LXIV, J
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
donc ce que vous préparez? Nous croyons et nous espérons en effet, conformément à vos promesses, que nom serons remplis des biens de votre maison K Mais de quels biens? quelle est leur nature? est-ce le froment, le vin, l'huile, l'or, l'argent, ou les pierres précieuses que vous nous réservez? mais nous connaissons ces biens, nous les avons vus, nous les voyons tous les jours, et nous les méprisons. Nous cherchons ce que l'œil n'a î:iis encore vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas encore monté jusqu'au cœur de l'homme.
Voilà l'objet inconnu qui nous charme, qui excite nos désirs et que nous aimons à poui'suivre. Ils seront tous enseigna de Dieu 2, est-il dit encore, et lui-même sera tout en tous ^. Si je comprends bien, cette plénitude que nous attendons ne sera donc autre que Dieu même.
5. Mais comment comprendre l'abondance de douceur renfermée dans ce mot si court : Et Dieu sera tout en tous? Pour ne rien dire ici du corps, je remarque trois facultés dans Tûmcrla raison, la volonté, la mémoire; et ces trois facultés sont l'âme même. Quiconque marche selon l'esprit, sent tout ce qui manque présentement à l'intégrité et à la perfection de ces facultés. Pourquoi cela, si ce n'est parce que Dieu n'est pas encore tout en tous. Voilà pourquoi souvent la raison erre en ses jugements; la volonté est agitée par mille causes de trouble, et la mémoire doit rougir de ses fréquents oublis. Noble créature, l'homme est
pourtant sujet, malgré lui, à cette triple vanité ; il lui reste l'espérance. Celui qui comble l'âme de biens, un jour deviendra un foyer de lumière pour la raison, une source de jouissances pour la volonté, et pour la mémohre un objet éternellement présent. 0 vérité ! 0 charité ! 0 éternité ! 0 trinité bienheureuse et principe de Ijonheur ! Mes trois facultés misérables, sorte de Trinité aussi, soupirent après vous, loin de qui elles sont si misérablement exilées. En s'éloignant de vous, dans quelles erreui's, quelles douleurs, quelles alarmes elles se sont plongées! Infortuné que je suis, par quelle trinité je vous ai changée ! Mon cœur s'est troublé^ et c'est la source de la douleur; mon caurage m'a abandonné j et de là la terreur, et la lumière de mes yeux n'est plus avec moi *, delà l'erreur. 0 trinité de mon âme, de quelle triste trinité tu as donné le spectacle en te sépamnt de Dieu!
6. Cependant, ô mon âme, pourquoi es-tu triste et pourquoi me troubles-tu? Espère en Dieu, parce que je le louerai encore^. Quand ma raison sera débarrassée de l'erreur, ma vo-
« Pb. lxiv, 5. — « Jean , vi, 45. — » I Cor., xv, 28. — * Ps. xxxvii, 41. — • P». xLi, 6.
lonté de la souffrance, et ma mémoire de la crainte, et qu'à ces misères feront place l'admirable sérénité, la pleine suavité, l'éternelle sécurité que nous espérons, je trouverai le premier de ces biens en Dieu vérité, le second en Dieu charité, et le troisième en Dieu souveraine puissance. Aloi*s Dieu sera tout en tous; ma raison sera éclairée d'une lumière qui ne s'éteindra pas, ma volonté possédera une paix que rien ne troublera, et ma mémoire restera éternellement attachée à une source intarissable. Considérez si le premier de ces biens ne doit pas être rapporté au Fils, le second au Saint-Esprit, et le dernier au Père, sans toutefois rien ôter, !ni au Père, ni au Fils, ni au Saint- Esprit. Gardez-vous en effet d'amomdrir la plénitude des personnes par leur distinction, ni leur propriété par leur parfaite unité. Voyez encore si les enfants du siècle n'éprouvent pas quelque chose d'analogue dans les séductions de la chair, les spectacles du monde, et les pompes de satan; c'est, par ces bagatelles, que la vie présente tient dans l'illusion ses malheureux partisans, selon la parole de saint Jean : Tout ce qui est dans le monde est ou concupis' cence de la chair ou concupiscence des yeux et orgueil de la vie <. Voilà pour le fruit de la Rédemption.
