Veillez donc sur vous, vous à qui ce mi
* Pb. cxxvi, 1. — * Marc., xiv, 38. — • Apoc, xxi 2. — ^ Jean, xxi, 15, 17.
nistèreest échu en partage. Oui, veillez sur vous et sur le précieux dépôt qui vous a été confié. C'est une ville ; veillez à sa garde et établissezy la concorde. C'est une Épouse : prenez soin de l'orner. Ce sont des brebis : nourrissez-les. Peut-être que ces trois choses se rapportent bien à la question adressée par le Seigneur. La garde d'une ville exige qu'on la défende contre trois dangers, contre la violence des tyrans, contre la perfidie des hérétiques, contre les assauts des démons. La parure de l'Épouse consiste dans les bonnes œuvres, les mœurs et l'ordre. Le pâturage des brebis se rencontre communément dans les saintes Écritures qui sont comme l'héritage du Seigneur. Mais il faut y distinguer plusieurs choses. Il y a des commandements imposés par la loi de vie et de discipline aux ftmes dures et charnelles; il y a des adoucissements, des dispenses miséricordieusement accordés aux faibles et aux infirmes. Et il y a des conseils fermes et énergiques qu'une profonde sagesse propose aux ftmes saines, dont les sens sont déjà exercés à discerner le bien et le mal. Aux petits, comme à de tendres agneaux, on donne du lait à boire, et non de la nourriture. De plus, les pasteurs remplis de bonté et de sollicitude ne cessent d'engraisser leurs troupeaux d'exemples bons et joyeux; d'exemples donnés par eux plutôt que par d'autres. Car, si ces exemples ne venaient pas d'eux, ce serait pour eux une honte, et un moindre profit à leurs troupeaux. Si moi, par exemple, qui semble remplir parmi vous la charge de pasteur, je vous propose la douceur de Moïse, la patience de Job, la miséricorde de Samuel, la sainteté de David et d'autres modèles édifiants, et que je sois sans douceur, sans patience, sans miséricorde, ni sainteté, mon exhortation, je le crains, aura moins de saveur et sera accueillie avec moins d'avidité. Mais je laisse à la bonté d'en haut le soin de suppléer auprès de vous à ce qui me manque, et de corriger ce qu'il y a en moi de défectueux. Un bon pasteur veillera encore à ce qu'on trouve en lui du sel *, selon le mot de l'Évangile, sachant que la parole assaisonnée de sel est aussi salutaire
* Marc., IX, 49.
qu'agréable. Voilà ce que j'ai à dire de la garde de la cité, de la parure de l'Épouse, et de la nourriture des brebis.
10. Je veux insister davantage sur ces points pour ceux qui ambitionnant avidement les honneurs , se chargent imprudemment de lourds fardeaux, et s'exposent aux périls, afin qu'ils sachent pourquoi ils sont venus. Mon ami^ est-il écni^ pourquoi étes-vous ici?^ C'est, si je ne me trompe, uniquement pour garder la ville. Cette œuvre requiert un homme fort, spirituel, fidèle : fort pour repousser l'injustice, spirituel pour découvrir les pièges, fidèle à ne pas chercher ses intérêts personnels. Pour conserver ou rétablir l'honnêteté des mœurs ( ce qui est la parure de l'Épouse ) qui ne voit qu'à des soins vigilants il faut nécessairement unir la censure de la discipline ? C'est pourquoi celui qui porte le poids de cette charge, aura ce zèle brûlant qui remplissait cet ami jaloux de l'Épouse du Seigneur et lui arrachait ce cri : J'ai pour vous une jalousie divine^ j'ai promis de i>ou8 présenter au Christ comme une vierge à son fiancé^. Mais comment un pasteur ignorant guidera-t-il les troupeaux du Seigneur dans les pâturages de la divine parole? S'il est savant, sans être vertueux, il est bien à craindre qu'il ne cause plus de mal, par sa vie stérile, que de bien, par l'abondance de son savoir. C'est une témérité égale d'assumer une pareille charge sans la science, ou sans des mœurs louables. Mais je suis hélas! obligé de finir une matière interminable. Une autre occupation, dont celle-ci ne doit pas prendre la place, m'appelle. Je suis pressé de toutes parts, et je ne sais ce qu'il y a de plus pénible^ ou de m'arracher à un objet, ou de m'épuiser à un autre, si toutefois ils ne sont pas tous les deux pénibles. 0 servitude! ô nécessité! Je ne fais pas ce que je veux, et je fais ce que je hais. Remarquez néanmoins où nous en sommes restés, et aussitôt que nous en aurons la liberté, nous reprendrons là notre entretien, au nom de l'époux de l'Église Jésus-Christ Notre-Seigneur qui est par-dessus tout le Dieu béni dans les siècles. Ainsi soit-il.
* Malh., XXVI, 50. — « II Cor., ii, 2.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
SERMON LXXVII
*Des mauvais pasteurs de V Église. Comment les bienheureux qui sont au ciel, ainsi que les
anges y viennent en aide aux élus pèlerins ici-bas.
