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VIE DE RABELAIS XLIX

mieulx et plus proprement dire, paradis de salubrité, aménité, sérénité, commodité, délices et tous honnestes plaisirs de agriculture et vie rustique ». C'est dans cette retraite, auprès de son malade, peut-être aussi au Mans, si le cardinal y réside après sa guérison, que le bon Tourangeau reprend la plume, en dépit de ses serments. On peut supposer que les conseils de Châtillon et de du Bellay, l'un et l'autre très gallicans, ne sont pas étrangers à la composition du Qiiart livre où tant de passages correspondent à la politique royale contre la cour de Rome.

En même temps, — sans qu'on doive peut-être établir un rapport de cause à effet entre les deux événements — le cardinal accorde enfin à son vieux serviteur les bénéfices ecclésiastiques qu'il a si vainement poursuivis depuis sa sortie de Fontenay-le-Comte. Avant d'abandonner à son neveu Eustache du Bellay le gouvernement de son diocèse de Paris, dont il a fait résignation à Rome le 15 mars 1550 « retentis fructibus et coUatione beneficiorum », Jean du Bellay récompense deux de ses fidèles. Le 5 septembre 1550 Philibert de l'Orme reçoit un canonicat à Notre- Dame de Paris; le 18 janvier 1551 Rabelais est pourvu de la cure de Saint-Martin de Meudon et sans doute le même iour de celle de Saint-Christophe-de-Jambet (Sarthe)^

Des deux bénéficiaires, c'est l'architecte qui prend les devoirs de sa charge le plus au sérieux. Les registres capitulaires de Notre-Dame mentionnent son nom en maintes circonstances. Ceux de l'évêché de Paris, dépouillés par l'abbé Lebeuf , sont muets sur le compte du prêtre-médecin. Quand le nouvel évêque Eustache du Bellay visite son diocèse, il ne trouve à Meudon que le vicaire Pierre Richard. Les traditions recueillies au xvii^ siècle par des biographes crédules, et notamment les bons rapports avec les Guise, sont sans valeur. Rabelais, curé de Meudon pendant deux ans, n'exerce que peu ou point les fonctions curiales -.

^. A. Tilley, R. E. R.. I, 155 et H. Clouzot. R. E. R., ix, 456.

2. Mentionnons cependant ce passage de la Prosographie de Du Verdier, 1604, p. 2.452 : J'ay veu une lettre escrite de sa main par laquelle il mande à un amy qu'il ^ de bons paroissiens en monsieur et madame de Guyse. » CoUetet fait la même

reniarqxié.

En revanche, le 28 janvier 1552, le Quart livre des faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en médecine, achève de s'imprimer à Paris, chez Michel Fezandat. Mais avec la mauvaise chance habituelle de l'auteur, la publication arrive trop tard. Elle précède à peine la fin de la crise gallicane. La Faculté de Théologie a beau jeu pour censurer le nouveau livre et le Parlement pour en interdire la vente. Parmi les juges qui prononcent l'arrêt, le mardi i^^ mars 1552, figure le « bon, docte, sage, tant humain, tant débonnaire et équitable André Tiraqucau^ ».

Arrêtons-nous sur ce dernier trait. Au demeurant, nous arrivons à la fin de la carrière de l'illustre écrivain. L'incertitude qui entoure sa naissance enveloppe ses dernières années. Tout porte à croire qu'elles furent troublées. En novembre 1552 le bruit de son incarcération circule à Lyon. Denys Lambin, attaché au cardinal de Toumon, en écrit à ses amis de Paris, Prévôt de Therouanne, régent du collège de Boncourt, et Henri Estienne. Le 9 janvier 1553, malade sans doute de la maladie qui va l'emporter, il résigne par procureur la cure de ^leudon et celle de Saint-Christophe de Jambet^. Quand, au mois d'avTil, du Bellay va prendre à Rome sa dernière retraite, Rabelais est certainement mort ou mourant pour que le cardinal se sépare de son serviteur de vingt ans.

Les frères Sainte-Marthe fixent son décès au 9 avril 1553, en s'appuyant sur le Trésor chro7wlogique de Pierre de Saint-Romuald (1647) qui le relate en effet sous cette année, mais sans préciser le mois ni le jour. Coïncidence singulière : cette date précise du 9 avril 1553 se retrouve dans l'annotation marginale de V Epitaphier de Saint -Paul que nous avons citée : « François Rabelais, décédé âgé de ^70 ans, rue des Jardins, le 9 avril 1553, a esté enterré dans ie cimetière de Saint-Paul. »

1. Cf. T. II, p. 17. Prologue du Quart livre. J. Plattard, R. E. E.., iv, 383.

2. 11 est possible aussi que Rabelais soit forcé de résigner ses bénéfices s'U se trouve impliqué dans quelque grave inculpation. Philibert de l'Orme agit de même en 1559. Cf. H. Clouzot. Philibert de l'Orme, p. 71.

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