AU. ROI
Par M. le baron de Breteuil , ministre et
secrétaire d'état.
« Le roi a plus d'une fois laissé voir à ses » ministres le dessein de donner la plus sérieuse » attention à tout ce qui concerne ce grand
HISTORIQUES. l-yS
n nombre de ses sujets qu^on avait, depuis
» cent ans, appelës les nouveaux convertis y
» et quHl n^est plus possible de désigner sous
y^ ce nom. Au commencement du règne de sa
» majestë, M. le comte de Maurepas répondait
» à ceux qui Tentretenaient de cette importante
» affaire : quV/fe était trop importante et le
» roi trop jeune encore ; qu Hl fallait attendre que
» sa majesté eût acquis la maturité de Vâge , et
» / 'expérience du gouçemement , . afin qu 'elle pût
j» balancer les incorwénients et les avantages de
» ce qui serait proposé y choisir par elle-même
» le parti le plus juste en soi, le plus utile à ses
» peuples, et soutenir ensuite ses ministres dans
» l'exécution ferme et invariable de ses propres
» résolutions. L'heureuse époque qu'il avait
M attendue est depuis long-temps arrivée. Sa
» majesté, par de sages considérations, s'était
» prescrit un second délai; et, le terme en
» étant expiré, j'ai cru devoir exposer sous ses
» yeux, et sous les yeux de son conseil, tout
» ce qui va suivre.
» Louis XIV, dans le grand dessein de cony> vertir les calvinistes de son royaume , avait » tout le succès qui pouvait animer ses espé- » rances, lorsque , sans oppression et sans con- » trainte,par le seul appât des grâces de sa » cour, des avancements dans l'armée, des em-
Eclairc. hist. {3
» plois dans Tétat civil , et de quelques pensions » médiocres, il secondait le zèle des mission- » naires , et les bonnes raisons des controyer- » sistes. Il ramena par cette voie , dans le sein » de TËglise , presque toutes les familles illus- » très , une partie de sa noblesse , et même » quelques pasteurs calvinistes. Mais une entre- » prise quHl avait commencée si heureusement, » n'eut plus le même succès , lorsqu'il se laissa » engager, contre son caractère , ses principes » et sa volonté, à faire usage de la force et de » la violence, au lieu de la patience et de la » persuasion. Aucun des moyens sévères , em- » ployés dans cette persécution, n'eut cepen- » dant Textréme rigueur de cette jurispru- » dence formée long-temps après lui , et qui , » de nos jours encore , condamne tous les reli- » gionnaires à la mort civile.
» Il f^ut d'abord prouver que , même sous » son règne, malgré les acclamations et les » panégyriques prodigués à ses prétendues » victoires sur l'hérésie, et, quelle que soit » encore là-dessus l'opinion commune, cette » entreprise était presque entièrement échouée. » Les Mémoires les plus secrets et les plus sûrs, » conservés dans les différents dépôts du dé- » partemeiit que sa majesté m'a confié, en » contiennent mille témoignages. Ceux que je
HISTORIQUES. a^S
» vais rapporter suffiront. De nouvelles dëli- » bérations sur les moyens d'opérer la conver- » sion générale du royaume, eurent lieu en » 1698 9 treize ans après la révocation de Fédit » de Nantes, et le résultat fut un rétablissement i> formel de la tolérance , en se servant de » quelques subtilités pour déguiser ce change - » ment, autant qu'il serait possible , et sauver, » en apparence , au roi plus d'une rétractation. » A ce fait déjà si remarquable , j'ajouterai que » tous les évéques et tous les intendants avaient » été consultés. Il y a, dit un Mémoire de l'in- » tendant de Languedoc (le célèbre Basville ), » des contrées déplus de vingt et trente paroisses, » où le curé est le plus malheureux et le plus » inutile de tous les habitants ; et où , quelque » soin qu 'on se soit donné, on ri a pu parvenir » à faire un seul catholique , ni même à en » établir un seul du dehors. Il représentait ceux » qui avaient cédé à la violence et paru quitter » leurs erreurs , comme une espèce de corps, » vk>ant dans Vétat d'une manière singulière, » sans aucune profession extérieure de religion. » Et les partisans des rigueurs, pour soutenir » leur opinion , qui fut alors rejelée , disaient : » Si on les abandonne à eux-mêmes , et qu *on » les laisse viçre tranquillement dans cette atper- » sion naturelle quils ont pour nos mystères,
276 ECLAIBCISSEMEMTS
» veut-on quils demeurent éternellement sans » religion, sans sacrifices, sans pasteurs , sans » aucun culte? Ce second état ne serait-il pas » mille fois pire que le premier^ doii nous les » açons tirés avec tant d'éclat ?
» Ainsi, dès ce temps-là , on reconaissait , on » avouait secrètementtouterillusîonqu'avaient » faite les conversions forcées. On était réduit » à convenir qu'il restait un grand nombre de » calvinistes , et que la plupart de ceux qu'on » avait crus convertis n'avaient , en apparence , » aucune religion connue. N'hésitons point à » faire un aveu plus formel. Si nous considé- » rons ce que peuvent des mœurs pures , con- » servées par l'oppression elle-même, l'aisance » que donnent les professions lucratives qui » n'ont pu leur être interdites, le travail assidu » dans ces professions où ils sont renfermés et » que les pères transmettent à leurs enfants, » l'union et la charité qu'entretient parmi eux » le zèle de la cause commune, les aumônes, » les secours mutuels qui bannissent d'entre eux » la misère, et qui ouvrent toutes les sources » de la population , enfin une croyance qui ne » sanctifie ni l'oisiveté ni le célibat , il est facile » de concevoir que leur nombre soit parvenu » au point d'avoir remplacé tout ce qui a péri » pendant les temps de persécution , tout ce
» qui s'est réellement converti à notre foi , et » tout ce que les émigrations en ont enlevé au » royaume. On ne peut acquérir sur ce sujet » que des notions vagues. Leur situation » actuelle ne permet aucun moyen d'en avoir » un dénombrement assuré. Les personnes )) qu'on en devrait supposer les mieux ins- » triûtes, et qui, par état' et par devoir de re- » ligion , sembleraient plus à portée de Tétre , » ont presque toujours , suivant les conjonc- » tures , varié dans leurs rapports. Tantôt » elles ont représenté ce nombre comme très- » considérable et s' accroissant de jour en jour , » afin d'en inférer qu'un redoublement de » rigueurs devenait nécessaire ; tantôt elles » l'ont représenté comme diminuant de plus » en plus , et la secte près de s'éteindre , afin » d'en prendre droit de prévenir des lois de » tolérance comme inutiles. Mais, en comparant » les avis des plus sages administrateurs, il » paraît que ce nombre est aussi grand qu'il » l'était au temps de la révocation. Les calculs » les plus vraisemblables font présumer qu'ils » composent au moins la vingtième partie de » la nation française.
» Ce n'est donc point sur un prétendu rappel » des protestants qu'il faut délibérer aujour- » d'hui. De quel front a-t-on osé quelquefois
» employer cette artificieuse équivoque ? Il ne » s^agit pas de savoir si le roi recevra dans son » royaume les sectateurs d^une religion prosi> crite, qui attendent, hors des frontières , » comme autrefois les Maures chassés d'Es- » pagne , la permission de s^avancer, on Tordre » de s^éloigner. Ils habitent nos plus floris- » santés provinces ; des lois et des précau- » tions également sévères ont été employées » pour les y retenir. Ceux qui n^ont pas » cherché dans les pays étrangers la liberté de » professer leur religion, et le droit d'cxetcer » leurs talents ; ceux qui n^ont pas suivi leurs » pasteurs, lesquels seuls ont été bannis de » France, ont, en cela du moins, rendu obéis- » sance aux lois. Ils sont commerçants, labou- » reurs , soldats ; ils paient les impôts ; ils y» marchent aux corvées, tirent à la milice, » sont classés pour la marine ; le petit nombre » de gentilshommes qui restent parmi eux , hart bitent leurs terres , servent le roi dans leur » jeunesse , et ont coutume de quitter le service » avant Fépoque fixée pour recevoir la croix » de Saint -Louis. Quelques-uns y piersévè- » rent , sans demander cette marque d'hon- » neur. Totit ce ({uï vît dans leur secte ,^ con- » tinue donc de remplir tous les devoirs de » dtoyens et de sujets , pendant que la juris-
» prudence établie contre eux ne permettant » plus d^admettre dans aucun acte de la vie » civile les témoignages de leur naissance, »> de leur mariage et de leur sépulture, ils » sont bien plus que dégradés du rang de » citoyen.
» On croit communément que leur état est » ainsi fixé par des lois positives ; que c^est la » suite nécessaire d'un système sagement mé- » dite, formé d'abord par Louis XIV, adopté » par Louis XY , enregistré dans les tribunaux, » devenu, depuis un siècle, un principe dans » le gouvernement , une règle dans le royaume; » et j'oserai dire au roi qu'on l'a induit en » erreur, si on lui a présenté leur situation » sous ce point de vue.
» Mais cette discussion importante me con- » duira nécessairement à présenter cette afTidire » sous une forme inusitée.
» Il suffit , dans la plupart des grandes déli- » bérations politiques, d'exposer les tnaux et » les dangers auxquels dn se propose d'ap- » porter quelque remède ; et, le plus souvent, » ce serait une curiosité vaine de chercher à » quelle époique et de quelle manière ces maux » ont commencé. Ici presque tout est connu. » Depuis trente ans , cette matière et presque » toutes les questions qu'elle embrasse- ont été
28o KCLAJRCISSEMENTS
» traitées avec une sorte d^émulation par les
» plus habiles écrivains. Jamais Topinion de
» tous les hommes instruits n^a été plus una-
» nime , et le vœu d'une nation plus déclaré.
» Les défenseurs de Fintolérance sont embar-
» rassés eux-mêmes à ne pas avouer que cette
» mort civile d'un si grand nombre de sujets du
w roi préjudicie à tous les intérêts de son royau-
» me , à rhonneur de son gouvernement , aux
» progrès de la population , des manufactures et
» du commerce, à la sécurité de l'état, à Tordre
» des successions , à tout l'ordre civil. Une seule
» réponse leur reste encore ; ils se rejettent
» sur les éloges de la profonde politique de
» Louis XIV , sur la sagesse de ses lois , sur
» le respect du aux principes d'une adminis-
» tration qui a élevé la monarchie française à
» un si haut degré de considération et de puis-
» sance , sur la stabilité qu'un gouvernement
» sage doit conserver dans les résolutions déjà
» prises, dans les lois déjà exécutées : et j'oserai
» dire au roi qu'aucune loi n'a prononcé une
» telle proscription ; que les différents systè-
i> mes dé Louis XIV, sur la conversion des
» calvinistes, sont altérés et dénaturés au point
» que , dans toute l'histoire , on ne trouvera
» certainement rien d'aussi étrange ; enfin , que
» cette altération , si imprudemment faite , a
» seule causé tout Fembarras , tout le malheur » de la situation actuelle.
» En effet, dans cette difficile entreprise, » ce prince avait changé plus d'une fois de plan » et de conduite ; et, à dater seulement de la » révocation jusqu'à sa mort, il y eut deux » systèmes très-opposés l'un à l'autre , qui pré- » valurent tour-à «tour. Dans l'un, le gouver- » nement employait beaucoup de rigueur pour » multiplier à la hâte les conversions , quelle^ » qu'elles fussent; et le clergé, d'accord avec » lui , et dans le même dessein d'accélérer cette » révolution, recevait, sans aucun examen, » toutes les abjurations feintes ou précipitées , » admettait aussitôt à tous nos mystères ces » prétendus convertis, et apportait autant d'in- » dulgence que le gouvernement employait de » sévérité : dans l'autre système, le clergé plus » austère , plus attaché à la sincérité et à la » durée des conversions qu'à leur nombre, ne » recevait d'abjuration qu'après un mûr exa- » men, exigeait des nouveaux convertis, avant » de les laisser participer à nos mystères , de » longues épreuves ; et les épreuves ne pou- » vaut s'accorder avec la contrainte , c'était la » religion elle-même qui avait ramené le gpu- » vernement à la tolérance. Il, est aisé de sen- » tir que la première méthode fut suivie, quand
j> les principes d^une morale relâchée domin nèrent dans FEglise, en même temps que les >» maximes d^une administration sévère domi- » naient dans le conseil ; et que Fautre mé- » thode prévalut, quand, par le hasard des con- » jonctures, il se trouva, au contraire, que «> des ministres modérés furent admis au con- » seil dans un temps 011 les partisans d^une » doctrine très-scrupuleuse et très-rigide diri- » geaient les opinions religieuses. Cette indi- » cation , trop générale peut-être , sufiit main- » tenant à mon dessein , et sera plus dévelop- » pée dans la suite. Mais ce qu'il serait impos- » sible d^maginer, et qui n'est cependant que y> trop réel , c'est la singulière inadvertance qui, » peu d'années après la mort de Louis XIV, a » fait mêler et réunir , dans une même décla- » ration, ces deux systèmes inconciliables.
yi Les lois qui aujourd'hui subsistent , et qui » sont la setile base de cette jurisprudence , » fureiit rédigées en 1 724 , pendant la première » jeunesse de Louis XV , et ne sont autre chose » qu'une compilation incohéretite de ces lois '> antérieures, substituées les unes aux autres, » suivant cette diversité des conjonctures; lois » aussi opposées entre elles, aussi incompa- » tibles que les opinions diverses qui les âvàiêiit » dictées. C'est par une juste conséquence de
» run de ces deux systèmes que Tautorité sou-
» veraine , s'cfforçant d'abolir en France jus-
» qu^au nom des prétendus reformés , a voulu
» les ranger tous indistinctement dans la classe
» des nouveaux convertis. Cest également par
» une juste conséquence de Fautre système que
» Tautorité ecclésiastique a renouvelé le nom
» des prétendus réformés, et a cessé de recon-
T^ naître, comme suffisaihment convertis, ceux
» qu^elle avait d^abord consenti à reconnaître
» coiiime tels ; enfin c'est par une double coil-
» séquence de cette contradiction que, sous
» le dernier règne , ces infortunés , égalemerit
» rejetés de nos tribunâtix sous un nom , et
» repoussés de nos églises sous un autre nom
» méconnus dans lé même temps comme cal-
» vinistes , et méconnus comme convertis,
» dans une entière impuissance d'obéir à des
» lois qui se détruisent l'une par l'autre , et ,
» par-lâ, destitués de tout moyen de faire ad-
» mettre , ou devant un prêtée ou devant un
» juge, les témoignages de leur naissance, de
» leur mariage et dé leur sépulture, se sont
» vus, èit quelque sorte, retranchés de la i-acfe
» hutiiaine. Une si nombreuse partie de la tià-
^ tion française , au lieu d'être régie par les lois
» qu'on avait cru lui imjpdsër , s'est donc trou-
» vée véritablement sans lois qu'elle pût suivre,
» et le gouvemement sans règles par lesquellei » il pût la régir. Il n^y a point d'autres causes » de leur situation actuelle, point d'autre loi] » qui les y maintienne.