1. Grâce à Dieu nous voici libres. Dans l'entretien d*hier nous avons dit quels pasteui^s uous voudrions avoir pendant notre marche ici-bas. Je n*ai pas dit quels sont ceux que nous avons. Ils diffèrent bien des premiers. Tous ne sont pas ces amis de l'Époux que nous voyons aux côtés de TÉpouse, et qui semblent la conduire par la main. Parmi ses amis, il en est peu qui ne cherchent pas leurs avantages. Us aiment les présents et ils ne peuvent aimer le Christ, ayant donné les mains à Mammon. Voyez-les marcher, comme ils sont recherchés, élégants, couverts de riches habits. On dirait une épouse qui sort de la chambre nuptiale. Si vous aperceviez tout à coup de loin un homme ainsi façonné, vous le prendriez certainement plutôt pour FËpouse que pour un de ses gardiens. D'où leur vient îonc, je vous prie, cette abondance de toutes choses, cet éclat de vêtements, ce luxe de table, cet amas de vases d'argent ou d'or, sinon des biens de l'Épouse? Et elle est délaissée, pauvre, indigente, nue ; son aspect est misérable, négligé, inculte, infirme. Non, ce n'est pas là parer l'Épouse, c'est la dépouiller ; ce n'est pas la garder, mais la perdre ; ce n'est pas la défendre, c'est l'exposer et la prostituer au lieu de la conduire. Ce n'est pas là paître le troupeau du Seigneur, c'est l'égorger et le dévorer, et le Seigneur dit de ces pasteurs : Ils dévorent mon peuple comme du pain * ; ils ont dévoré Jacoby et désolé le lieu où il réside 2. Et dans un autre endroit : Ils mangeront les péchés de mon peuple^. Comme s'il disait : ils exigent le prix du péché, sans déployer envers les pécheurs la sollicitude convenable. En effet, parmi les prélats, qui n'est plus occupé à vider les boui-ses qu'à extirper les vices? Où sont ceux dont les prières apaisent la colère divine, et qui annoncent l'année des miséricordes du Seigneur? Mais ce que je dis là est peu de chose. A de plus
* Pi. xiii, 4 et ui, 5. — * Osée, iv, 8. — • Id. iv, 8.
graves désordres est réservé un jugement plus rigoureux.
â. Mais c'est inutilement que nous nous appesantissons sur ces points, les coupables ne nous écoutent pas. Et quand nous mettons par écrit nos discours, ils dédaignent de les lire. Les lisent-ils, ils s'indigneront contre moi, au lieu de s'irriter contre eux-mêmes, ce qui serait pourtant plus juste. Laissons-les donc; ils ne trouvent pas l'Épouse, ils la vendent. Cherchons plutôt ceux par lesquels l'Epouse dit qu'elle a été rencontrée. Les précédents ont bien hérité de leurs fonctions, mais non de leur zèle. Beaucoup en ambitionnent la succession. Bien peu les imitent. Plut au ciel qu'on les trouvât aussi vigilants au travail, qu'empressés à briguer les chaires I Vigilants et empressés à garder l'Épouse qu'ils ont trouvée et qui leur a été confiée. Plût au ciel qu'ils veillassent sur eux-mêmes et qu'il ne fût pas permis de dire d'eux : Mes amis et mes proches se sont approchés et élevés contre moi ^ ! Plainte trop juste, et qui ne s'applique à aucune époque mieux qu'à la nôtre. C'est peu que leurs veilles ne nous gardent pas ; si elles ne nous perdaient pas ! Plongés dans le profond sommeil de l'oubli, le tonnerre des divines menaces ne peut ni les éveiller, ni leur inspirer l'effroi du péril où ils courent. Aussi n'épargnent-ils pas leurs ouailles, eux qui ne s'épargnent pas eux-mêmes ; ils perdent les autres et périssent avec eux.
3. Mais quels sont donc ces gardes par lesquels l'Épouse prétend avoir été trouvée? Les apôtres et les hommes apostoliques. Ce sont eux qui gardent vraiment la cité, c'est-à-dire l'Église, et ils déploient autour d'elle une vigilance d'autant plus grande qu'ils la voient présentement exposée à des périls plus graves, à des maux domestiques et intérieurs, selon ce qui est écrit : Les ennemis de (homme sont dans sa
i Ps. XXXVII, 12.
maison^ . Us ne la délaissent pas, après avoir lutté pour elle, jusqu'au sang ; mais ils la protègent, ils la gardent et le jour et la nuit, c'està-dire, à la vie et à la mort. Et si la mort des saints est précieuse devant Dieu 2, je ne doute pas que leur protection ne soit alors d'autant plus puissante, que leur empire est mieux affermi 3. 4. Mais, dira-t-on, vous affirmez ces choses comme si vous les voyiez de vos yeux ; elles sont pourtant dérobées aux regards humains. Je vous réponds: si vous estimez fidèle le témoignage de vos yeux, le témoignage de Dieu est plus grand, car il est dit : Sur tes murs^ ÔJérusalemj'ai établi des gardes; nuit et jour ils tjeiZleront sans se tavre jamais^. Ce texte s'applique aux AngeS) direz-vous. Je ne le nie pas. Us sont tous des esprits qui font fonction de minis^ tres^. Mai» qui m'empêche d'avoir les mêmes idées de ceux qui ne sont pas inférieurs aux Anges en puissance^ et que l'affection et la miséricorde rapprochent d'autant plus de nous, qu'ils nous sont déjà unis par la nature ? Ajoutez qu'ils ont ressenti ces mêmes passions et ces misères, dont nous portons le poids pour un temps. Quoi de plus propre à éveiller leur pitié et leur sollicitude pour nous que le souvenir qu'ils gardent d'avoir parcouru la mêtne route? Ne s'écrient*ils pas î Nous sommes passés à travers le feu H teau, et tous nous avez amenés en un lieu dé rafratchissemèni^l Et quoi! Us nous abandonneraient au milieu des flammes et des flots qu'ils ont traversés, sans daigner tendre la main à des fils en péril? Non cela n*est pas. Vous êtes bienheureuse durant votre pèlerinage, A Église notre mère, et le secours vous arrive à la fois de la terre et du ciel. Ceux qui vous gardent ne dorment pas, ils ne se laissent point ga-^ gner au sommeil. Vos gardiens ce sont les anges saints ; ce sont les esprits et les âmes vigilantes des justes. Us ne se trompent pas ceux qui vous pensent et trouvée et protégée par ces deux 01*dres d'esprits. Et la double solUcitude dont vous êtes l'objet a sa raison ; sans Vous, les uns n'atteindraient pas leur consom mation , et les autres ne sauraient, sans vous, arriver à leur parfaite restauration. Qui ne sait, en effet, que Satan tombant du ciel avec ses complices, le nombre des Esprits célestes s*est trouvé diminué ? De vous donc, tous attendent la consomma-* lion, les uns de leur nombre, les autres de leur désir. Reconnaissez ici ce qui est dit au psaume : Les justes attendent que zou^ me ré*compensiez*^.
