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VIE DE RABELAIS XIX

le Miroir de Vâme pécheresse de Marguerite de Navarre^.

Trois mois après l'arrêt, deux mois après l'assemblée de la Faculté qui rapporte la condamnation du Miroir sans lever celle de Pantagruel (8 novembre) , maître Alcofrybas passe en Italie avec Jean du Bellay.

Faut-il croire que le prudent Tourangeau sent quelque péril à braver, même sous le masque, les foudres sorbonales? Son intérêt bien entendu lui conseille-t-il de « faire la cane »? C'est peut-être lui prêter un instinct de conservation poussé à l'extrême. Jean du Bellay est envoyé à Rome par François P^ pour empêcher, s'il est possible, la rupture du roi d'Angleterre avec le Saint-Siège. Sa santé est ébranlée « au point de ne pouvoir endurer que hommes le portassent en une chaire ». Quoi de plus naturel qu'à son passage à Lyon il se précautionne d'un bon médecin? Quels que soient les motifs de ce premier voyage outremonts, Rabelais s'y prépare le 17 janvier 1534 ^^ touchant 27 livres à valoir sur ses gages de l' Hôtel-Dieu, et il se met en route avec son précieux malade pour passer les Alpes en plein hiver.

Le séjour à Rome dure deux mois, février et mars 1534. On peut imaginer, d'après les impressions que nous ont laissées les humanistes de la Renaissance, Montaigne par exemple, l'émotion profonde que la Rome' antique doit causer à Rabelais. Chose étrange ! Ce premier voyage, pas plus que les suivants, ne marque beaucoup dans ses Tîcrits, infiniment moins à coup sûr que les traits de mœurs ou les petites querelles locales recueillis dans sa vallée du Chinonais. Tout ce qu'il nous en dit tient dans les deux ou trois pages d'une épître latine 2.

Rabelais avait préparé son voyage. Il s'était tracé tout un plan d'études et emportait une provision de notes,

/. Se pro damnatis libris habuisse obscaeuos illoà Pantagruclem, Sylvam [amorum] et ejus monetae.

2. Cf.T II, p. 400, Èpistola nuncupaioria. Franc. Rabdaesus, medicus, clariss.doctissii:ioque viro D. Joanni Bellaio, 31 août 1534. — Voir S'ortout : Heidhard. Rabelais. Ses voyages en Italie, son exil à Metz, 1831; V.-E- Bourrillv. Lettres écrites d'Italie pzr François Rabelais, 19 10. I<es italianismes sont à peu près absents des trois premiers livres.

« ferraginem annotationum ex variis utriusque linguae auctoribus collectam. » Il se proposait de s'entretenir avec les savants à qui Rome sert de rendez-vous, d'observer par lui-même les animaux, les plantes, les curiosités pharmaceutiques qui manquaient à la France, enfin d'étudier, pour la décrire « calamo perinde ac penicillo », la ville des Césars jusque dans ses moindres ruelles.

Ce beau programme est suivi dans tous ses pomts, mais avec un bonheur inégal. La récolte de plantes et d'animaux est des plus médiocres. Le médecin de du Bellay ne trouve à mentionner qu'un platane ombrageant la grotte de Diane Aricie, dans le voisinage du mont Albain. En outre, tandis qu'il explore la ville en tous sens, accompagné de deux « domestiques » de l'évêque, Nicolas Leroy et Claude Chapuis, un Ferrarais, Bartholomeo Marliani, imprime une Topographie de Rome et met à néant son projet de publication. Par contre, le point essentiel, les relations à entamer avec les personnages notables, est certainement atteint, et tout naturellement parmi ceux qui fréquentent l'ambassade de France. Ce sont l'ambassadeur lui-mêm.e, Charles Hémard de Denonville, évêque de Màcon, Nicolas Raince, attaché à l'ambassade, cicérone de Marliani et sans doute aussi de Rabelais, Jean Sevin, secrétaire, André Cave, scripteur apostolique, Jean Lunel, abbé de Saint-Sébastien-hors-les-murs, dont Alcofrybas a facétieusement inscrit le nom au frontispice de la seconde édition de Pantagruel. Il visite aussi sans doute, dans sa retraite de Rome, le savant Jean Lascaris, « nostre bon amy Lascaris^ )).

Quant aux prélats romains, Rabelais est encore un trop mince personnage pour avoir frayé en telle compagnie. Mais dans les audiences du Souverain pontife, auxquelles il accompagne son patron, il peut nouer plus d'une connaissance dans la chancellerie pontificale, en se proposant de les utiliser plus tard.

Le i^^* avril 1534, Jean du Bellay et sa maison quittent

». Cf. T. l, p. 70, Gargantua, ch. XXIV.

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