Et il est véhément ce désir qui ne la
{tresse pas seulement de se lever, mais de se ever à la hâte ; car il y a dans le texte : Levezvov^s, hdtez-vousy venez . Et ce n'est pas un médiocre encouragement pour elle de s'entendre
1 Cantiq., n, 10. — « Math., xxvi, 40.
dire, venez, au lieu d'oMez; elle comprend qu'elle est plutôt conduite qu'envoyée, et que son Époux l'accompagnera. Or que peut-elle trouver de difficile dans cette société? Mettes^ moi auprès de vous^ dit Job, et combatte contre moi qui voudra t ; je march^ais dam les ombres de la mort, que je ne craindrais aucun mal^ parce que vous êtesavec moi ^. Elle n'est pas éveillée contre sa volonté, puisque l'Époux met en elle cette volonté qui n'est autre chose qu'un désir ardent de réîdiser de saints profits. Elle est aussi animée et rendue plus prompte à faire ce que les circonstances exigent d'elle, n est temps d'agir , ô mon Épouse ; t hiver est passée saison où personne ne pouvait travailler ; la pluie qui inondait la terre, empêchait la culture , tuait les blés, ou ne permettait pas qu'on les semât, cette pluie a cessé et disparu : les fleu/rs ont apparu su/r notre terre ; elles annoncent l'arrivée du printemps, la possibilité de travailler et le voisinage des moissons et des fruits. Il spécifie ensuite le travail qui doit passer en premier lieu : Le temps de tailler la vigne est arrivé. C'est donc à la culture des vignes que l'Épouse est conduite, pour que ces vignes répondent, par une plus grande abondance, aux soins des vignerons; il faut avant tout en ôter les sarments stériles, couper le bois nuisible, retrancher les branches surperflues. Voilà pour la lettre.
3. Voyons maintenant le sens spirituel qui nous est insinué sous cet emblème. Je vous l'ai déjà dit, les vignes sont les âmes ou les églises, et vous en savez la raison, sans avoir besoin que je vous la redise» C'est donc à les examiner, à les corriger, à les instruire et à les sauver que l'âme parfaite est invitée, pourvu que Dieu l'appelle, comme Aaron, à ce ministère et qu'elle ne s'y ingère pas par ambition. Or, qu'est-ce que cette invitation sinon un mouvement intérieur de charité qui soUi-
1 Job, xvn,3. — « Ps. XXII, 4,
cite pieusement au zèle pour le salut de nos frères, pour la beauté de la maison du Seigneur, pour raccroissement de ses gains et des fruits de justice, pour la louange et la gloire de son nom? Toutes les- fois donc que le guide ou le docteur des âmes, reconnaît qu'en lui Thomme intérieur est touché de ces sentiments, il peut être certain de la présence de l'Époux , et se croire appelé à la vigne. Et pourquoi, sinon pour arracher, détruire, édifier et planter?
4. Mais parce que tous les temps ne sont pas propices à ce travail, pas plus qu'à tout ce qui est sous le ciel, celui qui y invite ajoute que le moment de tailler la vigne est venu. Il le savait aussi venu celui qui disait : Voici maintenant le temps favorable ; void les jours de salut; n* offensez personne, pour qu'on ne bldme pas notre ministère ^ Il commandait sans doute de retrancher les choses vicieuses et superflues, et généralement tout ce qui était de nature à empêcher les fruits de salut ; car il savait le temps de la taille venu. Aussi disait-il à un fidèle vigneron : Reprenez^ corrigez^ suppliez ^. Il marquait, dans la première et la seconde de ces trois choses, qu'il devait couper, extirper, et dans la dernière, qu'il devait planter. Voilà ce que l'Époux, par la bouche de saint Paul, a dit sur le temps propre au travail. Mais écoutez ce que, sous une autre figure et un autre nom, il dit lui-même à sa nouvelle Épouse, sur la considération deâ temps : Ne dites-vous pas : encore quatre mois et voici la moisson? Et moi je vous dis : levez Us yeux et voyez ces régions : elles sont blanches et prêtes pour la moisson 3. La moisson est abondante^ mais les ouvriers peu nombreux^ priez donc le maître de la mmsson d*y envoyer des ouvriers ^. Gomme il montrait alors qu'il était temps de moissonner les âmes, il déclare ici que l'heure est venue de tailler les vignes spirituelles, c'est-à-dire, les &mes, ou les Églises, voulant peut-être, par cette diflérence de noms, différencier les choses même , et désigner par les moissons les peuples, et par les vignes les assemblées de saints qui habitent ensemble.
