VIE DE RABELAIS XXVI
en blanc et la lance au poing, et environ de cent arquebusiers ». Une autre fois la maison du pape va au devant des ambassadeurs vénitiens, « quatre bons vieillards tous grizons ». D'un instant à l'autre on attend Charles-Quint. La ville est pleine d'Espagnols, on abat églises et palais pour préparer une voie triomphale : a C'est pityé de veoir la ruisne des maisons qui ont esté demoUiez et n'est faict payement ny recompense aulcune es seigneurs d'ycelles, »
Rabelais est-il témoin de cette entrée qui révolutionne trois mois d'avance la ville aux sept collines ? Le 29 févTier le cardinal du Bellay part secrètement en compagnie de quelques hommes de guerre du parti français pour aller avertir François P^ des menées de Charles-Quint et du péril qui menace la France. A l'ambassade, la consigne est de déclarer que le cardinal est malade et garde la chambre. Autant de motifs pour que Rabelais reste à Rome avec le personnel domestique, qui ne se met en route que le 11 avril. Il peut donc assister aux cérémonies, qui marquent le début de l'entrevue de l'empereur et du pape, et à l'entrée solennelle du 5 avril. Dans la conjecture opposée, le grand écrivain franchit les monts avec du Bellay, arrive à Grenoble le 9 mars et le lendemain à Lyon, où il trouve la cour.
De toute façon, Rabelais passe les mois de mai et de juin 1536 à Lyon avec le cardinal. Il ne semble pas cependant disposé à reprendre ses fonctions de l 'Hôtel- Dieu, car Pierre du Castel touche encore le 3 juillet dix livres pour ses quatre premiers mois de gages. Le 21 juillet, Jean du Bellay est investi de la charge de lieutenantgénéral au gouvernement de Paris et de l'Ile de France. D'urgence il quitte Lyon, pour prendre possession de son commandement. Rabelais l'accompagne et assiste