‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 38 sur 79 · Maintenant qui peut en douter ? Il fallait · texte numérisé non relu

Maintenant qui peut en douter ? Il fallait

* P». Lxxii, 25-26. — « Id., XXII, 4. — » Act., x, 38. — * Pb. xvin, 6-7, — » C0I088., m, 1. — • laal, xxx, 127.

qu'un grand intérêt fût en cause pour qu*une majesté aussi haute daign&t descendre de si loin en un séjour si indigne d'elle. Oui, il y avait là un grand objet, puisque la miséricorde, la bonté, la charité se sont montrées dans une large et abondante mesure. Pourquoi en effet Jésus-Christ est-il venu? C'est ce qu'il nous faut chercher, selon l'ordre que nous nous sommes tracé. Cette recherche nous est aisée, puisque ses paroles et ses œuvres nous dévoilent clairement la raison de sa venue., n est venu en toute hâte des montagnes pour chercher la centième brebis perdue, et afin que sa miséricorde éclatât davantage , avec sa merveilleuse conduite à l'égard des en&nts des hommes, il est venu pour nous. Admirable condescendance du Dieu qui cherche ! Dignité admirable aussi de l'homme ainsi cherché ! Il peut s'en glorifier sans folie, non que de luimême il soit quelque chose; mais celui qui l'a fait Fa estimé à un si haut prix ! En comparaison de cette gloire^ les richesses, la gloire du monde, tout ce qu'on y peut ambitionner salit ou plutôt n'est rien. Qu'est-ce que l'homme. Seigneur, pour que vous l'éleviez ainsi et pourquoi y attachez- vous votre cœur ?

8. Je voudrais bien savoir pourtant pourquoi il est venu à nous, et pourquoi nous ne sommes pas plutôt allés à lui ; car notre intérêt était en cause. Mais ce n'est pas l'usage que les riches aillent vers les pauvres, même pour leur être utiles. C'était donc à nous à aller vers Jésus-Christ; mais un double obstacle nous arrêtait. Nos yeux étaient fermés, et lui habite la lumière inaccessible 1. Paralytiques gisant sur notre grabat, nous étionsincapables d'atteindre jusqu'à la grandeur divine, c'est pourquoi le très-bon Sauveur et médecin des âmes est descendu de son élévation, et a adouci pour nos yeux malades l'éclat de sa lumière. Il s'est recouvert d'un vêtement sombre, de ce corps glorieux et sans tâche qu'il a pris. C'est là cette nuée légère et brillante sur laquelle le prophète avait prédit qu'il monterait pour descendre en Egypte 2.

9. Il est temps de considérer maintenant l'époque à laquelle le Sauveur est venu. Il n'est pas venu (ce que vous savez bien) au commencement, ni au milieu, mais à la fin des temps. Ce n'est pas sans motif, mais sagement, qu'il a réglé de ne secourir l'homme qu'au moment nécessaire; il n'ignorait pas combien les enfants d'Adam sont portés à l'ingratitude. Le jour baissait, et déclinait vers le soir; le soleil de justice s'était retiré, en sorte qu'il ne restait sur la terre que peu de lumière

» Tira., VI, i6. — « Isaï., xix, 1.

ié

et de ohdeuir. La lumière de la connaissaiice dé Ûeu était fiiiblé, êl l^abondance de l'inimité avdif refroidi la charité. L'Ange n'apparaissait plus, le prophète se taisait, désespérés, vaincus tous les deux par la dureté excessive et Tobstination des hommes. Mais moi, dit le Fils de Dieu, j*ai dit alor»^ me veici; je tienê. ^ El ainsi, pendant le silence universel, pendant (jue la nuit poursuivait sa course, votre parole toute-puissante, S^gneur, est venue de sa royale demeure ^. Ce que Tapètre insiifmait en disant : Qwrnd la plénitude deê temps fkit venue^ Dieu envoya eon fils ^. Là plénitude et l'abondance des choses temporelles avaient engendré rpubli et la disette des choses éternelles. L*étemité vint donc à poini quand le temps prévalait. Car, pour taire le reste, la paix temporelle elle-même éiait si grande à cette époque que Inédit porté par un seul homme sufiU pour que le dénombrement du monde s'accomplit ^.

