‹ Œuvres de RulhièreChapitre 18 sur 53 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

C'est aiasi que le zèle des conversions avait conduit Louis XIV, contre son inclination et ses principes , à une intokfrance dont il avait d^abord rejeté les rigueurs. Le jésuite k Chaise dominait alors avec un empire absolu sur la nomination des bénéfices et sur Us alTaires dé la religion. Madame de Maintenon écrit, du n février 1687 : « Le P. de la Chaise est mieux » que jamais dians res|Hit d» roi. Il agira dé«* » sonnais Sdus M. Tarchevéqne de Paris; et » madanœ de Lesdiguîères. ne verra plus le >> clergé de France à ses genoux... Vous croyez >> bien que cette grande £aveur va mettre tout » le monde aux pieds de la société. »

Cependant les jansékiîstes étaient éj^uvaatés à l'aspect de ces loi» qn^ils trouvaient sacrilèges. Ils annonçaient qu'on ne réussirait peint par ces moyens contraires , éisaient'-ils,, à la sain** teté de la religion ; que le nominre des calvi^ uistes ne diminuait , en France , que par le grand non^re de ceux qui fuyaient ; que ceux

244 ECLAIUCISSEMÈNTS

même qui se soumettaient, en apparence , prenaient dans leur feinte soumission plus d^horreur pour nos mystères , profanés par nousmêmes ; qu^ils joignaient à cette aversion naturelle pour notre foi , un regret, mêlé de fureur, de Tavoir embrassée par un faux serment ; qu^une entreprise fondée sur la profanation, devait échouer par la malédiction céleste. Leurs maximes étaient, comme on le sait, de n^approcher des sacrements qu^avec une sainte terreur, et d^en croire Thomme presque toujours indigne. Persuadés que la crainte de Dieu n^est pas même un sentiment assez pur pour lui être offert; qu^il n'agrée point d'autres hommages que ceux de notre amour , ils ne pouvaient admettre dans la religion cette terreur des galères , de Tinfamie et de la ruine. Us abhorraient et les amendes honorables , et les logements des gens de guerre , et le spectacle des cadavres traînés sur la claie. Ils disent , dans leurs écrite : « Que leurs che- » veux se hérissaient à la seule pensée de ces p. communions involontaires. »

U'y avait à la cour même quelques partisans de leurs opinions : elles y étaient professées sam fanatisme ,. sans zèle indiscret, sans ani-> mosité imprudente, par 4es. hommes dont le roi estimait les lumières^ et dbnt il respectait

HISTOBIQUES; 243

les i^rtus. Ce n^est pas que le iansënisme osât s'y montrer à front découvert : sou nom demeurait proscrit. Mais le roi avait moins d^aversion pour le fond de cette doctrine , depuis quHl avait cessé d^en redouter un nouveau schisme. Ces jansénistes secrets parvenaient donc à faire entendre timidement leurs voix. Leurs représentations modérées étaient souvent accueillies ; et, si le caractère du roi avait d^abord suffi pour Téloigner de toute rigueur sanguinaire , si les principes sur la législation , admis dans son conseil, avaient empêché de confondre les droits des deux puissances sur les mariages, la tolérance, qui ne tarda pas à renaître, et qui subsista jusqu'aux derniers mois de ce règne; fut due aux insinuations des jansénistes; non pas , comme on le croit d'abord , parce qu'ils éprouvaient eux-mêmes le malheur des sectes persécutées , mais parce que cette tolérance était une suite nécessaire de leurs opinions : l'obéissance dans les fers ne peut être un témoignage de fidélité ni d'amour.

L'ambition seule avait entraîné madame de Maintenon loin de leurs maximes; mais son penchant naturel la ramenait vers eux. Voyez dans ses Lettres le. prompt changement qui Se fit en elle. Toujours occupée de plaire , mais n'ayant plus besoin de: séduire, elle rentre dans

^4^3 LCLAlftCISSLMENTS

son Writàble caractère. Elle mande à M. de Villetle , 6on parent : « Vous êtes conrerti; ne yt VOUS mêlez plus de convenir les autres. Je M VOUS avoue que je n^aime point à me charger » envers Dieu ni devant le roi de toutes ces i> conversions-là. » Est-ce donc cette même femme que nous avons vue si fervente pour les conversions , et toujours applaudissant an choix des plus déplorables moyens ?

