VIE DE RABELAIS XLVII
Apennins, sur la route de Florence à Bologne, n'a pour le soigner « qu'ung vieil bon homme de médecin » qu'il trouve « cy alentour », et implore le secours du duc de Florence. C'est le premier médecin de Cosme de Médicis qui le met en état de reprendre son voyage (25 juillet) 1.
Certes, il est oiseux de chercher des motifs particuliers à cette absence. Rabelais — il n'est plus tout jeune — a le droit d'être malade. D'autre part le cardinal ne rentrant à Rome que pour s'enfermer au conclave, peut à la rigueur se passer de son médecin. Mais ne doit-on pas établir un rapprochement entre les dénonciations de Puy-Herba.ult et cette séparation? Du Bellay est pris à parti dans ce violent assaut. On le somme en quelque sorte de congédier un athée. Sans aller jusqu'à admettre qu'il sacrifie son vieux serviteur à l'enragé Putherbe, il est fort admissible que Rabelais offre lui-même de se retirer pour ne pas donner prise aux ennemis du cardinal.
Ce que nous savons d'excellente source, puisque le calloier lui-même nous l'apprend, c'est le découragement où ces attaques le plongent. Il décide de cesser d'écrire. « La calomnie de certains cannibales, misanthropes, agelastes, avoit tant contre moi esté atroce et desraisonnée qu'elle avoit vaincu ma patience et plus n'estois délibéré en escrire un iota, car l'une des moindres contumélies dont ilz usoient estoit que telz livres estoient farciz d'hérésies. 2 « Le plus curieux est que les réformés euxmêmes font chorus. Théodore de Bèze, qui dans ses Poemata de 1548 a dédié à Rabelais un distique élogieux, stigmatise dans son Epistola Passavanti ce Pantagruel « quem f ecit imprimere per f avorem cardinalium qui amant vivere sicut ille loquebatur ^. Calvin dénonce l'ancien ami de Trojan, de Daniel et d'Hullot dans son traité De Scandalis (1550) : « Alii ut Rabelaysus, Deperius et
1. Iv. Romier, R. E. R., x, 133. Il est à remarquer que le Quart livre ne fait aucune allusion à ce giand événement du conclave.