» 11 n'en résultait cependant contre eux » qu'une espèce de jurisprudence négative , » dont le gouvernement sentit bientôt tout » l'embarras : mais tandis qu'il s'occupait à y » chercher quelque remède , tandis qu'il déli- » bcrait sur de meilleures lois , capables de pré- » venir le mal qui commençait à se faire crain- » dre y la précipitation d'un tribunal subalterne y> acheva de tout perdre. Le présidial de Nîmes » osa, en 1739, donner le premier exemple » de dissoudre le mariage des calvinistes, et il » eut celte témérité contre les ordres exprès » du gouvernement. Je n'examinerai pas s'il y » était suffisamment autorisé par les lois posi- » tives, lesquelles n'ont rien prononcé de sem- » blable contre les protestants reconnus pour » tels ; si une clause de cette nature pouvait » être sous-entendue par le législateur , etsup- » pléée par aucun tribunal; si ce présidial, » dans une séance en Vivarais où il tenait ce » qu'on nomme les Grands Jours, et où il n'a- » vait à juger que des affaires criminelles, était » compétent pour décider une question d'état, » une question civile sur les mariages ; mais ,
» en écartant toutes ces discussions , en admet-
>> tant qu^un pareil jugement soit fonde sur
» l'expression littérale des lois , j'ai la preuve
» en. main que les juges de Nîmes , après avoir
» cherché à se faire autoriser par le secrétaire
» d!état de la province, firent tout le contraire
» de ce que leur prescrivait la réponse qu'ils
» en avaient reçue. J^ous me demandez, leur
» écrivit M. le duc de la Vrillière le 23 sep-
» tembre 1739, si dans la séance que vous
» dei?€z tenir à Privas , vous connoîtrez des mar-
» riages qui ont été faits entre de nouveaux con-
» i^ertis y par le ministère des pasteurs calçi-
» nistes; votre commission n étant point pour
• » de pareilles affaires y il faut vous renfermer
» dans celles qui y donnent occasion, d'autant
» plus qu il y a un projet de déclaration concer-
y* nant ces mariages entre les mains de M. le
» chancelier, qui prescrira ce qui doit être ob-
» serve à cet égard. Ce tribunal, par cette
» transgression , renversa donc toutes les sages
» maximes qui, du moins sur cette matière^
» s'étaient transmises d'un règne à l'autre , et
» avaient fait reconnaître la validité de ces
» mariages , ou éviter que cette question ne
» s'élevât.
» Observons sur-tout que les rigueurs auto- » risées par cette lettre étaient précisément les
2l86 ÉCLAIRCISSEMENTS
» mêmes qui étaient autorisëes par les lois les
» plus sëvères. On pouvait poursuivre et ptonir
» tout ce qm donnait occasion à ces mariages ,
n les assemblées pour le culte d^une religion
» défendue , le retour des ministres , le crioie
» de relaps : on pouvait exercer toutes les ri-
»> gueurs, hors une seule; mais la douceur du
M gouvernement ou plutôt les mœurs générales
» avaient alors suspendu toutes les autres ; et
»> celle qui n^était point ordonnée par les lois ,
» qui n^était point permise par le gouverne-
>» ment , fut précisément la seule que les juges
» de Nîmes exercèrent. Ils choisirent à volonté
» en différents lieux du Vivarais, six dé leurs
» habitants. Us dissimulèrent, dans leur arrêt,
^ Taveu que les accusés avaient fait de leur re-
» ligiou : et ^ sans proférer le nom ni de calvi'-
» nistes, ni de bénédictions données par des
» pasteurs , ils prononcèrent la dissolution des
» mariages et la séparation des époux.
D II est vraisemblable qu'on trouva de trop » grands inconvénients à désavouer cette fu- » neste démarche ; et le projet de déclaration » qu^on méditait n'ayant point eu lieu, quel- » quesparlementssuivirentce premier exemple. » Ils allèrent plus loin encore ; ils cassèrent » plusieurs centaines de ces mariages, firent » brûler, par la maiii du bourreau, en présence
USTOniQUKS. 287
» des époux, les certificats de bénédictions
» noptiales données par des pasteurs calvi-
» nistes , condamnèrent les hommes aux galères
» perpétuelles, les femmes à être rasées et en-
j» fermées , confisquèrent les dots au profit des
» hôpitaux ; et par-là ils firent tomber sur plus
j» d'^un million de Français cette même flétris-
» sure de concubinage et de bâtardise ; ib en-
» veloppèrent dans cette condamnation des
» contrées presque entières, et les races fu-
o tures, et dMnnombrables générations, sans
» prendre garde que par leui^ arrêts mêmes,
» ils démentaient cette loi dont ils prétendaient
» s^ autoriser, cette loi uniquement fondée sur
» Tassertion qu^il n^y a plus de calvinistes en
» France.
» Ainsi cette jurisprudence, si on la consi- . » dère en elle-même , est un nouveau genre ^> d^oppression qui n'a eu d'exemple chez au- » cune nation policée. Si on la considère dans » son origine, c'est une calamité fortuite, et » qui a pour cause principale une inadvertance ^> du législateur : sous cet autre point de vue, » cette situation n'est pas moins indigne de » toute nation policée. Dans ses progrès on dé- » couvre avec étonnement une entreprise con- » traire aux intentions. les plus formelles, et » aux ordres exprès du gouvernement ; et peut-
'i88 ECLAIRCISSEBIENTS
» être doit-on reprocher aux juges^ d'avoir » violé cette maxime incontestable, qu'une » loi pénale ne doit point souffrir d^exten- «c sion; quHls n'ont droit d^y rien présumer ; » qu^ils ont seulement pour règle ses clauses » expresses et positives; et, dans ce nouvel » aspect, elle s^est établie par une ^dolation de » tous les principes du droit civil et de tous » ceux de cette monarchie. Enfin, si on la con- » sidère dans ses effets et dans sa durée , on » verra qu'elle n'a pas eu plus de succès que » les rigueurs précédentes : en faudrait-il d'au- » très preuves que le sujet même de la délibé- » ration actuelle ? on verra que cette rigueur » illégale n'a été soufferte , dès sa naissance , » et ne s'est perpétuée que par l'embarras où » s'est trouvé le gouvernement de désavouer » une entreprise téméraire, dont le désaveu, » quand on n'avait point de résolution prise , » ni de remède prêt, parut avoir de trop » grands inconvénients.
» Je pourrais donc abandonner tous les » autres motifs qu'on a fait valoir jusqu'ici » pour adoucir le sort des calvinistes français ; » toutes ces raisons si connues et si fortes, ]> prises dans l'intérêt du commerce , dans la y> rivalité des puissances de l'Europe , dans les » soins perpétuels de toutes les autres nations
historiques; 289
^ poar ravir notre industrie et ne point laisser » tarir cette émigration qui leur a ëtë si avan- » tageuse ; dans nos efforts pour attirer à grands » frais et par des privilèges particuliers , quel- » ques étrangers qui viendraient d^eux-mémes, » qui afflueraient parmi nous , si leur religion » n^y était pas proscrite ; enfin dans le danger » d^ avoir toujours au sein du royaume un mil- ' » lion de sujets opprimés. Quelque décisives » que ces raisons puissent être , il en est une » plus décisive encore : dès qu^on a découvert » à un roi puissant et juste qu^une si nombreuse » partie de ses sujets gémit dans une telle in- » fortune , non par la disposition expresse des » lois , mais uniquement parce qu^elle manque » de loi, dès qu^on a mis sous ses yeux quMl n ne s^agit pas de faire grâce et de changer le » système de ses prédécesseurs, mais de prendre » un système quand il n^en existe plus, la pro- » mulgationd^une loi adaptée aux conjonctures » présentes , ne devient-elle pas un digne em- » ploi de sa puissance , un devoir de sa justice, » un devoir de la royauté ?
» La plupart de ces vérités sont nouvelles ; » et deux de ces faits historiques ont sur-tout » besoin d'être développés et appuyés de toutes » leurs preuves : l'un que cette jurisprudence » n'a jamais eu lieu pendant la durée entière
Eclaire, hût Iq
390 ECLAIRCISSEBIENTS
» entière du règne de Louis XIV; et, dans ce » premier déyeloppement , sa majesté et son » conseil verront sans doute avec plaisir se » pi^senter d'abord et comme de soi-même , » la loi qui parait convenir à la situation acj» tuelle ; ils verront se présenter sous une au- » torité toujoum imposante , sous Tautorité de » Louis XI V, tous les principes qu^il faut établir, j» tous les règlements qu^il faut faire ; ce sont » ceux même que ce prince avait adoptés quan d » il prit la résolution de révoquer Tédit de » Nantes*
» L^autre fait quUl sera nécessaire d^éclaircir » et de développer, est la contrariété des deux » systèmes religieux qui firent malheureuse - » ment abandonner ce premier dessein, qui » tous deux Curent suivis tour-â-tour dans cette » difficile entreprise , et dont Timprudente réu- » niop a rendu inexécutables les lois qui sub- » sistent aufourd^huL Mais, afin de prévenir » toutes les objections sur Tauthenticité des » faits et des preuves que je vais mettre sous » les yeux de sa majesté, fe dois commencer » par lui rendre compte de la manière dont » j^en ai acquis la plus indubitable certitude.
i> Pendant plus de cent quarante années , et » 4epuis le tri&afeul de M. le duc de la VriN » lière jusqu'à lui, cette famille de secrétaires
)> d^ëtat eut pour unique département les » ^fiftiros àe jU religion prétendue réùxrmée , » .«uKq^eltes étaient jointes scuLementun assez » ^nwd uomtire de généraiitës. Le règlement M qui fiia ce dépArtemeot^ «et qui demeura si » l^eig-ienps înTarialiJe , est de Tannée 1626; »> et Ji^rsqu^w&a« sous Lomb Xl\% Tadminis- » tratjon du royamme eut piis ie» formes qu'elle » .<:owerre encifure de nos jouns , iCt que toutes » tes pairies de Ja guerre eurent été jnemises en » iwe maîn^ toutes les i^ties de ia marine .en a» \m^ Mutnei.lAs.«/faiMs étrangèjoes coiri^invant » dç former I 4comme depiés ce r^églement » de «$96., un seul départeme&t^ les ^£aires » fde W rieU^on priétendne réfe^tnée conti* « jfiuèreAt/auasi de fomer seules ie quaitrîèiiie ».dq[i8]:AemeQt.
V D Vn autrie icvôité , ipiand les huguenots sont » devenus les nom^effMPéC^fmtèertif , le secréti^re » d'état qui aviiÀt l'admioisitrdikwi des a£Ëw*es » ecdésiatôtii|ues idiiii se »êAcr ;aussi de icelles 9 des jréicfrmés ; et l>i€sntàt^ s^m^ ce nouveau "» r^q^Qft., ieUfS ^asâèreott fiaur U plus grande » pftrUe (dans cet autre dépaittenvent. iCes deuoL » hrMdbes.de r;a4mnistratiQn lont été Munies » pendaiit le decnier^Dègne.
