‹ Œuvres de RacineChapitre 192 sur 197 · DIVERSE S · texte numérisé non relu

DIVERSE S

que ne fait Racine. Du refte le fujet de cette Pièce eft ie plus heureux 6c le mieux choili du monde. 1/ Action eft intereflànte , les vers font beaux : mais enfin tant de beautés ne {ont pas abfolument iàns défauts. Porus eft trop grand pour Alexandre,ou Alexandre ne l'eit pas ailes pour Porus : 6c ni Tun ni l'autre ne connoiflent pas la véritable grandeur, comme Saint Evremond l'a fait voir dans fa. Differtationfur 1/ Alexandre s car Porus paroit plus occupé de ià Maitreflè que de la gloire , 8c Alexandre perd ibn tems rems avec Ckophile , tandis qu'une victoire mal aïïurée encore ne met pas fon camp à couvert des infoltes de l'ennemi. Voila des fautes que des Héros ne font pas. Que Taxilc ioit plus amoureux que guerrier i que là fceur l'arrête ; qu'il recoure avec plaifir j à la bonne heure. Mais il n'en doit pas être ainfi d'Alexandre 6c de Porus. Celui-ci ne paroit véritablement grand qu'avec Epheftion ( Se. 2. A. 2.) 6c avec Taxile (Se, 3. du même Acte. ) Dans la Scène y. il ne doit £k grandeur qu'à Axiane, comme Dom Quixotte à là Dulcinée.

Je connois mieux Madame, Le beau feu cpie la gloire allume dans votre amt, C'tft vous > je rn en Conviens , dont les puijfans apas Excitoient tous nos Rois, les trainoient aux combats*

Je le reconnois enfin dans la dernière Scène de h. Pièce. C'eft Porus •■> il parle en Héros. Pour Alexandre , . pendant qu'il rend fès hommages à Cleofile, 6c que ce Prince amoureux fe prépare à lui - (Acte 3. Se. 6. ) .

Taire drejfer des Autels en des lieux , Ou de Sauvages mams en refufent aux Dieux,

N'eft il pas fùrprenant que cette Princefîè . îe dépeigne à lui même tel qu'il eft -, ou plutôt tel qu'il doit être ? Elle lui montre fon devoir , 6c lui dit fort iàgement , que la gloire lui fera ou^ blier l'amour. C'étoit en effet le caractère d'Alexandre. Le Poète pouvoit bien lui faire faire des pas pour l'amour , ^mais le grand Alexandre an moit trop la gloire , pour s'occuper uniquement d'une Maîtreiîe ; 8c ce n?étoit pas un Prince à courir le monde pour la taire adorer. Cela étoit bon au tems des Rolans 8c des Am&d'is. Un homme d'eiprit a fort bien iènti que cet Alexandre de Racine n'étoit pas celui de l'Hiftoirc. Il s'eft du verti à l'ajouter aux Herss de R&man de M. DeiPpréaux , 8c cette petite iîclion eft trop, bien tournée , pour en priver le Lecteur.

- Mais qui- eft ce jeune étourdi qui s'avance d'un air moitié ferieux 8c moitié badin ? Le voila bien échaufé.

Je crois que c'eft Alexandre. Mais qu'il eft changé ! j'ai peine à le reconnoitre. Sa phyfionomie nxeft ni Grecque, ni Barbare. C'eft un guerrier petit Maître : aparemment que iès longs Voïages l'ont un peu gâté. C'eft pourtant Alexandre , je le reconnois encore:

Oh! pour le eoup nous avons un véritable Heros,Sc non pas un fade doucereux. Il n'a jamais ibupire que pour la gloire. Il s'eft même picqué il peu de galanterie, que dans fèpt-ans il n'a^ vifité qu'u> ne fois la femme 8c les filles de Darius , bien qu'elles fuflènt les plus belles Pnnceiïès du monde 8c fes prifbnniéres. Je jurerois qu'il s'eft garanti du mauvais air que ces autres ont refpïré , 8c

qu'aïant

DIVERSES. 47ï;

qu'aïant entendu parler de révolte , il Ce hâte de la venir apaifèr. A proches généreux vainqueur de l'Alie , aprochés j il s'agit de combattre. Le Roj des Enfers a beibin de vôtre bras.

Alexandre.

* Je fuis venu , l'amour a- combatu four moi. La "victoire elle même a dégagé ma foi. Tout cède autour de vous : c'efl a, vous a vous ren~

dre j Votre cœur Va promis , voudra-fil s'en défendre ? Et lui feul pourroit il échaper aujourd'hui A. l'ardeur d'un vainqueur qui ne cherche que hiit

Ne l'avois-je pas bien dit , qu'il s'éteit gâtédans fès Voyages ? Alexandre le Grand efl devenu conteur de fleurettes.

Quel Diable de jargon nous vient-il parler ? Quoi Alexandre qui ne reipiroit que les combats s'oublie auprès d'une Maîtreilè ?

Alexa-ndre.

6)ue vous connoiffés mal les violens defîrs D'un Amour qui vers vous porte tous mesfoupirs! J'avourai (qu'autrefois au milieu d'une armée Mon cœur ne foupiroit que pour la renommée •- Mais helas que vos yeux ces aimables Tir ans , Ont produit fur mon cœur des effets diferens ! Le grand, nom de vainqueur n'ejl plus ce qu'il fou» haite.

Il faut l'envoier auprès du grand Cyrus . . . Alexandre.

He quoi ! vous croies donc qu'à mot même barbare J'abandonne, en ces lieux, une beauté fi rare ?

Plu- * Ac 3. Se. 6.

ïji r e m a r jg rr.Es-

Pelle foit de l'extravagant & de fâ tendreflè mal imaginée. Il eft ma roi tout auiïi fou que les autres. On avoit bien raifon là haut de plaindre la Macédoine de n'avoir pas de petites Maifons pour le renfermer. Si pendant ià vie on l'avoit traité en fou , il feroit venu plus fàge ici. Qu'on l'enferme donc au plus vite.

Remarques fur L'Andromaque.

* Cette Pièce eft, à mon avis , plus belle que îa précédente. Il y a des gens qui fe plaignent qu'Andromaque pleure les malheurs avec trop d'excès. Elle leur fait de la peine. Il ferait a fbuhaiter pour eux que les malheureux perdiiTent la mémoire avec leur fortune. Quoiqu'il en ioit, le iujet de cette Tragédie eft des plus touchans. Les caractères y font juftes , l'expremon belle, les lèntimens naturels. Le Poète donne dès la première Scène de la Pièce une idée des principaux caractères , 6c cette idée eft parfaitement fuivie juiqu'à la fin. Andromaque rappellant fans celle Hector 8c Troie dans fa mémoire ne fè rend aux vœux de Pyrrhus le deih ucleur de là Patrie , que pour fàuver un enfant.

6)ui n'a pour fa défenfe Que les -fleurs de fa mère & que fon innocence.

Si Pyrrhus paroit aimer Hermione , c'eft par un dépit, qui veut que ce Prince

De

* L' Andromaque trouva des Cenfeurs dès fa première repr?fent?.tion en 1668. On fit une Comédie contre cette Pièce. Voies les Remarques de M. Broflette fur i'Epitre à M. Racine de M. Defpreaux.

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