C'est, selon moi, un dessein mystérieux
* Pb. lxxix, 11, 12. — « 1 Cor., iii, 9.— • Jean, xv, 2, 5, i. — * Actes, XXII, 46.— » Exod., xxxii, 9, 13.
S. Bej^n. — ToM. III.
qui a confié à l'Épouse, plutôt qu'à Moyse, la mission d'être envoyée à une grande nation. Il ne convenait pas que l'ami de l'Époux ravît cette bénédiction à l'Épouse, et voilà pour- Ïuoi ce n'est pas à Moyse mais à la nouvelle pouse qu'il a été dit : Allez, prêchez, dans tout l'univers l'Évangile, à toute créature ^ . C'est elle, dis-je, qui a été envoyée vers une grande nation et pouvait-elle être adressée à une plus grande qu'à l'univers entier? L'univers a été heureux de s'incliner devant elle qui lui apportait la paix, et lui offrait la grâce; mais cette grâce ne ressemblait pas à la loi. Sous quels traits différents se présentent à la conscience la douceur de l'une et l'austérité de l'autre! st-ilpossible, en effet, de regarder du môme œil, celui qui condamne et celui qui console; celui qui réclame et celui qui pardonne ; celui qui châtie et celui qui embrasse? Il n'est pas moins impossible d'accepter, dans les mômes sentiments, l'ombre et la lumière ; la colère et la paix; le jugement et la miséricorde, la figure et la vérité, la verge et l'héritage, le frein et le baiser. Les mains de Moyse, au témoignage d'Aaron et de Hur 2, étaient pesantes et le joug de la loi était lourd; les apôtres le déclarent insupportable pour eux et pour leurs pères 3. Le joug était lourd et la récompense légère, puisqu'on ne promettait que la terre. Moyse ne pouvait donc pas être envoyé à une grande nation. Mais vous, ô Église ma mère, vous qui avez les promesses de la vie présente et de la vie future, il vous est facile, avec cette double prérogative, de vous faire accepter de toutes les nations, grâce à la douceur de votre joug et à la sublimité de votre royaume. Si vous êtes chassée d'une ville, tout l'univers vous tend les bras, vos promesses attirent et le fardeau que vous imposez n'épouvante pas. Pourquoi pleurer encore la perte d'une vigne, en retour de laquelle vous avez reçu tant de compensations? Parce que vous avez été abandon! née et haïe et que personne ne passait dans vos murs. Je vou^ établirai l'orgueil des siècles, dans une gloire qui ne finira jamais, dans une joie qui durera dans la succession des temps : vous sucerez le lait des nations, vous serez al-laitée à la mamelle des Rois, et vous saurez que je suis le Seigneur qui vous sauve, et le fort de Jacob qui vous rachète ^. Voilà comment l'Épouse dit, qu'établie gardienne des vignes, elle n'a pas gardé la sienne.
6. A l'occasion de ce passage, je me reproche toujours d'avoiraccepté la charge des âmes des autres, moi qui ne saispas g arder la mienne;
« Marc., XVI, 15. — • Exod.^ xvii, 2. — 'Actes, xv, 10. — « laai., LX, 15, 16.
car par les vignes j'entends les &mes. Selon cette interprétation, voyez si nous ne pourrions pas logiquement appeler la foi une vigne, les vertus des rameaux, les œuvres les raisins, ^t la dévotion le vin? Point de rameaux sans cep de vigne , comme sans foi point de vertus. Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ^ on ne peut au contraire que lui déplaire. Et tout ce qui n'est pas selon la foi est péché 2. Ceux qui m'ont établi gardien des vignes devaient donc s'assurer d'abord si je gardais bien la mienne. Hélas ! qu'elle est restée longtemps inculte, déserte, réduite à la solitude ! Les rameaux des vertus se sont desséchés à cause de la stérilité de ma foi, elle ne produisait point de vin; j'avais la foi, mais une foi morte. Comment, en effet, n'aurait-elle pas été morte? Je n'en faisais aucune œuvre . Telle a été ma vie dans le monde. Enfin je me suis converti au Seigneur et j'avoue que j'ai commencé à garder ma vigne un peu mieux, mais pas encore, cependant, avec le soin que j'aurais dû y apporter. Et qui est capable de cette tâche? Personne, pas même le saint Prophète puisqu'il dit : Si le Seignewrne protège la cité^ c'est en vain que veille celui qui la garde ^. Que de fois, il m'en souvient, j'ai été exposé aux embûches de l'ennemi qui lance dans l'ombre ses flèches contre l'innocent. Que de larcins vous ont causés ses secrètes machinations, ô ma vigne, lors même que nous commencions à nous surveiller et à nous garder plus exactement ! Que de germes heureux n'a-t-il pas étouffés par la colère, enlevés par la jactance, ou flétris par la vaine gloire! Que d'assauts n'ai-je pas eu à soutenir, contre les attraits de la gourmandise, contre la tiédeur, la pusillanimité et les soulèvements de mon cœur ! Voilà ce que j'étais alors : et cependant, on m'a établi gardien des vignes, sans égard pour ce que je faisais, ou j'avais fait de la mienne ; sans écouter les avertissements du docteur qui crie : Si quelqu'un ne sait pa>s gouverner sa propre ^naison^ comment aura-t-il soin de l'Eglise de Dieu * ?