» Akisi t^utiCeqi» les CQiicierfte,^Qus quelque » point de y^ q^u^pn veuille les* considérer,
» ayant été traité par mes prédécesseurs , les » déclarations et les édits ayant toujours été » présentés ou rédigés par eux seuls, la légis- » lation elle*inéme sur ce point ayant toujoun » été conduite par Tadministration , on trouve )> dans les dépôts de ces deux départements réu- » nis , tous les mémoires , toutes les discussions » d'après lesquelles les résolutions ont été » prises , tout ce qui a été proposé , agité , dé- » cidé sur cette matière dans les différents » .temps , les lois et leurs commentaires les plus » secrets, une multitude dHnstructions et de » notes qui en développent les principes , qui » en expliquent les intentions les plus cachées, » depuis le premier projet présenté en 1669, » pour la révocation de Tédit de Nantes, jus- » qu^à la déclaration de 1724 la dernière » qui ait été rendue sur ce sujet, et qui de- » puis soixante ans sert de base à toute cette » partie de notre jurisprudence.
» Toutes ces pièces secrètes niais authen- » tiques, composent le corps de preuves de » ces vérités , pour la plupart ignorées jusqu'à ^> présent ; et, comme elles forment une partie » curieuse de notre histoire, j'ai eu soin qu'elles » fussent recueillies ; j'ai même le dessein de » faire déposer toute cette collection à la Bi- » bliothèquê du roi. Si quelques-unes de ces
^ pièces originales doivent rentrer dans les dif- » fërèntes archives auxquelles elles appar-- 9 tiennent^ chaque copie déposée à la Biblio* » thèque du roi , indiquera le lieu où se trou- K> Tcra Toriginal dont elle sera copiée. Jamais K> monuments plus sûrs et plus incontestables » n^auront été offerts aux historiens.
» Il en résulte d^abord et de la manière la » plus évidente, que les protestants ne for- » maient plus une faction dans Tétat, mais >» seulement une secte dans la religion , une y? secte paisible dans son culte ; et que la révo- » cation de Tédit de Nantes ne fut point un » dessein politique, mais un acte de piété.
» Cest également ce qui résulte d'un ma- » nuscrit précieux et authentique , déposé de- » puis long-temps à la Bibliothèque du roi, et » dont je dois particulièrement rendre compte » à sa majesté. Il contient les mémoires de » Louis XIY, sur les dix premières années de » son gouvernement , adressés à son fils , ré- » digés sous ses yeux ; et plusieurs titres sont » écrits de sa main. Ce prince y expose tout » ce quHl trouva d'embarras , en commençant » de régner ; et , dans cette nombreuse énu- » mération, les calvinistes ne sont jamais » comptés. On voit ailleurs qu'il juge cette » partie de son administration une des plus fa-
2^ ECLAIRCISSEBIENTS
» ciles, et pFO|K>Ttiofniëe ad médiocre génie » de celui quHl en Iroirra chargé. Il én-mage » uniqueitient dans ce grand nombre de se9su- » jets attachés à Ferreur, une matière digïie » d'exercer sa piété ^ par Tapplication cons- » tante quHl veut donner à leur convetsioii ; » et il prend soin d^expli<|uer à son fils ^ pour- » quoi les remèdes extrêmes etmnalents ( cVst » une de %t^ expressions ) ne cançienneni poini » à la nature de ce nud.
» Telle était Topinion de ce roi si \i\ms% de » son pouvoir ; et en effet, pendant les tingt- )> cinq premières années dé son administration^ » comme pendant les trente annécb qui fa- » vaient précédée^ Fordré à mftintenir entre » les deux religions ^ n'était qo'one affaire de » simple police ; ce n'était plus une affadre d^é-* » tat. Puisse sa majesté le ramener à cet béu-» » reux point !
» Les histoires connues dufiBsent pour dx- » pliqiier ce qui avait produit un changement » si favorable ^ et je dois me renfermer ici » dans les seuls faits que j'ai entreprk d'éclÂr- » ciret de prouver.
» Louis XIV ^ en révoquant Fédit de Nantes^ » avait permis aux protestants de rester dans » le royaùnie : et voiti ^t% propres termes : » àans pmkvoir être tnsiMés fd empêchée sous
3» prétexte de leur reUgion. Il invitait tous les » fugitif à revenir des pays étrangers ; la li- » bertë de conscience et la restitution de leurs >i biens leur étaient promises ; la durée de cette » amnistie s^ étendait à Tespace de quatre mois. n Bientôt ^ il est vrai , et par une loi nouvelle , » réducation de tous ceux de leurs enfants qui » n'avaient pas atteint Fâge de seize ans ac- » complîs, dut leur être enlevée; mais il ré- » suite encore de ce nouvel édit que les jeunes » calvinistes au-dessus de seize ans, contin nuèrent de jouir en France de tous les droits 9 de citoyens; et, en supposant même que » cette loi inexécutable de Tenlèvement, de » Fentretien et de Téducation de tous les en- » fants , ait pu être généralement exécutée , » n'est-il pas évident que , parmi cette générais tion au-dessous de seize ans accomplis , un » grand nombre a dû persévérer dans la » croyance dont leurs parents les avaient imi> bus. Forcés de se laisser instruire , les plus » avancés en âge avaient le droit de ne se laisser » ni persuader ni convaincre. Ainsi , dans ces y> temps mêmes de rigueur , il faut compter » plusieurs générations de protestants auto* » risées dans le royaume^ et dont quelques » vieillards ont pu toucber au règne de sa ma-^ » jcsté , et vivre ses sujets.
» Louis XIY avait rendu tout récemment un » arrêt de son conseil d^ëtat , pour établir les » nouvelles formes que devaient avoir leurs* » mariages , après Finterdiction de I^exercîce » public de leur religion. Les dispositions de » cet arrêt annoncent qu'elles ont été profon- » dément méditées ; et il contient en effet le » premier plan que ce prince avait eu dessein » de suivre. Près de deux cents temples étaient » déjà démolis ; Fexercice public défendu dans » un grand nombre de villes , de bourgs et de » châteaux ; les pasteurs forcés de s'éloigner » de tous ces lieux interdits ; défenses faites aux » habitants d'aller aux temples situés hors des » limites de leurs bailliages ; Tédit de Nantes , » avant sa révocation formelle , était donc » effectivement révoqué dans une grande par- » tie du royaume. Le roi voulut^ ce sont ses » propres expressions , donner moyen auop » religionnaires desdits pays qui se voudraient » marier de le pouvoir faire commodément; et » » le 1 5 septembre 1 685 , un mois avant la ré- » vocation, Tarrêt sur ce sujet fut rendu au » conseil du roi , sa majesté y étant , et déli- » béré en sa présence par tous ses ministres. xi La bénédiction nuptiale donnée par un pas- » teur établi dans chaque canton au choix et » sous rinspection des intendants ; rassemblée
»> composée d^un petit nombre de parents ; les bans publiés à Faudience ; les registres des mariages tenus au greffe de la justice : telles sont les dispositions de cet arrêt. Si Ton s^en fut M> tenu à cette jurisprudence ; si Ton eut regardé » comme invariable le point juste et précis de » cette tolérance si restreinte, de cette tolérance 3> sans faveur et sans concession, le grand ou- » vrage auquel on prétend que Louis XIII et » Louis XIV avaient travaillé pendant tout leur » règne n^ était-il pas consommé , et regarde- » rait-on aujourd'hui comme impossible de » rétrograder vers le même point ?
» Cette loi n'était pas isolée ; le même esprit » qui Favait dictée avait également fait statuer » sur les baptêmes par d'autres arrêts du con- » seil d'état , et sur les décès par une déclara- » tion analogue à ce qui avait été réglé pour » les mariages. Il existait donc un plan général » et uniforme , qui s'étendait à tous les actes » nécessaires pour constater Fétat de citoyens. » Un homme dpnt les grandes lumières sont » généralement connues, et que le roi honore » de la plus juste bienveillance (M. de Male- » sherbes) a développé , dans un mémoire déjà » mis sous les yeux de sa majesté , la profonde » sagesse de ces lois. On n'en citerait aucunes^ » dans toute la législation française , qui soient
12<)8 £CLA1RC1M£M£I«TS
» plus justes dans leurs principes, et plu» pré- » cises dans les conséquences qu^on doit en » prëvoir ; et , pour effleurer ici ce qu'il a traité » avec plus d'ëtendue, je dirai seulement que » le droit dé constater Tétat des citoyens par » les registres des naissances , des mariages et >» des morts, appartient à la juridiction civile]; » que si le clergé français participe a ce droit, » c'est par une faveur gratuite du gouveme- » ment ; que priver de cette faveur les pasteurs » réformés , pour en restituer les fonctions aux » juges, c'était agir canformément aux pria- » cipes de la plus saine législation, et en même » temps restreindre Fautorité de ce& pasteurs ; » c'était tolérer leurs fonctions religieuses, et, » en même temps y les dépouiller de toute in- » tervention aux affaires civiles. JTajouterai » qu'il n'était pas moins sage de rouvrir les » portes du royaume à quelques pasteurs choi- » sis par le gouvernement, puisqu'en effet leur » présence était nécessaire à une secte 'encore » très-nombreuse. Une grande habileté, dans » ceux qui gouvernent , est de ne point présu- » mer témérairement de leurs forces, de bien » jtiger de ce qu'ils peuvent , et de ne point »' essayer imprudemment d'en franchir les » Kmilés. Quelle autorité le monarque le plus y> absolu conservè-t-il sur ceux qui opposent
» opiniâtrement leur conscience à ses Tolon-* » tédir et qui, à Faspeet des ëchâfands^ se » résignent »u martyre ? Laisser reventt- en » France quelques pasteurs ao choix du gou- » Tcrnemcfnt y c^était prévenir le nrloor des » prédîcants fanatiques , et , ce qui est plus dé* f> plorable , le retour et la désobéissance de y> quelques bommes vertueux, engagés par » une foi trop ardente à braver les supplices. n Après avoir fait sortir de France tous les pasteurs^ on refait maître de tenir éloi** gnés ceux dont le zèle remuant et le carac' tère indocile ne se fussent pas «séraént prêtés à une pareille révolution , et de rappeler ^eux qui nVussent donné k leur trou- » peau que des exemples de modération et des » préceptes de patience.
» Cest donc dans les lois mâmes de Louis XIY, » dans des lois qui devaient remplacer Tédit de » Mantes f qui parurent an temps même de la » révocation « et qui ne sont poiitt abrogées , » que âotis rétroilvons les pins sages moyens » dé rendre un état civil aux protestants ; les » principes sont posés t Us exemples donnés ^ » ces lois subsistent. Il ne s'agit point de quit* » ter les traces de Louis XIV i de relever l'ouïe vrage de Henri IV , dé chercher à l^endre le » choix du roi incertain entre leS dtux plus
3oO ÉCLAIRCISSEMENTS
» grands de ses prédécesseurs , entre les deux » princes quHl a également choisis pour modèles. » Cest dans Fheureux point où leur politique » se concilie , qu^on retrouve le plan que sa » majesté pourrait suivre, et que tous deux, » selon toute vraisemblance , eussent suivi » comme elle , si des conjonctures étrangères » ne les eussent détournés de leurs propres » principes.
» Comment, en effet, s'est-on écarté d'un » plan si sage ? Comment les protestants eux- » mêmes n'ont-ils jamais réclamé des lois si » favorables ? Enfin comment , avec un pareil » dessein , a-t-on pu se laisser conduire au » point de désordre où l'on est arrivé.
» Une première réponse à ces questions est » que cet arrêt du conseil d'état, sur leurs ma- » riages , fut respecté dans tous les édits, dans » toutes les déclarations postérieures : on a dit » seulement, trente ans après, ilny a plus » de protesUmts en France. C'est une erreur » de fait r ce n'est pas une loi. Louis XIV ne » s'est jamais démis du pouvoir de valider dans » les mariages le contrat civil et l'engagement » mutuel. Les ministres d'état et les magistrats, » sous son règne , ont toujours conservé , à » l'abri de la plus légère atteinte , ce droit in- » hérent à la souveraineté.
mSTORlQUES. 3oi
» J'ai fait consulter dans tous les parle- » ments du royaume , et les réponses ont été » unanimes : il n'existe pas un exemple dans » rintervalle écoulé depuis la révocation jus* » qu'à la mort de Louis XIV, pas un seul » exemple d'un mariage de protestants cassé ; » et tous les rapports qui parvenaient au gou- » vernement , attestent que les exemples de ces » mariages furent très-multipliés. Un des mé- » moires que j'ai en main, composé en lyiS, » porte ces propres termes : hes prétendus ré-- » formés se marient aiyourd'hui ainsi qu *a»ani » la révocation de Védit de Nantes.