7. Quant au mode dont la Rédemption s'est opérée et que j'ai dit être, s'il vous en souvient, l'anéantissement de Dieu, je vous exhorte aussi à remarquer trois choses principales. Ce n'est pas un médiocre anéantissement. Dieu s'y est anéanti lui-même jusqu'à la chair, jusqu'à la mort et jusqu'à la croix 2. Qui donc comprendra une humilité, une douceur, une générosité qui portent le Dieu de majesté à se revêtir de notre chair, à se laisser condamner à la mort , et à la mort infâme de la croix ? Vous direz peut-être: le créateur ne pouvait-il donc réparer son œuvre par de moindres sacrifices? Assurément il le pouvait, mais il a préféré accomplir cette réparation aux dépens de son honneur, afin d'ôter désormais à l'homme l'occasion même du vice le plus odieux et le plus noir, l'ingratitude; il n'a reculé devant aucunes fatigues, afin que l'homme lui fût redevable d'un grand amour, et que la difficulté de la rédemption lui inspirât une reconnaissance et un dévouement qu'il n'avait pas trouvés dans la facilité de sa condition primitive. En effet, quel était le langage de l'homme peu touché du bienfait de sa création? « J'ai été créé gratuitement, mais quelle peine et quelle fatigue en a-t-il coûté au créateur, pour me créer, avec tous les autres êtres ? il a dit et
1 Jean, 11, 16. — « Philipp., 11, 7, 8.
j'ai été fait. Qu'y a-t-il donc de si surprenant en des dons qu'un seul mot me procure? » L'homme impie, rabaissant le bienfait de la création, trouvait donc un sujet d'ingratitude là où il aurait dû trouver un motif d'amour ; il cherchait ainsi à excuser ses fautes ; mais la bouche habituée à l'injustice a été fermée. Tout ce que Dieu a fait pour toi, ô homme, est plus éclatant que le jour : de maître il est devenu esclave, de riche pauvre ; de Verbe il s'est fait chair, et de fils de Dieu fils de l'homme. Ah ! ne l'oublie pas, si tu as été fait de rien , tu n'as pas été racheté de rien. Dieu a fait en six jours et l'Univers et toi-même; mais pour opérer ton salut , il a travaillé pendant trente années sur la terre. Quelles fatigues n'y a-t-il pas endurées ! Aux nécessités de la chair, aux tentations de l'ennemi, se sont ajoutées les ignominies de la croix et les horreurs de la
mort. Ainsi fallait-il, Seigneur,que vous sauviez les hommes et les êtres vivants et que vous dilatiez l'étendue de votre miséricorde ^ . 8. Réfléchissez à ces vérités, méditez-les attentivement; à l'aide de ces parfums, ranimez vos cœurs longtemps torturés par l'odeur insupportable de vos péchés. Oui, enrichissezvous de ces parfums aussi suaves que salutaires : toutefois ne croyez pas encore posséder les parfums exquis qui s'échappent du sein de l'épouse. Je vous en parlerais, si je ne devais finir; que votre mémoire retienne ce que j'ai dit des autres, que votre vie en soit imprégnée , qu'ils vous portent à m'assister de vos prières, afin que je puisse dignement vous parler un langage digne des délices de l'épouse, et qui porte vos cœurs à aimer l'époux des âmes, N. S. J.-C. Ainsi soit-il.
SERMON XII
©Il précieux parfum de la miséricorde; du[respect dû par les inférieurs
à leurs supérieurs.
1 . Je me souviens de vous avoir présenté deux parfums : celui de la contrition qui doit s'étendre sur tous les péchés et celui de la dévotion qui se rapporte à tous les bienfaits de Dieu ; utiles tous les deux , ils n'ont pas une égale suavité. L'un est acre et amer, car le souvenir des péchés excite à la componction et à la douleur ; l'autre est doux : il produit la consolation par la considération de la bonté divine, et adoucit la douleur. Mais il est un autre parfum bien supérieur à ces deux premiers ; je l'appellerai le parfum de la bonté , parce qu'il se compose des misères des pauvres, des angoisses des opprimés , des tristesses des affligés , des fautes des pécheurs , et enfin de toutes les souffrances de ceux qui sont malheureux, seraient-ils même nos ennemis. Ces éléments semblent méprisables ; ils composent néanmoins, un baume, dont l'odeur surpasse tous les aromates, un baume dont la propriété est de guérir, car Bienheureux les misêricor^ dieux, ils obtiendront miséricorde 2. Ainsi plusieurs misères réunies et considérées avec le regard de la bonté, telle est la matière dont
* Ps. XXXV, 7, 8.— • Math., v, 7.