7. J'admire l'audace de certaines gens qui ne recueillant, dans leurs vignes que des épines et des ronces, au lieu de raisins, ne craignent cependant pas de s'ingérer eux-mêmes dans le soin des vignes du Seigneur. Ce sont des voleurs et des larrons, et non des gardiens et des vignerons : voilà pour eux. Mais malheur à moi, si ma vigne est aujourd'hui exposée et elle l'est plus que jamais. Occupé à en surveiller plusieurs, j'ai nécessairement
* Hébr., II, 6. — « Rom., xiv, 23. — » Ps. cxxvi, 1. — 4 Timoth., m, 5.
moins d'attention et de sollicitude pour la mienne. Il ne m'est permis ni de l'environner de haies, ni d'y construire un pressoir. Ses murs de clôture sont détruits, les passants y pénètrent et la pillent 1. Mon âme est ouverte à la tristesse, à la colère et à l'impatience; des nécessités pressantes, comme autant de petits renards, la ravagent; les anxiétés, les soupçons, les sollicitudes l'assiègent de toutes parts ; d'innombrables contestations, des procès embarrassants ne me laissent que de rares intervalles de repos; il m'est impossible de m'y soustraire et ils m'ôtent le temps de prier. Quelles larmes pourraient féconder la stérilité de mon âme 2? J'ai voulu dire de ma vigne; mais l'habitude de réciter le psaume m'a mis ce mot à la bouche ; au reste le sens est le même et je ne regrette pas l'erreur qui me rappelle la comparaison, car il n'est pas ici question de vigne, mais d'âme. Pensons donc à l'âme lorsqu'on parle de vigne ; sous cette figure et ce nom, nous déplorons la stérilité de l'âme. Avec quelles larmes arroserai-je donc la stérilité de ma vigne? Tous ses pampres privés d'eau sont desséchés et sans fruits, parce qu'ils n'ont pas eu d'humidité. Bon Jésus! Quels monceaux de ces sarments consume, en votre présence, la flamme de mon cœur contrit, dans le sacrifice que je vous offre tous les jours ! Agréez, je vous conjure, le sacrifice d'un cœur affligé ; ne méprisez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié *.
8. C'est ainsi que, dans mon imperfection, je m'applique le texte actuel : parfait sera ce* lui qui pourra dire : Je n'ai pas gardé ma t^igne^ en ce sens que le Seigneur a en vue dans ce mot de l'Ëvangile : Celai qui aura perdu son âme pour moi la retrouvera ^. D mérite d'être établi gardien des vignes celui, en qui le soin de sa propre vigne n'arrête et ne ralentit point la vigilance, ni les soucis exigés par celles qui lui sont confiées, parce qu'il cherche l'intérêt de tous et non le sien. C'est pour ce motif que J.-C. confie à saint Pierre la garde des innombrables vignes composées des Juifs circoncis ; il était prêt à aller en prison et à la mort , sa sollicitude pour les vignes confiées à sa garde le rendant insensible et indifférent à sa propre vigne, c'est-à-dire, à sa vie. Il était juste aussi qu'une immense étendue de vignes, parmi les gentils, fût confiée à saint Paul, puisqu'il portait l'indifférence pour la sienne jusqu'à se dire prêt et aux chaînes et à la mort soufferte, dans Jérusalem, pour le nom de J.-C. ^, Je ne crains rien de toutes ces choses, disait-il, et je
* Ps. LXXIX, 13. — « Ps. XXXIV, i2. — • Pg. L, 19. —
^ Math., X, 39. — * Actes, xxi, 3.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
ne juge pas ma vie plus précieuse que mai ^ C'était un excellent juge de penser qu*il ne devait rien préférer à lui-même.