» Ce fut en cette année 1718, pour la pre- » mière fois, qu'on proposa d'autoriser les tri^ » banaux à déclarer illégitirrie tout maringe » (jfui n 'aurait pas été contracté enfance de Vé- » glise ; et les curés , à déclarer bâtards , sur » leurs registres , les enfants issus de pareilles » unions. Mais je puis , en peu de mots, rendre » compte au roi de la manière dont cette pro- » position fut faite, des motifs qui l'avaient » dictée , et de l'accueil qu'elle reçut. On avait » consulté, sur les moyens d'accélérer les con- » versions, le maréchal de Chamilly , qui com- » mandait à la Rochelle et dans le pays d'Aunis. » Chamilly , toujours honoré , dans son extrême » vieillesse, pour la belle défense qu'il avait
3o2 £CLAiaCISS£M£NTS
» faite, il y avait alors quarante ans, dans la » TÎUe de Grave^ avoita, dass sa réponse, son » incapacité sur ces matières de religion, et » envoya nn mémoire «pi^il avait fait composer , » dit^ii , par son aumônier. Yoici les motifs n de cet aumônier : Les épiques et archeçéques » carmaisseni parfaitemeat , dit ce bon prêtre , » Importance de ce point, puisqu'ils savent » que les enfants illégitimes ne pew^ent être pro- » mus aux ordres sacrés sans w^ dispense du » pape. Us ne sauraient donc apporter trop de » précaution pour4S[Uoi$. puisse, dans îa suite, » faire le discememmt de ce. sertes darfa^. » Il allait plus loin encore : il proposait de 9* dédarer tous -ceux epd resteraient attaehés au » cabinisme , ineapahies de passer aucun cou- » UrcA ni obligation éêfec qui que eej&t.
y> Ce mémoire fut remis à l^examen de » M« d'Aguesseau, père du cJiaDcelier de » France^ Tun des plus ^rîeiix: ecMnseill«rs d^é- » tat, Tua des plus «oosultés dans la dernière y> moiftié de ce règne. Ce magistrat, «élé |K>ur M la religion , sans f^Einatisme , -et pour le bien » de i^'état , sans ostefiEtation, avait tant 4e mo- ?> destie qu^'Oii a toi^ouns ignoré a^ee quelle » heureuse persévérance ii avait réussi , pen- » dant près de trente aiiaiées, à ^tempérer le • zèle des pcrsécutewrs. Oans s^ r^wnse au
USTORIQUES. 3o3
» mémare de cet aumônier, il rejette loin la
» ]^oposîtion de donner aux cures le pouvoir
» dangereux de prononcer sur la légitinûté des
» enfants ; et il ajoute que la jurisprudence sur
» le rrunage des prtdesùmts est, non pas ùide-
m cise , maù obscure ; i/Mâe la dîj(j/lcutié de la ina-'
» iière est cause qu'on açait affecté à dessein
1» eeile obscuriié; 4fue, quand le roi Jugera à
» propos d'y powvoîr par des dispositions plus
» expresses, U ne faudra pas perdre de vue que
» n « d'un côté, le mariage est wm sacrement sur
» lequel rautorité du roi est bornée , d'un autre
^> câté, c 'est le contrat le phis important de tous
» ceux qui se passent dans la société; et que,
» dans ce sens, le nd e&t maiire d'y établir,
» pour les effets civils, les règles que sa majesté
» jugera à propos. Quant à la dernière propo-
» fiitîon , voici sa réponse : Ce serait les dé-
» clarer morts cipilement , contre la liberté que
» le roi leur a laissée par le dernier article de
» ledit réçocaioire. On ne croit pas apoir besoin
» d'en dire daipontage sur une proposition qid se
» réfute d'elle-même.
» On était donc bien loin, en i7i3, avant- » dernière annëe de ce règne , d^avoir aucune '> idée de les réduire à cette mort civile.
» Telles 'étaient encore , suivant les monu- » ments authentiques, conservés dans les ar-
3o4 ECLAIRCISSEMENTS
» chives des secrétaires d^ëtat, les maximes » adoptées par le gouvernement, et sans cesse I» remises sous ses yeux par les hommes sages » quMl consultait.
» Je ne tarderai pas à faire voir comment » cette jurisprudence, laissée à dessein dans » une assez grande obscurité, avait cependant » été conservée par Texpression positive d^une » nouvelle loi. Le peu qui a été dit suffit déjà » pour démontrer que Louis XIY n^a jamais sst- » crifié à son zèle pour les conversions le droit » de reconnaître pour légitimes les mariages » des protestants; et quand, après sa mort, n on y a dérogé , ou a agi contre tous les prin- » cipes admis sous son gouvernement.
» Pour expliquer ensuite comment ces prin- » cipes, toujours admis, toujours regardés »> comme invariables , et qu'on avait si haùte- » ment avoués , furent réduits à cette espèce » • d'obscurité mystérieuse, comment on s'écarta » du premier plan qu'on avait eu dessein de » suivre, je suis forcé de rappeler quelques » anecdotes de ce temps-là.
» Ce fut d'abord parce que M. de Louvois, » après avoir cherché vainement à distraire le » roi de cette dévotion naissante, chercha, » comme ministre de la guerre, à s'emparer » de la conversion générale du royaume. Il fit
HISTORIQUES. 3o5
» émaner de son propre département et dans
» la formé d^une ordonnance militaire, une
» grâce très-simple en apparence, en faveur
3» de ceux qui se convertiraient , l exemption de
» loger des gens de guerre. Cette grâce seule ,
» si ce nom doit être donné à ce qui eut des
» effets si terribles, mit entre ses mains toutes
» les provinces du royaume et la ^principale
» conduite de cette grande affaire. Elle fut To-
» rigine de ces violences si connues sous le nom
» de dragonnades que Louis XIV punit , aussitôt
» qu'il les eut apprises ; mais on redoubla de
» . soins pour les lui dissimuler. Dans les rela-
» lions qui furent mises sous ses yeux, on ne
» voit pas la plus légère trace de ces violences.
» On n'y voit par-tout que le miracle de la
» grâce , la protection particulière du ciel sur
» ce règne , une suite de prodiges opérés par
» rempressement de plaire à un tel souverain.
» On n'annonçait pas moins que la conversion
» générale de tous les calvinistes; et il est à
» observer. que ces relations étaient envoyées
» des mêmes lieux d'où l'on écrivait, treize ans
» après, cequjB nous avons déjà cité : » Il y a
» des contrées de plus de vingt et trente paroisses
» où l on n a pu parvenir à faire un seul catho-
» ' lique , quelque soin quon se soit donné. » Sur
» la foi de ces relations infidèles, on crut pou-
Kclairc. hist. 20
3o6 ÉCLAIRCISSEMENTS
» voir s'ëcarter du plan qui avait été pfëcën demment concerte. La révocation qu^on më- » ditait depuis quelques années, et dont le » terme paraissait encore incertain , fnt aussi- » tôt précipitée. On rèntersa tôiit«s les formes » récemment établies pour les baptêmes il n^en » fut pas ainsi du mariage ; Fédit révocàtoire » n^en fit afbcune mention. Les uns se flattèrent » que la violence achèverait TcHlvrage qu'elle » avait commencé : les autres, que Dieu con- » sommerait par quelque bénédiction particfu- » lière , le miracle de la conversioh générale ; » et d'autres ne doutèrent pas que là nécessité » ne forçât de rétablir la tolératlce légale qu'ils » avaient d'abord proposée. Ils en itiénagèrént » habilement tous les moyens ; mais Lotrrôis » criit i en continuant les dragdnnades contre >> la foi du nouvel édit , achever tout cet Ou- » vrage en un mois. Ces faits importants sont » démontrés par toutes les pièces dlKhentiques » que j'ai citées. Je n'en présente ici qu'une » idée générale ; je dois seulement ajouter que » les minutes mêmes de touè lés ordt^ês en- » voyés dans les provinces pour lés convei^ions >i pat hgemetUs scmt Cdtlsérvées dàils lé déf^ôt » de la guerre ; que M. le maréchal de Ségiir a » bien voulu me les faire communiquer ; que » j'en ai en main des copies certifiées ; et qu'on
msTouQUEs. 3o7
» y trouve des prcaves irrécusables de tout ce ^> que fai dit.
» Les premiers moments qui suivirent la ré-
ï> volution ayant été marqués par une telle per^
» fidie, oft conçoit que les protestants niaient
» point réclamé F exécution des promesses qui
» leur étaient faites. Les plos hardis fuyaient :
» les plus protégé obtenaient comme une fa-
» venr ou , si Ton veut , comme une disgrâce ,
» la permission de quitter le royaume ; le reste
» dévorait josqu^à s^ pleurs ; et , quand Tau-
» torité se conduisit ente par des maximes
» plus modérées, leur épouvante calmée, leur
» défiance subsista toi^ours. Mais la tranquillité
» dont le gouvernement les laissa )onir dans
» leur» mariages, justifie ses intentions, ou
» plutôt nous les montre à découvert.
» Les deux systèmes inconciliables dont j^ai » parle, contribuèrent pluS' encore que cette » jalousie de M. de Louvois à faire* perdre de » vue le premier plan qui avait été concerté, » et à empêcher qu^après s'être détourné de la » véritable route , on? tt'y soit rentré jusqu'au- » jourd'hui. Xe développerai âVee tonte la vé- » rite que je dois au roi , ces deux opinions re- » ligieuses , dont la contrariété produit alors » tant d'incertitude, et dont l'imprudente con- » ciliation a été depuis si funeste. Personne
3o8 ÉCLAIRCISSEMENTS
>» n^avait encore observe cette fatale inflaence » qu*a eue sur toutes les suites de la rëvocation » de redit de Nantes, une fameuse querelle » qui a fatigué trop long-temps radministra- » tion , et interrompu le repos intérieur du » royaume. Il est trop vrai cependant que Tin- » fortune actuelle des protestants est un des » maux les plus déplorables que cette querelle » ait causés : ce sont , pour ainsi dire , les ruines » que cette guerre laisse encore après elle.
» On sait que Louis XIY s^était flatté , pen- » daht quelques années, d^avoir assoupi les » disputes du jansénisme et du molinisme ; et » les mémoires que j'ai en main, prouvent » évidemment qu'il ne s'occupa de la conyer- » sion générale des calvinistes qu'après avoir » pacifié , à ce qu'il croyait , ces querelles plus » récentes. Mais , aussitôt qu'il parut méditer )> cette conversion générale , chacun des. deux » partis qui divisaient l'église romaine , cher- » cha , sans rompre cet accord qui venait d^étre » établi entre eux, et sans aucune dispute. pu- » blique, à faire prévaloir ses maximes parti- » culières dans les procédés qu'on suivrait.
» Rien n'était plus différent que les propo- » sitions qu'ils faisaient à l'envi l'un de l'autre. » Ceux à qui on reprochait une morale plys » relâchée voulaient, dans le dessein d'accé-
HISTORIQUES. Sog
'y> lerer la révolution , qu'on se contentât de
» conversions hypocrites , achetées par Finté-
» i*ét, obtenues par la séduction, arrachées
» par la violence. Les autres , plus sévères dans
» leur dévotion , s^attachaient à ce que les con-
» versions ne fussent pas précipitées , qu'elles
» vinssent de Tinstruction , de la persuasion et
» de tout ce qui peut attirer la grâce. Ainsi ,
» par un étrange contraste , les défenseurs du
» libre arbitre soutenaient que le roi devait
» forcer les consciences ; et ceux qui préten-
» daient qu'en toute action religieuse Dieu seul
» agit en nous , soutenaient que les conversions
» devaient être libres.
» D'abord aucun parti ne l'emporta sur » l'autre. Un gouvernement ferme et respecté » maintenait entre ces hommes d'opinions si » diverses, cette espèce de trêve appelée la paix » de VJLglise. Les ministres d'état, sans se lais- » ser conduire ni par les jansénistes ni par les » molinistes , s'efforçaient seulement de com- » plaire à la piété du roi , et prenaient égale- » ment , dans les mémoires dictés par des » principes si opposés , les premières idées* d'un » grand nombre de lois qui furent rendues à » cette époque. Mais bientôt la passion du » prince devint celle de tous les ambitieux ; le ^ zèle des conversions gagna tout le royaume.
» Chacun chercha i se faire honneur de con<- » vertir à la hâte tous ceux qui •consentaient » à vendre leur f<M ; et , quand on eut cofn* M menée d^ employer , à Tinsu du roi , des n violences contraires à Tinteation de ce prince, » quand on en fut venu , des conversions mer- » cenaires aux conversions forcées j la g>Iu» » grande partie du clergé se fit encone on de* n voir d'aplanir Taccès de nos églises à cette » foule que les dragcms contraignaicid; d^ en- » trer. La doctrine des jésuites prévalut donc » alors sur celle de leurs adversaires, parce 9 qu^elle aid;&risait et sanctifiait tous les moyens » dont on faisait usage ; ilfallak^ dsssût-on , » se presser d'abolir tous les dgnes eatérieurs » du calçinis9ne , consentira Vihypocnsieetdiux » samléges de toMiie 9me jfénéradon , dams l'es- » poir que la génération swarde, n 'ofÊmijar- » mais eu denfunt les yeux d'autre otdle ^fue » le véritable j perdrak juacfuau soutenir de » Vautre. Mais quelques-uns de ces prétendus » convertis ay^ant déclaré en mourant , que » leur abjuration avait été feinte , et qu'ils » avaient toujours été calvinistes dans le cœur, >) il fallut prévenir F extrême >daiigér de paoïeîls » exemples. De là émanèrent des lois terribles » contre les relaps. Quiconque , après avoir » fait un seul- ac^ de catholicité , ou isigné, de
HlâTOmQUES. 3 1 1
» quelque m^ère que ce fut, une abjuration, » refusait les sacrements dans une maladie , s^il » mourait , était traîné sur la claie , sa mémoire » diffamée , ses biens enlevés à sa famille ; s^il » guérissait , sts biens égaiem^ent confisqués , ^> îl était con4appné à faire amende honorable , » et ei^voyié ^u% galères. Ce n>st point à moi » de jusjtifier pi de réprouver un pareil système; ^» tqiit le /clergé Y^ réprouvé de nos jours, mais » il fut, dans ce temps-là, embrassé, soutenu 39 et défeiidu par le plus grand nombre des » i^véqiies : je f^rai seulement remarquer qu'il » 4tait lié dans toutes ses parties. Uextréme » indulgence du clergé devait iêtre accompa- » gnée 4e Fextréme rigueur du gouvernement : » elles étaient réciproquement la conséquence j> et le prinf:jpe Tune de Vautre. Plus le clergé » recevait facilement , et sans épreuves ni de ^ foi ni de cppduite , les abjurations , plus il » 4eyeaait iadi^ensable que le gouvernement » einploy.àt son aut(H*ité ^ prévenir la rechute » dje jces prétendus coave^ tis. Le clergé les ad- » mettait k nos mystères 6ous uq faible dégui- » sèment , et le gojiivememeot (veiUait à ce qu^ils » ii^ qi^ttassent p^s , même ^lu Ik iie la mort, » le masque .dont il les arait forcés de «se re-
y? D'un autre côté , . les jansénistes avaient
3 1 '1 éCLAXRCISSEMEKTS
» en horreur toutes ces contraintes. Ils annon- » çaient qu'on ne ramènerait personne à la » religion par le sacrilège. Et , dès la première » année qui suivit la révocation , ils parvinrent n à faire écouter quelques-unes de leurs majd- » mes, sans se montrer trop à découvert , parce » que leurs opinions étaient toujours suspectes » au roi, et leur nom toujours odieux. On rétrac- » ta , sur leurs représentations , Tordre déjà dony» né dans tout le royaume , de faire assister les » nouveaux convertis à la messe , où , suivant » le plus grand nombre des jansénistes, Vas- » sistance, quand on n'est pas en état de grâce, » est un nouveau péché mortel.
