‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 25 sur 79 · Mais je m'explique plus clairement · texte numérisé non relu

Mais je m'explique plus clairement

L'Époux est également et indifféremment partout, par la présence de sa Majesté divine, et par la grandeur de sa puissance. Cependant, on peut dire que la communication de la grftce le rend plus proche des uns et plus éloigné des autres ; ce qui ne s'entend que des anges et des hommes, c'est-à-dire des créatures raisonnables. C'est pourquoi le Prophète dit que le salut est éloigné des pécheurs 3, et parlant de lui-même, tout saint qu'il était, il disait encore : Pourquoi, Seigneur^ vous êtesvous éloigné de moi^? Quant aux Saints, Dieu s'en éloigne quelquefois par une juste dispensation, mais pour un temps, et encore n'est-ce pas d'une manière absolue. Pour les pécheurs dont il est dit que l'orgueil monte sans cesse ^, et que leur conduite est toujours c&rrompue^^ Dieu reste très-loin d'eux, et cet éloignement, au lieu d'être un effet de sa miséricorde, est le fruit de sa colère. C'est pourquoi David, s'adressant à Dieu, lui crie : Ne vous détournez pas de votre serviteur dans votre colère ^; il savait bien qu'il pouvait s'en détourner aussi par une vue de miséricorde. Dieu est donc près des saints et des élus, alors même qu'il en semble éloigné, et il ne s'approche pas de tous dans la même mesure, mais il le fait d'une façon subordonnée à la diversité de leurs mérites. Bien qu'il soit près de ceux qui l'invoquent avec foi, et de ceux dont le cœur est afQigé, peut-être n'est-il pas cependant assez près d'eux pour leur permettre de dire qu'U se tient debout derrière la muraille. Hais qu'il est voisin de l'Epouse, , puisqu'elle n'est séparée de lui que par une muraiUe! Aussi désire-t-elle d'être débarrassée des liens du corps, afin que ce mur venant à tomber, eUe puisse être enfin avec celui qu'elle espère être caché derrière.

5. Mais pour moi qui suis pécheur, bien loin de souhaiter la rupture de ces liens, je la redoute, car je sais que la mort des pécheurs

* Isa!., Lix, 2. — * P». cxviii, 155. — • Id., ix, i. — * Id., Lxxiii, 23. — ' Id., IX, 5. — • Id., xxvi, 9

est malheureuse ^ Gomment ne le serait-elle pas si la vie ne Tassiste pas? Je crains de sortir; je tremble à l'entrée même du port, parce que je n'ai pas lieu d'espérer que l'Epoux vienne m'y recevoir. Ehl puis-je sortir avec confiance, si le Seigneur ne protège lui-même ma sortie? Hélas I je deviendrai le jouet des démons qui me fermeront la route, parce que je n'aurai personne pour me racheter et me sauver, L'&me de Paul n'avait rien de pareil à redouter : une seule muraille le séparait de la vue et des embrassements du Bien-Aimé, et cette muraille c'était la loi du péché qu'il trouvait dans ses membres, c'était la concupiscence dont il ne pouvait s'affranchir totalement, tant qu'il vivait dans la chair. Cette muraille ne l'éloignait pas beaucoup de Dieu ; aussi s'écriait-il, dans l'ardeur de ses désirs : Qui me délivrera de ce corps de mort^? Car il savait qu'il arriverait k la vie par la route abrégée de la mort. Il n'y avait donc que cette loi de la concupiscence à laquelle saint Paul s'avoue assujetti, et qu'il endurait malgré lui, parce qu'elle était inséparablement greffée en sa chair. Du reste, disait-il, je ne me sem coupable de rien 3.