Elle commençait à se lier avec deux hommes d'un caractère très-difTërent , mais dont les principes se rapprochaient sur plusieurs points.

Vnn était Tabbé de Fénélon , qui sans cesse Texhortait à inspirer au roi « la méfiance des » conseils durs et violents et l'horreur pour » les actes d^autorité arbitraire. »

Peut-être trouvera-t-on ici avec quelque plaisir les commencements d'une liaison si célèbre; et ii est nécessaire / pour la suite même de ces éclaircissements historiques , de bien faire connaître les principes de la singulière révolution qui se préparait. On sait que madame de Maintenon avait alors àVersailles, pour sa plus intinie société, les duchesses de Beauvilliers et de Chevreuse ; toutes deux filles de Colbert , et sœurs de Seignelay ; toutes deux avaient auprès d'eHe le mérite rare de n'avoir jamais fait leur cour à madame de Montespan ; long-temps éloignées

du roi par celle n^serve , elks Vcn rapprochaienl parla faveur de madame de Maintenon. yabbé de F^nëlon ëtail Foracle de ces deux sœurs^ Foracle de cette famille fort unie, isol^le de toutes les autres sociétés , et qei parrenait k un si grand crédit Fén4f Ion , jeunes encore , avait flotté assez long-letnps entre les jésuiles et les jansénistes; les uns, maîtres de toutes les grâees ecclésiastiques, Tavaient trop peu accueilli; les autres , sans faveur , mais en grande réputation dans le monde, avaient commencé à Vy [^oduire. 11 ne s'était pas dévoué à eux; il nVtait pas attaché à toutes leurs opinions ; mais il n^ avait pas encore adopté celle du Quiétisme ; et son âme tendre était towchée de leur amour pqr ; son esprit insinuant , son élc^què^nce persuasive et sa vertu indulgente le rapprocrhaient de leurs maximes sur Tins! ructioti et sut la to-lérance chrétienne. Peu de temps après la ré-^ vocation , il partit pour utie mission en .Saintonge , .a ki Rochelle et dans le pays d^Aunis. Il y a ^ sur cette partie de sa vie , plus de pané- ' gyriques que d'histoires fidèles. O» a fafit t-ejaillir sur ce commencement de sa carrière la gloire que dans la siiite il a si |ustetnent ac" quise ; ce que sa cotiduite eut , en ^elte occasion , de modéré, de noble et de sage âf été exagéré , cl n'avait pas besoin de l'être. 11 n'est pas vrai

1 {8 £(XAmCISS£M£MTS

que deux provinces aient été préservées, par ses soins, du fléau de la persécution, et qu'il n^eût accepté cette mission qu^à cette condition même. Ce jeune abbé, pour imposer alors des conditions au gouvernement, était trop loin de cette fortune élevée , de ce crédit et de cette considération où il parvint bientôt après. Si son zèle avait eu cette espèce de fermeté qu'on lui suppose , on ne Taurait pas employé : sa vertu fût restée inutile.

L'oppression de la Rochelle et des deux provinces voisines était consommée quand il partit. Louvois en avait déjà retiré les tro^ipes, pour les envoyer dans d'autres généralités, « afin (dit-il, dans sa lettre aux commandants, » en date du 3 novembre i685) d'y faire la » même chose, à l'égard des religionnaires , » que vous avez pratiquée dans le Poitou et le >» pays d'Aunis. » Les rapports qui arrivaient de la Rochelle au ministère , vers le milieu de décembre , sont ceux-ci : «^ Je ne trouve presque » plus de religionnaires à la Rochelle , depuis » que je paie ceux qui les découvrent et qui » me les livrent , dont je fais emprisonner les » hommes , et mettre les femmes ou filles dans » les couvents , de l'aveu et par l'autorité de » M. l'évêque. » L'abbé de Fénélon ne préserva donc pas ces deux provinces de l'oppres-