» 11 serait trop long de raconter ici la suite » lente et presque insensible de leurs progrès. » Il sufRra de dire qu'à la mort de M. de Lou- » vois, le conseil se trouva composé de MM. de » Beauviliiers et de Pontchartrain , tous deux » partisans modérés des opinions jansénistes, » et de M. de Pompone, dont la nombreuse » famille attira long-temps , sur les solitudes » de Port-Royal, les regards de toute la France. » Pompone, après une disgrâce de quelques » années , fut rappelé au conseil en 1691 . Bien- » tôt tous les principes opposés à ceux des jé- » suites prévalurent; et, si Ton étudie avec » quelque attention ce qui parut alors de lois
HISTORIQTJSS. 3i3
fi> x*elatives aux matières ecclésiastiques , on y
>s> verra le crédit que prirent , à cette époque ,
» les jansénistes devenus maîtres du conseil ;
yp mais on y verra aussi la manière habile dont
» se défendaient leurs adversaires , qui conti-
» nuaient d'avoir eh main la feuille des béné*
^ fices el la conscience du roi. Chaque décla-
» ration était suivie , après quelque intervalle
:k> de temps , d^une autre déclaration interpré-
» tative ; et il est aisé de reconnaître , dans leurs
» contrariétés, cette lutte secrète des ministres
)> et du confesseur. Enfin le cardinal de Noailles
3> parut à la cour, appuyé de toute la faveur
» de madame de Maintenon. Elle adopta un
» moment les opinions de ce fameux janséniste
» dont elle avait adopté la famille ; et Ton peut
» voir dans ses Lettres tout ce qu^elle employait
)> de vigilance , dUnsinuation et d* adresse , pour
» lui assurer , sans concurrence , toute la faveur
» et toute la confiance du roi.
» Les jansénistes , avec de tels soutiens, eu- » rent enfin tout Tavantage dans ces délibéra- » tions qui eurent lieu en .1698, lorsque le » roi , après une guerre longue et difficile , » fut rendu, par la paix de Riswick, aux af- » faires intérieures de son royaume. Il consulta » alors de nouveau sur les moyens de parvenir » à la conversion générale. Ce fut en vain que
3 1 4 ÉCL AIKCISSEMEMTS
n la Yoix presque unanime du clergé , s'attai- »> chant à. justifier tout ce qu^on aTait£ût, soln licita la continuation des contraintes, et, pni»n qu'il faut le dire , la continuation des sacri^ » lëges. Les jansénistes dictèrent la nonrelle » déclaration qui parut le i3 décembre. Elle » respire toutes leurs maximes , elle n'ordonne » plus aucune contrainte. Les nouveaux ca- » tholiques sont exhortée à fréquenter nosmy»^ » tères, et n'y sont plus forcés. Ib ne partici- » peront plus à Qos sacrements qu'après s^en » être rendus <)ign^^ p^r une véritable et solide » conversion et par de longues épreuves. Tout » le ppids de la sévérité religieuse tombe sur » le clergé : c'e^t le clergé qu'on réforme ; c'est » uniquement de ses instructions et de ses exem- » pies que les conversions doivent désormais » dépendre* On enjoint la résidence aux évé* » qnes , la prédication aux curés. Ce ne sont » plus des soldais qu'on veut pour mission- » naires : on cherche à foimer de véritables i> apôtres.
» Si le système opposé était lié dans toutes » ses parties, les auteurs de ce nouveau 6ysi> tèine n'étaient pas moins conséquents dans » leurs opinions ; et , 4^omine ils exigeaient iine » véiitable soumission de cœur et d'esprit, une » {oi vive et longr4;eaips éprouvée , la tolâ:*2ffice
usToaiQUEs. 3 1 5
> était une suite aécesftaire de leurs principes. » Les épreuves exilaient la liberté ; une K> obéissance forcée ne pouvait être un témoi- » gnage de fidélité ni de persuasicm, et moins >» encore de ce pur amour, seul moyen de salut, » ^uÎYant leur doctrine.
» Mais le rédacteur de cette loi se conduisit M avec la plus «xtréme circonspection. Il s^at- » tacha à couvrir le blâne qu^un changement » si absolu fêtait sur la conduite qu'on avait 1» tesme^ et peutrétre à ne poûrt irriter des ady^ yersaîres toujours puissants, et 4'autant plus » rede^dtables qu'ils étaient ap^my^és par la plus » nonbreuse partie du ciepgé. Il vovlut faire » tonber, Aaos révocation positive , les lois que » les fan»enistes tro»raieBKt aacriléges.
» Le i^ojet de cette déclaration avec des » MÇ96tàiàes à sdiaquue artide ; les lettres du roi y> adonessées aux éitéqnes, et qnâ contiennent 3» 4/oul; Jie QBj!:stèise iki parti tqui Iriomphak ; les » instroriiiaas adressées aux inieBdants pour » rii^lerieiirxiMidtiite/, iesliettresauxpcomi^ » préi9dQAtsetans:f>ii9i>uKm«-)g^nérauK,.ég^ » IcuQfieinit^eci^ète&y.scâBttdiuuiles»
» mémekt qpJus .«eoret esicose .ou eont expdir » qués fwesque i0«s les principe^ de cette con-*
)> idiiite «aysA^itKeitte.
» Il semble que %oe «établissement de la io-
3 1 6 £CLAIRClSSE3fEHTS
n lërance aurait dû ramener dans la route dont » on s^était ëcartë, et faire revivre ce premier » dessein d^une loi expresse sur les mariages. » Mais le rédacteur voulut encore observer » sur ce point cette même circonspection à » laquelle il sVtait astreint sur tous les antres; » et il y employa une extrême subtilité. Le » cardinal de Noailles, en remettant sous les » yeux du roi la proposition d^autoriser les » mariages des calvinistes en présence d'un » juge royal , s'était expliqué avec une sagesse , » utie dignité, une réserve convenables à un i> évéque citoyen. 11 avait ajouté à cette pro- » position ces paroles remarquables : Comme » cela regarde Vétat plus que l'église , c'est au » roi à décider et à ordonner ce qui carwiendra » le mieux au bien de son serpice. Mais voici j» les maximes qui prévalurent : // serait fort y^ à désirer, est-il dit dans les observations du » magistrat rédacteur, qu^on pût donner une » forme plus certaine à leurs mariages qui sont » si nécessaires pour la conserpation de rétat, » et pour empêcher le dérèglement des mœurs; » mais comme onne le peut^ sans corwenir qu 'il y> y a encore dans le royaume un très-grand » nombre de gens de la religion prétendue ré* » formée , et qu ils ne manqueraient pas dabur » ser pour autre chose , de l ^idée que leur donne-
I» rait un relâchemerU, qui irait même au delà
» des termes de l 'édit réçocaioire, le nombre d in-
» corwénients qid sont arrwés à cet égard ne
:» paraît pas assez grand, jusqu^a cette
» H£ VRE , pour mériter une loi générale et ex--
y^ traordinaire.
» Ce fut donc par cette raison du petit
» nombre d^nconvënients survenus jusqu^à
)) cette époque, que cette loi générale et ex^
» traordinaire ne fut pas rendue. J^ose de-
» mander aujourd'hui si cette infortune de plu-
» sieurs millions de Français , qui dure depuis
» tant d'années, et qui menace encore des gé-
» nérations sans nombre, si les imprudentes
» lois dont cette fatale réticence a été la cause,
» la persécution qu'elles ont produite, Témi-
» gration qu'elles ont renouvelée , émigration
» qui n'est à présent suspendue que par une
» tolérance tacite et insuffisante ; si plus de cinq
» cent mille mariages désavoués par l'église,
» méconnus par les tribunaiix et faits au dé-
» sert, lesquels en produiront une infinité d'au-
» très; si la confusion, toujours prête à se
» porter dans les héritages et qui n'est main-
» tenant arrêtée que par un autre renversement
)) de Tordre civil, seront encore regardés
» comme de .légers inconvénients qui ne mé-
». ritent ni d'être réparés, ni d'être prévenus.
3l8 ECLAra€ISS£M£KTS
» On tâcha alors àt »^exprkner d^one ma- » nière , non pas ambiguë ^ mais enrveloppée. » On espérait les engager à se conTertiv ; et » on se rëserra les moyens , s*ils ne se €o«ver- » tissaient pas, de donner xm effet civil à leurs » mariages, quelle que fut la manière dont iis » se résoudraient à les contracter.
» ^artifice qu^on y employa est facile à dé- >> velopper. Le roi annonce dans le préambule , » quHl existe encore des calrinistes^ dans son » ToysLUTae. Nous açanstni la phis grande partie » de nos sujets.... rentrer dans le sein de lE- » glise,.... et plus positÎTement encore, cfuel- » ques'uns de nosdits sujets plus endurcis dans » leurs erreurs; ensuite tous les articles de cette » loi , à Fexception d^un seul , tombent égale- » ment^ sans distinction ni exception, snrtous » les sujets du roi ; le seul article oà Ton or- » donne TobserTation de» règles de l'Église sur » les mariages , cbsMîge de style , et we s'adresse » plus qu aux seuls sujets réunis à l'Eglise. Il y a » donc nue exception soiis-eiitendue , mais in- >' contestable eiî faveur de ce qui reste encore » de calvinistes. £t ce n'est pas tout : le roi , » par une lettre secrète, adressée à t^us les » chefs des tribunaux , leur fit recommander de » ne rien prononcer ai;» delà de ce qui était ex- » pressément stipulé p^r les édits, et il est dé-
HISTORIQUES. 3ig
montré que rien n^ était prononce sur le ^ . mariage des protestants.
» Le roi, par un autre article de la même
» -loi 5 confirma tous ceux que les nouveaux
» conrvertis araîent cotttractés depuis la rëro-
» cation, mai» toujours par les expressions en-
» veloppées qui entraient dans le système du
» rédacteur ; nous réservant, dit-il , de pour-
» çoir sur les contestations qui pourraient être
» intentées à Végard des effets cù?ils de ceux qui
» auront été contractés par eux. depuis le pre-
» mier novembre i685: c^est la première date
» immédiate après Tédit révocatoire qui , selon
» la forme des édits, n^est daté que du mois,
^ sans indication du jour. De deux chodes^Tune:
» ou leur mariage a été fait avant leur couver*
» sion ; et, dans ce premier cas, c^ëst le ma-
» riage d^un protestant, contracté depuis la
» révocation, qui est reconnu légitime ;
» Louis XIV a donné au roi l'exemple de ce
» qu'on propose aujourd'hui , ou bien leur
7> mariage a été fait dans le rit protestant,
» après leur conversion; et alors Louis XIV
» reconnaît formellement la validité d'un tel
» mariage , dans ceux-mémes que ses édits
» précédents avaient punis Comme relaps : il
» déroge à ses propres édits ; et Louis XIV a
3> plus fait qu'on ne propose au roi.
3ao ECLAIRCISSEMENTS
» Enfin la ville de Pans fat secrètement » érigée en ville de tolérance absolue : il fut » ordonné , avec le plus profond mystère , au )i lieutenant de police de ne faire, au sujet de » la religion y aucune recherche ni des z>wants, » ni des morts , powvu quilny eût point d'as- » semblées ni de scandale public. Ce sont les » expressions d^un mémoire particulier , lequel » nous a conservé le souvenir d'un fait si re- » marquable.
» Il est aisé de sentir combien ces réserves , » ces subtilités , ces mystères offrirent de faci- » lité aux partisans du système opposé, pour » renverser tout cet ouvrage , lorsque , dans la » dernière vieillesse de Louis XIV, ils reprirent » dVne manière si terrible leur ancien ascen- » dant ; et 'comment ensuite , dans la première » jeunesse de Louis XV, Tinattention de quel- » ques imprudents rédacteurs a tout réuni, » tout mêlé , tout confondu.