se composent les parfums de choix, dignes du' sein de l'Épouse et agréables aux sens de l'Époux. Heureuse l'âme qui a eu soin de faire provision de pareils aromates, les arrosant de l'huile de la miséricorde et les soumettant au feu de la charité ! Quel est donc, selon vous , cet homme heureux qui est touché de compassion^ qui ment en aide à ceux qui sont dans la détresse 2, qui est enclin à la pitié, empressé à secourir, et qui trouve plus de bonheur à donner qu'à recevoir; facile au pardon, lent à la colère , étranger à la vengeance et qui regarde les misères du prochain comme les siennes propres? 0 vous, qui que vous soyez, qu'animent ces dispositions , qui êtes imprégnés de la rosée de la miséricorde , remplis de sentiments de piété, vous faisant tout à tous, et n'étant pour vous-même qu'un vase qui ne garde rien, allant au devant de toutes les misères, et les secourant, morts à vos goûts, et ne vivant que pour les autres ; vous êtes heureux , vous possédez le troisième et le plus précieux parfum; de vos mains découle une liqueur d'une incomparable suavité » dont la
* Ps. XXXV, 7, 8. — ■ Ps. GJti, 5.
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source ne tarira pas aux joui^ mauvais, et que ne dessécliera pas le feu de la persécution. Dieu se souviendra de vos sacrifices et votre holocauste lui sera toujoui's agréable.
2. Il est des hommes riches dans la cité du Dieu des vertus ; or, je vous le demande, trouvet-on ces parfums chez quelqu'un d'entr'oux î Voici d'abord au premier rang^ comme toujours, saint Paul, vase d'élection , vase vraiment plein d'aromates, vase rempli d'éléments odoriférants, car il était en tout lieu la bonne odeur de Jésus-Christs Ce cœur, qui avait la sollicitude de toutes les églises, répandait par^ tout l'abondance de sa suavité. Aussi voyez quelles essences et quels aromates il avait accumulés : Je meurs tous les jours pour i>oire gloire^ dit-il >. Et encore i qui est faible sans que je le sois avec lui? Qui est scandalisé sans que je brûle ^? Et il avait ce riche, mille semblables essences, que vous connaissez, qu'il faisait servira la composition de parfums précieux. Ne fallait-il pas, en effet, quelles exhalassent les premiers et les plus purs parfums, ces mamelles destinées à allaiter les membres de Jésus-Christ, dont Paul était certainement la mère, lui qUi les enfantait sans cesse, jusqu'à ce qu'il eût formé Jésus-Christ en eux et rendu les membres semblables à la téte^?
3. Voici un autre riche qui a aussi, sous la main, des éléments choisis, pour composer les meilleurs parfums :V étranger ydii-il^ n'estpoint resté à ma porte^ elle a toujours été ouverte au voyageur^; et encore ij'ai été l'cHl de Vaveugle et le pied du boiteux. J'étais le père des pauvres j je brisais les dents de l'injuste pour lui arracher sa proie ®* Si j'ai refusé auxpauvres ce qu'ils dédiraient et si j'ai laissé languir les yeux de la veuve^ si j'ai mangé seul mon pain^ et si l'or-phelin n'en a pas eu sa part^ si j'ai méprisé le passant (a) parce qu'il n'avait pas d'habit, et le pauvre parce qu'il était sans vêtement ; si ses flancs ne m'ont pas béni lorsqu'ils ont été échauffés par les toisons de mes brebis'^. Quels parfums cet homme n'a*-t-il pas, par de telles œuvres, répandus dans l'univereî car, chacune était un vrai parfum. Il en avait pénétré sa conscience, afin de tempérer l'infection d'une chair cortniptible par la bonne odeur qui s'exhalait du fond de son âme.
4. Josepli, après avoir attiré à lui l'Egypte tout entière, par la suavité de ses parfums, en embaume encore ses frères, qui l'avaient vendu. A la vérité il leur adressa de dures paro-
» Il Cor., II, 15. — « 1 Cor., xv, 31.— • II Cor., xi, 29. — * Galat., iv, 19. — » Job, xxxi, 32. — « Job, xxix, 15, 17. — 7 Job, XXXI, 16, 20.