6. Or qui ressemble à saint Paul? Qui ne consent quelquefois à la concupiscence et n'obéit au péché? Mais que celui qui consent au péché sache qu'il a élevé devant lui-même une autre muraÛle, à savoir ce consentement illicite et mauvais. Dans cet état, il ne saurait se glorifier que pour lui l'Époux se tient derrière la muraille, puisqu'il y a deux muraiUes au lieu d'une. Il en aura moins encore le droit, si , du consentement au péché, il va jusqu'à l'affection. Car voilà une troisième muraille qui empêche l'Époux d'approcher, et cette muraille est l'acte même du péché. Que sera-ce si l'habitude change le péché en usage, et si l'usage arrive jusqu'au mépris, selon ce qui est écrit : Quand l'impie est desemd/u dam l'abîme du mal^ U méprise ^. Si vous sortez de la vie en cet état ne risquez-vous pas d'être dévoré mille fois par les lions furieux prêts à saisir leur proie^ avant d'arriver à l'Epoux que vous avez séparé de vous par d'innombrables murailles? La première est la concupiscence, la seconde le consentement, la troisième l'actei la quatrième l'habitude, la cinquième le mépris. Résistez donc de toutes vos

* P». XXXIII, 22.— « Rom., VII, 24. — > I Cor., iv, 4. — ♦ ProTé, xtin, 3.

forces à la concupiscence naissante, afin qu'elle ne vous entraîne pas jusqu'au consentement, et vous verrez crouler toutes les machines de guerre du mal. Rien, excepté la seule muraille du corps, n'empêchera plus l'Époux d'approcher, et vous pourrez aussi vous glorifier et dire que tEpoux se tient debout derrière la mu/raille.

7. Il faut encore que vous ayiez grand soin que l'Époux trouve ouverts et vos fenêtres et vos treiÛis, images de vos confessions, afin que par là il puisse jeter au dedans de vous un regard de bonté, car ses regards sont vos progrès. On dit que les treillis sont de petites fenêtres telles que ceux qui écrivent des livres ont coutume de s'en disposer, pour recevoir la lumière sur les pages qu'ils tracent. C'est pour cela, je crois, qu'on appelle chanceliers ceux dont la fonction est de dresser les actes publics. Comme il y a deux sortes de confession, l'une de tristesse causée par nos propres &utes, l'autre de joie motivée par les grâces divines que nous recevons, toutes les fois que je recours à celle qui ne se fait jamais sans une vive douleur, à savoir celle de mes péchés, j'ouvre en moi une sorte de treillis et comme une petite ouverture. Et il n'est pas douteux que celui qui se tient debout derrière la muraille ne regarde volontiers par là : car Dieu ne rejettera pas un cœur contrit et humilié i. Il nous adresse lui-même cette exhortation : Dites tas péchés afin que f>ous soyez justifiés K Mais si l'amour dilate mon cœur, si la vue des bontés et des miséricordes divines me porte à réjouir mon esprit dans la louange et l'action de grâces, alors ce n'est plus une étroite ouverture, c'est une grande fenêtre qjie je crois ouvrir à l'Époux caché derrière la muraille : et si je ne me trompe, il regarde à travers avec d'autant plus de joie que le sacrifice de louanges l'honore davantage. Il me serait aisé de trouver dans l'Écriture de quoi autoriser ces deux confessions. Mais je parle à des auditeurs aussi éclairés que moi : il ne faut pas vous accabler du poids de choses superflues, quand vous suffisez à peine à l'étude du nécessaire. Il y a de si grands mystères dans cet épithalame, et dans les louanges qui y retentissent en l'honneur de l'Église et de son Époux, Jésus-Christ notre Seigneur, le Dieu béni par-dessus tout dans les siècles. Ainsi soit-il.

» Ps. ux, 19. — * lia!., XLiii, 2«.

SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES

IdS

SERMON LVII

Qu'il Jaut observer les vmtes du Seigneur : signes et marques qui aident à les reconnaître.