» On voit aussi , par la découverte et l'examen » de toutes ces pièces authetitiques , que ce ne » furent point les intérêts de l'état, ni les vrais » intérêts de la religion qui déterminèrent le » sort des calvinistes, et qu'il se trouva uni- » queittent lié à ces vaines disputes qui agi- » talent et la cour et le clergé.
» Je ne rappellerai point au roi ce qui causa
j» la disgrâce du cardinal de Noailles, et rendit
» aux jésuites plus de faveur et de pouvpir
» qu'élu n^en avaient eu dans aucun temps : à
j> peine le bruit de cette fameuse querelle a-t-il
» cesse de retentir dans toutes les parties du
» royaume. Louis XIY approchait du terme de
» sa vieillesse ; on allait tomber sous une longue
3» minorité : il était facile d^en prévoir la li-
» cence ; ceux qui dominaient alors voulurent
» tout presser, tout finir, tout rendre irrépa-
» rable , fermer toutes les voies de retour à tous
» leurs adversaires. L'entière proscription des
» calvinistes devenait pour eux un double
» triomphe^ Ce fut un spectacle assez étrange
» que de les voir séparer violemment de Téglise
» romaine , les jansénistes qui s'obstinaient à y
» demeurer attachés , et y réunir de force les
» calvinistes qui s'obstinaient à en rester se-
» parés. Les dangereuses subtilités de leurs ad-
» versaires leur avaient rendu facile cette
» dernière entreprise : ceux-ci avaient regardé
» comme un moyen favorable aux conversions
» le soin d'établir, autant qu'il se pourrait,
» l'opinion que tous les protestants étaient con-
» vertis, afin d'entraîner par l'exemple ce qui
» en restait encore ; et les jésuites se préva-
» lurent, comme d'un fait positif, de ce qui
» n'avait été qu'un saint artifice. Les jansé*
EcUirc. hist. 2 1
3a2 ÉCIi A IBCI,SSEMPiTS
» QÎfttes ayaient eu le timide ménagement de » ne point réroqner et de laisser seolement » tomber la loi qu'ils abkoiraieBt le plus ^ la loi I» contre les mourants ; les fésiiites, sans réTO- » quer aocone des lois que leurs adversaires m avaient dictées, rétablirent seulement celle-là m avec une sévérité nouvelle.
» Ce mémorable exemple est un argument s» sans réplique contre les apologistes de cette » tolérance tacite à laquelle on voudrait en- » core s^attacher aujourd'hui. D met sous les » yeux du roi Textréme danger de ne point » abolir les mauvaises Icms , qu'on est résolu de » laisser tomber et s'éteindre ; un pouvoir n malfaisant peut un jour les faire revivre. Le » seul afifaiblissement de Fâge dans un prince » justement admiré, une sourde vengeance, » un secret intérêt, et mille passions toujours » si actives dans les cours , qui s'y cachent avec n soin quand leur moment n'est pas venu , et » qui dominent avec empire dès que les temps n changent et que l'occasion s'ouvre , peuvent » détruire en un instant la sage politique de n vingt années.
j» C'est ainsi qu'on vit reparaître quand » Louis XIV louchait au dernier terme de sa » vieillesse , dans un temps plus particulière- » ment consacré à la piété, et où l'empire de
HISTOBIQUES. $23
» son confesseur était plus absolu, cette loi » assoupie depuis dix-sept ans ; et un change- 30 ment de quelques mots la rend une loi nou- » velle , dont le seul titre fait frissonner : Qid j» ordonne que ceux qtd ûMÉtoM déclaré qu'ils j^ veulent persista et mourit dans la religion j» prétendue réformée y soit qu'ils aient fait abji jûration ou non > seront réputés relaps. On s» voit asses commeitt tout le système du parti » qui triomphait domine dans cette déclaration. » Plus d VpreuTCs pour les nouteaux convertis , 3) plus d'instructions pour ceuK qui restent à i> convertir : les sacrements, sous peine ^ des » galères ; les oeuvres sans la foi : et pas même » la crainte de Dieu , mais la crainte des chaînes » et delà rame.
» L'enregistrement fut suspendu uA mois,
» un mois entier sous un tel règne t Le procu^
» reur-^génëral du parlement de Paris , c'était
» alors M. d'Âgnesseau, depuis chancelier de
» France Y osa faire de vives représentations ;
» elles subsistent en original dans les archives.
» J'en mettrai un passage sous les yeux du roi,
» parce qu'il suffirait seul pour confirmer tout
)» ce que j'ai dit sur la tolérance conservée
» jusqu'à cette époque. Après avoir développé
» la jurisprudence du royaume sur là itéces-
» site des preuves , et, à leur défaut, sur l'es-
» pèce de présomption que les îurisconsulte& » appellent nécessaire, il ajoute : Comme Un y s» a jamais eu de loi qui ait imposé aux reU- » gionnaires la nécessité de changer de religion, » on ne peut pas dire qu'Uy ait une présomp- » tion nécessaire de ce changement. Le roi a B bien aboU V exercice de la religion prétendue » réformée, par ses édits ; mais iln*a point or-. » donné précisément aux religionnaires defcàrt yk abjuration et d' embrasser la religion caiho- » Uque. Toute la rigueur de la loi est tombée sur » les relaps, c^est-œdire sur ceux qui, après » oJ^oir abjuré leur mauvaise religion , sont re- » tombés dans leurs anciennes erreurs; mais, » pour cela, il faut nécessairement proui^er qu *ils » en sont sortis , parce que , pour retomber , il Tf> faut s'être relevé ; et Von aura toujours peine M à comprendre quun homme qui ne paraît n point s'être jamais converti^ soit cependant » retombé dans V hérésie, et qu on puisse le con^ )) damner comme si le fait étaù prouvé,
yi Mais enfin , jusqu^à la mort de Louis XIV, » les deux systèmes opposes n^avaient été sui- » vis que tour à-tour : un parti avait renverse » Fautre : ils avaient fait prévaloir alternatif )) vement les moyens qu^ils jugeaient les seuls ?> qui pussent conduire au terme ; et peut-être » chacun de ces moyens contraires aurait-il pu
HISTORIQUES. 3a5
w y faire parvenir avec plus ou moins de len- •» teur. Quelquefois des ordres secrets, et non )) des lois positives, avaient paru en confondre » les principes et annoncer une conduite in- » certaine ; mais c^ëtait dans les moments d^n- » décision y et quand on hésitait à quitter Fun » pour embrasser Tautre. Il était réservé aune » administration suivante de les assembler tous » deux dans une même déclaration , quoiqu'ils » fussent évidemment inconciliables.
» Il faut d'abord observer que , pendant les » neuf premières années qui suivirent la mort » de Louis XIV , ces tristes affaires étaient loin » d'occuper les esprits : elles paraissaient en- » tièrement oubliées. M. le duc d'Orléans laissa » aux protestants une tolérance assez étendue ; » ses sentiments n'étaient pas douteux ; mais » les grands intérêts personnels qu'il avait à » ménager , l'empêchaient de renverser ouver- » tement ce qu'il trouvait établi. Il délivra des » cachots et des galères tous ceux de ces in- » fortunés qui y gémissaient. Il maintint les » édits contre les assemblées f on condamna » quelques réfractaires , et il leur fit grâce. La » sortie du royaume fut libre , et cette indul- » gence suspendit l'émigration.
» Après sa mort, M. le duc de Bourbon , de^ » venu premier ministre, se laissa persuader
» que ce serait prendre un grand parti, un
» parti décisif, et finir pour jamais cette
s> longue et importune affaire , que de reoou-
n vêler le« déclarations de Ijouis XIY. Ceux à
n qui il donna sa confiance se mirent doiu: à
» compiler tout^ ces déclarations avec la plus
» malheureuse cuctitudei^ sans discerner leurs
» différents systèmes^ Dans^ ce mélange inco-
» hérent, ils réunissent les deux espèces de
» sévérité îqcQmpatibies qui avaient dicté
» tour-à-tour ces précédentes déclarations ;
» mais d'un côté, dans les lois rigoiweuses
A dictées par les jésuites i U roi n^avait psis eu
» droit d'ordonner au clergé cette ejitr^mefa-
» cilité , qui en était une* swte Indispensable ;
» et de Fautre côté, dans les lois ou la sévéritié
» religieuse avait été prescrite, les jansénistes
» avaient eu Fexcessive circanspectiQn d'iur
» diquer seulement, et presque de s/o^us^n-*
» tendre la tolérance ,, qui en ét^t «ne suite
n non moins nécessaire. Les imprudents rédiac*
» téurs ne s'aperçoiven^t pas de cette do^^ble
» réticehce ; ils ne prennent de ces différenites
» lois que leurs expressions positives ;, et l^ plus
» fatale, coni^ion en 9i été la. suite inévi^a^le* » D'abord ave<: les jésuites, ils ne recoa*
». ipiaisseiEit plus de. protestants en Fran^je^, quoi-
» que depuis neuf ans la liberté dont avaient
» joui ces nombreux sectaires leur eût permis
» de ne prendre aucun masque ; le rédacteur
» en conyient. 11 avoue que leurs assemblées
i> sont recommencées; que l'éducation de leurs
» enfants est laissée à leurs soins; qu'ils sont
» rentrés dans un grand nombre de professions
» civiles , et que les célébrations de leurs ma-
» liages n'ont point éprouvé d'obstacles. Tout--
» à-coup il part de ce texte pour les mécon-
n naître sous le nom de protestants , pour leur
» donner le nom de nouçeaux convertis , et les
» astreindre à recevoir les sacrements , sous la
» menace des peines les plus grièves. Mais,
» reprenant aussitôt les dispositions de la loi
» janséniste, il les soumet aux longues instruc-
» tions , a l'assiduité aux écoles , à l'examen du
» prêtre. Ensuite , et par une autre confusion^
» par une loi qui alors , et pour la première
» fois y embrasse généralement et ians excep**
» tion tous les sujets du roi , il les astreint
» aux règles sévères rétablies depuis trente ans
» sur les mariages dans l'église romaine. Ainsi,
» d'un côté , suivant la loi moliniste^ contrainte
» pour recevoir It: sacrements : de l'antre côté,
» et suivant la loi janséniste, difficulté avant
» d'être admis à leur participation : d'un côté,
D nécessité indispensable d'un certificat de ca-
» tbolicité ; de l'autre , examen scrupuleux et
3a8 ÉCLAIRCISSEMENTS
j» arbitraire avant de donner ce certificat. De i> ces idées confuses, de toutes ces dispositions » incohérentes et contradictoires, pouvait -il » résulter autre chose que des lois inexécu* » tables?
» La minute même de cette nouvelle déclan ration, telle qu^elle fut approuvée au conseil, » porte sur les marges la citation des diffé- » rents arrêts, édits et déclarations qu^on avait » compilés ; et ce qui aurait dû avertir de leur » incohérence , parut à des yeux inattentifs au- » tant d^autorités qui déposaient en leur fa- » veur. Ils ne s^ aperçurent pas que , sans avoir » été positivement révoquées, jamais, pendant » la durée entière du règne de Louis XIY, ces » lois si diverses n^avaient subsisté ensemble ; » que la sévérité des épreuves détruisait la sé- » vérité des contraintes ; que ces lois renfer- » maient donc en elles-mêmes une impossibi- » lité d^ exécution attachée à leurs propres » vices ; et que , rendues plus menaçantes en » même temps qu^elles rendent impossible » Fobéissance qu^elles exigent , elles ne con- » servent plus qu'un seul caractère , celui de » r oppression.
» 11 serait trop long de remarquer ici com- » ment ces rédacteurs, quels quHls soient, ont li ajouté encore à ces contradictions, ont aug-.
HISTOBIQrES. 329
8^ mente ces deux espèces de s^vëritë inconci- » liables, les épreuves scrupuleuses et les con- » traintes sacrilèges , en prolongeant , d'un » côte, le temps des instructions, suivant la » volonté arbitraire des prêtres ; et de l'autre JE» côté, en donnant aux tribunaux une autorité >> coactive, qu'ils n'avaient point eue précé- » demment.
» Mais ce qu'il est essentiel de savoir , c'est
» quMb entrevirent, non pas tout le désordre
3» qu'ils allaient causer, mais quelques incon-
» vénients de cette monstrueuse législation ,
» et qu'en rédigeant cette loi méme^ ils annon-
2> cèrent la nécessité d'une loi subséquente :
» On coira de la peine , est- il dit dans les obser-
» vations de ces législateurs , à/aire contenir les
» épéques entre eux, La matière a été souvent
» agitée. La règle uniforme est fort à désirer;
» mais cette indécision pourrait durer long-temps
» par la diversité de leurs avis ; il ne faut pas sur
» ce prétexte différer la déclaration qui ne peut
» paraître trop tôt On pourrait réserver la dé--
» cision de ces questions pour une autre décla-
» ration^ ou en faire la matière d'une instruc"
» tion sans en faire une loi; or, cette déclara-
» tion ou cette instruction , qui doivent enfin
» résoudre ces difficultés insolubles , restent
» encore à faire après plus de soixante ans.
