‹ Œuvres de Pothier (volume 4)Chapitre 19 sur 167 · DE M. POT H 1ER. XL · texte numérisé non relu

DE M. POT H 1ER. XL

professeur de droit français à Paris. Leur liaison était très ancienne : elle s'était formée à Paris, où M. Pothier avait fait plusieurs séjours avant 1730, et depuis. Il y était entré dans des conférences , où il s'était lié avec plusieurs avocats célèbres, qui ont conservé des relations avec lui , et avaient pour lui toute l'estime qu'il méritait. Mais sa correspondance avec M. Rousseau était continuelle , et roulait toujours sur leurs études communes. Us se voyaient tous les ans aux vacances.

M. Rousseau avait beaucoup d'acquis, un excellent jugement , une facilité si grande dans l'élocution , qu'il était difficile de le suivre lorsqu'il traitait une question, et une si prodigieuse mémoire, qu'il retenait non-seulement le fond des choses, mais citait sur-le-champ les autorités dont il appuyait son avis. C'était de lui que M. Pothier apprenait ce qu'on appelle la jurisprudence actuelle, qu'il n'approuvait pas toujours , mais qu'il fallait faire connaître \ espèce de législation versatile, malheureusement trop fréquente , et qui n'a guère lieu que par l'imperfection de nos lois.

M. Pothier faisait le plus grand cas de l'opinion de M. Rousseau , ils se rapprochaient le plus souvent, mais pas toujours. En plusieurs endroits de ses Traités, M. Pothier rapporte Ta vis de M. Rousseau, soit pour le combattre, soit pour appuyer le sien, soit pour laisser le choix au lecteur dans certaines questions où, sans se déclarer lui-même , il présente les moyens d'un avis, et ensuite celui de M. Rousseau.

Les Pandectes étaient un ouvrage considérable, très coûteux à imprimer, écrit en latin, et sur une matière dont l'étude est très négligée parmi nous. On eut de la peine à trouver des libraires qui voulussent s'en charger : ils craignaient que le débit n'en fût impossible, ou très long. Il s'est cependant fait assez promplement , parce que les étrangers en ont enlevé la plus grande partie.

L'ouvrage n'a essuyé d'autre critique que celle du journaliste de Leipzig, qui, soit par jalousie de ce que la gloire d'une si grande entreprise était enlevée à sa patrie, soit par d'autres motifs, l'attaqua avec aigreur. Il en parla comme d'un ouvrage qui n'avait rien de neuf et d'intéressant ; comme d'un travail sans mérite, entrepris pour se faire un nom à peu de frais , et dans lequel on ne trouvait pas ce i fonds d'érudition dont autrefois tous les jurisconsultes , et encore aujourd'hui les Allemands ornent ou surchargent leurs ouvrages, j On connaissait assez M. Pothier pour être persuadé qu'il ne prendrait pas la peine d'y répondre. Un de ses confrères s'en chargea ; et on ne lui montra la critique qu'avec la réponse imprimée, sous la forme d'une lettre adressée aux auteurs du Journal des Savants. On fait voir, dans cette lettre, que le journaliste allemand n'avait senti ni

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Beureusemenl la maladie céda : maû le rétablissement no fut • entier: il demeura perclus <lr* j.unb.-, ri put aiaÉMMt sonpaiti mu cette privation, <pii dura assez longtemps p<>ur lui faire craindre quelle M durât toujours. Il l'estimai) trop heureux que IhVu lui eut <

la libelle de l'application et du fra\ail. Il donna a I étude d aut «A plus de temps, que la rie sédentaire lui en laissai! plus de libre. Il ■ eBfM plus reOOU vrer l'uaagC dai jmiltMl, aptes avoir tente inutilement plusieurs remèdes, lorsqu'enlin OU se douta SJM la i\u ultr i I ; DOUVaH être empêchée, moins par un obstacle r.-el et in*, inril par le défaut trop long d'exei « ire. On lui conseille il ner, par le moyCSJ de deux poulies, qui, roulant d au plancher de sa chambre, le tenaient BUSpetulu KMM IflS bra», et lui permettaient de remuer les jambes sans leurlaisseï porter tout le poids du corps. 11 >e soumit a cet essai, qui lui <!■ les jambes : peu i peu il en retrouva l'usage ; il ne lui resta que de b raideur. 11 avait été très grand marcheur avant sa maladie: il le m mus pour le besoin : car plus il avança en âge, plus ses occupations se multipliaient, au point de lui interdire presque toute dissipation. Lorsqu'on 1 exhortait à en prendre, il disait que le chemin de chez lui au Chàtelet était un exercice suffisant.