5. Or, ce temps de l'hiver, qu'on dit passé, marque, je crois, le moment où le Seigneur Jésus ne marchait plus publiquement au milieu des Juifs, qui avaient conspiré sa mort ; c'est pourquoi il disait à quelques-uns : Mon temps fCest pas venu^ mais le vôtre est toujours prit; et encore : Montez à cette fête, pour moi je n*y monte pas^. Il y monta pourtant ensuite, mais en secret, et non ostensiblement. A dater
* II Cop., VI, 2, 3. — « Il Tim., iv, 2. — » Jean, 4, 38. — * MtUi., IV, 37-38. — « Jeta, vii, i, 10.
de ce moment et jusqu'à l'arrivée de l'Esprit- Saint, qui ranima les cœurs attiédis des fidèles par un feu envoyé de Dieu dans ce but i, ce fut l'hiver. Nierez-vous donc que l'hiver régnât, alors que Pierre était assis auprès du feu, le cœur aussi glacé que son corps ? D'ailleurs l'Evangéliste le dit : Il faisait froid ^. Oui, un grand froid avait saisi le cœur du renégat. Ce qui n'est pas étonnant, quand le feu lui avait été enlevé. Un instant auparavant il brûlait d'un zèle très-vif, il était si près du feu ! n tirait l'épée pour ne pas perdre ce feu, et il coupait l'oreille du serviteur. Mais ce n'était pas le moment de couper; aussi lui dit-on : Remettez ce glaive au fourreau. C'était l'heure et le règne des ténèbres, et les disciples qui se servaient alors soit du glaive de fer, soit du glaive de la parole, devaient périr par le fer, ne gagner personne, ne produire aucun fruit, ou, à tout le moins, être réduits par le glaive de la crainte, à renier aussi, à périr, selon la parole du Seigneur, qui ajouta : Quiconque prendra l'épée périra par l'épée^. Eh! quel apôtre fût donc resté intrépide devant l'affreuse image de la mort, quand leur prinee lui-même tremblait et reculait, lui que son capitaine avait encouragé de sa voix puissante, et chargé de fortifier les autres * ?
6. Mais ni lui, ni eux n'étaient encore revêtus de la vertu d'en haut; c'est pourquoi il était périlleux pour eux d'aller aux vignes, d'employer la bêche de la langue, de tailler les vignes avec le glaive de l'esprit, d'émonder les ceps, pour leur faire produire plus de fruits. Le Seigneur lui-même se taisait en sa passion et, interrogé sur beaucoup de points, il ne répondait pas&, devenu^ selon le Prophète, comme un homme qui n^ entend pas et qui n'a rien à répliquer ^. Mais il disait : Si je vous parle f vous ne me croirez points et si je vous interroge^ vom ne me répondrez pas 7 ; il savait que le temps de la taille n'était pas venu, que la vigne ne répondrait pas à son travail, qu'elle ne rapporterait aucun fruit ni de foi, ni de bonnes œuvres. Pourquoi? L'hiver régnait dans le cœur des perfides ; des pluies froides et funestes couvraient la terre de leurs eaux ; elles étaient plus propres à tuer qu'à conserver les semences jetées par la parole; et elles auraient paralysé tous les efforts dépensés autour de la vigne.
7. De quelles pluies pensez-vous que je parle? De celles que les nuées volant à travers les airs versent sur la terre? Non. Je parle de celles
1 Loo, 12, 49. — * Jean, zvin, 18. — > Math., xxvi, 51, 52. — ♦ Luc, xxu, 32. — • Math., xxvii, 42 — • Ps. xxzvii, 15. -- ' Luc, XXII, 67, 68.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
que font monter de la terre dans les airs des hommes d'un esprit turbulent, qui, ouvrent contre le ciel une bouche insolente, dont la langue répand sur la terre une pluie amère qui la rend stérile, marécageuse, inféconde aux plantes et aux moissons, non pas aux plantes et aux moissons destinées au service et à la nourriture de nos corps, et dont Dieu ne s'inquiète pas plus que des bœuis. Quelles sont-elles donc? Celles que la main divine a semées et plantées, qui pouvaient germer ou s'enraciner dans la foi et la charité, produire des fruits de salut, si elles avaient eu pour les arroser, des pluies opportunes. Ce sont les âmes enfin pour lesquelles est mort Jésus-Christ. Malheur aux nuées qui ont répandu sur elles ces pluies qui remplacent la fécondité par la fange. Comme il y a de bons et de mauvais arbres qui portent des fruits différents comme leur espèce, des fruits bons ou mauvais, il y a aussi, je crois, de bonnes nuées qui donnent des pluies salutaires, et de mauvaises qui en donnent de nuisibles. Peut-être voulait-il exprimer cette variété de pluies celui qui disait : Je commanderai à mes nuées de ne pas pleuvoir sur elle ^ (sur la vigne). Pourquoi dit-il mes nuées, sinon pour marquer qu'il y a de mauvaises nuées qui ne sont pas à lui ? Otez, ôtex cet homme, criaient les Juifs^ et crudfiez-le >. 