DR M. POTHIER. XXXI
tie plus intéressante de son histoire, que celle de ses victoires et de ses conquêtes. Cependant, si cette connaissance n'était pour nous qu'un objet de simple curiosité, le travail de M. Pothier serait d'une utilité médiocre, et dès lors on peut assurer qu'il ne l'eût pas entrepris. Mais les lois romaines seront dans tous les temps, et pour tous les peuples, la vraie source du droit et de la justice distributive. Otez-en ce qui s'y trouve de particulier aux mœurs de ce peuple, à sa constitution, à sa forme de procéder, le surplus est puisé dans les vraies notions du juste et de l'injuste, appliquées aux différentes actions que les hommes peuvent avoir à exercer.
Le droit civil devint donc le principal objet de ses études : il s'y sentit entraîner par un goût qui est le garant et la cause des succès. Mais plus il avançait dans ce travail, plus il sentait l'imperfection et le désordre de la compilation qui nous reste des lois romaines. Il ne fut pas dégoûté par ce défaut : il était, sans le savoir encore, destiné à le réparer. Tous les jurisconsultes, depuis la découverte des Pandectes, avaient senti les inconvénients de ce désordre ; tous l'ont surmonté pour eux-mêmes à force de travail-, aucun n'a osé entreprendre d'applanir cette difficulté pour les autres. M. Pothier n'y aurait pas songé non plus, s'il n'y eût été engagé de manière à ne pouvoir s'y refuser. Il avait commencé ce travail de lui-même et pour sa propre utilité 5 mais sa modestie ne lui permettait pas de former le projet de l'achever et de le publier. Il avait jugé de la difficulté de l'entreprise, par le peu de succès de Virgelius, célèbre jurisconsulte allemand, qui l'avait tentée. Cependant il avait achevé des Paratitlcs sur les Pandectes, et ce travail était un acheminement. Il avait fait plus -, il s'était formé \u\ plan pour rétablir l'ordre des textes, et l'avait rempli sur plusieurs titres importants. Il communiqua un de ces essais à M. Prévôt de la Janès, conseiller au Présidial, et professeur de droit français, qui, jugeant de la possibilité du succès par ce qu'il en voyait, trouva le moyen de forcer la modestie de M. Pothier.
Il annonça à M. le chancelier d'Aguesseau le mérite et les talents de l'auteur, son application infatigable, son plan et ses succès (*). M. le chancelier, qui sentait toute 1 importance de cette entreprise, chargea M. do la Janès d'encourager M. Pothier, qui promit enfin ce qu'on exigeail de lui, et ne s'occupa plus qu'à remplir cet engagement. Il envoya a. M. le chancelier plusieurs essais de son travail. Ce magistrat en fut très satisfait, l'invita à venir en conférer avec lui, et lui communiqua ses vues pour la perfection de l'ouvrage, par un mémoire d'observations
(') On sera bien aise de trouver ici l'extrait de quelques lettres de M. le chancelier à M. Potbier : elles se sont trouvées dans le cabinet de M. de la Janès, qui les
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Monsieur, etc. — s sej :~ 6. »
M. Potbier se rendit à i celle h vec II. le chancelier,
qui lui reir.il, le '2Ï septembre, un ntenant • perfection de
.'■ uvrage. On vi il par l'exécution, que M. Potbier en a fait H. le chance-
lier termine ce petit mémoire par la comparais Vigelius avec le
1 de M. Pothier, qui lui est si supérieur. Voici comme il s'en explique : s L'ouvrage de Vigelius, qui a eu un rt approchante de celle de M. Po-
thier, pourra lui être d'un très grand secours; et il y a quelque chose de meilleur el de plus utile dans le dessein de M. Potbier, parce qu'il n'emploie que les termes des rite le texte s s au lieu que Vigelius
a écrit presque toujours d'après lui-même, sans s'assu ettir aux expressions des <. jurisconsultes, et se contente de citer les lois dont il emprunte les principe-. M. Potbier envoyait de temps en temps à M. des morceaux de