9. Combien cependant préfèrent une légère et vile somme d'ai^ent à leur propre salut ! Saint Paul dédaignait jusqu'à sa vie. Je ne juge pas ma vie plus précieuse que moi ^. Vous mettez donc de la différence entre vous et votre vie? C'est prudence de vous estimer plus que tout au monde; mais votre vie n'est-ce pas vous? En parlant ainsi saint Paul obéissait à l'esprit, et, dans son âme, il consentait à la loi et reconnaissait sa bonté ; il regardait cette âme comme la partie supérieure et principale de son être, et méritant mieux ce nom que tout autre appellation. Quant au reste, à ce qui est d'une nature inférieure, attaché à une partie mpins noble, au corps, pour y entretenir la vie et la sensibilité , cet homme spirituel jugeait indigne d'appeler lui-même cette partie sensible et chamelle : il préférait la ranger parmi ce qui était à lui, au lieu d'y voir sa propre personnalité. Lorsque je dis moi, entendez ce qu'il y a de plus excellent en moi, ce que je suis, parla grftcede Dieu, c'est-àdire, mon âme et ma raison. Et quand je dis mon âme, entendez cette partie inférieure de moi-même destinée à animer ma chair et qui participe à sa concupiscence : voilà ce que j'ai été, mais ce que je ne suis plus, parce que je ne vis plus selon la chair, tnais selon l'esprit ^, Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, c'est J.-C, qui vit en m^i ^. Je vis selon l'esprit et non plus selon la chair. Mais pourquoi mon âme subit-elle encore des désirs charnels ? Ce n'est plus moi qui fais le mal, mais le péché qui habite en moi ^. Aussi, ce qui en moi sent d'une façon charnelle, je dirai bien que cela est de moi, sans l'appeler moi, et c'est mon âme. Et, en effet, les affections chameUes de l'âme, aussi bien que la vie qu'elle communique au corps, en sont une partie ; c'est donc cette âme que saint Paul estimait moins que lui-même, prêt non-seulement a être chargé de chaînes pour J.-C, mais à mourir dans Jérusalem et à perdre ainsi son âme, selon le conseil du Seigneur.
10. Et vous, si vous mettez aussi de côté votre volonté propre, si vous renoncez complètement aux voluptés du corps; si vous crucifiez votre chair, avec ses vices et ses concupiscences, si vous mortifiez vos membres , vous serez imitateurs de saint Paul, vous n'estimerez pas votre âme plus que vous-mêmes et vous vous montrerez disciples de J.-C. en per-
^ Actes, XX, 24. • - « Qalat, XI, 20.
s Rom., VII, 16.
*Rom., vn, H.
* Rom., vni,4.
dant heureusement cette âme pour votre salut.* Et c'est prudence de perdre cette âme pour la garder, car celui qui voudra sauver son âme la perdra ^. A cela que répondrez-vous, hommes si délicats sur les mets et si négligents à régler votre vie ? Hippocrate et ses disciples enseignent à sauver sa vie, en ce monde : et J.-C. et ses disciples enseignent à la perdre. Qui choisissez-vous pour maître? Celui-là qui prétend se recommander à vous, disant : ceci fait mal aux yeux, et ceci à la tête ; cela fatigue la poitrine, ou l'estomac, et chacun dit ce qu'il a appris de son maître. Avez-vous lu ces différences dans l'Évangile, dans les prophètes et les épltres des apôtres? C'est certainement la chair et le sang et non l'esprit du Père qui vous ont révélé une pareille sagesse, une sagesse toute chamelle. Mais écoutez ce que pensent nos médecins : La prudence de la chair, disent-ils, c'est la mort, et encore, la sagesse de la chair est ennemie de Dieu ^. Aurais-je dû vous proposer le sentiment d'Hippocrate, ou de Galien, ou de l'École d'Epicure? Je suis disciple de J.-C. et je serais coupable, si je vous enseignais une doctrine différente de la sienne. Epicure et Hippocrate mettent en premier lieu, l'un, les plaisirs du corps, l'autre, une bonne santé ; mon maître prêche, lui, le mépris de l'un et de l'autre. Celui-ci montre avec quel zèle et quel soin il faut entretenir la vie de l'âme dans le corps ; celui-là enseigne les moyens de rendre agréable une vie que le Sauveur nous apprend à perdre.
11. Quelle autre doctrine avez-vous apprise à l'école de J.-C, car il n'y a qu'un moment il vous criait : Celui qui aime son âme la perdra '. Il la perdra, soit en donnant sa vie par le martyre, soit en se mortifiant par la pénitence ; la mortification des œuvres de la chair, par l'esprit, est bien aussi une sorte de martyre, eUe inspire cependant moins d'horreur que celui ou le fer brise les membres, quoique sa longueur le rende peut-être plus insupportable. Par cette sentence, mon maître condamne la sagesse de la chair qui ne respire que le plaisir et poursuit aveuglément la santé corporelle. La vraie sagesse ne porte point à la volupté ; la preuve en est dans ce mot du sage : La sagesse ne se trouve point dans la terre de ceux qui vivent dans les délices ^. Et celui qui l'a trouvée s'écrie : J'ai aimé la sagesse plus que la santé et la beauté ^. Mais s'il l'a aimée plus que la santé et que la beauté, combien plus encore que les plaisirs honteux! Mais à quoi bon se modérer dans les voluptés, si on passe les
' Math., XVI, 25. — » Rom., viii , 6, 7. — » Jean, xii, 25. — T Job, xxviii, 13. — ' Sagesse, vu, 10.
il6
.jours à étudier les diverses sortes de tempéraments et d*aliments? Les légumes, dit-on, sont venteux, le fromage charge restomac,lelaitallourdit la tête, les boissons aqueuses fisitiguent la poitrine, les choux engendrent la mélancolie, les poireaux échauffent la bile, le poisson d'étang ou d'eau bourbeuse ne convient point à ma complexion. Et quoi, on ne pourra réussir à trouver, dans tous les fleuves, dans tous les jardins, dans tous les champs, ou les celliers, rien qui vous convienne?
