VIE DE RABELAIS XIII
prieuré du révérend évêque, ne précise pas malheureusement les fonctions de Rabelais. Secrétaire du prélat ? C'est possible. Mais pourquoi pas précepteur de son neveu Louis d'Estissac qui n'a encore que dix-huit ans et ne se mariera qu'en 1527 ? L'auteur de Gargantua et de Pantagruel donne de tels développements à l'éducation de ses héros qu'on doit supposer que son érudition n'est pas purement théorique, mais qu'elle est aussi le fruit d'une mise en pratique antérieure.
A la mode des cardinaux italiens, Geoffroy d'Estissac a créé des jardins superbes où il cultive les fleurs et les plantes rares, et où il invite
Gens lettrez
En grec, latin et françois, bien estrez A deviser d'hystoire ou théologie.
Jean Bouchet ^'A un des familiers du logis. C'est par une lettre en vers q::e lui adresse Rabelais pour hâter sa venue ^ — car les premières œuvres du grand prosateur sont des pièces de vers, grecs ou français — et par la réponse du « Traverseur des voies périlleuses », retenu au palais, que nous pouvons apprécier le charme de cette aimable retraite.
Non moins cordiale, l'hospitalité qu'Antoine Ardillon offre dans son abbaye de Fontaine-le-Comte (Vienne) ^ aux lettrés poitevins, et où Rabelais devise au « cler matin », parmi les bois verdoyants, avec le voyageur Quentin, le légiste Nicolas Petit, le poète Jean Bouchet et ce cordelier Trojan, qui va adhérer au protestantisme et soulever les étudiants de Poitiers contre ses prédications cahdnistes en 1537'.
Cette vie exempte de soucis dans les thélèmes poitevines.
1. L'épitre de Rabelais ne porte que le jour et le mois de sa rédaction c A lyiçngé, ce matin de septembre, sixième jour, en ma petite chambre ». On peut la dater de 1526 ou 1527- H. Clouzot, R. E. R., v, 195.
2. Beaucoup de biographes confondent à tort Fontaine-lc- Comte (Vienne) avec Fonteuay-le-Comte (Vendée.)