1 . VoUà que mon Bim-Àimé me parle ^ . Voyez les progrès de la gr&ce et remarquez les degrés de la divine bonté. Considérez la dévotion de TËpouse, son adresse» la vigilance avec laquelle elle observe l'arrivée de TEpoux et jusqu'à ses moindres actions. Il vient, il se h&te, il s'approche, il est présent, il regarde, il parle, et rien de tout cela n'échappe à la perspicacité de TËpouse. 11 vient dans les Anges, il se h&te dans les patriarches, il s'approche dans les prophètes, U est présent dans la chair, il regarde dans les miracles, il parle dans les Apôtres. Ou encore : il vient par le désir qu'il a de pardonner, il s'approche en s'humiliant lui-même, il est présent à ceux qui sont présents, il regarde ceux qui doivent venir, il parle en enseignant , et en persuadant tout qui concerne le royaume de Dieu. Ainsi s'opère la venue de l'Ëpoux. Les bénédictions et les richesses du salut l'accompagnent. Tout ce qui a trait à lui est plein de délices et abonde en doux mystères et en sacrements salutaires. Celle qui l'aime veille et observe. Et bienheureuse l'&me que le Seigneur trouvera vigilante I II ne passera pas près d'elle sans la regarder, il ne la négligera pas, U s'arrêtera pour lui parler, et il lui tien«* dra un langage plein d'affection, parce qu'il est son bien-aimé. Car il est écrit : VoiU mon bien-aimé qui me parle. Et elle a raison de l'appeler son bien-aimé, puisqu'il vient lui dire son amour, et non lui adresser des réprimandes.

S. Elle n'est pas en effet de ceux à qui le Seigneur a sujet de rq>rocher qu'habiles & apprécier les bienfaits du ciel. Us n'ont point su connaître le temps de sa venue'. L'Épouse est si prudente, si prévoyante qu'elle l'a distingué de loin, lorsqu'il venait» qu'elle l'a vu bondir en son empressement, passant parnlessus la tète des superbes, et s'approcher par l'humilité d'elle qui est humble. Et lorsqu'il était debout, caché derrière la muraiUe, elle a discerné sa présence, et a senti qu'il regardait à travers

^ Canilq., ii, 10. — * Math., xvi, 4.

les fenêtres et le treillis. Et maintenant, en récompense d'un zèle si grand et d'un soin si religieux, elle l'entend parler. Car s*il avait regardé sans parler, ce regard lui eût inspiré des soupçons, et elle aurait pu craindre qu'il ne vint plus d'indignation que d'amour. Jésus regarda Pierre sans lui rien dire, et ce fut peutêtre la cause des larmes de Pierre i. Mais l'Épouse qui mérite que l'Époux lui parle après l'avoir regardée, non-seulement ne pleure point, mais elle se glorifie, et s'écrie dans sa joie : VoUà que mon bien-aimé m^ parle. Voyez-vous comment le regard de l'Époux, tout en restant le même, n'a pas toujours la même efficacité, mais se proportionne aux mérites de ceux qu'il regarde^ frappant les uns de crainte, et apportant aux autres consolation et sécurité? n regarde la terre et il la fait trembler : il regarde Marie et verse sa grâce en elle. Il a regardé^ est-il dit, la bassesse de sa servante : et voilà que toutes Us générations me proclameront bienheur reuse >. Ce n'est pas ici le langage d'une personne qui pleure, ou qui craint ; c'est le lan« gage de la joie. Ici il a également regardé l'Épouse; et elle n'a ni tremblé, ni pleuré commePierre, parce qu'elle n'était pas attachée à la terre comme lui. Il a rempli son cœur de joie, et ses paroles attestent qu'il l'a regardée avec amour.

8. Écoutez si les paroles qu'il lui adresse ne sont pas plutôt les accents de l'amour que ceux de la colère. Leves^^ous^ hdiex'vous^ ma bienaimée^ ma colombe, ma toute belle et venez. Heureuse la conscience qui mérite de s'entendre qualifier ainsi ! Qui de nous est assez attentif, observe si bien le temps où Dieu le visite, surveille avec assez de scrupule et à toute heure la venue de l'Époux, qu'à son arrivée et lorsqu'il flrappe, il lui ouvre sans délai? Car ce passage ne s'applique pas si exclusivement à l'Église, que chacun de nous qui tous ensemble composons l'Église, ne puisse participer aussi à ses bénédictions. Notre vocation à tous,

