‹ Œuvres de RabelaisChapitre 15 sur 231 · XXII VIE DE RABELAIS · texte numérisé non relu

XXII VIE DE RABELAIS

Il en est tout autrement du livre qu'il fait paraître en\4ron ce temps chez François Juste : la Vie inestimable du Grand Gargantua, père de Pantagruel, composée par l'Abstracteur de Quinte-Essence. C'est du Rabelais, et du meilleur. A quelle époque remonte la rédaction de ce nouveau chant de l'épopée bouffonne P^ Très certainement avant le voj'age de Rome, car, à part d'infimes détails, c'est à peine si l'on y trouve trace de souvenirs italiens. Très probablement après le voyage en Chinonais de l'automne 1533, où le grand écrivain a re\ai, amusé et ému, le petit pays de son enfance. La mise en vente a lieu sans doute à la foire du 4 août 1534, celle du 3 novembre au plus tard. Elle ne peut, avec les nombreuses attaques de l'ouvrage contre la Sorbonne, les allusions favorables aux « Évangéliques », les critiques anti-monacales, être beaucoup postérieure à l'affaire des placards (17-18 octobre), signal d'une période de répression à outrance contre tous ceux qui montrent du goût ou seulement de la sympathie pour les opinions nouvelles.

Pendant plusieurs mois, arrestations et supplices se multiplient. Le 23 janvier 1535 soixante-treize suspects de luthéranisme, parmi lesquels Marot et Lyon Jamet, sont ajournés à comparaître. L'Abstracteur de Quinte- Essence ne se sent pas assez loin de la Sorbonne et du Parlement, gardiens farouches de l'orthodoxie. Il se prépare au départ-.

Le 13 fé\Tier, on le voit toucher 15 livres à l'Hôtel-Dieu, reliquat de traitement d'août 1534 à janvier 1535. Puis il disparaît sans aviser les conseillers de l'hôpital. Mais il a songé à ses goutteux très précieux. Dès le lendemain de son départ, trois médecins, évidemment prévenus par lui, Charles des Marais, Pierre du Castel, Jean Canappe, se présentent pour le remplacer à l'Hôtel-Dieu.

1. Le seul exemplaire connu de cette édition princeps est incomplet du titre, înais il était relié à l'origine avec le Pantagruel, de Juste, 1534, et les Fantcistiques batailles des gra.is roys Rodilardus et Croaciis, également parues chez Juste, en 1534.

2. C'est à cette époque que se place la mort d'Antoine Rabelais, à Chinon. Sa succession est partagée entre ses héritiers, le 26 janvier 1535. Rabelais n'y figure pas. R. i;. R.. VI, 205.

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Le 5 mars, Pierre du Castel est nommé, avec une réduction de traitement de dix livres i.

Où se trouve alors l'auteur de Gargantua ? La multiplicité des commissions pour le compte de Geoffroy d'Estissac, qui émaillent les Lettres d'Italie, témoigne d'entretiens récents et de recommandations verbales (i535"36). Nous croirions volontiers que Rabelais, se sentant surtout menacé par sa situation de moine sécularisé qui aggrave singulièrement son cas, a cherché refuge auprès de son évêque diocésain, tout prêt, s'il le faut, à réintégrer l'abbaye de Maillezais. Mais le bruit public à Lyon est que le médecin de l'Hôtel-Dieu a pris une tout autre direction. Le 23 février, lors d'une discussion relative à son absence, un des conseillers, Pierre Durand, propose de différer son remplacement jusqu'à Pâques « car il a entendu que le dict Rabellays est à Grenoble et pourra revenir ^ )>.

A tout prendre, nous ignorons où Rabelais passe les premiers mois de 1535. Il est fort possible que son absence ne se prolonge pas au-delà du mois de mai et que la nouvelle de la nomination de Jean du Bellay au cardinalat le trouve revenu à Lyon, où François Juste prépare une seconde édition de Gargantua. Le plus fort du danger est passé, les exécutions sont suspendues. François I^^, qui reprend ses desseins de rapprochement avec les protestants d'Allemagne, est revenu aux idées de tolérance.

Jean du Bellay reçoit le chapeau le 21 mai 1535. Aussitôt sa mission à Rome est décidée. Sous couleur de remerciement au pape Paul III, il s'efforcera de le gagner à l'alliance française. Le 15 juillet, il est depuis plusieurs jours à Lyon où une indisposition l'a contraint de s'arrêter. Cette fois encore, il va avoir besoin de son médecin et Rabelais ne se fait pas prier pour revoir l'Italie.

Ni Leroy ni Chapuis ne sont du voyage. Mais Jacques d'Angennes, sieur de Rambouillet, et Charles Juvénal des

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