‹ Œuvres de RacineChapitre 36 sur 197 · D 7 II · texte numérisé non relu

D 7 II

II le vit terrafle d'un bras vi&orieux ,

Et la foudre en tombant lui fit ouvrir les yeux.

Mais encore à quel prix croyez-vous qu'Alexandre Mette l'indigne Paix dont il veut vous Surprendre ? Demandez-le , Seigneur , à cent Peuples divers , Que cette Paix trompeuiè a jettez dans les fers. Non, ne nous flattons point, & douceur nous outrage.

Toujours lôn amitié traîne un long efclavage* En vain on prétendroit n'obéir qu'à demi : Si l'on n'eft ion Efclave , on eft ion Ennemi.

Seigneur , fans iè montrer lâche ni téméraire , Par quelque vain hommage on peut le Satisfaire. Flattons par des refpedts ce Prince ambitieux, Que ion bouillant orgueil appelle en d'autres lieux. C'eft un Torrent qui païlè, & dont la violence Sur tout ce qui l'arrête exerce là puiflànce ; Qui grorTi du débris de cent Peuples divers , Veut du bruit de Son cours remplir tout l'Univers.

Que Sert de l'irriter par un orgueil fiuvage ? D'un favorable accueil honorons fon pailage j Et lui cédant des droits que nous reprendronsbien, Rendons lui des devoirs qui ne nous coûtent rien.

Qui ne nous coûtent rien , Seigneur ? L'ofez - vous

croire ?

Compterai-je pour rien la perte de ma gloire ? Vôtre Empire 6c le mien feroient trop achetez ? S'ils coûtoient à Porus les moindres lâchetez. Mais croyez-vous qu'un Prince enflé de tant d'audace,

De

De fon paflàge ici ne laiflat point de trace ? Combien de Rois brifèz. à ce funefte écueil, Ne régnent plus qu'autant qu'il plaît à ion orgueil ?

Nos Couronnes d'abord devenant fès Conquêtes , Tant que nous régnerions flotteroient fur nos

têtes , Et nos Sceptres en proye à {es moindres dédains, Dès qu'il auroit parlé tomberoient de nos mains. Ne dites point qu'il court de Province en Province , Jamais de fès liens il ne dégage un Prince ; Et pour mieux afîèrvir les Peuples fous fès lois , Souvent dans la poufiierc il leur cherche des Rois. Mais ces indignes foins touchent peu mon courage, Vôtre fèul intérêt m'infpire ce langage ; Porus n'a point de part dans tout cet entretien , Et quand la Gloire parle il n'écoute plus rien.

J'écoute comme vous ce que l'honneur m'infpire, Seigneur , mais il m'engage à fàuver mon Empire.

Si vous voulez fàuver l'un ou l'autre aujourd'hui ; Prévenons Alexandre, & marchons contre lui.

L'audace 8c le mépris font d'infidèles guides.

La honte fait de près les courages timides.

Le peuple aime les Rois qui fàvent l'épargner.

Porus.

Il eftime encor plus ceux qui fàvent régner.

Ces confèils ne plairont qu'à des âmes hautaines.

Porus.

Ils plairont à des Rois , & peut-être à des Reines,

Ta-

La Reine , à vous ouïr , n'a des yeux que pour vous. P o r u s.

Un Efclave eft pour elle un Objet de courroux.

Mais croyez-vous , Seigneur , que l'Amour vous

ordonne D'expoièr avec vous fbn Peuple 8c fà Personne ? Non, non, iàns vous flatter, avouez qu'en ce jour Vous fuivez vôtre haine , 6c non pas vôtre amour.

Hé bien , je Pavoûrai , que ma jufte colère Aime la Guerre. autant que la Paix vous eft chère. J'avoûrai que brûlant d'une noble chaleur, je vais contre Alexandre éprouver ma valeur. Du bruit de fès exploits mon ame importunée , Attend depuis long-temps cette heureuiè journée. Avant qu'il me cherchât , un orgueil inquiet M'avoit déjà rendu fon Ennemi fecret.

Dans le noble tranfport de cette jalouiie, Je le trouvois trop lent à traverser l'Aile. Je l'attirois ici par des vœux il puiflâns , Que je portois envie au bonheur des Perfàns. Et maintenant encor s'il trompoit mon courage, Pour fbrtir de ces lieux, s'il cherchoit un pafiage, Vous me verriez moi-même armé pour l'arrêter , Qui refufèr la Paix qu'il nous veut preiènter.

Oui , iàns doute , une ardeur fi haute 8c fi confiante Vous promet dans l'Hiftoire une place éclatante} Et fous ce grand deflèin dufiîez-vous fuccomber , Au moins c'eftavec bruit qu'on vous verra tomber. La Reine vient. Adieu. Vantez-lui vôtre zèle , Découvrez cet orgueil qui vous rend digne d'elle. Pour moi je troublerois un fi noble entretien , Et vos cœurs rougiroient des foiblefies du mien.

SCE-

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