L'étude du droit avait déjà commencé a se ranimer dans l'Université d'Orléans, If. Prévôt de la lanès, conseiller au Prési li iî, et professeur de droit français, axait senti (pieu \ain un homme destine a enseigner acquiert des connaissances: qu'il n'est utile qu'a lui-même dans une place instituée pour l'utilité des autres, s il ne tôusril a leur faire goûter ce qu'il enseigne, et à inspirer l'amour de l'étude. C'était un homme

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de beaucoup de mérite et d'acquis, du commerce le plus agréable, et d'un esprit très orné (1). Il aimait les jeunes gens; il avait l'art de se les attacher et de les intéresser à leurs succès. Ce talent est d'autant plus nécessaire à un professeur de droit, qu'il n'a pas cette espèce d'autorité qui force au travail, mais seulement une autorité de raison et de persuasion. Il a pour disciples, des gens placés dans cet intervalle critique qui sépare la première jeunesse de l'âge raisonnable \ des gens qui souvent sont d'autant plus amoureux de l'indépendance, qu'ils ont plus aspiré au terme qui devait les en mettre en possession j et qui, s'ils ont conservé l'amour de l'étude, doivent assez naturellement préférer les douceurs de la littérature à l'austérité et à la sécheresse de la jurisprudence.

M. de la Janès mourut au mois d'octobre 1719. M. le chancelier fut vivement sollicité pour nommer à cette place. Il connaissait parfaitement le mérite de M. Polhier, et désirait aussi de la lui donner: M. Polluer, de son côté, la désirait aussi, par amour pour les jeunes gens, et par le plaisir qu'il trouvait à enseigner. Mais il n'était pas dans son caractère de solliciter , et sa timidité était un obstacle qu'il fallait lui aider à vaincre. Je n'oserais assurer si M. Gilbert de Voisins leva cet obstacle, en lui proposant la chaire de la part de M. le chancelier; ou si M. Pothier eut le courage de surmonter sa timidité, au point de témoigner à M. Gilbert que cette place le flatterait. Quoi qu'il en soit, il fut nommé sans que personne s'en doutât. La satisfaction qu'il éprouva ne put être troublée que par la peine qu'il ressentit de s'être trouvé en concurrence avec M. Guyot, docteur agrégé, et de le voir privé d'une place qu'il ne pouvait manquer d'obtenir, s'il n'eût pas eu un compétiteur aussi redoutable. Il n'avait désiré de cette place que le plaisir d'enseigner : il espéra pouvoir réparer l'espèce de tort qu'il faisait à à M. Guyot, en l'engageant à accepter le partage des émoluments. Il se passa entre eux, à cette occasion, un combat de générosité aussi honorable pour l'un que pour l'autre. M. Guyot insista à refuser, et peu d'années après il a obtenu une chaire par le concours.

On se plaint de la décadence des études du droit. La cause de cet abandon est d'autant plus grave et plus diflicile à réformer, qu'elle lient à l'état général des mœurs dans la nation, à la frivolité du siècle, à la dissipation des jeunes i,rens, qu'on fait entrer dans le monde beaucoup trop tôt. Les maîtres les plus capables et les mieux intention-

(') Nous avons de M. Prévôt de la Janès un ouvrage intitulé, Principes de lu Jurisprudence française, suivant l'ordre des actions. Il n'a été imprimé qu'après sa mort. On y remarque la méthode et la précision qui formaient le caractère de son esprit. 11 écrivait avec beaucoup de pureté et d'élégance.

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