i Mich.i VIT, 6.
^^ Isal., Lxii, 6.
cxiÀi 8«
• • P8. tixv, 48» -^ « Id., cxxxviii, 17. » Héb., I, 14. - • Ps. Lxv, 12.— ' Ps.
8. Remarquez qu'il n'est pas dit que l'Épouse ait trouvé les gardiens; mais plutôt que les gardiens l'ont rencontrée, parce qu'à mon avis, ils étaient destinés à cet office. Gomment prêcheront -ils s'ils ne sont envoyés? Aussi, vous entendez Jésus dire dans l'Évangile : Allez, iioici que je 'oous envoie^; aUez, prêchez VE'oan' gile à toute créature'^. Il en est ainsi; l'Épouse cherchait l'Époux, et l'Époux la voyait. Il l'avait excitée à cette recherche, il lui avait donné un cœur pour observer les préceptes et une loi de vie et de discipline, pourvu qu'un mattre l'instruisît et lui enseignât les voies de la prudence, n a envoyé à sa rencontre des hommes chargés de planter, d'arroser, de la nourrir et de l'affermir dans la certitude de la Vérité; de lui indiquer son bien-aimé et de lui en donner des nouvelles assurées ; Car c'est la vérité que son ftme cherche et aime. Quel est, en effet, le véritable et solide amour de l'ftme, sinon celui qu'on porte à la vérité? Je suis capable de vérité; je puis la posséder. Mais mieulc vaudrait que je n'eusse pas cette faculté si l'amour du vrai n'est pas en moi. Cet amour est le fhiit de ces rameaux. J'en suis la racine. Et je ne suis pas assuré contre les coups de la hache, si je suis privé de ce finit. Dans ce doU ftdt à notre nature, brille assurément ce reflet de l'image divine, qui la rend supérieure à tous les êtres vivants. C'est là ce qui donne à mon âme l'audace de s'élever jusqu'aux doux et chastes embrassements de la vérité, et de s'y reposer avec sécurKé et suavité, si toutefois elle trouve grâce aux yeux d*un tel Époux et s'il l'estime digne de parvenir à une gloire aussi haute; s'il la rend lui-même belle , exempte de taches et de rides, et d'imperfection. Quel crime commet et à quel châtiment s'expose celui qui tient oisif un si excellent don de Dieu I Mais nous toucherons ce point ailleurs.
6. L'Épouse n'a pas trouvé celui qu'elle cherchait, et elle a été trouvée par ceux qu'elle ne cherchait pas. Qu'ils écoutent ceci, ceux qui, sans guide, sans maître, ne craignent pas d'entrer dans les voies de la vie ; qui, dans la science spirituelle,'sont à la fois à eux-mêmes, et leurs disciples et leurs maîtres. Ce n'est pas assez, ils se font d'autres disciples, aveugles qu'ils sont et maîtres d'aveugles. Combien se sont ainsi fatalement égarés loin du droit chemin! Ignorant les rusés de Satan et ses pensées, il leur est arrivé de commencer par l'esprit, et de finir par la chair; honteusement entraînés, et misérablement tombés. Que ceux qui se reconnaissent ici prennent garde de marcher
* Luc, X, 3. — «Marc., xvi, 5.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
avec prudence; qu'ils imitent l'Épouse; elle n'a pu arriver à ce qu'elle désirait, avant d'avoir rencontré des maîtres qui l'ont aidée à connaître le bien-aimé, et qui lui ont enseigné la crainte de Dieu. Il n'est qu'un séducteur, celui qui refuse la direction d'un précepteur. Et celui qui laisse un troupeau au pâturage sans guide n'est pas un pasteur de brebis, mais de loups.
7. Voyons maintenant en quel sens TÉpouse dit avoir été trouvée. A mon avis, elle se sert ici d'une expression inusitée, car elle parle comme si l'Eglise était venue d'un lieu unique. Or, elle est venue de l'Orient et de TOccident, selon la parole du Seigneur ^ et de tous les points de la terre. Elle n'a pas été rassemblée non plus en un seul endroit, où les apôtres et les anges l'auraient trouvée, pour la conduire et la diriger ensuite vers celui Qu'elle aime* Pouvait-elle être trouvée avant d'être réunie? Non, puisqu'elle n'existait pas. Si elle disait qu'elle a été rassemblée, réunie, où (ce qui convient mieux au mot Eglise) convoquée par les prédicateurs, je passerais simplement et sans hésiter, car ce sont les coadjuteiu's du Dieu qui a dit : C$lui qui tCa^ nuuse pas avec moi, dissipe ^. On peut même dire que l'Église a été fondée et édifiée par
eux* C'est ce qu'ils ont fait avec celui qui dit dans les Évangiles : Et sur cette pierre je hdtirai mon Eglise^ j et encore : Elle est fondée sur la pierre solide^. Comme l'Épouse, au lieu de ce langage, emploie des termes inusités et déclare avoir été trouvée, il faut nous arrêter; car cette expression me laisse soupçonner qu'ici se cache un secret qui réclame un regard attentif.
