‹ Œuvres de RabelaisChapitre 209 sur 231 · COMMENT LES FEMMES ORDINAIREMENT APPETENT CHOSES DEFENDUES · texte numérisé non relu

COMMENT LES FEMMES ORDINAIREMENT APPETENT CHOSES DEFENDUES

« On temps, dist Carpalim, que j'estois ruffien à Orléans, je n'avois couleur de Rhetoricque plus valable, ne argument plus persuasif envers les dames, pour les mettre aux toilles, et attirer au jeu d'amours, que vivement, apertement, detestablement remonstrant comment leurs mariz estoient d'elles jalons. Je ne l'avois mie inventé. Il est escript, et en avons loix, exemples, raisons, et expériences quotidianes. Ayans ceste persuasion en leurs caboches, elles feront leurs mariz coquz infailliblement, par Dieu (sans jurer), deussent elles faire ce que feirent Semiramis, Pasiphaé, Egesta, les femmes de l'isle Mandés en iEgypte, blasonées par Hérodote et Strabo, et aultres telles mastines.

— Vrayement, dist Ponocrates, j'ay ouy compter que le pape Jean XXII, passant un jour par Fonthevrault, fut requis de l'Abbesse et des mères discrètes leur concéder un induit moyenant lequel se peussent confesser les unes es aultres, alléguantes que les femmes de religion ont quelques petites imperfections secrètes, les quelles honte insupportable leur est déceler aux homes confesseurs : plus Ubrement, plus famiUerement les diroient unes aux aultres, soubs le sceau de confession. « Il n'y a rien, respondit le pape, que voluntiers ne vous oultroye, mais je y voy un inconvénient : c'est que la confession doibt estre tenue secrète. Vous aultres femmes à poine la cèleriez. — Tresbien, dirent elles, et plus que ne font les homes. ;>

« Au jour propre, le Père sainct leur bailla une boy te en

guarde, dedans laquelle il avoit faict mettre une petite Linotte, les priant doulcement qu'elles la serrassent en quelque lieu soeur et secret; leurs promettant, en foy de Pape, oultroyer ce que portoit leur requeste si elles la guardoient secrette : ce neantmoins leur faisant défense riguoureusc; qu'elles ne eussent à rou\Tir en façon quelconques, sus point de censure ecclésiastique et de excommunication éternelle. La défense ne feut si tost faicte qu'elles grisloient en leurs entendemens d'ardeur de veoir que estoit dedans, et leurs tardoit que le Pape ne fut ja hors la porte pour y vacquer. Le Père sainct, avoir donné sa bénédiction sus elles, se retira en son logis. Il n'estoitencores trois pas hors l'Abbaj^e, quand les bonnes dames toutes à la foulle accoururent pour ouvrir la boyte défendue, et veoir qu'estoit dedans. Au lendemain, le Pape les visita, en intention (ce leurs sembloit de leurs depescher l'induit. Mais, avant d'entrer en propous, commanda qu'on luy apportast sa boyte. Elle luy feut apportée; mais l'oizillet n'y estoit plus. Adoncques leurs remonstra que chose trop difficile leurs seroit receller les confessions, veu que n'avoient si peu de temps tenu en secret la boyte tant recomni?.ndée.

— Monsieur nostre maistre, vous soyez le tresbien venu. J'ay prins moult grand plaisir vous oyant; et loue Dieu de tout. Je ne vous avois oncques pu^-s veu que jouastes à Monspellier avec nos anticques amys Ant. Saporta, Guy Bouguier, Balthazar Xoyer, Tolet, Jan Quentin, François Robinet, Jean Perdrier, et François Rabelais, la morale comédie de celluy qui avoit espousé une femme mute. — Je y estois, dist Epistemon. Le bon mary voulut qu'elle pariast. Elle parla par l'art du Medicin et du Ciiirurgien, qui luy copperent un encyliglotte qu'elle avoit soubs la langue. La parole recouverte, elle parla tant et tant que son mary retourna au Medicin pour remède de la faire taire. Le Medicin respondit en son art bien avoir remèdes propres pour faire parier les

femmes, n'en avoir pour les faire taire. Remède unicque cslre surdité du mary, contre cestuy interminable parlement de femme. Le paillard devint sourd, par ne sçay quelz charmes qu'ilz feirent. Sa femme, voyant qu'il estoit sourd devenu, qu'elle parloit en vain, de luy n'estoit entendue, devint cnraigée. Puys, le Medicin demandant soii salaire, le mary respondit qu'il estoit vrayement sourd, et qu'il n'entend oit sa demande. Le Medicin luy jecta on dours ne sçay quelle pouldre par vertus de laquelle il devint fol. Adoncques le fol mary et la femme enraigée se ralierent ensemble, et tant bastirent les Medicin et Chirurgien qu'ils les laissèrent à demy mors. Je ne riz oncques tant que je feis à ce Patelinage.

— Retournons à nos moutons, dist Panurge. Vos parolles, translatées de Barragouin en François, voulent dire que je me marie hardiment, et que ne me soucie d'estre coqu. C'est bien rentré de picques noires. Monsieur nostre maistre, je croy bien qu'au jour de mes nopces vous serez d'ailleurs empesché à vos pratiques, et que n'y pourrez comparoistre. Je vous en excuse.

Stercus et urina Medici sunt prandia prima. Ex aliis paUas, ex istis collige grana.

— Vous prenez mal, dit Rondibilis, le vers subséquent est tel:

Nohis sunt signa, vobis sunt prandia digna.

— Si ma femme se porte mal... — J'en vouldrois voir l'urine, toucher le pouls, et veoir la disposition du bas ventre et des parties umbiUcares, comme nous commande Hippocrates, 2 Aphorïsm. 35, avant oultre procéder. — Non, non, dist Panurge, cela ne faict à propous. C'est pour nous aultres Légistes, qui avons la rubricque De ventre inspiciendo. Je luy appreste un clystere barbarin. Ne laissez vos affaires d'ailleurs plus urgens. Je vous envoiray du rillé en vostre maison,

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et serez tous jours nostre amy. » Puys s'approcha de luy, et iuy mist en main sans mot dire quatre Nobles à la rose. Rondibilis les print tresbien, puis luy dist en effroy, comme indigné : « Hé, hé, hé ! monsieur, il ne failloit rien. Grand mercy toutesfoys. De meschantes gens jamais je ne prens rien. Rien jamais des gens de bien je ne refuse. Je suys toujours à vostre commandement. — En poyant, dist Panurge. — Cela s'entend, » respondit Rondibilis.

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