12. Songez, je vous prie, que vous êtes moine et non médecin, que vous serez jugé, non sur votre tempérament, mais sur votre profession. Grâce, je vous en supplie, grâce d'abord pour votre repos, ensuite pour les fatigues de ceux qui vous servent ; épargnez des charges à la maison;; épargez la conscience, non la nôtre, mais celle de celui qui, assis près de vous, mange ce qu'on lui sert et murmure de votre jeûne étrange. Il est scandalisé de vos odieuses exigences, ou de la dureté dont il accuse|peutêtre celui qui est chargé de vous servir. Oui, votre frère est scandalisé de vos singularités, il vous juge minutieux, avide de choses superflues, ou bien, il m'accuse moi-même d'être trop sévère, parce que je semble vous refuser
ce qui vous est nécessaire. D'autres, pour se flatter, s'autorisent de l'exemple de saint Paul, qui exhorte son disciple à ne point boire d'eau, mais un peu de vin à cause de la faiblesse de son estomac et de ses fréquentes infirmiiés ^. Mais ils devraient d'abord remarquer que l'apôtre ne s'accorde pas cet adoucissement à lui-même, et que le disciple ne le réclame pas davantage. Puis, cette prescription ne s'adresse point à un moine, mais à un évêque, dont la vie était nécessaire à l'Église naissante et si faible encore : et cet évêque était Timothée. Donnez-moi un Timothée, et je le nourrirai d'or et de potions embaumées. Au reste, ici, vous vous accordez à vous-mêmes des dispenses; vous n'écoutez que votre sensibilité personnelle : ces adoucissements me sont suspects, je vous l'avoue, et je crains, que sous prétexte de discrétion, la prudence de la chair ne vous abuse. Si la coucession de l'apôtre vous permet un peu de vin, n'allez pas je vous prie au-delà du texte. Mais c'est assez sur ce sujet : revenons à l'Épouse et apprenons d'elle qu'elle ne soigne pas ses vignes, en vue de son utilité personnelle, nous surtout qui sommes établis pour garderies vignes de l'Époux, J.-C. N. S., le Dieu béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
SERMON XXXI
Excellence de la vision divine, et comment le sentiment de la présence divine se diversifie y pendant cette vie, pour les saints^ suivant les différents désirs de Vâme.
1. Indiquez-moi où celui que mon âme chérit, fait paître son troupeau et où il repose à Vheure de midi 2. Le Verbe, l'Époux se montre souvent aux âmes avides, mais sous des formes différentes. Pourquoi ? C'est sans doute parce qu'il ne se montre pas encore tel qu'il est. Aussi cette vision, que nous en aurons plus tard, demeurera toujours, parce que la forme que l'on verra subsiste toujours. Il est l'Être même : il ne subit aucun changement de passé, de présent, d'avenir. Otez-lui le passé et le futur, d'où lui viendrait l'ombre même d'un chajigement? Tout ce qui vient du passé et tend à l'avenir passe nécessairement par un présent.
1 I Timoth., V, 23. — • Canliq., 1, 6.
Mais tel n'est pas l'Être. Non, l'Être n'est pas ce qui ne demeure jamais dans le même état. L'Être n'a ni passé, ni futur, il est indestructible, immuable. Il n'a pas été, et ne sera pas. Il est l'éternité; c'est là précisément ce qui lui donne l'existence vraie, incréée, interminable, invariable. Celui qui est ainsi (ou plutôt qui n'est ni d'une façon, ni de l'autre), se montrant à l'âme tel qu'il est, cette vision, comme je l'ai dit, se trouve affranchie de tout changement. Et tous ceux qui voient Dieu, sous un même aspect, reçoivent ce denier dont parle l'Évangile; car, ce qui de sa nature est invariable,, venant à se montrer, se présente d'une façon
< Math., XX, 9.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
in
cUe-mùme invariable, et ceux qui jouissent de cette vue ne veulent rien voir de plus désirable, ni de plus délicieux. Quand donc cette avidité de désirs se changera-t-elle en dégoût ? Quand cette suavité cessera-t-elle? Quand la vérité se dérobera- t-elle? Quand l'éternité finira-t-elle? Si la puissance et la volonté de voir sont étemelles, la félicité qui les suit peutelle n'être pas complète? Rien ne manque, en effet, à ceux qui voient toujours. Rien ne fatigue des désirs étemels.
