‹ Œuvres de RabelaisChapitre 55 sur 231 · LX BIBLIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LX BIBLIOGRAPHIE

tout renseignement positif; et il ne paraît pas, en tout cas, au savant auteur du Manuel du Libraire, que cette édition puisse être antérieure à 1534, ce qui mettrait toujours si cette édition était l'édition princeps. une année de différence entre la publication du premier livre du Pantagruel et celle du Gargantua, venant en second lieu, quoiqu'il soit le premier dans l'ordre du récit.

Pourtant, dans le prologue du premier li^Te du Pantagruel, l'auteur parle « des grandes et inestimables chroniques de l'énorme géant Gargantua ». Il dit même « qu'il a été plus vendu de ladite chronique gargantuine en deux mois qu'il ne sera acheté de bibles en neuf ans », et il ajoute « qu'il offre de présent un autre livre de même billon ».

Comment résoudre cette difficulté? La solutior la plus simple, celle qui se présente d'abord à l'esprit, c'est de supposer qu'une ou plusieurs éditions du livre de Gargantua nous sont inconnues, supposition d'autant, plus admissible que, de certaines expressions du prologue de Gargantua, tel que nous l'offrent les plus anciennes éditions, il ressort assez clairement que l'ouvrage est déjà connu du public : « Lisans les joyeux titres d'aulcuns livres de nr>tre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fessepinte, jugez trop facilement, etc. » « Autant en dit un tirelupin de mes livres (qu'ils sentent plus le vin que l'huilej. » Ce n'est pas un langage que puisse tenir l'auteur d'un volume inédit.

Une autre solution, que l'autorité de M. Charles Brvmet semble faire prévaloir, consiste à reconnaître dans ces grandes et inestimables chroniques de l'énorme géant Gargantua, dans cette chronique Gargantuine, dont il est question au prologue du Pantagruel, im autre ouvrage que celui qui forme ordinairement le premier livre de l'œuvre de Rabelais. On a découvert, en eâet, tm petit roman publié sous ce titre :

— lycs grandes et i| inestimables Chroniques \\ du grant et enor H me géant Gargantua : Contenant sa généalogie, 1! La grandetu: et force de son corps. Aussi les mej-ueU !' leux faicts darmes quil fist pour le Roy Artus, com H me verrez cy après. Imprime nouuellement. 1332. (Au verso du dernier f.) : Cy finissent les cromcques... Nouuellement Imprimées A Lyon, 1532, pet. in-4.

Ce roman populaire raconte comment Merlin, le fameux enchanteur des récits de la Table-Ronde, pour procurer au roi Artus un défenseur invincible, procréa sur une haute montagne d'Orient, à l'aide de secrets et d'opérations magiques, deux grands géants qu'il nomme Grant-Gosier et Galemelle. Il fait, en outre, pour les porter, une grande jument, si puissante que « elle pouvoit bien porter les deux aussi facilement que fait ung cheval de dix escus im simple homme ».

Grant-Gosier et Galemelle engendrent Gargantua. Lorsque reniant est né, son père, le voyant si beau, s'écrie : Gargantua ! « lequel est un verbe grec qui vault autant à dire comme : Tu as im beau fils ! » Et Galemelle veut que ce nom lui demeure. Quand Gargantua est parvenu à l'âge de sept ans, les deux époux songent à le conduire à la cour du roi Artus, selon l'avis que Merlin leur en a donné.

Ils se mettent en route. « Quand la grande jument fut dedans les forestz de Champaigne, les mousches se prindent à la piquer au cul. Ladicte jument, qui avoit la queue de deux cents brasses, et grosse à l'advenant, se print à esmoucher; et alors \-ous eussiez veu tomber ces gros chesnes menu comme gresle: et tant continua ladicte beste que il ne demoura arbre debout que tout ne fust rué par terre. Et autant en fist en la Beaulce car à présent n'y a nul boys, et sont contraintz les gens du pays de eulx chauffer df feurre ou de chaulme. » Ils arrivent au rivage de la mer, où est

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