DE M. POTHIER
Par M. Le Trosne, avocat du roi au présidial d'Orléans
II est des hommes si célèbres dans leur genre, qu'il suffit de les nommer pour donner l'idée de la perfection. Tel fut dans la science du droit, Charles Dumoulin ; tel a été de nos jours M. Pothier. Ses contemporains l'ont regardé comme le plus grand jurisconsulte qui ait paru depuis plusieurs siècles. Son avis a fait autorité de son vivant dans les tribunaux } et la postérité ne fera que confirmer et affermir ce jugement.
Si nous n'avions à admirer en lui que la science du profond jurisconsulte, il suffirait de renvoyer à ses ouvrages , qui contiennent éminemment cette partie de son éloge. Mais cet homme excellent nous a fourni le modèle le plus parfait du philosophe chrétien , du sage , du magistrat, du citoyen. Les qualités de son cœur nous l'ont rendu plus cher encore et plus respectable que ses talents. Elles sont gravées par la reconnaissance et l'admiration dans la mémoire de tous ceux qui ont été à portée de les contempler : et sans doute ils en conserveront à jamais le souvenir. Mais ne devons-nous rien à ceux qui ne connaissent que le jurisconsulte? ne devons-nous rien à ceux qui nous suivront? Les exemples des grands hommes ne peuvent être transmis que par ceux qui ont vécu avec eux : c'est une dette que les contemporains contractent envers la postérité.
Nous recherchons avec empressement les tableaux qui retracent à nos yeux les traits des hommes célèbres. Je me félicite de posséder le portrait de M. Pothier : je me rappellerai toujours , avec la plus vive satisfaction , la peine que j'ai eue à obtenir cette faveur , et la violence que son amitié pour moi a faite à sa modestie.
Ne nous reste-t-il donc plus de lui que cette ressemblance froide et inanimée que le burin s'est empressé de multiplier? Triste et stérile consolation , plus propre à entretenir nos justes regrets qu'à les calmer. Ne possédons-nous pas un trésor infiniment plus précieux; le souvenir de tant de vertus qui formaient le caractère de cet homme
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Phumanité. Tâchons de reunii la m ni.- de l.i lo-cinldanrc ;i la modestie du Style î phlf ion éloge sera simple, moins d scia indigne de lui.
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M. Pothier naquit a Orléans le • > janvier 1609, d'une f.iiuill»- hono-
rabls : s<»n père était oonseillej . i Présidia). Il apporta sa naissant ni
Iniipri.imeii! faible, qu'il fortifia p. n la tempérance et la SObri et i\vs dispositions que I étude et l'application développèrent pu 11 suite. Il en est de l'esprit COU »ne du COI ps : fuite de l'c\ei< i< e c 1 1 1 i lui est propre il perd I'ii-j-c de mn facidtes, <|ij i p'ongonrdîsflffrlt (l'li|v I »"action. La principale Utilité d'un maître consiste a ii\er la ! j par
l 'application , à régler et à modérer l'imagination % a f«»rmer le jugement; adonner du ressort à l'esprit en l'accoutumant a réfléchir, a examiner, à discuter. Mais il est inliniment plu> rare de trouver ce talent dans les maîtres, (pie des dispositions dans ],•> jeunes gens, et faute de cette culture, combien de sujets deviennent incapables des études suivies et sérieuse
Os secours manquèrent absolument à M. Pothier. Il perdit son nsjre à l'âge de cinq ans , et ne trouva de ressources qu'eu lui-méiuc pour son éducation. Le collège des Jésuites était très faible, et il y lit de bosMSSfl études , parce que les hommes de génie n'ont besoin que d être mis sur la voie , et ne doivent leurs progrès qu'à eux-mêmes. I auteurs de l'antiquité qu'on lui mit entre les mains, furent ses maiius des qu'il parvint à les entendre, il sut les goûter-, et le goût décide nécessairement du succès. Aidé d une mémoire heureuse et d'une grande facilite, seul ensuite il perfectionna ses connaissances, et parvint à acquérir un fonds de littérature qu'il conserva toute sa vie, sans avoir le temps de le cultiver, et un discernement sûr, qui est le priuripal fruit des bonnes etude>.
Il lit son droit dans lTnhetsité d'Orléans, qu'il devait un jour rendre si célèbre, et y trou\a moins de secours encore pour l'étude des lois qu il n'en avait trouvé su collège pour celle des lettres. Les pro-
DE M. POT M 1ER, *XlX
fesseurs qui occupaient alors les chaires de l'Université, absolument
indifférents aux progrès des jeunes gens , se contentaient de leur dicter quelques leçons inintelligibles, et qu'ils ne daignaient pas mettre à leur portée. Ce n'était pas proprement la science du droit qu'ils enseignaient : ils ne présentaient de cette science si belle et si lumineuse par elle-même , que ces épines et ces contrariétés qui lui sont étrangères, et qui n'y ont été introduites que par l'incapacité et la mauvaise foi des rédacteurs des Pandectes. Au lieu d'expliquer les textes d'une manière propre à instruire, ils ne remplissaient leurs leçons que de ces questions subtiles, inventées et multipliées parles controversistes.