2. Une pareille vision n'est point le lot de la vie présente, elle est réservée, dans la vie future, à ceux-là seulement qui peuvent dire : Noiês savons que lorsque J. -C.se montrera dans la gloire^ nous lui serons semblableSj parce que nous le verrons tel qu'il est ^ Aujourd'hm, il apparaît à qui il veut, comme il le veut , jamais tel qu'il est. Ni sage, ni saint, ni prophète ne peuvent, ou n'ont pu, dans un corps mortel (A),le voir tel qu'il est.Ce bonheur attend, dans la vie étemelle, celui qui en sera jugé digne. On le voit ici-bas, comme il lui convient de se montrer, et non tel qu'il est en lui-môme. Vous voyez tous les jours ce grand luminaire (je parle du soleil), vous ne l'avez pourtant jamais aperçu tel qu'il est ; vous voyez seulement comment il éclaire, par exemple, l'atmosphère, les montagnes, une muraille. Vous seriez même incapable de le voir de la sorte , si les yeux de votre corps n'avaient, dans leur pureté et leur clarté naturelle, ime certaine ressemblance avec la lumière céleste. Aucun autre membre -du corps n'est capable de voir, parce qu'il n'a point de rapport avec la lumière; l'œil lui-môme, s'il est troublé, devient inaccessible à la lumière avec laquelle il n'a plus de ressemblance ; donc l'œil troublé ne voit plus l'éclat du soleil parce qu'il ne lui ressemble plus; l'œil serein le voit, dans une certaine mesure, parce qu'il a quelque analogie avec lui. Si l'œil avait la pureté môme du soleil, il le verrait tel qu'il est, sans nuage , à cause de sa parfaite ressemblance. Ainsi l'ftme illuminée d'en haut et semblable à Dieu, peut voir, dès cette vie, ce soleil de justice qui éclaire tout homme venant en ce monde : mais elle reste incapable cependant de le voir tel qu'il est, parce que cette ressemblance est imparfaite. <yest pourquoi le prophète a dit : Approchez-vous de Ztti, vous serez éclairés^ et vos yeu^ ne seront point éblouis 2; Oui, si nous sommes suffisam-
' JesD, ni, 2. -> > Pb. xxxiii , 6.
(a) Comparez ce que saint Bernard dit de saint Benoit : Senn. IX, mr div. suj. et de Moyse, plos bas, Serm. XXXIII, sur le CanUq. n* 6, et Serm. XXXI V, n» 1.
ment éclairés, en sorte que, contemplant sans voile la gloire de Dieu, nous soyons transformés en son image, allant de clarté en clarté, comme conduits par l'esprit du Seigneur ^
3. Approchons-nous donc de lui avec respect, de peur qu'irrévérencieux scrutateurs de la majesté divine, nous ne soyons accablés par sa gloire 2. H faut approcher, non en franchissant un espace, mais en croissant en lumière spirituelle plutôt que corporelle, émanée de l'esprit de Dieu et non du nôtre. Je dis l'esprit de Dieu, et non le nôtre, bien que cela se passe en nous. Celui qui est plus lumineux, est plus proche de Dieu, et celui-là est parvenu jusqu'à lui, qui est tout resplendissant. Mais être devant lui et le voir tel qu'il est, c'est être comme il est, sans toutefois ôtre confondu avec lui ; mais je l'ai dit, un tel bonheur est réservé au ciel. Cependant ces innombrables variétés de formes, cette multitude d'espèces répandues dans les choses créées, que sont-elles, sinon des rayons, de la divinité démontrant la vérité du principe d'où elles viennent, sans le dévoiler tel qu'il est. Vous voyez quelque chose de lui, sans le voir lui-môme. En voyant toutes choses procéder de lui, sans le saisir lui-môme, vous connaissez son existence d'une manière indubitable. Il faut donc chercher avec soin, pour n'être pas privé de sa grâce en le cherchant et n'avoir pas besoin de recourir à l'ignorance, pour excuser votre négUgence à le chercher. Car il est facile à tout ôtre raisonnable (l'apôtre le dit) de connaître les perfections invisibles de Dieu, par la connaissance qu'en donnent les créatures *.