i Luc, xxn, 61-62. — « Luc, i, 4S*

tant que nous sommes, soit en général, soit en particulier, est de recevoir les bénédictions de Dieu; c'est là notre héritage. Ce qui fait que le prophète ose dire au Seigneur : Votre loi est mon héritage étemel : elle est la joie de mon eceur^. C'est sans doute cet héritage qui le fesait s'estimer le fils de son Père qui est aux cieux. Or, s'il était fils, il était héritier, héritier de Dieu et cohéritier du Christ. Et il se glorifie d'avoir acquis par cette hérédité un bien précieux, dans la loi et les témoignages de Dieu. Puissé-je avoir seulement un seul de ces témoignages, au lieu que lui se félicite d'en avoir plusieurs. Car il dit encore : Je me suis réjoui dans la voie de vos témoignages, comme dans toutes les richesses du monde 2. Et, en effet, les richesses du salut, les délices du cœur, la vraie sécurité de l'âme, qu'est-ce que tout cela, sinon le témoignage du Seigneur ? Car, dit l'Apôtre, ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est vraiment estimable; mms celui à qui Dieu rend témoignage^.

4. Poiurquoi nous privons-nous de ces témoignages divins, et de cet héritage paternel? Nous ne nous souvenons pas que Dieu nous ait jamais rendu témoignage, comme s'il ne nous avait pas volontairement engendrés par la parole de la Vérité. Où est donc ce que dit saint Paul, que V esprit de Dieu rend témoignage à notre esprit que nous sommes les enfants de Dieu? Comment sommes-nous ses enfants si nous sommes exclus de son héritage ? Notre pauvreté accuse certainement notre incurie et notre négligence. Car si quelqu'un de vous, fidèle au conseil du sage, applique entièrement et parfaitement son cœur à chercher, dès le matin, le Dieu qui l'a créé ; s'il prie le Très- Haut^ ; s'il s'efforce en même temps de préparer les voies du Seigneur, selon l'expression d'Isaïe, et de rendre droits ses sentiers s, de façon à pouvoir dire, avec im autre prophète : Mes yeux sont constamm^ent élevés vers Dieu% je considérais le Seigneur cœnme toujours présent devant moi ; celui-là ne sera-t-il pas béni de Dieu, et Tobjet des miséricordes de son Sauveur »? Il en recevi*a des visites fréquentes ; il n'ignorera jamais l'heure de ces visites, fussent-elles secrètes et furtives comme celles d'un amant plein de pudeur. L'àme vigilante et libre le verra donc venir de loin : elle remarquera ensuite tous ces détails que l'Épouse a elle-même fidèlement observés dans l'arrivée du bien-aimé^ puisqu'il dit lui-même : Ceux qui veilleront le matin pour me chercher

1 Ps. cxvni, m. — * Ps. cxviii, 44. — » Il Cor., x, 18. — * Kcclt, XXXIX, 6. — • Isal., xl, 3. — • P». xxiv, 15. ^'^ Ibid., zv, 8.— > Ibid., xxiii, 5.

me trouveront ^ Elle reconnaîtra l'ardent désir de l'Époux empressé de venir à elle. Lorsqu'il sera près d'elle, ou devant elle, elle l'apercevra sur-le-champ; s'il la regarde, elle verra cet œil divin, comme un rayon de soleil qui entre par les fenêtres ou les fentes de la muraille; et enfin, elle entendra ces joyeuses paroles d'amour : ma bien-aimée, ma colombe, ma toute belle.

S. Qui est assez sage pour comprendre ces choses, pour les distinguer, les désigner chacune en particulier, et en donner l'intelligence aux autres? C'est ce que vous attendez de moi, et ce que je voudrais apprendre moimême d'un plus expérimenté , à qui cette science serait familière. Mais ces âmes aiment mieux d'ordinaire cacher dans un silence mojleste ce qu'elles ont appris dans le silence et elles croient plus sûr de garder leur secret pour elles. Pour moi que le devoir oblige à parler, et qui ne puis me taire, je vous dirai ce que je sais sur ce sujet, ce que je tiens de mon expérience personnelle, ou de celle d'autrui; je me bornerai à des choses que plusieurs pourront éprouver eux-mêmes, laissant les plus élevées à ceux qui sont capables de les comprendre. S'il m'est commandé, soit au dehoi's pt r un homme , soit au dedans par l'Esprit- Saint, de défendre la justice, et de garder l'équité, je verrai dans ce conseil salutaire, un message de la venue de l'Époux, et comme une préparation pour recevoir dignement cet hôte céleste. C'est ce que le prophète m'apprend, lorsqu'il dit : La justice marchera devant lui > et lorsqu'il ajoute, en s'adressant à Dieu : La justice et {équité sont la préparation de votre trône^. J'aurai la même espérance si on me parle d'humilité, de patience, de charité fraternelle, ou de l'obéissance due aux supérieurs, et surtout de paix, de sainteté et de pureté de cœur. Car l'Écriture dit : La sainteté convient à votre maison , Seigneur ^ .* 5a demeure est dans la paix ^ ; les cœurs pu/rs verront Dieu ®. Tout ce qui sera suggéré à mon âme touchant ces vertus ou d'autres, me deviendra un signe que la visite du Dieu des vertus est voisine.