0 nuées violentes et orageuses ! ô pluie de tempête ! ô torrent d'iniquité, plus propre à ravager qu'à féconder ! Non moins mauvaise, non moins amère était cette autre pluie qui vint après : Il a sauvé les autres^ il ne peut se sauver luimême. Que le Boi d'Israël descende maintenant de la croix et nous croirons en lui '/ Mauvaise pluie aussi que le babil superbe des philosophes; il a rendu la terre stérile au lieu de la fertiliser. Les doctrines corrompues des hérétiques sont des pluies plus mauvaises encore, puisqu'au lieu de fruits elles n'engendrent qu'épines et broussailles. Les traditions des pharisiens, condamnées par le Seigneur, sont des pluies également détestables, et eux-mêmes sont de mauvaises nuées. Et ne croyez pas que je fasse ici injure à Moïse. S'il était une bonne nuée, je ne dirai pas bon cependant tout ce qui en est sorti , pour ne pas contredire celui qui a dit : Je leur ai donné (aux Juifs) des précités qui n* étaient pas bons (et c'était par le ministère de Moïse) et des commandements qui ne les feront pas vivre ^. Par exemple, cette observation littérale du sabbat, qui signifie le repos, mais qui ne le donne pas, cette défense
^ Isal., V, 6. — > Jean, xix, 15, — * Math., xxvn, 42.— ^ Exéch., iXf 25.
d'user de chair de porc et d'autres viandes semblables, que Moïse répute immondes; tout cela est une pluie qui descend de cette nuée ; mais, je n'en veux ni pour mon jardin, ni pour mon champ. Qu'elle ait été bonne en son temps, je le veux bien ; mais je la tiens pour mauvaise, lorsqu'elle tombe à contre-temps, car toute pluie si douce qu'elle soit et si mollement qu'elle tombe est importune, lorsqu'elle vient hors de saison.
8. Donc, tant que les pluies funestes ont couvert la terre, les vignes n'ont point eu leur temps, et il n'y avait pas sujet d'inviter les vignerons à les tailler. Mais quand elles s'écoulèrent, la terre se montra, et les fleurs parurent, ce qui indiquait que le moment de tailler ht vigne était venu. Voulez-vous savoir quand cela fut? Quand, sinon lorsque la chair de Jésus- Christ a refleuri dans sa résurrection? C'est la première, c'est la plus grande fleur qui ait paru sur notre terre, car Jésus-Christ est les prémices des dormants i. Il est la fleur du champ et le lys des vallons ^ ; le fils putatif de Joseph de Nazareth S; et Nazareth signifie fleur. Cette fleur a donc paru la première, mais elle ne s'est pas montrée seule. Car les corps de plusieurs saints qui étaient morts, ressuscitèrent avec lui, et parurent aussi sur notre terre, comme des fleurs brillantes. Et ils vinrent dans la ville sainte et apparurent à plusieurs^. Ceux qui dans le peuple crurent les premiers, les prémices des saints, furent aussi des fleurs. Leurs miracles ont été des fleurs qui ont produit le fruit de la foi, car à peine la pluie d'infidélité fut-elle passée, qu'elle fut suivie de cette autre pluie volontaire réservée par Dieu à son héritage, et les fleurs commencèrent à se montrer. Le Seigneur répandit sa bénédiction, et notre terre poussa ses fleurs, en sorte qu'en un jour, trois mille hommes, et un autre jour, cinq miUe embrassèrent la foi &, tant s'accrut rapidement le nombre des fleurs, c'est-à-dire la multitude des croyants. Le froid de la malice ne put prévaloir sur ces plantes qui se montraient, ni perdre, comme il est trop ordinaire, le fruit de vie qu'elles promettaient.
9. Car tous ceux qui avaient cru, étant remplis de la vertu d'en haut, il se rencontra des hommes dont la foi énergique méprisa toutes les menaces. Parmi toutes les contradictions, ils ne cédèrent point, et rien ne put les empêcher d'accomplir, ou d'annoncer les œuvres de Dieu. Car, selon ce texte du psaume entendu spirituellement, ils ont ensemencé les champs^
1 1 Cor., XV, 20. — • Canttq., ii, 1. — » Luc, m, 23. — ^ Matb., xxvn, 52. ~ * Act., ii, 41; et 4, 4.