4. Dieu, en sa bonté, accordait un autre genre de vision à nos pères, qui jouirent si fréquemment et d'une façon si merveilleuse de sa présence et de sa familiarité. Ils ne le voyaient pas tel qu'il est, mais tel qu'il daignait se révéler à eux. Ils ne le voyaient pas tous non plus de la môme manière, mais, comme dit l'apôtre, en différentes manières et sous différentes formes *, quoiqu'il soit un en lui-môme, comme il le déclare à Israël : Le Seigneur votre Dieu est un s. Ces visions n'étaient pas communes; cependant elles se produisaient extérieurement et s'accomplissaient par des images visibles, ou par des sons que l'oreille saisissait. Mais il est une vue de Dieu, d'autant plus différente de celle-ci, qu'elle se fait intérieurement, comme quand Dieu daigne visiter lui-môme une âme qui le cherche, avec un empressement et un amour qui l'absorbent entièrement ; et voici le signe de l'arrivée de Dieu, comme nous
» II Cor., III, 18. — « Prov., xxv, 7. — • Rom., i, 20. — * Hebr , i, 1. — • Dculer., vi, 4.
rapprend celui qui Ta éprouvé : le feu marchera devant lui et embrasera ses ennemis alentour 1, car il faut que l'ardeur d'un saint désir prévienne Dieu et l'attire dans l'&me, où il doit venir; que ce désir ronge la rouille des vices et prépare ainsi la voie du Seigneur. Cette âme saura donc que le Seigneur est proche, quand elle se sentira brûlée de ce feu et qu'elle dira avec le prophète : Il a envoyé d'en haut un feu dans mes os et il m'a instruite ^ ; ou bien : Mon ccBur s'est échauffé au dedans de moi, et, tandis que je méditais, il s'est enflammé ^.
5. Après que l'âme a ainsi soupiré longtemps ou plutôt prié, lorsqu'elle s'est affligée par la vivacité de ses désirs, quand le Dieu, tant désiré et tant cherché, la prend en pitié et vient à sa rencontre, je crois, parce que je l'ai éprouvé, qu'elle peut dire, avec Jérémie : Seigneur, vous êtes bon à ceux qui espèrent en vous, à l'âme qui vous cherche ^. Son ange gardien, l'un des compagnons de l'Époux, est député pour être le négociateur et le confident de cette secrète et mutuelle visite. Quelle joie est la sienne! Comme il tressaille et partage son bonheur ! Alors, en regardant le Seigneur, il lui dit : Dieu de majesté, je vous rends grâces de lui avoir accordé le désir de son cœur et de ne l'avoir point frustrée de la demande de ses lèvres. Serviteur attentif de cette âme, il ne cesse de l'exciter et de lui prodiguer ses avis. Mettez vos délices dans le Seigneur y lui dit-il^ et il vous accordera ce que votre cceu/r demande. Et encore : Attendez le Seigneur et ayez soin de garder sa loi s, et encore : S'il diffère un peu, attendez'lcj car il arrivera certainement et sans tarder 6. Et s'adressant au Seigneur : Comme le cerf soupire après les eaux, de même cette âme soupire après vousy ô mon Dieu 7. Elle vous désire durant la nuit, et votre esprit qui dirige son cœur y Va portée dès le matin à s'occuper de vous ^. Et encore : Durant tout le jour elle a étendu ses mains vers vou^ ^ : Accordez-lui ce qu'elle demande^ parce quelle crie après vous *®. Tournez-vous vers elle^ et laissez-vous fléchir en sa faveur ^^, Jetez les yeux du haut du ciel, voyez et visitez cette âme désolée. Fidèle paranymphe, témoin de ce mutuel amour, il n'est point jaloux ; il cherche la gloire de Dieu et non la sienne. Il court du bien-aimé à la bienaimée, présentant des vœux et rapportant des grâces. Il excite l'une, il apaise l'autre. De temps en temps , mais rarement, il les met en présence l'un de l'autre, soit en transportant
» Ps. xcvi, 3. — « Ps. I, 13. — » Ps. xxxvin, 4. — * Thrcn., ni, 15. — » Ps. xxxvi, 4, 34. — • Habac, ii, 3.
— ' P». XLi, 2. — • laai., XXVI, 9. — » Ps. Lxxxvii, 10.
— " Math., XV, 23. — " Ps. lxxxix, 3.
celle-ci, soit en amenant celui-là : car il est de la maison et connu dans le palais, et il n'a pas de refus à redouter et il voit toujours la &ce du Père.
6. N'allez pas porter, dans cette maison du Verbe et de l'âme, des pensées corporelles, ou des rêves de l'imagination. Nous disons avec l'Apôtre : Celui qui est attaché au Seigneur, est un m^me esprit avec lui ^ Nous traduisons, comme nous pouvons, les transports d'une âme pure en Dieu, ou la sainte arrivée de Dieu dans une âme, en comparant les choses spirituelles aux choses spirituelles. Cette union est spirituelle, parce que Dieu est esprit et qu'il est épris de la beauté de cette âme qu'il a vu marcher en esprit, dédaignant les désirs charnels, surtout s'il la voit embrasée d'amour pour lui. Ainsi pénétrée, ainsi aimée, cette âme ne sera pleinement satisfaite, ni de cette vision de l'Epouse, par le moyen des créatures — vision commune à tous les hommes, — ni de celle qui était concédée à un petit nombre, par des visions et des songes : il faut que, par une prérogative spéciale. Dieu descende du ciel en elle et qu'elle le reçoive au plus intime de son cœur, qu'elle possède présent l'objet de ses désirs, sans figure, mais en réalité. Dieu, qui n'apparatt pas seulement, mais qui fait sentir sa présence. Et son bonheur est d'autant plus grand, d'autant plus délicieux qu'elle ne possède pas Dieu extérieurement, mais au dedans d'elle-même. Le Verbe ne selait pas seulement entendre, il pénètre en elle ; il ne se contente pas de parler, il agit ; il ne frappe pas seulement les oreilles, il remplit de douces affections. Ce n'est pas une apparence, une figure, il donne aux choses leur forme; il ne frappe point les yeux du corps, mais il dilate le cœur; c'est une apparence délicieuse, non par la couleur sensible, mais par l'amour qu'il verse dans l'âme.