8. Je l'avoue, j'avais dessein de passer outre, et de me dérober à ime recherche dont je me sentais incapable. Mais je me souviens en combien de doutes et d'obscurités^ vous m'avez déjà aidé au-Kielà de mes espérances^ en élevant à Dieu vos cœurs, et je rougis de ma défiance. Je condamne mes craintes, et j'aborde, sans témérité toutefois « une tÂche que ma timidité me portait à fuir. J'en ai l'espoir, le secours habituel m'assistera, sinon mes ef* forts ne seront pas tout à âdt oiseux devant des auditeurs si bienveillantsi Ce sera le commencement du discours suivant; il faut finir celui-ci. Qu'il vous accorde non«seulement de garder mes paroles en votre mémoire, mais de les aimer ardemment^ de les accomplir efficacement, l'Époux de l'Église Jésus-^Christ Notre^Seigneur qui est, par*dessus tout^ Dieu béni dans tous les siècles. Ainsi 8oit-<iL
SEMON LXVIII
Que r Épouse^ c'est-à-dire P Église des élus^ est prédestinée de ^ieu^ avant tes siècles^
et prévenue de lui ^ pour le chercher et se convertir.
1 . Si j'ai bonne mémoire^ nous nous sommes arrêtés au mot trouver, et ce n'est pas sans embarras que j'ai entendu dire à l'Épouse qu'elle a été trouvée par ses prédicateurs. Je vous ai indiqué les causes de notice embatiras et de notre hésitation , et il m'a paru qu'il y avait ici un secret, que kt fin de notre entretien ne nous a pas permis de développer. Que reste-t4i à faire, sinon à payer maintenant notre dette^ en expliquant un grand mystère. Ce mystëreinterprété par le docteur des nations, ce saint et chaste mariage dans le Chris! et l'Église', c'est
i Math., vin, !!.*-> Math., su, 30.— * Epbét.| v, 32.
l'œuvre même de notre salut. En lui se rencon-» tre une triple coopération, celle de Dieu, celle de l'Ange^ ceUe de l'homme. Gomment Dieu n'y coopèrerait-ilpas, et ne prendrait-il pas soin des noces de son Fils bien-^aimé f Certes, il y coopère et de toute sa volonté. Il y suffirait seul et sans aucun concours; mais, sans lui, les autres sont impuissants. En les associant à ce ministère il a cherché leur profit et non son avantage personnel. Dans cette œuvre il a procuré des mé^ rites aux hommes, selon cette parole ! L'ouvri&r est digne de son scUaire^; et chaounrecevra selon
1 Math.,zvi, 18. — * Id., xvit ^ 25; — * Loo« x, 7»
son labeur personneti^ , soit celui qui plante dans la foi, soit celui qui arrose ce qui a été planté. En se servant des anges pour sauver le genre humain, Dieu n*inspira-t-il pas aux hommes de Tamourpour les Anges? Et les Anges étant ainsi aimés des hommes, on peut observer ici que ces esprits n'ignorent pas que les pertes éprouvées par leur cité doivent recevoir leur réparation du genre liumain. Le royaume de la charité ne pouvait être mieux régi par d'autres lois que par celles de raffection tendre et mutuelle de ceux qui y régneront, et par leur chaste amour envers Dieu.
2. Mais le mode d'opération diffère singulièrement, selon la dignité de chaque ouvrier. Dieu accomplit sa volonté facilement, sans précipitation, sans violence, sans préjudice des lieux, des temps, des causes, et des personnes. C'est le Seigneur des armées, qui juge tout avec tranquillité 2. C'est la sagesse qui dispose tout avec suavité'. Mais l'Ange n'agit pas sans mouvement, soit local, soit temporaire, bien que sans précipitation. Quant à l'action de l'homme elle n'est exempte ni d'ardeur de l'esprit, ni de mouvement corporel, ou spirituel. C'est avec crainte et terreur qu'il doit opérer son salut*. C'est à la sueur de son visage qu'il lui faut manger son pain^.
3. Après ces développements , considérez avec moi que, dans l'œuvre magnifique de notre salut, il y a trois choses que Dieu réclame et dans lesquelles il prévient ses coopérateurs et ses auxiliaires : la prédestination, la création, l'inspiration. Quant à la prédestination, elle ne date pas de la naissance de l'Église, ni même du commencement du monde, ni d'un temps, ni d'un autre ; eUe précède tous les temps. La création commence avec le temps, et l'inspiration a lieu dans le temps, où et quand il plaît à Dieu. Selon la prédestination, l'Église des élus a toujours été en Dieu. Si cette proposition étonne l'infidèle, qu'il en écoute une autre plus surprenante encore. Cette Église a toujours été agréable à Dieu, toujours aimée de lui. Et pourquoi ne révèlerais-je pas hardiment un secret qu'a puisé au cœur de Dieu et que me communique le confident des conseils divins? Je parle de Paul. Parmi tant d'autres secrets touchant les richesses de la bonté divine, il n'a pas craint de nous dévoiler celui-ci : Il nous a bénis, dit-il, de toutes les bénédictions spirituelles pour le ciely dans le Christ; il nous a choisis par amour ^ en lui, avant la création du monde, afin que nous fussions saints et immaculés devant lui : et il ajou-
« 1 Cor., III, 8. — ï Sa^es., xu, 18. — » Id., viii, 1.- ♦ Philipp., Il, 12. — » Gen., m, 19.