HISTOBIQUES. 24^

sioii générale ; il fit mieux pour sa propre |;loire : arriyë au milieu de cette persécution , il n^en suivit pas les maximes , et donna des exemples contraires. Nous avons retrouvé ses relations ; quelques-unes sont adressées à madame de Beauvilliers ; on ne peut douter qu^elles n'aient été mises sous les yeux de madame de *Maintenon , et qu^elles niaient contribué à la prompte élévation du jeune missionnaire. Nous en avons déjà cité un passage sur le clergé de ce pays ; ajoutons en* core celui-ci : « Nous tâchons d'éviter dans » nos sermons Tair contentieux des contro- » verses. Nous faisons couler les preuves par » voie de simples explications , et en y joignant » des mouvements affectueux ; nous insinuons » tout ce qu'il faut pour faire de vrais catho- » liques , en ne paraissant travailler qu^à faire, » en général , de bons chrétiens ; tous ces soins >» suffisent à peine pour attirer ces esprits, » tant ils sont effarouchés. Nous rencontrons » par-tout un attachement incroyable à Théré- » sie. Plus un prédicateur les a touchés , moins » ils veulent retourner l'entendre. Leur grand » proverbe est qu'il faut fuir la voix des en- » chanteurs. » Sa mission fut bientôt calomniée par les jésuites. La Chaise le fit rayer de la feuille où il était inscrit pour l'éyêché de Poi-

tiers ; et le roi prit dès lors quelques fâcheuses impressions contre lui. 11 fut rëduit à écrire une lettre apologétique, pour être mise sous les yeux de ce prince ; on Vj voit avec douleur, non pas dissimuler se$ sentiments , mais en affaiblir Tetpression, n^en prendre la'dëfense qu'en annonçant qu^il est prêt à y renoncer, et se rapprocher avec adresse du* parti auquel il était véritablement opposé. Ainsi sa rertu indulgente et modérée était plus flexible qu^on ne Ta dit, et savait quelquefois se prêter au temps pour être plus utile. Depuis cette époque on s^aperçoit de quelque changement dans sa correspondance ; son embarras s'y décèle perpétuellement. Il semble quelquefois qu'on en* tende les maximes d'un intolérant et d'un persécuteur ; mais il ne faut pas s^y tromper; s'il propose quelques rigueurs, c'est pour en prendre droit de rejeter les rigueurs sacrilèges qui étaient alors en usage.

Fénélon, peu après son retour, fut admis dans la plus intime confiance de madame de Maintenon. On a imprimé parmi les Lettres de celle-ci , les conseils de conduite qu'il lui donnait; ils contiennent un passage bien important ; mais il est , en quelque sorte , perdu dans le désordre d^une édition fautive , et il prend un tel degré d'întérêt/en le replaçant dans les

HISTORIQUES. à5l

circonstances où ces conseils furent donnes, que je ne puis me refuser à le remettre ici en sa place , sous les yeux des lecteurs.

« \ous devez, lui*dit-il, suivre le courant » des affaires générales pour tempérer ce qui » est excessif, et redresser ce qui en a besoin. » Vous devez, sans vous rebuter jamais, pro- » fiter de tout ce que Dieu vous met au cœur , » et de toutes les ouvertures qu41 vous donne M dans celui du roi , pour lui ouvrir les yeux et » pour r éclairer , mais sans empressement, » comme je vous Tai souvent répété. Au reste , » comme le roi se conduit bien moins par des M maximes suivies , que par l'impression des » gens qui Ten^ronnent , et auxquels il confie » son autorité , le capital est de ne perdre au- » cune occasion pour T obséder par des gens j» sûrs, qui agissent de concert avec vous pour H lui faire accomplir, dans leur vraie étendue, » ses devoirs dont il n'a aucune idée. S'il est » prévenu en faveur de ceux qui font tant de » violences, tant d'injustices, tant de fautes » grossières, il le serait bientôt encore plus , » en faveur de ceux qui suivraient les règles » et qui l'animeraient au bien. C'est ce qui me M persuade que, quand vous pourrez augmenter » le crédit de MM. de Cbevreuse et de Beaujo villiers, vous ferez un grand coup. C'est à