7. Je ne djs pas qu'il apparaisse encore tel qu'il est, bien que cette vision ne le montre pas très-différent de. ce qu'il est. Il n'est pas ainsi présent d'une manière continuelle aux âmes même les plus pieuses; il ne l'est pas non plus indifféremment à toutes, car le goût de la présence divine doit différer selon les divers désirs d'une âme, et la ftiveur des douceurs célestes affecte diversement les cœurs dont les appétits sont divers. Enfin, vous avez remarqué dans ce chant d'amour combien de fois le Verbe a changé de figure, comment il a daigné se transformer, en présence de sa bienaimée, en rendant plus variées et plus abondantes ses douceurs; tantôt semblable à un
« I Cor., VI. 17.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
chaste époux, il réclame les secrets embrassements d'une sainte Ame et se plalt en ses baisers ; tantôt, c'est un médecin muni d'huile et d'aromates, qui Tient secourir les âmes faibles et jeunes, désignées à cause de cela sous le nom déjeunes fiUes. Si quelqu'un en mumure, on lui répond : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais ce sont les malades qui ont besoin de médecin ^. Tantôt, se joignant comme voyageur à l'Epouse qui fait route avec des jeunes tilles, il adoucit, en d'agréables entretiens, les fatigues de son cortège, et après qu'il s'est retiré, elles se disent : Nos coeurs ne brûlaient-^ls pas pour Jèsusy lorsqu'il nous parlait dans le chemin ^ ? Eloquent compagnon, dont les douces paroles et les manières entraînent, comme des parfums qui exhalent les plus agréables senteurs, ce qui fait dire : Nou^ courrons à to^ deur de vos parfums 3. D'autres fois encore, il se présente comme un riche père de famille, dont la maison est remplie de pains, comme un roi glorieux et puissant, qui, voulant relever la timidité d'une épouse pauvre, et exciter ses désirs, met à sa disposition tout ce qu'elle peut désirer de plus éclatant : il montre la richesse de ses pressoirs et de ses magasins, ses vastes jardins, ses immenses domaines; enfin, il l'introduit dans l'intérieur de ses appartements : le cœur de son époux se repose en elle et il ne croit devoir rien cacher de ses biens à celle qu'il a tirée de la misère, dont il a éprouvé la fidélité et dont les baisers lui prouvent l'amabilité. Ainsi, ne cesse-t-il d'apparaître intérieurement, d'une manière ou d'une autre, à ceux qui le cherchent, pour accomplir sa parole; Voilà que je suis avec vousjusquà la consommation des siècles *.
8. Dans toutes ces circonstances, il est bon, doux, aimable, plein d'une infinie miséricorde; les baisers sont les signes de son affection et de sa prévenance ; cette huile, ces parfums, ces ardeurs désignent sa clémence et la pitié qui remplit son cœur : on le voit, en voyage, affable, plein de grâce et de bonté ; ses richesses et ses immenses propriétés qu'il montre, prouvent sa libéralité, sa générosité, comme aussi la munificence royale avec laquelle il récompense. Ainsi, dans tout le cours de ce livre, vous trouvez le Verbe représenté sous des images analogues, ce qui me porte à croire que le Prophète a en vue ce sens dans ces mots : Le souffle qui est devant nous, c'est le Christ notre Seigneur : nous vivrons sous so7i ombre parmi les nations ^. Nous ne le voyons pas encore face à face, mais seulement en
» Math., u, 12. — • Luc, xxiv, 32. — » Canl., i, 3. — ♦ Malh., xxvxii, 20. — • Thrcn., iv, 20.