te : Il nous a prédestinés en lui à l'adoption des enfants, par, Jésus-Christ, selon le dessein de sa volonté, à la louange et à la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux en son Fils bien-aimé^. Sans aucun doute, ceci est dit de tous les élus, et ils forment FÉglise. Par conséquent, dans ce sein profond de l'éternité, avant que ne parût à la lumière l'œuvre de cette création, qui, même parmi les esprits bienheureux, pouvait la trouver, sinon celui à qui la révélait le Dieu qui est à lui-même son éternité?
4. Et même, quand à la volonté du Créateur, l'Église émergea du*néant, en ces formes factices et visibles , elle ne fut trouvée sur-lechamp, ni par les hommes, ni par les anges, cachée qu'elle était sous une image humaine et terrestre, et couverte des ombres de la mort. Aucun des enfants «d€|3 hommes n'est entré en cette vie sans ce voile d'universelle confusion, un seul excepté, celui qui y vient sans tache. C'est l'Emmanuel qui pour nous a pris de nous la ressemblance de la malédiction et non la réalité. En effet, vous lisez qu'il est apparu dans la ressemblance de la chair de péché, afin de condamner le péché qui régnait dans notre chair'^', du reste lui seul, est passé par toutes les épreuves, pour nous tous élus et réprouvés. Car, point de distinction. Tous ont péché et tous portent le manteau de leur honte. C'est pourquoi, bien que l'Église existât déjà dans les êtres créés, elle ne pouvait en cet état, ni être trouvée, ni être connue par aucune créature, étant cachée d'une façon merveilleuse, et dans le sein de l'heureuse prédestination, et dans la masse de la malheureuse damnation.
8. Mais celle que la sagesse prédestinante avait cachée de toute éternité, et que la puissance créatrice n'avait pas produite dès le commencement, la gr&ce visitante, par une opération que j'ai nommée plus haut inspiraration , l'a révélée en son temps. Des lumières tombées de Tesprit de l'Époux dans les intelligences ont servi de préparation à l'Évangile de la paix, disposé la route au Seigneur, ainsi qu'à ce glorieux Évangile, dans tous les cœurs prédestinés à la vie. Les gardes se seraient inutilement fatigués à la prédication, si cette grâce n'avait précédé. Mais maintenant, à la vue de la marche rapide de la parole, et des nations facilement converties à Dieu, au spectacle des tribus et des langues se fusionnant en une même foi, et rassemblées des extrémités du monde dans l'unité de l'Église catholique, les gardes ont connu les richesses de cette gr&ce tenue jusque-là cachée dans l'abtme de l'éter-
^ Ephes., ly 3-6.— * Rom., vin, 3.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
nelle prédestination. Ils se sont réjouis d'avoir trouvé celle que le Seigneur s'était choisie pour épouse avant tous les siècles.
6. C'est pourquoi, à mon avis, il est évident que l'Ëpouse a raison de dire qu'elle a été trouvée et non convertie. La conversion de chaque flme appartient à celui à qui tous ont besoin de dire, avec le psalmiste : Convertissez^ «oti5, ô Dieu notre salut ^. Peut-être le mot trouver ne s'adapte-t-il pas aussi justement à Dieu que le mot convertir. En effet Dieu ne trouve pas, il prévient, et l'un exclut Tautre. Comment trouverait-il, lui à qui rien n'est caché? Le Seigneur j a-t-on dit, connatt ceux qui sont à lui^. Et Dieu, que dit-il à son tour? Je sais ceiÂX que foi choisis dis le commencement^. Celle qu'il a prévue de toute éternité, qu'il a élue, aimée, créée, il n'y avait pas de raison de dire qu'il l'a trouyée. Cependant j'oserais dire qu'il l'a disposée à être trouvée : car celui qui a vu, rend ici témoignage, et nous savons que son témoignage est vrai^. Tai vu^ dit saint Jean, la sainte Cité^ la Jérun salem nouvelle descendant du ciel^ préparée par DieUj comme une épouse pour son époux^. Et celui qui parle ainsi est un des gardiens de la Cité. Mais entendez le préparateur luimême, la montrant du doigt aux gardes, sous une image différente. Levez dit-il, levez les yeux, et voyez les régions ; elles sont blanches^ c'est-à-dire prêtes à la moisson g. Aussi le père de &mille invite-t-il les ouvriers au travail, quand il voit tout préparé, en sorte que sans grande gloire pour eux, ils peuvent dire : Nous sommes les coadjuteurs de Dieu'^. Car que feront-ils? Ils chercheront l'Épouse, et l'ayant trouvée, ils la renseigneront au sujet de son bien-aimé. Ils chercheront non leur gloire personnelle, mais la gloire de l'Époux dont ils sont les amis. Et ils ne dépenseront pas pour cela de grands labeurs autour de l'Épouse : Elle vient, elle le cherche elle-même, de toute l'ardeur de son zèle : et c'est le Seigneur qui a mis eu elle celte volonté.