» VOUS à VOUS mesurer pour le temps; mais, » si la simplicité et la liberté ne peuvent em- D porter ceci, f aimerais mieux attendre jus- » qu^à ce que Dieu eût pVéparé le cœur du roi. » Enfin le grand point est de Tassiëger , puis- » qu'il veut Têtre; de le gouverner, puis- » qu'il veut être gouverné. Son salut consiste >» à être assiégé par des gens droits et sans » intérêt. »

L'autre personne qui approchait de madame de Maintenon, dans ce même temps, avec moins d'intimité , mais comme un homme dont elle estimait la sagesse et les lumières, était ce même M. d'Aguesseau qui avait demandé son rappel du Languedoc , pour ne prendre aucune part aux violences qui s'y étaient commises. Il avait dû ses premiers emplois à Colbert ; et l'on sait trop combien les liaisons personnelles et les amitiés héréditaires influent sur les affaires même d'où dépend la destinée des peuples. Les nouvelles places qu'il occupa bientôt , l'administration des économats qu'il obtint à la mort de Pélisson , la régie des biens des religîonnaires fugitifs, et sur-tout l'administration des biens de M. le duc du Maine, ^ lui donnèrent avec madame de Maintenon de fréquents rapports. Son attachement aux opinions jansénistes était connu ; et l'on a cru long-temps que se^

HISTORIQUES. !l53

sentiiiieiits pleins de vertu et de piété , étaient encore mêlés de quelqae haine contre M. de BasTille, qui Pavait remplacé en Languedoc, qui était attaché aux opinions contraires , et qui devait , comme nous Tavons dit , son avance* ment à Louvois.

D^Âguesseau ne perdait aucune occasion de

faire prévaloir son système. Dès Tannée 1686,

il composa un mémoire très-sage , dans lequel

il soutenait que la contrainte imposée aux nou^

veaux convertis était impie. « Il n'y a , disait-

» il , qu'ime chose difficile , qui est de les per-

» suader : tout le reste n'est point la conver-

» sien ; tout le reste qui n'est qu'extérieur , et

» que l'autorité peut faire , s'il est prématuré ,

» bien loin d'avancer l'œuvre , la recule et la

» ^te... Que faire donc? Les instruire , les édi-

» fier, les assujettir à l'instruction, réprimer

» leurs entreprises journalières , pour s'assem-

» hier ou pour se fortifier les uns les autres :

» Mais , dira-t-on, cette voie est bien lente : on

» la trouverait plus rapide qu'on ne le croit.

.}> Bès que les esprits seront revenus de l'ai-

» greuT et du trouble par l'assurance d'être en

» repos, ils commenceront à se rapprocher et

» à entendre ce qu'ils n'entendent pas mainte-

» nant. Mais enfin une voie ne doit jamais

n passer pour trop lente lorsqu'elle est l'unique

a54 ECLAIRCISSEMENTS

» qui mène au but : les autres voies font aller » plus vite , mais elles égarent. »

Telles furent les premières causes de la reyolution qui se préparait, mais avec lenteur, parce que madame de Maintenon avait eu trop de part aux moyens employés jusque-ià , pour oser revenir brusquement sur ses pas. £fle eut besoin de temps, d'insinuation et d'adresse. Il ëtait plus sûr et peut-être moins difficile de travailler à perdre. Louvois , que de travailler i le réduire. Ce fut aussi Fouvrage d'une longue patience ; et son crédit , comme il arrive souvent dans les cours , parvenait au plus haut point dans le temps même qu'on se préparait sourdement à le détruire.*