A cette manière d'enseigner, on aurait pu croire qu'ils n'avaient d'autre objet que de fermer pour toujours le sanctuaire des lois aux étudiants, par le dégoût qu'ils savaient leur inspirer; semblables à ces anciens patriciens, qui, pour tenir le peuple dans leur dépendance, lui cachaient avec un si grand soin les formules des actions, et s'étaient approprié la connaissance des lois, qu'ils avaient^oin de voiler sous une écorce mystérieuse. Un enseignement si peu instructif et si défectueux, ne pouvait satisfaire un esprit aussi solide et aussi juste que celui de M. Pothier : heureusement il ne fut pas capable de le rebuter ; il en sentit les défauts, et suppléa, par son travail, aux secours qui lui manquaient. Dans toutes les sciences, ce sont les premiers pas qui sont les plus difficiles : il les franchit seul par l'étude sérieuse des Institutes, dans laquelle il s'aida du commentaire de Vinnius , et se prépara à aller puiser à la source même du droit , par l'étude la plus profonde et la plus suivie des Pandectes.
Il ne savait point encore, en terminant son cours, quel usage il ferait des degrés qu'il avait si bien mérités. Il s'agissait pour lui de se décider sur le choix d'un état : démarche si importante, et dans laquelle le hasard, un goût passager, ou les circonstances, décident souvent du sort de la vie. Il forma le projet d'entrer dans la congrégation des chanoines réguliers, et n'en fut détourné que par rattachement qu'il avait pour sa mère. Il est à présumer que portant dans cet état un cœur plein de droiture et de religion, il eût été un excellent religieux : mais il n'eût été utile qu'à lui-même ; et la Providence le destinait à donner, dans la vie civile , l'exemple le plus frappant de toutes les '.ertus chrétiennes et sociales, et à devenir, dans la science du droit, l'oracle de son siècle et de la postérité.
Il se détermina pour la magistrature, et fut reçu conseiller en 1720 Le choix de cet état fixa absolument celui de ses études, et dès lors la littérature ne fut plus pour lui qu'un amusement passager. Encore lut-il obligé d'y renoncer par la suite, lorsque ses occupations se multiplièrent ; mais il avait tiré de ces fleurs le* frnifs les plus utiles, la
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lesquels il avait la plus le vénération. M. Nicole fut toujours son
auteur i'.iNoii , comme il I est de Ions ceux qui nul dans I esprit rie la justesse , et qui préfèrent la solidité du raisonnement
«le l'éloquence : il en continua la hectare tonte m \ic.
Mais cette étude particulièi en. ut lin sur les ëeroifi «lésa
pl;uc. S.i grande facilité , et um mreusc H
lui donnaient le moyen de suffire a tout. Il lit asage le ; i
bailliage d'Orléans , «lu droit qu ont les rapporteurs d'opi affaires dont ils font le rappoi f , qnoiqu ils n'aient j e i-< iaq
et jamais cette exception à la règle ne fut mieux appliiju l qu'il commençait dans - n cabinet à acquérii connais-
sances, que cinquante ans du travail le plus assidu resuare ri
riche et si étendu, il apprenait au Palais a en faire l'application , ot se formait par l'usage, que rien ne peut suppléer dans rexerciea de b magistrature. 11 j joignait de fréquei tveffteiîasM a\ec un avocat
ferès instruit. Ses promenades masses
se fiait le plussoment ua ami avec lequel il avait appela L'italien; et pour n'en pas perdre l'habitude, ils agitaient dans cette langue les questions qui se pi s 'ut.
A peine fut-il majeur, qu'on s'aperçut au Palais eambii une
magistrat avait déjà d'acquit. A mesure qu'il étudiait une matière, il en composait un traité; j que la meilleure, peut-être le seule
manière de se rendre propre une science, est de b travailler par cm':. La nécessité de mettre de l'ordre dan- les bien conce-
rner pour les bien rendre, de les eir. | faces, force
l'esprit à l'application, et l'accoutume à la justesse et à la méthode j avantage que la lecture, même répétée, ne peut jamais procurer.
M. Pothier n'eut pas plutôt cnsnnsencê a étudier le Digeste, qu'il sentit cet attrait invincible qu'éprouva le p. ebranche à la
lecture de l'Homme de Descaries : il reconnut sa vocation, et la suivit.
Les lois d'un peuple aussi célèbre que les Romains, forment une par-