7. Avant que les gardes ne lui parlent, l'Épouse les questionne sur son bien-aimé; prévenue elle-même elle prévient ses prédicateui*s, les interrogeant et disant : N*avez'Vous pas f>u celui que mon âme aime ^? Elle a donc raison de se prétendre trouvée par les gardiens de la Cité, elle qui se savait connue et
> Ps. Lxxxtv, 5. ~ - II Tim., ii, 10. — ' Jean, xiii, 18. — * Id, XIX, 33. — 5 Apoc., XXI, 2. — « Jonn, iv, 35. — "' I Cor., m, 9. — . ■» Cantiq., ii,3.
devancée par le Maître de la Cité, en sorte que ces gardiens l'ont trouvée et non faite ce qu'elle est. Ainsi Corneille a été trouvé par saint Pierre, et Paul par Ananie; car tous deux avaient été prévenus et préparés par le Seigneur. Qui était mieux préparé que Paul qui, d'une Toix et d'un cœur suppliants, s'était écrié : Seigneur que voulez-voiis qoeje fasse^ ? Non moins bien disposé était Corneille à qui ses prières et ses aumônes inspirées de Dieu, avaient mérité la foi 3. Philippe trouva aussi Nathanaêl. Mais déjà le Seigneur l'avait vu sous le figuier. Et cette vue de Dieu n'était-elle pas une préparation ? Il est dit aussi qu'André trouva Simon son frère, déjà vu aussi et connu d'avance par le Seigneur, et destiné à être appelé Céphas, fort dans la foi 3.
8. Nous lisons de Marie qu'elle a été trouvée ayant conçu du Saint-Esprit^. Il me parait que sous ce rapport l'épouse du Seigneur ressemble à sa mère. Si eMe aussi n'avait été trouvée possédant en elle ce fruit, elle n'eût pas interrogé si familièrement ceux qui l'ont rencontrée au sujet de Celui dont il est Esprit. Elle n'attend pas qu'ils lui disent le but de leur arrivée; elle parle la première et de l'abondance de son cœur: Aoez-vou^ ^u celui qu'aime mon âme? Elle savait qu'heureux sont ceux qui ont vu; et pleine d'admiration pour ceux qui avaient eu ce bonheur, elle disait : Étesvous de ceux à qui il a été donné de voir Celui que tant de rois, tant deprophètes ont voulu voir et n'ont pas vu? Avez -vous mérité de contempler la sagesse dans la chair, la vérité dans un corps. Dieu dans l'homme? Beaucoup disent : il est ici, il est là. Pour moi, je crois plus sûr de vous croire, vous qui avez bu et mangé avec lui , après sa résmTection. Voilà pour la question adressée par l'Épouse aux sentinelles. Nous suppléerons, dans un autre entretien, à ce qui n'est pas dit ici sur ce sujet. Il est évident que l'Épouse a été prévenue de l'Esprit-Saint, découverte et trouvée par les gardiens de la cité; car elle est vraiment celle que Dieu a prévue et prédestinée avant les siècles, qu'il a préparée pour être les délices éternelles de son Fils bien-aimé, et qui doit être sainte et immaculée devant lui, celle qui germe comme le lis, qui fleurit à jamais devant le Père de mon Seigneur Jésus-Christ, l'Époux de l'Église, le Dieu béni dans tous les siècles. Ainsi soil-il.
* Acl., IX, 6. — ï Id., X, 4.— 5 Jean, i, i:i, 48, 41 42. — V Malh., I, 48.
S. Bern. — ToM. 111.
tu
SBRMONS DE SAINT BBRNAllD
SERMON LXXIX
*jt)è t amour tenace et indissoluble par lequel Vdme enchaîne VÉpoux^ et aussi du retour de
V Époux à la fin des siècles, pour sauver la synagogue juive.
1. Celui qu'aime mon dme , (atiet-^ous tu^^. 0 amour emporté, violent, itnpélucux, qui ne te permets de penser qu'à toi-même, qui, concentré sur toi, dédaignes et méprises tout autre objet I Tu confonds les rangs, tu en-^ freins les usages, tu ignores la mesure t opportunité, raison, pudeur > prudence et sagesse, tu t'immoles toutes ces choses et les plie à tes caprices. Les pensées, le langage de l'Épouse ne respirent et ne sentent que toi ; et ainsi tu as subjugué du même coup et son cœur et sa langue. Celui que mon (XBwr eitma, tavex"fou8 tu f Comme si les gardiens pouvaientconnaître ce qui préoccupe sa pensée? Vous questionnez au sujet de celui que tous aimez; n'a-t-il donc pas un nom? Qui êtes-vous donc, et lui qui est-il T C'est ce que fait dire la sitigularité du langage, la remarquable négligence des expressions, toutes choses qui diffé-* i*enci^nt ce passage d'avec tous les autres. Aussi, dans cet épithalame, faut-il moins peser les paroles que les sentiments. Pourquoi? parce que le saint amour, matière certaine de tout ce livre , doit se juger non par les mots et la langue, mais par les œuvres et l'effet. L*amour parle partout; et si vous voulez acquérir l'intelligence de ce que vous lisez ici, aimez. Qui n'aime pas perd son temps à lire, ou à écouter les chants de Tamour. Un cœur glacé est incapable de comprendre un langage de feu. Peut-on entendre le grec ou le latin, si on ne sait pas ces langues? J'en dirai autant des autres. Ainsi , pour celui qui n'aime pas, la langue de l'amour paraîtra barbare, et semblable à un airain sonore, ou à une cimbale retentissante î. Pour ceux-ci (les gardes), qui ont reçu du Saint-Esprit le don de l'amour, ils savent ce que dit l'Esprit ; les expressions de l'amour leur sont connues, et ils peuvent aisément répondre dans une langue semblable, c'est-à-dire, par les ardeurs de l'amour et les œuvres de la piété.