Ainsi, malgré ces rétractations secrètes, auxquelles Louvois avait dû lui-même se prêter, k système des rigueurs semblait de plus eu plu5 prévaloir. Sans infirmer ^ par aucune déclaration les clauses encore favorables au^ calviiu^t^^ dans redit réVocatoire , on continua d'autoriser, par des ordres secrets , les intendants et les commandants de provinces à violer, à lettr égard, cette loi nouvelle. On enferma dia^sdes forteresses une. centaine de genlilsbomoies, dont la fermeté inébranlable donnait , dans le^ provinces, un exemple qu'on redoutait. Ceux qui avaient des liaisons à la cour, ol>tinreDt l^

UISTOBIQUES. 255

|»ermission de quitter la France. Ou embarqua , pour des lieux ëloîgnés « quelques bourgeois opiniâtres; et Toa voulut persuader à Louis XIV qu^il avait étouffé liiifrésie * à-peuprès comme on Tavait fait croire à Charles IX dafis la nuit de la Saint-Barthélen^y . Mais en vain tout ce qui parlait à ce prince de ses sujest calvinistes, évitait de les désigner sous ce nom , et affectait de les nommer « ceux qui ont » professé la religion prétendue réfotrmée » , bientôt la triste vérité démentît les relations infidèles et les vaines adulations; et, dès que ce noMvel orage fut pa/ssé on reconnut , avec étonnement, le grand pombte de calvinistes qui restaient encore. On reconnut que les ordres d'emprisonnement ou d'exil étaient tombés sur quelques têtes choisies ; Toppression des dragonnades sur les petites villes et sur les campagnes ; que si , dans les grandes villes , les hommes en place avaient mandé les principaux bourgeois, et tenté d'effrayer les plus opiniâtres, là, comiqe par-tout ailleurs, la multitude , k la faveur d? son obscurité , avait échappé à la persécution ; on a^pprit qu'en plusieurs endroits, les préteiulus a^mertisseurs s'étaient contentés d'abjurations éqWvpques, dans lesquelles tes réformés avaient conservé une partie de leurs opinions ; que, dans la vio^

lence même des dragonnades , plusieurs co mandants des troupes en avaient adouci Thor reur, tel que le marquis de Beuvron , e Normandie; tel que Tévéque de Saint* Pons Percin de Montgaillard, qui s^ëtait constammeni oppose k ce qu'on employât ces odieux moyens dans son diocèse. En un mot il est prouvé, par les états envoyés à la cour , dans les dernières ; années de ce siècle , que dans toutes nos provinces un très-grand nombre de calvinistes pou- . vaient encore, après tant de tempêtes, invoquer, pour leur tranquillité dans leur religion , la protection même des lois. Louis XIY en comiaissait dans les familles quHl honorait le plus de sa confiance. Il disait, en iGgS, « qu^il lui re- » venait beaucoup de plaintes des mission^ » naires , et qu'ils faisaient peu de con versîaiw. » Mais il se renfermait ordinairement dans un profond silence sur ce sujet ; ce qui faisait dire à madame de Maintenon : « On croit anéantir » les choses , en n'en parlant pas. »

Cette multitude plus nombreuse, que la force et la crainte avaient revêtue d'un masque catholique, n'était pas moins embarrassante pour le royaume. Au premier mouvement de cette ligue générale contre la France , qui se fit en 1688, Louis XIV commença à redouter, sous ce nom de nouoeaitœ conçeriis, ceux qu'il n'a-

HISTOBIQUES. 1x5^

vait jamais eu à craindre sous leur Teritable nom de prétendus réformés. On se . pressa alors de désarmer ceux qui, dans le libre exercice de leur hérésie, lui avaient donné Duquesne et Turenne. On crut nécessaire d^exclure des moindres charges municipales , après leur abjuration, ceux qui, dans ce même siècle , avaient donné Sully au royaume.

De zélés citoyens , et à leur tête le maréchal de Yauban , n^hésitèrent point , dans ces terribles conjonctures , à proposer la rétractation de tout ce qui s^était fait depuis neuf ans, le rétablissement des temples , le rappel des mi-^ nistres, la liberté à tous ceux qui n^avaient abjuré que par contrainte de suivre celle des deux religions qu^ils voudraient , une amnistie générale pour tous les fugitifs, pour ceux même qui portaient les armés contre la France, la délivrance des galères , et la réhabilitation de tous ceux que cette triste cause y avait fait condamner.