énigme et comme dans un miroir. Cet état ne durera que le temps de notre vie dans ce monde. Arrivés au milieu des anges, nous aurons en partage le même bonheur et nous le verrons tel qu'il est, c'est-à-dire, dans sa nature divine et non dans son ombre. Comme nous disons que les anciens ont vu son ombre et ses figures, tandis que nous voyons sa lumière briller à nos yeux, par la grâce de Jésus- Christ présent dans la chair : ainsi, relativement à la vie à venir, nous devons avouer que nous ne le voyons que dans une certaine ombre de la vérité, si toutefois nous ne voulons pas contredire ce mot de l'apôtre : Ce qy^ nous avons maintenant de science et de prophétie est très-imparfait ^. Et encore : Je ne pense pas encore avoir atteint le but 2. Quelle différence entre celui qui vit par la foi et celui qui voit en figure? Le juste vit de la foi * et celui qui voit en figure est dans la joie, mais l'homme saint vit à l'ombre de Jésus-Christ et les saints anges triomphent à l'éclat de la gloire de son visage,
9. Heureuse ombre de la foi qui tempère une lumière trop éclatante à des yeux affaiblis, et qui les dispose à la supporter! Il est écrit en effet : Dieu purifie les cœurs par la foi ^. La foi n'éteint pas la lumière, elle la conserve. Tout ce que les anges voient, l'ombre de la foi me le réserve et le dépose dans le cœur fidèle, qui verra ces mystères dévoilés un jour à ses yeux. Ne nous est-il pas plus utile qu'on nous tienne ainsi enveloppé un bien dont nous ne pourrions supporter la vue à découvert ? La mère du Sauveur vivait à l'ombre de la foi et il lui a été dit : Vous êtes bienheureuse parce que vous avez cru. Elle a eu pour elle l'ombre du corps de Jésus-Christ, elle qui a entendu ces paroles : Et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre &. Ne dédaignez pas l'ombre formée par la vertu du Très- Haut. H y avait vraiment dans la chair de Jésus-Christ une vertu qui a couvert la vierge de son ombre, pour la rendre capable de soutenir la présence de la majesté divine qu'elle avait sous les yeux, sous l'enveloppe d'un coiTps vivant et de soutenir aussi sa lumière inaccessible, prodige impossible à une femme mortelle. Cette vertu a vaincu toute puissance contraire; vertu et ombre qui ont mis les démons en fuite et pris les hommes sous leur défense : vertu fortifiante et ombre rafraîchissante.
10. En vivant sous la foi, nous vivons par conséquent à l'ombre de Jésus-Christ et nous puisons la vie dans sa chair 0; car la chair de
* I Cor., xin, 9. — • Philipp., m, 13. — • Rom. — ♦ AcL, XV, 9, — • Luc, 1, 45. — • Jetn, vi, 56.
Jéâus-Christ est vraiment une nourriture : aussi c*est pour cette raison que, dans ce passage, il est représenté sous la figure d'un berger et que l'Epouse l'interpelle comme un pasteur, lui disant : Faites-moi connaître où vous menez paître votre troupeau, où vous vous reposez à midi. Il est le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis i, il donne sa vie pour elles, et il leur donne sa chair : sa vie comme rançon, sa chair comme nourriture. 0 merveilles ! Il est à la fois et berger, et pâturage, et rançon.
Hais mon discours se prolonge ; il y a tant à dire ici, et de si grandes choses, qu'il est impossible d'être court. Aussi obéissant à la nécessité, j'interromps ce sujet sans le finir ; mais puisque l'entretien reste inachevé, que votre mémoire n'en perde pas le souvenir, afin que nous en reprenions l'explication là où nous l'aurons quittée, selon les indications que nous donnera Jésus-Christ, l'Epoux de l'Eglise, le Dieu béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
SERMON XXXII
Comment Jésus-Christ est reçu en qualité d'époux, par une âme sainte, et de médecin par une âme malade, — 'De la différence des pensées, et de leur origine.
1. Faites-moi connaître où vous menez paître votre troupeau et où vous prenez votre repos durant le midi 2. Nous nous sommes arrêtés ici, et c'est de là qu'il faut partir; mais avant de parler de cette vision et de cette parole de l'Epouse, je crois devoir récapituler les différentes visions qui précèdent, et dire comment elles s'appliquent à nous, selon les désirs et les mérites de chacun ; ces choses bien comprises (si cette grâce nous est donnée) l'intelligence du reste deviendra facile. Mais il y a ici quelques difficultés. Les paroles employées pour décrire ces visions et ces représentations semblent laisser entendre qu'il s'agit de corps, ou de choses corporelles ; et ces visions ne nous retracent que des cftoses spirituelles : c'est donc dans l'esprit qu'il faut en chercher et les causes et les motifs. Mais qui donc est capable de scruter et de discerner les mouvements et les progrès de l'âme qui rendent la présence de l'Epoux l'occasion de grâces si variées? Si cependant nous rentrons en nous-mêmes, si le Saint-Esprit daigne nous montrer, par sa lumière, ses opérations habituelles en nous, nous finirons, je crois, par acquérir quelque intelligence de ces secrets et j'ai la confiance que nous avons reçu non l'esprit du monde, mais l'esprit de Dieu pour connaître les dons de Dieu '.