* Cantiq., m, 3. — • I Cor., xm, ii
± Rapidemetit instruite sur celui qu'elle cherche, elle s'éloigne et dit : Après Us avoir un peu dépassés, fai trouvé celui que mon cœur aimje. Elle a raison de dire un peu; car ils lui ont donné une parole abrégée dans le symbole de la foi. Et voici la suite. Il fallait que TÉpouse passât au milieu de ceux qui devaient l'aider à connaître la vérité, mais aussi, qu'elle passât outre. Si elle n'était allée aU delà , elle n'eût pas trouvé l'objet de ses recherches. Ne doutez pas que les gardiens ne l'aient euxmême engagée à cette conduite. Ils ne se prêchaient pas eux-mêmes, mais le Seigneur Jésus, qui, sans nul doute, est au-dessUs d*eux, et plus loin qu'eux. C'est pourquoi il dit : Passez jusqu'à mM^ 6 tous tous qui mé désirez ^. Il ne lui sufHsait pas de passer, on lui apprend encore à passer pour aller plus loin, à l'exemple de celui qu'elle cherche, et qui était nonseulement passé de la mort à la vie , mais {larvenu jusqu'à la gloire. Ne fallait-il pas que 'Épouse suivit la même route? Autrement elle n'eût jamais atteint Celui dont elle n'eût pas suivi les pas.
3. Et, afin de parler avec plus de clarté encore, si mon Seigneur Jésus ressuscité des morts n'était pas monté aux cieux, on lie pourrait dire dé lui qu'il est passé au delà , mais seulemettl qu'il est passé ; et l'Épouse qui le cherche n'aurait qu'à passer comme lui. Maintenant qu'en ressuscitant il est passé, et qu'il est passé au sens parfait, en montant au ciel, l'Épouse a raison de dire qu'elle n'est pas seulement passée au milieu des gardiens , mais qu'elle les a dépassés, puisqu'elle a suivi l'Époux jusqu'au ciel, à l'aide dé sa foi et de sa dévotion. Croire à la résurrection c'est donc passer ; et croire à l'ascension c'est parvenir très-haut. Et peut-être (comme je l'ai dit un de ces jours 2; l'Épouse connaissait l'une de ces vérités, et non l'autre. Instruite par les gardiens de ce qu'elle ignorait encore, à savoir que le
< Eccli., XXIV, 26.— * Sermon I, pour la fête de Pâques.
SUR LE CANTIQUE DES CANtIQUES.
ressuscité était aussi monté au ciel ; elle est montée à sa suite ; ainsi elle a dépassé et elle a trouvé. Comment n'aurait-elle pas trouvé, atteignant par l'esprit le lieu où l'Époux était corporellementî Lorsque je tes ai eu dépussis un peu. Elle a raison aussi de dire eux. Ce ne sont pas eux , mais plutôt les autres membres qui sont sur la terre que notre chef a précédés et devancés en deux points : sa résurrection et son ascension. Car le Christ est les prémices de Tune et de l'autre. S'ilnous a précédés, la foi nous précède aussi. Où ne le suivrait-elle pas ? Monte-t-il au ciel, elle y est ; descend-il#aux enfers, elle y est ; s'envole-t-îl sur les ailes du matin, et habite-t-il au bout des mers : Ld, dit-elle, ta main me conduira^ et ta droite me soutiendra ^. N'est-ce pas encore selon cette foi que le Père de l'Époux , Père puissant et souverainement bon, nous a ressuscites et placés avec lui à sa droite? Voilà pourquoi l'Église dit : Je les ai dépassés. Elle s'est dépassée elle-même, étant par la toi là où, en réalité, elle n'est pas encore parvenue. Je crois avoir éclairci la raison pour laquelle on a préféré l'expression passer au delà, à celle de passer. Passons à notre tour aux paroles qui suivent. 4. Je Vai saisi; je ne le laisserai pas aller que je ne l'introduise dans la maison de ma mère^ et dans la chambre de celle qui m'a donné le Jour. C'est ainsi, et désormais la race chrétienne ne périra pas plus que la foi ne disparaîtra de la terre, ou la charité de l'Église. Les fleuves sont venus; les vents ont soufiQé et se sont rués contre elle ; elle n'est pas tombée, parce qu'elle était assise sur le roc ^. Le roc, c'était Jésus-Christ. Ni les discours verbeux des philosophes, ni les sophismes des hérétiques, ni le glaive des persécuteurs n'ont pu et ne pourront jamais la séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus-Christ *, tant elle tient fortement celui qu'elle aime, tant c*est un bonheur pour elle d'être unie à Dieu. Cest du bon masticy dit Isaie ^. Qu'y a-t-il de plus tenace qu^un mastic que l'éau ne dissout pas. que l'air ne fend pas. que l'épée n^entame pas 1 Non 1 les eaux abondantes ne sauraient éteindre la charité ^. Je l'ai saisi, je ne le quitterai pas. Et le saint patriarche dit aussi : Je ne vous laisserai pas partir que vous ne m'ayez béni ^i Ainsi TÉpouse refuse de laisser l'Époux, et son refus est plus énergique que celui du patriarche, car il ne s'agit pas seulement d'une bénédiction; ie patriarche, la bénédiction reçue^ laisse l'ange s'éloigner; il n^en est pas ainsi
» Pb. csxixviîi, 81, 0. — * Math. , vn, 23.— • Rom., viii, 39. — * Isal., XLi, 7. — » Cantiq., viii, 7. — « Geo., xaii,
de TÊpouse. Ce n*estpas, dît-elle, votre bénédiction, c*est vous que je veux. Qu*y a-t-il pou/r moi au ciely et de vous que veux-je sur la terre *? Non, je ne vous laisserai pas aller, même quand vous me béniriez.