Yauban eut la noble assurance de présenter ce Mémoire à Louvois. 11 y déplore la désertion de cent mille Français , la sortie de soixante millions , la ruine du commerce , les flottes ennemies grossies de neuf mille matelots les

meilleurs du royaume, leur armée de six cents

officiers et de douze mille soldats plus aguerris

Eclaire, hist. j fy

!l58 £GLAm€IS$£HSNTS

que les leurs. Il dit que » la contrakite des con- » versions a inspiré une horreur générale de » la conduite que les ecclésiastiques j ont I» tenue, et la croyance qu^ils n^ajoutent aucone » foi à des sacrements qu^ib se font un yen de » profaner; que, si Ton reut poursuivre, il » devient nécessaire d^ extermina les prétendus » nouveaux convertis comme des rebelles , ou » de les bannir comme des relaps, ou de les » enfermer comme des furieux } projets exé- » crables ^ contraires à toutes lès vertus cfaré-* » tiennes , morales et civiles , dangereux pour » la religion même , puisque les sectes se sont i> toujourspropagéespar les persécutions ; et, » qu'après les massacres delà Saint*Bar thélemy, » un nouveau dénombrement des huguenots » prouva que leur nombre s'était accru de cent » dix mille; qu'il reste un seul parti, plein de » charité , utile , convenable , politique , celui » de les contenter : » et il finit par dire que « la » prudence qui sait à propos se rétracter et » céder aux conjonctures, est une des parties » principales de l'art de gouverner. »

Une loi également favorable aux nouveaux convertis, et à ce qui restait encore de protestants en France ^ loi capable de suspendre les émigrations , et que nous discuterons dans une suite de ces Ecla^cissements , fût rendue à

eeUe époque ; mais, les succès de la guerre rassurèrent bientôt les esprits. Luxembourg, Catinat , Tourville , Jean Bar t , la fidélité même des protestants, fidélité que leurs plus «cruels adyersaîres furent contraints de louer , sauvèrent la France de cette ruine qui Tavait menacée.

On s'occupa cependant de trouver un remède à des maux intolérables , à un état violent qui ne pouvait durer. Mais alors Louvois , dont Tambition avait fait presque tous ces maux , et dont le génie aurait été capable de les réparer ; Seignelay, déjà sou concurrent, et dont les grands talents avaient promis de remplacer Colbert, étaient tous deux morts. Le conseil du roi était presque renouvelé. L'intention de remédier à un désordre qu'on ne cessait de déplorer, les longues délibérations sur ce sujet, les lois nouvelles auxquelles on se détermina , ranimèrent de funestes querelles entre les deux partis qui divilsaient l'Eglise ; et la contrariété de leurs opinions religieuses continua de porter dans cette affaire autant et plus encore de confusion que n'avait fait la jalousie de crédit et d'autorité.

Pour développer les événements de cet autre période , et montrer comment cette confusion et les malentendus qu'elle occasiona , produisirent enfin, sous le dernier règne, un genre de

36o ÉCLAIRCISSEMENTS HISTORIQUES.

persëcution inom jusqu^alors , comment une si nombreuse partie de la nation française se trouva réduite à la mort civile , nous mettrons sous les yeux des lecteurs , dans une suite de ces Eclaircissements historiques , le rapport général de cette affaire , que M. le baron de Breteuil a mis sous les yeux du roi , au mois d'octobre 1786. Les Eclaircissements que nous y ajouterons , auront pour objet de donner plus de développement à des faits qui peuvent intéresser rhistoire , et dont ce ministre a dû ne présenter à sa majesté que ce qui était nécessaire pour éclairer sa justice et diriger sa bienfaisance.

^^^^^^<W¥l^^ll^)ti¥WWmMWWW»»^MM%»M<»IHM%W»^W^W»»¥WW»WWW¥¥W^»%VWW^^W»»WW

Page 1