VIE DE RABELAIS XXXVI
3 a\TLl, une lettre de Pellicier à Langey relative à une dédicace que Paul Manuce se propose d'adresser au viceroi, atteste son retour à Turin. Il s'y trouve encore au mois de juillet lorsque son ami Boyssonné le charge de lire à Guillaume du Bellay des vers de condoléance sur la mort de sa femme, la dame de Langey. Mais au début de novembre il rentre en France avec son patron. Pendant que le litutenant-général de Piémont se rend à la cour pour renseigner François I^r sur les affaires d'Italie, il se retire au château de Saint -Ay, sur la rive droite de la Loire, entre Meung et Orléans.
Il s'est lié en Piémont avec le seigneur du lieu, Etienne Laurens, sieur de Saint-Ay, capitaine du château de Turin, un des agents les plus habiles et les plus fidèles de Langey et du cardinal. C'est dans cette aimable retraite que le grand écrivain se trouve le i^r mars 1542 et qu'il écrit à son ami, l'avocat Orléanais Antoine Hullot, cette lettre « à M. le bailli du bailli des baillis » dont le ton enjoué et familier contraste si heureusement avec l'aridité et le style officiel des Lettres d'Italie et de la Sciomachie^. Il lit Platon. Il invite ses amis d'Orléans Jean Pailleron, élu sur le fait des aides et des tailles, François Daniel, bailli de Saint-Laurent-les-Orgerils, Claude Framberge, scelleur de l'évêché^, à venir déguster les vins du crû et les délicats poissons de la Loire. Daniel est l'ami de Calvin, à qui le réformateur annonçait en 1533 la condamnation de Paniagniel. Hullot est suspect de luthéranisme et figurera en 1562 sur la liste des Orléanais condamnés à la pendaiso» par le Parlement. C'est un milieu de libre examen, où se complaît l'humanisme éclairé de Rabelais, bien qu'il se refuse à franchir le pas décisif de l'abjuration. On peut même supposer qu'il s'y est rencontré jadis avec Calvin lors de ses années de voyage au sortir du couvent, et que Jean Bemier n'a pas à la légère rédigé cette note : « J'ay veu une lettre manuscrit te de Calvin à Rabelais 3, »
1. Cf. T. II, p. 393. Lettre à M. le baillif, etc. H. Clouzot, R. E. R., m, 156.