‹ Œuvres de RacineChapitre 37 sur 197 · PORUS, AXIANE · texte numérisé non relu

PORUS, AXIANE

QUoi , Taxile me fuit ? Quelle caufc inconnue... P o r u s.

i tait bien de cacher fa honte à votre vue , Et puis qu'il n'ofè plus s'expolèr aux hazards , De quel front pourroit-il foûtenir vos regards? Mais laiilbns-le , Madame , 8c puis qu'il veut ic

rendre , Qu'il aille avec fà Sœur adorer Alexandre. Retirons-nous d'un Camp , où l'encens à la main Le ridelle Taxile attend ion Souverain.

Mais , Seigneur , que dit-il ?

Il en fait trop paraître.

Cet Eiclave déjà m'ofè vanter fon Maître, Il veut que je le ièrve . . .

Ah ! fans vous emporter , ; Souffrez, que mes efforts tâchent de l'arrêter. Ses ibûpirs , malgré moi , m'aflûrent qu'il m'adore.

Quoi qu'il en fbit , fouffrez, que je lui parle encore, Et ne le forçons point par ce cruel mépris , D'achever un deiîèin qu'il peut n'avoir pas pris.

Hé quoi , vous en doutez ? 8c votre ame s'afiure Sur la foi d'un Amant infidelle , 8c parjure , Qui veut à fon Tyran vous livrer aujourd'hui,

Et

oo ALEXANDRE.

Et croit en vous donnant , vous obtenir de lui. Hé bien , aidez-le donc à vous trahir vous-même, Il vous peut arracher à mon amour extrême. Mais il ne peut m'oter par fès efforts jaloux > La gloire de combattre & de mourir pour vous.

Et vous croyez qu'après une telle infblence,

Mon amitié, Seigneur, fèroit fà récompense?

Vous croyez que mon cœur s'engageant fous fà loi,

Je fbufcrirois au don qu'on lui feroit de moi ?

Puuvez-vous , fans rougir , m'accufèr d'un tel crime ?

Ai-je fait pour ce Prince éclater tant d'eftime ?

Entre Taxile & vous, s'il falloit prononcer,

Seigneur , le croyez- vous , qu'on me vît balancer?

Sais-je pas que Taxile eft une Ame incertaine ,.

Que l'Amour le retient quand la crainte l'entraîne,

Sais-je pas que fans moi fà timide valeur

Succomberoit bien-tot aux rufès de fà Sœur ?

Vous fàvez qu'Alexandre en fit fà prifbnniere ,

Et qu'enfin cette Sœur retourna vers fbn Frère »

Mais je connus bien-tot qu'elle avoit entrepris

De l'arrêter au piège où fon cœur étoit pris. P o r u s.

Et vous pouvez encor demeurer auprès d'elle ?

Que n'abandonnez-vous cette Sœur criminelle?

Pourquoi par tant de fbins voulez-vous épargner

Un Prince . . .

C'efr. pour vous que je le veux gagner. Vous verrai-je accablé du foin de nos Provinces, Attaquer fèul un Roi vainqueur de tant de Princes?

TRAGEDIE. oî

e vous veux dans Taxile offrir un Défendeur , ^iii combatte Alexandre en dépit de fà Sœur. }ue n'avez-vous pour moi cette ardeur empreflee? vlais d'un foin ii commun votre Ame eft peu bieffée;

'ourvû que ce grand cœur perifïê noblement , 2e qui fuivra fà mort le touche foiblcment, /ous me voulez, livrer làns fècours , fans azile , \u courroux d'Alexandre, à i'amour de Taxile, ^ui me traittant bien-tot en fuperbe Vainqueur , 5our prix de votre mort demandera mon cœur, -lé bien, Seigneur, allez. Contentez votre envie, Combattez , oubliez le foin de votre vie. oubliez que le Ciel favorable à vos vœux /ous préparoit peut-être un fort afîèz heureux, ■'eut-être qu'à fbn tour Axiane charmée , Mloit . . . Mais non , Seigneur , courez vers votre Armée.

Jn fi long entretien vous fèroit ennuyeux; Et c'efr. vous retenir trop long-temps en ces lieux,

Ah ! Madame , arrêtez , 8c connoifîêz ma flâme , Ordonnez de mes jours , difpofèz de mon ame. La Gloire y peut beaucoup , je ne m'en cache pas Mais que n'y peuvent point tant de divins appas ? Je ne vous dirai point que pour vaincre Alexandre Vos Soldats 8c les miens alloient tout entreprendre , Que c'étoit pour Porus un bonheur fans égal De triompher tout fcul aux yeux de fbn Rival. Je ne vous dis plus rien. Parlez en Souveraine. Mon cœur met à vos pieds 8c iâ gloire , 8c fà haine.

Ne craignez rien ; ce cœur qui veut bien m'obeïr,

N'cft

çt ALEXANDRE.

N'eft pas entre des mains qui le puifîënt trahir. Non , je ne prétens pas jaloufè de fà gloire , Arrêter un Héros qui court à la Victoire. Contre un fier Ennemi précipitez vos pas, Mais de vos Alliez ne vous fèparez pas. Ménagez-les , Seigneur , & d'une ame tranquile Laifîèz agir mes foins fur l'efprit de Taxile: Montrez en fà faveur des fèntimens plus doux, Je le vais engager à combattre pour vous.

Hé bien, Madame, allez, j'y confèns avec joye Voyons Epheftion, puisqu'il faut qu'on le voye. Mais fans perdre l'efpoir de le fuivre de près , J'attends Epheftion , 6c le combat après.

Fin duTremier Acte.

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