33o ÉCLAIRCISSKMEIITS
» Aussitôt que cette fatale compilatioii eut » été érigëe en loi du royaume , la terrear » qu^elle inspira força les religionnaires à des » actes apparents de catholicité. Us voyaient » s^ëvanouir toutes les espérances que leur A ayait laissées , sous la fin du dernier règne , » Tattente d^un changement prochain; et soos » la régence , les sentiments du prince qui gou* » vemait. Une nouvelle cour, un jeune monar- » que , un premier ministre tout-puissant , » qui, dans un temps de galanterie et de li- » cence, s^annonçaient avec tant de rigueur, 1» ne laissaient plus apercevoir qu^une longue » et triste perspective. Leur effroi subjugua » leur conscience, ou du moins ils se soumi- » rent à des serments de forme. Us se présen- » tent à nos églises : ils y demandent la bénéf> diction nuptiale ; on la leur refuse. Ce n^est » pas que les opinions molinistes ne prévalus- » sent encore dans la plus nombreuse partie » du clergé ; mais le temps était passé où ceux » qui suivaient cette doctrine avaient subor- » donné tout au dessein d'abolir à la bâte les » signés extérieurs du calvinisme. D^autrés con^ » jonttures amènent d'autres opinions* Ces » mêmes ecclésiastiques qm^ sous Fautre rè- » gne , avaient reçu avec tant d'empressement » et de zèle des abjurations simulées, ^m-
» blent désormais se défier de toute conver-
M sion. La doctrine des épreuves, puisée dans
» les opinions les plus rigides sur la religion ,
» mais en même temps si favorable à Tautorité
» de ses ministres, prévaut à cette époque
3»^ parmi ceux même qui Favaient répétée ; et si
» Fon demande quelle fut la cause de ce chan-
» gement inattendu, peut-elle être douteuse?
» Cette doctrine n^avait pu obtenir tous les suf-
» frages , quand les jansénistes Pavaient établie
» avec toutes leurs modifications. Le parti ad-
» verse s^était refusé à éprouver les oouveaux
» convertis, quand il n'avait sur eux que le
» pouvoir de catéchiser, d'instruire, d'exhor-
n ter ; quand il n'avait que le droit d'éprouver
A et non celui de contraindre. On ne devait pas
3» appréhender que les prêtres les plus attachés
j^ i Texercice de tous leurs droits, abusassent
]> de celui-là^ quand le catéchumène conservait
» de son côté la liberté de se soustraire à une
» rigueur qu'il aurait trouvée excessive. Mais ,
» depuis l'association des deux systèmes; de<*
3^ puis qu'il fut permis et même ordonné aux
» prêtres de faire subir un rigoureux examen
» et de longues preuves avant d^aceorder un
» certificat de catholicité toujours nécessaire ,
» avant d'aecoirder la bénédiction nuptiale
» qu'on ne pouvait plus obtenir que d'eux
33a ÉCLAIRCISSEMENTS
» seuls; depuis qu^ils furent autorisés à » fuser les sacrements aux mourants qui , sgws n peine d^étre livrés à la justice , étaient forcés n de les leur demander, ils ne tardèrent pas à » reconnaître le surcroit d'autorité dont cette » nouvelle jurisprudence les mettait à portée » de se sabir. Ils adoptèrent généralement , n dans un espace de peu d'années, cette doc- » trine qu'ils avaient auparavant rejetée , » quand elle était jointe à d'autres principes ; » et les mêmes ecclésiastiques qui s'étaient fait » un devoir de contraindre à recevoir les sa- » crements ceux qu'ils en croyaient indignes, » changèrent de maximes et de conduite. Cha- » que diocèse prit , au gré de son évéque , une » méthode différente. L'un fixa les épreuves à » quatre mois ; l'autre à six mois ; l'autre à une » année ; l'autre à plus encore. En vain le roi » a déclaré qu'il n'y a plus de protestants dans » son royaume : les deux partis qui s'étaient » auparavant divisés sur ce point , se réunissent » pour leur refuser également le nom de nou-- » çeaitx conçertis. Ce fut alors que ceux-ci , re- » butés par des difficultés qui se renouvelaient » sans cesse , renoncèrent à une soumission » qu'on leur rendait trop pénible, à des dé* » guisements qui leur devenaient inutiles. » Ceux que pressait le désir du mariage , mais
3> qu^on avait droit de retenir d'abord au
» catéchisme jusqu'à vingt ans , et de ne
» pas trouver à cet âge assez instruits, lassés
^> d^être remis impitoyablement de délai en
» délai , prirent enfin le parti de se marier se-
» crètement, suivant les formes de leur an*-
» cienne croyance; ils cessent alors de fré^
» quenter nos églises; ils retournent, autant
» qu'ils le peuvent, aux actes de leur religion..
» L'exemple , une fois donné , ne tarda pas à
» être suivi. Les pasteurs, redevenus néces-
» saires , reprirent ]eur autorité , et une auto-
» rite d'autant plus grande qu'ils se dévouaient
» aux plus extrêmes périls, et que le peuple
» qui se confiait à leurs soins , les révérait d'a-
» vance cojmme martyrs.
» Une loi seule n'était pas encore enfreinte ;
3» et les enfants des calvinistes étaient baptisés
» dans nos églises. Les parents, les plus scru-
» paleux dans leur croyance, les confiaient,
» pour cette cérémonie , aux mains de quelque
» femme catholique qui les apportait au bap-
» téme. Mais le zèle d'un grand nombre de nos
» curés à flétrir sur les registres qui constatent
» Fétat des citoyens, les enfants issus de pareils
D ioiariages, zèle autorisé par quelques évê-
» ques, quoique toujours désavoué par le gou-
» vemement, fit bientôt cesser; dans beau-r
» coup d'endroits, cette dernière obéissance. » Dès lors le culte secret que la terreur avait » suspendu , se trouva entièrement rétabli par » la nécessite. La secte calviniste se rassembla » de nouveau en France sous Fautorité de ses » pasteurs, avec sa propre discipline, ses pro- » près registres ; et, depuis ce temps, il est né » dans le royaume trois ou quatre générations » nouvelles, qui forment aujourd'hui cette nom- » breuse tribu ; générations qui n'ont point été » inscrites sur les listes des nouveaux con- » vertis , qui professent la seule religion » qu'elles aient toujours professée, dans la- 3> quelle elles ont été élevées, dans laquelle » elles sont nées.
» Mais, à peine la sévérité du clergé eut^Ue » ainsi repoussé les protestants hors de nos » églises , que la sévérité des magistrats alla les » chercher jusque dans le sein de leurs familles ; » les punir de cette contravention forcée ; les i> contraindre par les diffamations et les sup- » plices , à redemander , malgré les refus de » nos prêtres , les sacrements que ceux-ci cony^ tinuèrent cependant à leur refuser. C'était » un singulier renversement dans les opinions , » que tout le corps du clergé de France eût , » de nos jours, adopté sur les épreuves la doc- ^ trine des jansénistes dont il a réprouvé la
» secte , et que tous les tribunaux du royaume v^ eussent adopté sur les contraintes» la doc- » trine des jésuites dont ils ont dissous la so- » ciété.
» J*ai déjà rapporté, en commençant ce
«> mémoire, comment et à quelle époque se
» forma dans le royaume, contre les ordres
» exprès du gouremement, cette barbare ju-
n risprudence qui, en flétrissant un grand
» nombre de ces mariages, renversa toutes les
» sages maximes qu'on avait suivies depuis
» deux règnes, et fit tomber sur plusieurs
» millions de citoyens, sur leur postérité , sur
» des générations innombrables, cette même
» condamnation de concubinage et de bâtar-
») dise. J^ai dit que ce fut en 1739 , pour la pre-
» mière fois ; époque plus récente qu'on ne le
i> croyait communément, quoique déjà trop
» ancienne. 11 serait triste d*imag[iner que
» le plus grand nombre des magistrats se
» fussent attachés à des lois qu'ils peuvent in-
» terpréter si arbitrairement , à des lois qui ,
» par rétendue même du mal qu'elles n'ont
» pas pu prévenir, leur laissent le choix des
» victimes, leur donnent le droit de poursuivre
» à leur gré ou de laisser en paix telle ou telle
» autre famille , et leur attribuent ainsi un
» pouvoir véritablement souverain, un pou-
336 ÉCLAIKCISSEMEKTS
» voir affranchi des lois elles-mêmes. Il serait » triste d^maginer qu^ib se fussent attachés à » des lois embarrassantes pour Fadministra- » tion y et sur lesquelles il y a souvent à nëgo- » cier avec eux , soit qu'on veuille en suspendre » Texëcution , comme on le fait aujourd'hui , » soit qu'on veuille en faire exercer toutes les » rigueurs I comme on le fit alors. A cette » époque , en effet , le gouvernement ajouta » de nouvelles sévérités à celle des tribunaux. » Une vive persécution commença dans presque » tout le royaume : en Languedoc, en Dau- » phiné, en Guyenne, en Normandie; les in- I) tendants se joignirent aux parlements de ces » provinces dans lesquelles les protestants sont » en. plus grand nombre que par-tout ailleurs; » les assemblées furent massacrées ; les écha- » fauds ensanglantés ; les galères se remplirent M de nouvelles victimes ; toutes les autorités se » réunirent dans le dessein de forcer une se- » conde fois les calvinistes à des actes de ca- » tholicité.
» M^is ces contraintes , encore plus rigou- » reuses que celles dont on avait usé à » l'époque de la révocation , et qui , du » moins, avaient eu un succès apparent et » presque universel , ont échoué de nos jours. » On a vainement multiplié les exemples de
y» rigueur, et nous en trouverons encore la cause
)» dans la contradiction que renferment les lois.
» N'est-il pas évident que la terreur, ne pou-
» vant arracher que de feintes abjurations,
» n'était plus un moyen efficace, ne pouvait
» plus rien opérer en faveur de la religion,
» dès qu'on avait in Wté, excité même le clergé
» à ne plus admettre de conversions simulées.
» Une foule de protestants sVtait autrefois ré-
» fugiée dans nos églises , quand , à la faveur
» d'un mensonge, ils y trouvaient du moins
» un asile. Mais , aussitôt qu^on les eût livrés
» à cette espèce d^inquisition qui avait droit
» de scruter jusque dans le for intérieur de
» leurs consciences; aussitôt que leurs craintes
» se trouvèrent l)alancées par d^autres craintes,
» le clergé s^ obstinant à déclarer protestants
» ceux que les tribunaux s^efforçaient de lui
» renvoyer sous le nom de catholiques , rien
» ne fut plus capable de leur arracher ces
» actes de catholicité , devenus inutiles , que
» les magistrats eussent regardés comme suf-
» fisants, et que les prêtres eussent rejetés
» comme sacrilèges. Tout ce. qu'on voulait ob-
» tenir par cette violente et longue persécu-
» tion était donc impossible à obtenir. Le gou-
^> vemement s'était opposé à lui-même des obs-
» tacles qu'il ne pouvait vaincre.
' £cUirc. but, 22
» Pendant ce temps» ces infortunés, toujours » méconnuSftoujours menacés par les tribunaux, » ne pouvant s^y présenter dans aucune cause où » ils eussent à procéder en qualité de maris , de n pères, d^enfants , de parents , où ils eussent à » produire des titres héréditaires, à prouver leur » noblesse , à réclamer des successions , en un 3» mot , dans toute question où il fut nécessaire » de prouver leur état , se sont vus réduits , » pour terminer leurs différends , à se choisir » des arbitres et des juges. Leurs pasteurs, » aujourd'hui seuls dépositaires et devenus » seuls interprètes de tous les actes qui cons- » tituent rétat des particuliers, ont une au- » torité encore plus grande que celle dont » Louis XIV voulut les dépouiller. Ils réunis- » sent un double pouvoir ; et , si les rigueurs I» du clergé ont d'abord forcé les calvinistes à » se rassembler de nouveau en secte religieuse, » régie par sa propre discipline , ces rigueurs » des tribunaux les ont forcés à former de » nouveau une associatioii civile , régie par ses x> propres lois. Elles ont détruit un des plus » heureux effets que devait produire la révo- » cation de Fédit de Nantes, celui de réunir » les protestants sous les lois communes aux » autres citoyens.
» Cest ainsi que plus d'un million d'hommes
HISTORIQUES. • SSg
» séparés en France de la religion dominante , » et qui, à ce titre même, ont attiré toute » Tattention du gouvernement , ont cependant » été privés de tous les régimes que Tadminis- » tration leur avait successivement donnés ; et » non-seulement on ne suit point à leur égard » un système ancien et sagement médité , mais » tout système est détruit. Il s'est formé au » hasard, dans cette confusion , une espèce de » jurisprudence qui les méconnaît sous le nom » de calvinistes dans tout ce qui est du droit » naturel , et qui les opprime comme tels dans » tout ce qui est du droit civil : jurisprudence » indigne de toute nation policée, contraire » aux intentions de ses propres législateurs , et » dont la durée serait contraire à la bienfai- » sauce du roi , à son équité , à Thonneur de » son règne.
