VIE DE RABELAIS XXXIX
guemaistre, François Proust, Ferron, Charles Girard, François Bourré et tant d'aultres^ »
Rabelais et Saint-Ay traversent la France en rapportant la dépouille mortelle du « docte et preux chevalier )>, Ils s'arrêtent à Saint-Ay du 30 janvier au 4 février, incertains du lieu où se fera la sépulture. Rabelais écrit au Mans à Joachim du Bellay [lettre perdue]. Il écrit aussi à Martin du Bellay, resté à Turin, et lui annonce que pendant le voyage un serviteur allemand a dérobé dans les bagages tous les papiers du défunt [lettre perdue]^. L'ordre vien'. enfin de continuer sur le Mans, où les obsèques ont lieu le 5 mars.
Cette catastrophe, dont le souvenir est encore aussi vif dix ans plus tard, quand le bon Rabelais écrit « encores me frissonne et tremble le cœur dedans sa capsule », est suivie presque sans répit d'une autre perte aussi douloureuse. Geoffroy d'Estissac, le protecteur de son moinage, l'ami de plus de vingt ans, meurt le 30 mai 1543. En même temps, Gargantua et Pantagruel sont de nouveau censurés par le Parlement à la requête de la Faculté de Théologie (2 mars). Guillaume Postel, lecteur du roi en arabe, accuse leur auteur d'impiété et d'hérésie dans son Alcoranisettlegis Mahometi et evangelistanim concordiœ liber (1543)^
De tels coups du sort sont capables d'ébranler l'esprit le plus « confict en mespris des choses fortuites ». Nous perdons encore une fois Rabelais de vue pendant deux ans, du milieu de 1543 au milieu de 1545. Toutes les conjectures sont permises. On peut le chercher à la cour, car par le double crédit du cardinal du Bellay et de François Errault, sieur de Chemant, — cet ancien président du parlement de Turin pendant le gouvernement de Langey élevé à la