(a) Leçon ancienne : la Vulgrate porte jtereuniem^ péris- $ant, selon rbébrcu et les Septantes,
les, et avec un visage irrité; mais de son cœur plein de tendresse jaillissaient ^ des larmes, qui, loin d'annoncer la colère, témoignaient de son amour. Samuel pleurait Satll 2 qui voulait sa mort, et la tendresse de son cœur mise en fusion, si j'ose dire, par l'ardeur de sa charité, s'échappait dans ses larmes. La bonne odeur de sa réputation fait dire à l'écriture que de^ puis Dan jusqu'à Bersabée, tous savaient que Samuel était un fidèle prophète du Seigneur '. Que dirai-je de Moïse? de quelle bonté, de quelle douceur ses entrailles n'étaient-elles pas remplies? ce peuple qui ne cessait d'irriter le Seigneur, au milieu duquel il vivait, ne put jamais, ni par ses murmures, lii par ses révoltes, lui rien ôter do l'onction qu'il avait reçue du Saint-Esprit; en sorte, qu'au milieu des soulèvements et des plaintes dont il était continuellement assailli, il ne perdait rien de sa mansuétude. Aussi le Saint-Esprit assure-t-il de lui qu'il était le plus doux des hommes qui habitent sur la terre ^. En efiTet, il était pacifique avec ceux qui haïssaient la paix ^ et, loin de s*indigner contre im peuple ingrat et rebelle, il apaisait par ses prières la colère du Seigneur irrité, selon qu'il est écrit : Dieu avait résolu de les perdre, si Moïse son élu ayant brisé le veau d'or, ne s'était présenté devant lui, pour apaiser sa colère et empêcher qu'il ne les exterminât^; et ailleurs : pardonnez-leur, dit-il, sinon effacezmoi de votre livre que vous avez écrit'^. Homme vraiment marqué de l'onction de la miséricorde ; il parle avec l'effusion d'un père , qui n'a d'autre bonheur que celui de ses enfants ! Qu'un riche, par exemple, dise à une femme pauvre : venez vous asseoir à ma table, mais laissez dehors l'enfant que vous portez, parce qu'il pleure et m'importune; acceptera -telle? n'aimera-t-ellc pas mieux jeûner, que manger seule avec ce riche , en abandonnant le gage de son amour? C'est ainsi que Moïse ne consent pas à entrer seul dans la joie du Seigneur, sans ce peuple turbulent et ingrat, pour lequel il a-les sentiments d'une mère; ses entrailles sont déchirées , mais ce déchirement lui parait plus supportable que la sépara«> tion.
5. Quoi de plus doux que David pleurant la mort de Sattl qui avait soif de la sienne »? Où trouver plus de bonté d'âme, qu'en lui qui s'affligeait de la fin de celui à qui il succédait î Quelle peine n'eut-on pas à le consoler de la mort d'un fils parricide «? Une telle affection
1 Gen., xLiii, 30. — » I Rois, xv, 35. — » Rois, m, 20. — * Nomb., XII, 3. — » Ps. cxix, 7.— « Ps. cv. 32. — 7 Exod., xxxn, 31, 32. — * U Rois, i, 3. — • Id., XIX, 4,
attestait assurément en lui, une précieuse et abondante onction ; aussi pouvait-il dire avec assurance : Seigneur^ souvetiezvous de David et de sa douceur ^. Oui, tous ces hommes ont possédé ces riches aromates qui embaument encore aujourd'hui TÉglise entière. Mais ce n'est pas le privilège exclusif de ces saints : il est partagé par tous ceux qui, durant cette vie, ont été bienfaisants, charitables, pleins de douceur envers les hommes et qui se sont montrés les débiteurs de leurs amis et de leurs ennemis, des sages et des insensés. Ils ont été utiles à tous ; humbles en toutes choses et par-dessus tout chéris de Dieu et des hommes, et le parfum de leurs vertus a été en bénédiction. Tous ces saints, dis-je, qui nous ont précédés, ont embaumé leur siècle, et, aujourd'hui encore, ils répandent l'odeur la plus suave. Et vous aussi, si vous avez reçu quelque don d'en haut, hfttez-vous de nous en faire part à nous qui vivons avec vous. Soyez partout, officieux, charitables, reconnaissants, faciles à vivre, modestes, et tous vous rendront témoignage que vous exhalez l'odeur des meilleurs parfums. Quiconque parmi vous non-seulement supporte les infirmités corporelles et spirituelles de ses frères, mais dans la mesure de son pouvoir et de sa force, les soulage par ses services, ses encouragements et ses conseils, ou s'il ne le peut parce que la règle s'y oppose, vient en aide & un infirme, par de fréquentes prières; quiconque, dis-je, fait cela parmi vous, répand parmi ses frères une odeur parfaite, et embaume une congrégation de parfums choisis. On le montre comme un prodige, et de lui tous disent : Voilà l'ami de ses frères et du peuple d'Israël Voilà celui quipriepour le peuple et pour la cité sainte ^ .
