XXXVI VIE DE RABELAIS
Turin est attestée le 23 juillet par une lettre de Guillaume Pellicier, évêque de Montpellier et ambassadeur à Venise, qui le consulte sur la légitimité d'une fille de Philippe Saccus, président de Milan, née à sept mois. Une seconde lettre du même prélat, le 17 octobre, l'entretient de l'acquisition de manuscrits hébraïques et s\T:iaques et de la copie de livres grecs pour la bibliothèque royale^. Par malheur Rabelais ne se contente pas de cette correspondance littéraire. Une nouvelle imprudence de plume, analogue à celle qui lui a attiré trois ans auparavant la sévérité du cardinal de Tournon, le met, au mois de décembre Î540, dans une fâcheuse posture. Jean de Boyssonné, dans une lettre écrite de Chambéry,le i^^ décembre, â son ami Guillaume Bigot, alors en Piémont auprès de Langey, l'informe qu'il vient de voir passer Claude Cotereau, secrétaire du cardinal''. Celui-ci l'a entretenu « de Fossano et de Rabelaeso », et de la lettre revenue de Rome jusqu'à la cour. Il n'en écrit pas davantage : « Intelligis quid dicam, sed de his alias inter nos ». L'affaire est donc délicate et concerne des secrets d'État dont il est dangereux de parler. Mais cette discrétion de Boyssonné déçoit fâcheusement notre curiosité. Tout ce que nous pouvons supposer' c'est que Rabelais a imprudemment confié au « Fossanus », sans doute Barnabe de Voré, sieur de la Fosse, un agent â tout faire fréquemment employé par Langey, des secrets surpris à la cour de Piémont. Il en est résulté des ennuis sérieux. Dans une nouvelle lettre à Bigot du 19 décembre, nous voyons que Boyssonné a reçu à Chambéry la visite de Rabelais rentrant en France, incertain de la conduite à tenir : « Incertus erat quid ageret, cum hinc abiit. »
Il est probable que le crédit de Jean du Bellay permet â maître François d'éviter une mesure de rigueur, car le
1. Correspondance de Pellicier pubUée par Tausserat-Radd, p. 30 et 12e.
2. Encore un ami de Bouchet, de Dolet, de Rabelais. Charondas, dans ses Dialogues {1556) rapporte un entretien philosophique entre Cotereau, Rabelais et im certain c I^'Escorché », 1,. Pinvert, R. E. R., I, 193.