6. Mais si le juste me reprend et me corrige avec miséricorde, j'éprouverai encore le même sentiment, sachant que le zèle bienveillant du juste prépare la route à celui qui monte de l'occident 7. Heureux occident, où l'homme est maintenu debout par la correction du juste, tandis que le vice tombe et se brise. Le Seigneur monte sur lui, le foule aux pieds, et

* Prov,, vin, 17. - 16. — * P8. xcii, 5.

' Ps. LXVXl, 5.

- • Ps. LXXXIV, 14.

— • Ps. LXXV, 3. '

- ' Ps. tjcxxvni, • Math., V, 8. —

SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES

Técrase pour Tempècher de se redresser. Il ne faut donc pas dédaigner les corrections du juste, puisqu'elles sont la ruine du péché, la santé de T&me, et même la route par laquelle Dieu arrive à Tâme. Et, en général, il ne faut négliger aucune parole capable d'édifier, de porter à la vertu et aux bonnes mœurs. Car ce sont autant de chemins par lesquels vient à nous le salut de Dieu ^ Si les discours que nous entendons sont doux, agréables, si nous les écoutons sans ennui, et même avec empressement, croyons non-seulement que rÉpoux vient , mais qu'il se hâte, c'est-àdire qu'il vient avec de vifs désirs. Car c'est son désir qui produit le vôtre, et si vous êtes empressés à recevoir ses paroles, c'est qu'il se h&te d'entrer en vous. Ce n'est pas nous, c'est lui gui nous a aimés lepretnier ^. Si vous trouvez sa parole enflammée, si elle brûle votre conscience au souvenir de vos péchés, pensez alors à celui dont l'Écriture dit que le feu marchera devant lui \ et ne doutez pas qu'il ne soit proche. Le Seigneur en effet est tout près des cœurs troublés *.

7. Mais si la parole ne vous pénètre pas seulement de componction, si elle vous convertit entièrement au Seigneur, si elle vous inspire la ferme résolution de garder sa loi, sachez qu'il est lui-même présent, surtout si votre cœur est embrasé de son amour. Car vous lisez dans l'Écriture et que le feu le précède, et qu'il est lui-même un feu. Moïse l'appelle un feu dévorant ^. Or, entre les deux feux, il y a cette différence que celui qui le précède a de l'ardeur, sans avoir d'amour; il brûle sans embraser, il meut, mais n'entratne pas. Il n'est destiné qu'à exciter, préparer, et aussi à vous rappeler ce que vous êtes, afin de vous faire goûter plus doucement ensuite ce que vous deviendrez sous l'action de Dieu. Mais cet autre feu qui est Dieu-même, consume, sans faire souffrir ; il brûle doucement, il cause en nous d'heureux ravages. C'est vraiment un charbon destructeur qui déploie sa vertu contre le vice, de façon à tenir lieu d'onction à l'&me. Dans cette vertu qui vous change, dans cet amour qui vous embrase, reconnaissez donc la présence de Dieu. C'est sa droite qui est le principe de cette vertu 0. Et ce changement, œuvre de la main du très- Haut?, ne s'accomplit que par la ferveur de l'esprit, et par une charité vraie, en sorte que celui qui en est l'objet peut dire : Mon cœur s* est échauffé au dedans de moi-même et le feu qui

» P«. xLix, 23. — » I Jean, iv, 10. — » Ps. xcv, 3. — ♦ P». xxiii, 19. — • Dénier., iv, 24. — • P». c»vn, J6. —

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