, nous l'avons déjà dit, Pascal, si éclairé sur le progrès'scientiflque, ne voudrait pas apphquer sa théorie à tout autre progrès^ H ne songe pas qu'elle puisse s'appliquer, par exemple, au développement du sentiment religieux et des conceptions qui en découlent; il veut bien s'émanciper et émanciper les hommes de la tyrannie d'Aristote et de ses sectaires, mais non point de celle des sectaires de Jésus< La science pour lui est matière à progrès, non point la religion. Il écrit en caractères inefhçables la théorie de la Perfectibilité, et il croit à la durée des vieilles religions; il se torture pour se donner la foi d'mi moine, il se fait nooine lui-même, il coud dans ses habits des amulettes monastiques ; il a sa pasâon ; il meurt éperdu ; victime rîBte et glorieuse d'une do ces èrises qui prennent l'esprit humain
d'époque en époque, et où ceux qai reçoivent la plu8 Tire Olamination de ravenir sont trop faibles pour supporter cet éclat, et, comme la faible femme à qui Jupiter apparut, sont foudroyés par cette Tue même.
Après Pascal, même remarque sur ses successeurs. Voilà Perrault et son époque qui, tout en discourant de la perfectibittlé en général, ae songent pourtant qu'à une émancipation littéraire. C'est d'Homère qu'il s'agit, comme auparavant c'était d'Aristote, comme bientôt ce sera de Jésus. Pendant cinquante ans (m se querelle sur la question de la littérature et des arts; mais on n'en sort guère. Dans les deux camps, il y a des dévots et de libres penseurs. Le fanatique Desmar^ est aussi dévoué à la cause des modernes qu'à la cause du Saint-Esprit; et Voltaire, émancipateur en religion, reste fidèle au culte des vieilles Muses. On voit de ces inconséquences, de ces aveuglements étranges qui montrent combien l'homme ne possède jamais une vérité qu'incomplètement, et combien chaque homme peut être à la fois clairvoyant et aveugle. Boileau nVt-il pas fait usage de son ironie pour favoriser la réforme contre Aristote, n'a-t-il pas soutenu avec Bemier le parti de l'émancipation philosophique, et tourné en é|ngrammes le préjugé des anciens sous ce rapport; et plus tard n'a4-il pas montré de la manière la plus inmtelligente, à l'occasion d'Homère et des anciens, qu'il n'entendait rien à la question immense soulevée par Perrault, et n'a-t-il pas mis alors et ses lazzi et son talent de procureur du Parnasse et de codiflcateur officiel au service de toutes tes vieilles idées?
Cependant on ne perd jamais le terrain qui a été parcouru. L'époque de Fontenelle est émancipée scientifiquement ; le milieu du Dix-Huitième Siècle est émancipé littérairement ; et la fin du siècle, émancipée des préjugés religieux, commence à s'occuper d'ordre social et des questions éoonomiques. Ainsi s'achève ce grand cycle d'activité et de travaux où chacun à son tour vient édifier un mur de l'édifice, mais tombe sans le contempler tout entier.
Qu'on n'oppose donc point ces hommes entre eux, et qu'on ne dise pas qu'ils ne travaillaient pas à une même œuvre, parce que la Providence a disposé de leurs travaux autrement qu'ils ne le concevaiwt eux-mêmes, comme dans tout Tunivers elle dispose des travaux que chaque être accomplit isolément Disons plutôt qu'ils se rapportent et s'accordent tous entre eux par le côté le plus divin, puisqu'ils ont tous entrevu la vérité générale, ce qui est le propre de la raison pure; et disons que leurs diflérences et leurs contrastes viennent de la faiblesse humaine, attendu que, s'ils avaient pu voir ce qui découlait de la théorie générale que leur raison concevait, ils auraient tous été d'acoocd, et que c'est uniquement parce qu'ils étaient impuissants à le faire que.
prcMnolgaant tour à tour la même yérité générale^ ils la laissaient sans application dans leur esprit sur tous les points, excepté sur un seul : hommes de yérité et d'ayenir sur un point, de ténèbres et de passé sur tous les autres, liais il suffit qu'ils se soient élevés par le concept de la raison à la vérité générale qui se retrouve en chacun d'eus, pour que ce soit par ce côté qu'il faille les considérer ; car évidemment c'est par notre coopération à l'œuvre qui s'achève divinement dans l'Humanité que nos travaux doivent être pris en considération et en estime.
FOI DU PBSMISR HÉVOIU.