5. Je rai saisi, et ne le quitterai pas. Et peutêtre l'Époux, de son côté , souhaite-t-il d'être tenu fortement , puisqu'il dit : Mes, délices sont d^être avec les enfants des hommes^ ^ et fait cette promesse r Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles ^. Quelle plus forte union que celle qui résulte de deux volontés si fermes ? Je tai tenu^ dit FËpouse. Et à son tour, elle est tenue par celui qu'elle tient, et à qui elle dit ailleurs : Vous avez tenu ma main droite ^. Comment celle qui est tenue et qui tient peut-elle tomber? Elle tient par la fermeté de sa foi et la vivacité de son affection. Elle ne tiendrait pas longtemps si elle-même n'était tenue. Or, elle l'est par la puissance et par la miséricorde de Dieu./is l'ai tenu, je ne le laisserai pas aller ^ jusqu'à ce que je l'introduise dans la maison de ma mère^ et dans la chambre de celle qui m'a donné le jour. Grande charité de l'Église qui ne refuse pas ses délices à la synagogue, sa rivale ! Quel .excès de bonté de communiquer à son ennemie l'objet de ses affections ! Rien d'étonnant d'ailleurs ici, car lô salut vient des Juifs ^. Que le Sauveur retourne au lieu d'où il est venu, afin de sauver les restes d'Israël. Que les rameaux ne soient pas pour la racine, ni les fils pour la mère. Que les rameaux n'envient pas à la racine ce qu'ils lui ont emprunté; que les fils n'envient pas à leur mère ce qu'ils ont puisé à son sein; que l'Église garde fermement le salut perdu par les Juifs et qu'elle a saisi, elle, jusqu'à ce que la plénitude des nations entre, et qu'ainsi tout Israël soit sauvé ; qu'elle consente à venir pour le bien et le salut de toiis , elle qui, en se donnant à tous, n'ôte rien à chacun ; c'est ce qu'elle fiaiit, et plus encore. Et comment fait-elle plus? Elle souhaite à sa rivale le nom et la grâce de l'Épouse. C'est plus que lui désirer le salut.
6. Charité vraiment incroyable, si elle n'était attestée par son langage. En effet, si vous Tavez observé , l'Épouse veut, dit-elle, intî'Oduire son bien-aimé , non-seulement dans la maison de sa mère, mais jusque dans sa chambre, ce qui est l'indice d'une grande faveur. Pour être sauvée, il lui suffisait que l'Époux entrât dans sa maison. Le secret de la chambre indique une grâce spéciûè. Aujourd'hui, est-il dit à Zachée, le salut a été donné à cette maison^^
1 Ps. Lxxii, 2o. — * Prov., vni, 31.— • Math., xxviii, 20. — ♦ Pb. lxxti, 24. — » Jean, iv, 22. — « Luc, xix, 9i
Quand le Sauveur entre dans une maison, comment tous ceux qui Thabitent ne seraientils pas sauvés? Mais celle qui mérite de le recevoir dans sa chambre a un secret qui lui est réservé ; le salut descend dans cette maison , et des délices sont cachées dans cette chambre. Je l'introduirai dans la maison de ma mire, dit-elle. En quelle maison sinon en celle dont Jésus-Christ avait dit d'avance aux Juifs : Voilà que totre maison sera abandonnée et déserte i ? Il a réalisé sa parole, et vous en trouvez le témoignage dans le prophète : J*ai abandonné ma maison^ et fai délaissé mon héritage 2. Et maintenant TEpouse promet de le ramener, et de rendre à la maison maternelle le salut qu'elle a perdu. Si ce n'est pas assez, écoutez quel bien elle ajoute : Et dans la chambre de ma mère. Celui qui pénètre dans la chambre, c'est l'Époux. 0 souveraine puissance de l'amour I Le Sauveur indigné était sorti de sa maison et de son héritage ; et maintenant il est si l)ien fléchi par l'Epouse, qu'il revient, non plus seulement en qualité de sau-
veur, mais d'époux. Bénie ètes-vous de Dieu, ô fille, qui apaisez ainsi sa colère , et relevez son héritage! Bénie ôtes-vous de votre mère, au profit de laquelle vous détournez le courroux du ciel, et ramenez le Sauveur, un Sauveur qui lui dise : Je suis ton salut ^ . Ce n'est pas assez : il ajoute : Je t'épouserai dans la foi; je t'épouserai dans la justice et le jugement ; je t'épouserai dans la miséricorde et la compassion ^, Mais ne l'oubliez pas c'est à l'Épouse que ces amitiés sont dues. Et comment souhaite-t-elle, que dis-je? cède-t-elle à une autre son Époux, et un pareil Époux? Ceci n'esl pas exact. Fille parfaite , elle le souhaite à sa mère, non pour le lui céder, mais pour le 1 ui communiquer. Seul il suffit à toutes deux ; elles ne seront plus deux, mais une en lui : car il est notre paix, le lien qui rapproche la mère et la fille, en sorte qu'il n'y ait plus qu'une seule Épouse et un seul Époux, Jésus- Christ notre Seigneur, qui est le Dieu suprême, béni dans les siècles. Ainsi soit-il.