L'A-PROPOS
Cet înEaitîgable vieillard ,
Qui toujours vient y qui toujours part, Qu^on appelle sans cesse , en craignant ses outrages, Qui mûrit la raison , achève la beauté, £t que suivent en foule , à pas précipités , Les heures et les jours , et les ans et les âges -, Le temps qui rajeunit sans cesse Tunivers , Et de Fimmensité parcourant les espaces, Détruit et reproduit tous les mondes divers', Un jour, d*un vol léger, suspendu dans les airs. Aperçut Agiaé, la plus jeune des grâces.
Son cortège nombreux fut prompt à s^écarter; Le^dîeu descendit seul vers la jeune iounortelle : Ainsi Ton voit encore , à Taspect d^une belle, Les heures , les jours fuir, et le temps s^arréter. 11 parut s^embellir par le désir de plaire.
Et sans doute, le dieu du temps Sut préparer , sut choisir les instants ,
Ceux de parler, ceux de se taire ; Enfin , il fut heureux, malgré ses cheveux blancs. Uq autre dieu naquit de ce tendre mystère ^
Cherchez la troupe des amours,
La plus leste , la plus gentille ,
VousTy rencontrerez toujours,
C'est un enfant de la famille.
4o8 contes;
Le don déplaire promptement.
Les rapides succès , les succès du moment^
Forment sur-tool son apanage ;
Il est le dieu des courtisans, Et la faveur des cours est encor son ouvrage , Même quand elle vient par les soins et les ans.
Il donne de la vogue aux sages ,
Quelquefois de Fesprit aux sots.
Le bonheur aux amants , la victoire aux héros. On ne le voit jamais revenir sur ses traces ; H fuît comme le temps; il plaît comme les grâces ;
Et c^est le dieu de Fà-propos.