» On avait toujours entrevu, mais d^une ma- » nière confuse et vague , quelque vice caché » dans cette monstrueuse législation ; et le » compte général que j'ai entrepris de fendre » à sa majesté, d'une affaire 'si étendue et si » importante , serait incomplet, si je ne disais » pas que , depuis Tinstant où ces lois parurent, » c'est-à-dire pendant la durée presque entière » du dernier règne , on a constamment prqjeté » de remédier au mal dont on ne pouvait se
34o ÉCLAIRCISSEMENTS
» dissimuler les effets, et dont personne ne i> découvrait la véritable cause. La nécessité 4> d^une nouvelle loi , nécessité avouée par » ceux qui avaient rendu la déclaration de » 1724 9 et dans le temps même où ils rendi- » rent cette déclaration , devenait chaque jour » plus pressante. Une multitude de mémoires » sur ce sujet ont été successivement composés » par des hommes graves. Mais tous les mys- » tères , toutes les subtilités de ce changement » secret, fait dans les lois sous le règne de » Louis XIV y étaient demeurés inconnus. Au » lieu de s^ attacher à démêler le vice et la con- » trariété de la législation subsistante , on s^at- » tachait à trouver Fenchaînement et le sys- » tème caché de ces différentes lois ; et , en » s'ef forçant ainsi d'en découvrir le plan et » l'ensemble , soit qu'on voulût aggraver ou » adoucir le sort des protestants , avancer dans » la route qu'on croyait suivre , ou revenir sur » ses pas, on restait toujours égaré : on ne » savait ce qu'on devait rétracter ni ce qu'on » devait confirmer : on ne pouvait sortir de » cette profonde obscurité : on ne trouvait » aucun fil pour se conduire.
» Le chancelier d'Âguesseau est le seul qui » ait aperçu cette contrariété. Il faut , diâ> sait- il, que VEgUse se relâche de sa rigueur
» par quelque tempérament, ou, si elle croit » ne le pas deCoir, il faut quelle cesse de de-- » mander au roi d'employer son autorité pour , » réduire ses sujets à Vimpossible , en leur com- » mandant de remplir un devoir de religion que » / 'Eglise ne leur permet pas d 'accomplir. Mais » on voit avec la dernière surprise que , dans » le Mémoire même où il s'exprime ainsi , il » abandonne aussitôt cette lumière , et cher- » che , contre son gré et contre son caractère , » comment on pourrait consommer, par des » lois plus précises et plus rigoureuses , ce » qu'il gémissait d'avoir vu commencer avec » trop de rigueur.
» En effet, le gouvernement conserva pen- » dant toute la première moitié de ce règne , » l'espérance qu'on achèverait enfin par la » contrainte ce qu'on avait commencé par » l'autorité ; mais tous ces projets de nou- » velles déclarations, souvent médités, tou- » jours suspendus par leurs propres difficul- » tés, achevèrent de s'évanouir pendant les » longues dissensions de la magistrature et du » clergé. Le mal s'accroissant de plus en plus, » on cessa enfin de se dissimuler que cette » grande entreprise de la conversion générale » du royaume ne pouvait plus être suivie par » les mêmes moyens ; que la contrainte avait
34 a ECLAIUCISSEMENTS
I» ëchouc ; que ce nom illusoire de rwaweixux D corwertisy toujours employé pour désigner >• les protestants, n^était plus qu'un mensonge » inutile , et ne servait pas même à entretenir » le prestige , que si Ton n'y apportait un » prompt remède, le royaume allait être inon-' » dé de bâtards; que la confusion allait assail- » lir rétaty et se porter dans les héritages; » que Tordre politique était détruit , les prin* » cipcs de la société renversés ; que les droits » de rhumanité les plus imprescriptibles étaient » violés ; que la religion n'en retirait aucun 3» avantage , et que le royaume était menacé de » nouvelles pertes , par le renouvellement des » émigrations déjà re^rommencées de toutes » parts. Les événements survenus pendant cet » intervalle permettant alors aux opinions » jansénistes de repar^tre avec plus de li- M berté , il fut agité jusque dans le conseil du » roi, de rétablir cette espèce de tolérance » adaptée à leur système , et qui n'était qu'un » autre genre de sévérité religieuse. Mais le » torrent des affaires entraîna l'administration \ >» et bient6k les dissensions qui s'élevèrent entre » le gouvernement et la magistrature^ ne per^ » mirent plus de s'occuper de loi sur la re- » ligion.
» Depuis ce temps , on a imaginé des pallia-
HISTOBIQUES. 343
» tifs, par lesquels on est parvenu à stispendre
» une partie des maux san$ nombre qui doi-
3> vent nécessairement résulter d^une pareille
» dissolution de la société. On a réduit les actes
^» baptistaires à une formalité insignifiante, et
n les preuves légales du mariage à la seule no-
» toriété de la possession d^état. Mais ces pal*
» liatifs imaginés pour arrêter à la h&te le
» progrès d'un mal qui ne souffrait point de
» retard , et maintenant employés dans Tattente
» des véritables remèdes ^ ont eux-mêmes de
» grands dangers, et pourraient à la longue
» produire des maux irrémédiables. Il faut ren-
» dre grâce à leurs sages inventeurs , et recon*
» naître que , dans les conjonctures actuelles ,
» ce fut un bienfait public. Mais, si Ton conti-
» nuait plus long-temps à en faire usage , ne
» serait-ce pas ramener le royaume à ces siècles
» d'ignorance et de barbarie qui ont précédé
» nos plus belles ordonnances ? Ne serait-ce pas
» risquer d'introduire un désordre général,
» afin de rendre moins sensible un désordre
» particulier?
>» Je n'hésiterai donc point à présenter sous
» les yeux du roi, le projet d'un nouvel édit
» pris tout entier dans le premier plan de Louis
» XIV , et composé presque dans sa totalité ,
» de deux arrêts du conseil d'état de ce prince «
344 ÉCL AIRCISSEMEHTS
» sur les baptêmes et sur les mariages , et d^iine » déclaration pour établir la preuve des décès. n Tous trois ont pour époque le temps même n de la révocation , et furent rendus depuis le » i6 juin i685, jusqu^au ii décembre de cette » même année : Tédit révocatoire parut dans » cet intervalle.
» Ce projet a été rédigé par M. de Malc- » sherbes ; et chaque article est accompagné de » discussions qui en établissent les principes » et en développent les conséquences. Les » changements quHl a faits à cet ancien plan, » ne tendent qu'à rendre plus efficaces les mc- » sures prises dès ce temps-là, pour que les » protestants ne soient plus une nation étran- » gère au milieu de nous, une nation séparée , » et pour leur ôter jusqu'au moindre prétexte » d'avoir des fonds communs entre eux, jus- » qu'à la moindre occasion d'avoir des tribu- » naux différents des nôtres.
» La loi se restreint à l'unique objet de » dqnner aux non caiholiques un état civil. » Quelques autres points sur lesquels il sera >ï nécessaire de statuer sont moins pressants : » on ne peut y statuer qu'en très-grande con- » naissance de cause lorsque l'état civil des » protestants sera fixé , et qu'on pourra mieux » les connaître. Il a donc cru devoir aujour-
» d^hui ne rien proposer au delà de ce qui est
» de la justice la plus rigoureuse et de la lië-
» cessité la plus évidente.
^> Quant aux personnes qu^il plaira à sa ma-
» jesté de faire consulter sur ce projet, il y a
» une observation très -importante et que je
7» crois digne de lui être soumise. L'espèce de
» tolérance tacite dont les religionnaires jouis-
» sent aujourd'hui, et qui n'est appuyée sur
» aucune loi , donne dans toutes les provinces
» une sorte de pouvoir arbitraire aux com-
» mandants , aux procureurs généraux et aux
» intendants. Chaque protestant les regarde
» comme les maîtres absolus de sa destinée ; et
» parce qu'il a perdu la protection générale
» des lois , il a besoin de la protection particu-
» lière de quiconque exerce une partie de l'au-
» torité. Tout ce qui a du crédit dans les pro-
» vinces , perdra donc quelque chose de ce pou-
» voir vraiment despotique et de l'extrême con-
» sidération qui y est attadiée, aussitôt que
» l'état des protestants deviendra aussi assuré
» que celui des catholiques. Je suis loin de
» soupçonner qui que ce soit de se laisser
» égarer par cet intérêt personnel, au point
» de s'opposer à un bien général et à l'entière
» sécurité d'un si grand nombre de sujets du
» roi ; mais il serait bon néanmoins de ne pas
346 KCLAIRCISSEMENTS
» oublier cette observation , quand on aura à » peser les suffrages de ceux qui voudraient » s'opposer à ce projet.
i> L'avis que je propose ensuite est de ne » point admettre le clergé dans l'examen de » cette loi nouvelle , ou plutôt de cette loi re- » nouvelée. Il ne fut point appelé quand elle » fut promulguée pour la première fois , sous ^> Louis XIV. Le clergé n'a eu droit de se mêler » dans toute cette affaire y que du moment où » l'on a donné aux calvinistes le nom de nou- » veaux convertis; lui-*méme leur a enfin rendu, » et avec raison , le nom de calçimstes ; et dès M lors elle lui est devenue étrangère. Il ne fut » appelé ni aux conférences pour l'édit de s> Nantes , ni au conseil sur la révocation : il ne » s'est point mêlé de l'admission des juifs , » des luthériens , des anabaptistes : ce droit » appartient exclusivement à la puissance tem- » porelle. Les évéques furent consultés en » 1698 pour la première fois, parce quHl s'a- » gissait alors de décider tes règlements qu^on » ferait suivre aux nouveaux convertis , et )) Louis XIY, qui avait demandé leurs senti- » ments, ne suivit point les conseils du plus » grand nombre. On les consulta encore en » 1740 et en rySa, ou plutôt, par un change- » ment remarquable , il fallut traiter et négo-
cier avec eux, et ce fut en vain. Leurs prédécesseurs avaient offert, en 1698^ d^admettre à tous les sacrements de TÉglise des * hommes qui, de Faveu général, n^en croyaient » pas les dogmes, si le roi voulait prêter le o secours de son autorité ; et, pendant le dero nier règne , le roi leur proposa le concours » de son autorité , s^ils voulaient en revenir à » ce que leurs • prédécesseurs avaient offert* » Non-seulement ces négociations furent inu- » tiles, elles furent dangereuses : on perdit de » vue tout ce qui était décidé : on remit en » question les droits du roi sur les mariages. » Onr agita encore beaucoup d^autres questions, » telles que les droits des éyéques sur les sa- » crements, ceux des tribunaux sur les évé- » ques ; et ^ en compliquant ainsi cette affaire , » on ett rendit la décision impossible. En un )> mot, le roi avait livré les calvinistes à Té- » glîse , et le clergé lui-même les a rendus à » rétat : désormais cette affaire ne regarde » que la seule autorité du roi.
» La réponse serait aisée si quelqu^un m^ac- » cusait de proposer au roi une coupable in- » différence sur la religion. Ce n'est point rey> noftcer à Fespérance de la réunion des cal- » vinistes français à FÉglise : c'est prendre , » pour y parvenir , une marche plus assurée ;
» c^est revenir à la véritable route dont on » s^est trop écarté ; c'est abandonner des » moyens faux et dangereux pour faire usage » de ceux qui avaient auparavant réussi. II est » prouvé , ce me semble , d'une manière à con- » vaincre la piété la plus craintive , le zèle le » plus intolérant , que les moyens dont on usa » pour la conversion des calvinistes , pendant » la première moitié du règne* de Louis XIY , » ont produit plus de conversions que les ri- » gueurs, et que ce sont au contraire les ri- » gueurs qui ont fait échouer une entreprise si » heureusement commencée. Une crainte toute » différente serait plus légitime ; et peut-être » les protestants eux-mêmes , encore remplis » des défiances que les événements passés leur » ont inspirées , seront-ils portés à redouter » qu'en faisant enregistrer leurs mariages et » leurs baptêmes dans les tribunaux, le roi n'ait » pour objet de se procurer leur dénombre- » ment, par noms, par états et par âges; » d'augmenter ensuite , à la faveur de ce dé- » nombrement , leurs impôts et leurs corvées ; » de faire exécuter plus aisément des lois sé- >» vères ; de connaître d'une manière sûre tous » leurs ministres ; et ceux-ci seront d'autant » plus portés à entretenir toutes ces terreurs, » qu'eux seuls perdront à cette loi nouvelle,
historiques; 349
► et qu'elle restreindra Tautorîté dont la situa- 1 tion actuelle les fait jouir dans leur secte.
» Ce serait peut-être le sujet de quelques
» sages écrits, dans lesquels sa majesté permet-
» trait qu'on éclairât sur les motifs qui Tau-
9 raient déterminée , ses sujets des deux reli-
» gions , afin de prévenir que des intérêts per-
tt sonnels , de vaines défiances , un zèle mal
» entendu , ne troublent les desseins de sa jus-
» tice et de sa bienfaisance; que des voix dif-
» férentes ne s'élèvent pour dire d'un côté
» quVlle renverse l'ouvrage de Louis XIV, et
» pour faire craindre, d'un autre côté, qu'elle
à ne veuille aggraver l'oppression ou la faire
» changer de nature. On verra au contraire
» qu'elle veut suivre , à l'égard de la religion
» catholique , les pieuses intentions de ce
» prince, et à l'égard des sectaires, ce que lui
» avait inspiré la justice la plus exacte , et
» qu'en imitant la conduite du plus grand de
» ses prédécesseurs, elle sait encore n'imiter
» que ce qu'il a eu de plus grand. »