6. Mais, demandons à l'Évangile quelque trait relatif à ces parfums. Marie Madeleine, Marie, Mère de Jacques et Salomé achetèrent des aromates pour venir embaumer Jésus '. Quels sont ces parfums qu'on achète, qu'on prépare, et qui sont jugés assez riches et assez abondants, pour embaumer le corps entier de Jésus ? On ne voit pas qu'aucun des deux parfums précédents ait été acheté, ni spécialement composé; pour honorer le Seigneur, ou être répandu sur son corps. Une première fois l'Évangile introduit tout-à-coup une femme qui baise les pieds du Sauveur et les oint de parfums 4 ; une autre fois , la même femme ou une autre tenant un vase d'alb&tre plein de parfums les verse sur la tôle de Jésus-Christ K Ici YÈ\tkngile m : Elles achetèrent des aromates
« Ps. cxxxi, 1. — « Mâchai)., xv, 14. — » Mare, xvi, !. — * Luc, vu, 38. — « Jean, xii, 3.
pour embaumer Jésus. Elles n'achètent pas des parfums, mais des aromates : par respect pour le Seigneur, elles ne prennent pas une onction toute préparée, elles la composent : ce n'est pas pour embaumer seulement une partie de son corps, les pieds, ou la tète, mais selon le texte elles vtmt embaumer Jé»us, ce qui doit s'entendre du £orps tout entier et non d'une partie.
7. Vous aussi, si vous avez des entrailles de miséricorde, si vous vous montrez bon et généreux non-seulement envers ceux à qui vous unit la parenté, ou un bienfait reçu, ou un bienfait espéré (les payens en font autant ^), mais encore, selon l'avis de saint I%ul, envers tous les hommes ; si pour l'amour de Dieu, vous ne refusez pas, même à im ennemi, les secours corporels ou spirituels, vous possédez des parfums exquis. Vous embaumez, non-seulement la tète ou les pieds de Notre-Seigneur, mais autant qu'il est en vous, son corps tout entier qui est l'iiiglise. C'est pour cette raison sans doute que Jésus-Christ n'a pas permis qu'on employât pour son corps mort tous les aromates préparés : il a voulu qu'on en réserv&t pour son corps vivant, et l'Église est ce corps vivant. Elle mange le pain de vie descendu du ciel. Elle est le corps de Jésus-Christ, corps aimé d'un amour de prédilection, etaucun chrétien n'ignore que pour le préserver de la mort il a sacrifié son corps matériel. Il désire donc qu'elle soit embaumée, soignée, et que ses membres délicats soient fortifiés par des onctions choisies. C'est à elle qu'il a réservé des aromates précieux, quand devançant le temps et hâtant sa gloire, il a éclairé la piété des saintes femmes, sans toutefois s'y dérober. S'il a refusé d'être embaumé, ce n'est pas par dédain pour un pieux dévouement : il destinait à ces parfums un autre emploi, où il mettait en réserve, non les aromates matériels et corporels, mais les spirituels dont ils étaient l'image. Ce bon maître s'est montré économe des parfums de la piété, désirant les voir servir un jour à ses membres indigents, soit corporellcment, soit spirituellement. Quand on répandit quelques jours auparavant ces parfums sur sa tète et sur ses pieds, s'y opposa-t-il ? U a môme blâmé les disciples qui censuraient cette action, et comme Simon s'indignait de le voir touché par une pécheresse, il le reprit dans une longue parabole, et à ceux qui regrettaient la perte des parfums de Madeleine, il répondit : Pourquoi faites^vous de la peine à cette femme?