XVIII VIE DE RABELAIS
de quarante livres par an en remplacement de Pierre Roland^. En même temps sa réputation d'humaniste grandit à tel point que le 30 novembre il adresse' à Erasme la fameuse lettre Bernardo Salignaco, où éclate en termes magnifiques l'effusion de son admiration pour le père des lettres grecques et latines, le plus grand savant de son temps : « Pater mi humanissime, s'écrie-t-ildans la ferveur de sa piété, patrem te dixi, matrem etiam dicerem si per indulgentiam mihi id tuam liceret. » Il nous apprend qu'il a reçu de Georges d'Armagnac, évêque de Rodez — prélat dans l'esprit de la Renaissance comme l'évêque de Maillezais — un Flavius Josèphe, avec la charge, au nom d'une ancienne amitié, « pro veteri nostra amicitia », de le faire parvenir à Erasme. Il nous instruit également qu'il vit à Lyon en familiarité avec Hilaire Bertulphe, le propre secrétaire d'Erasme, et que Scaliger n'est pas un inconnu pour lui2.
Le médecin de l'Hôtel-Dieu a bien d'autres connaissances, par exemple SjTuphorien Champier, échevin de la ville à cette date, ou Jean Lunel, docteur en théologie. Quand la cour vient à Lyon en mai 1533 pour y conduire la reine Éléonore, Hubert Sussaneau, Salmon Macrin (un compatriote de Loudun), Barthélémy Aneau, recherchent sa société^. Au mois d'août suivant, c'est Etienne Dolet qui débarque commie correcteur d'épreuves dans l'officine de Gryphe et se lie avec lui d'une amitié qui ne succombera que devant de fâcheux procédés littéraires.
Cependant Pantagruel reparaît en seconde édition dès 1533, chez François Juste, et, preuve de notoriété d'un tout autre genre, est frappé de censure par la Faculté de Théologie de Paris, le 23 octobre de la même année*. Pantagniel, — c'est Calvin qui l'apprend à son ami François Daniel, — est condamné comme livre obscène en même temps que la Forêt d'amours, et pour d'autres raisons,