XLII VIE DE RABELAIS
qu'il ne touchait à Lyon, mais on ne trouve pas à Metz d'imprimeurs entreprenants disposés à utiliser l'érudition des humanistes pour de savantes éditions classiques. Une clientèle médicale ne se fait pas non plus du jour au lendemain. Maître François, réduit à la portion congrue, se décide à adresser — ou plutôt à réadresser — une demande de secours au cardinal du Bella}-. Le 6 février 1547, prolitant du passage de Saint -Ay, qui re\aent encore de travailler les princes allemands, il lui remet une requête respectueusement et même humblement formulée, comme il sied quand on s'adresse à un prince de l'Église, mais où l'on démêle — si l'on lit entre les lignes — une mise en demeure catégoriquement formulée.
Rabelais avait chargé son ami d'une première demande de subsides, à une précédente rentrée en France^, et le cardinal avait paru disposé à y faire droit. Mais le nouveau départ de Saint -Ay pour l' Alsace, au début de janvier 1547, a eu lieu si précipitamment qu'il n'a pu prendre congé de Jean du Bellay et emporter son «aumône». Déçu dans son attente, le médecin de la maison du cardinal — car il est encore « domestique » des du Bellay à sa sortie de France, — s'adresse de nouveau à son patron avec plus d'instance et le prévient que s'il ne distrait pas « de tant de biens que Dieu lui a mis en mains » quelque chose pour lui permettre de vivoter et s'entretenir honnêtement, il abandonnera son service et s'attachera à quelque prince étranger 2.
Le 12 février. Saint -Ay arrive à la cour à Saint-Germainen-Laye, mais comme il n'y rencontre pas le cardinal, qui fait à cet instant son entrée épiscopale au Mans, il remet k lettre de Rabelais avec d'autres papiers à Martin du Bellay avec charge de les dépêcher dans le Maine. Il y joint un billet, où il mentionne la lettre de Rabelais en deux mots tandis qu'il s'apitoye longuement sur le sort d'un agent secret, Perrocelli, qui se cache à l'étranger sous le nom de