10. Vous connaissez donc et la personne de celui qui vient, et le double lieu d'où il vient, et oà fl arrive; vous savez à qui il vient. Reste à vous dire la route par laquelle il vient ; ce qu'il faut chercher soigneusement afin d'aller à sa rencontre. De même que pour opérer notre salut sur la terre, il est venu une fois visibleaient et dans la chair, ainsi tous les jours, pour sauver nos &mes^ il vient en esprit et invisible, selon qu'il est écrit : Le Christ Seigneur est un esprit devant nous. Et afin que vous sachiez que cet avénemait est caché et spirituel, sous son om^Sj est-il dit, nous vivrons au milieu des nations ^. Si donc le malade est incapable de s'avancer loin à la rencontre de ce grand médecin, au moins doit-il s'efforcer de redresser la tète, et de se soulever un peu à son arrivée. La route qu'on vous montre n'est pas longue ; A hommes I vous n'avez ni à franchir les mers, ni à pénétrer les nues, ni à gravir les montaçnes. Cest en vous-mêmes que vous irez à la rencontre de votre Dieu. Sa parole est près de vous, dans votre bouche, dans votre cœur *. Avancez au-devant de lui, jusqu'à la componction et à l'aveu , afin de sortir au

1 P&. xxxix, 8. — « Sages, xviii, 16, 15. — • Galat., iv, — ♦ Lac, 11, i. — • Thren., iv, 20. — • fiom., x, 8.

moins de la fange d'une cQuaicience misérable ob l'auteur de la pureté îie peut entrer. Voilà, pour Favénement par le(|uel Jésus-Christ daigne éclairer nos âmes de sa présence invisible. H. Considérons aisssi la route de son avéïienement visible , car ses voie$ sont belles, et ses sentiers pacifiques ^ Voilà, dit l'Épouse, voilà quUi vient, bondissant à travers les numtagnes, et f^rànehissant les eçtiinesh Vops le voyez venir, A vous qui êtes belle ; mais vous ne pouviez le yfât auparavant, il était couché. Et vous disiez: Ovous que fnon çœurçAtne^ indiquez-moi eu vous faites paUre vos troupeaux et oA vous reposez >. Dans ^on repos éterpe} il nourrit les Anges, les rassasiant dç la vue de son étemitt et de son immubbilîté. Mais ne vous méccmnaissez pas vous-même, A vous ^ riche dé beauté I Cette vision merveilleuse est trop forte pour vous; vous ne pouvez encore y atteindre. Mais le voilà sorti de son sapctoaire; Celui qui nourrit les anges, pour nous ^érir, a un commencement : il vient, il est nourri lui-mêfiie, lui qui ne pouvait être vu tant qu'il était en son repos et alimentait les Anges. Le voilà , il vient à travers les montagnes, il franchit les collines. Par montagnes et collines entendez les patriarches et les prophètes. Comment est-il venu bondissant et franchissant ? Lisezle au livre de la généalogie : Abraham a engendré Isaac; Isaac a engendré Jacob * etc., etc. C*est de ces montagnes qu'est sorti le rejeton de Jessé. du(|uel, au dire du prophète, a surffi un rameau (jui a produit une fleur sur laquelte s'est reposé l'Esprit aux sept dons *. C'est ce que nous a plus clairement dévoilé ce même prophète en un autre endroit : Voilà qu'une Vierge concevra et enfantera un fils, et il s'appellera Emmanuel, ce qui s'interprète IHeu avec nous •. Celui qu'il appelait d'abord une fleur, il le nomme Emmanuel, et celle qu'il avait appelée rejeton, il la désigne plus expressément sous le nom de vierge. Mais il faut renvoyer à un autre jour l'étude de ce profond mystère; elle mérite un discours spécial, sur tout quand celui d'aujourd'hui s'est tant prolongé.

* PçoY., ui, il. — • Capliq., u, 8. — t Id., 1. s. — ♦ Matb.,1, 2. — • Isal.jXi, i-3. — Md., vu, U.

SUR L'AYENT DU SEIGNEUR

SEfeMON h

Sur ces paroles d*Isate à (l4cha\ : c ^emande\au Seigneur an prodige en fotre faveur ^soit û dans le9 prtifoHdèërÉ de Fèrifir, àùtt dans léi haùtturi dû ciet, èià. liaîé, tfcapttrt ^n, 11-16.

1 . Koùs avons entendu Isaïe engager te roi Âcbaz à demander à Dieu un prodige» soit (ïans les profondeurs de rabtme, soit dans ïes hauteurs du ciel. Nous avons aussi entendu la réponse impie, aufonds, sous une forme pieuse. (Test pourquoi il a mérité d'ètré réprouvé dû Dieu qui lit au fonds du cœur et des pensées de Thomme. Je ne demanderai past disait-il, et je fie tenterai peu le Seigneur Àchaz étaft enivré de Forgueil du trône et trompé par une sagesse toute humaine. IsaSe avait oui Dieu lui dire : Va, dis à ce renard qu*il réclamé de moi un miracle dans les profondeurs de^I'ablme. Cai^ le renard a sa tannière, mais il la creuserait psqu'à l'anime qu'il rencontrerait celui qm prend les habiles drâs leurs propres pièges. Dieu avait dit encore : Va, conseille à cet oiseau de me demander un prodige dans les cieux. L'oiseau a son nid; mais son vol monterait jusqu'au ciel, qu'il y rencontrerait celui qui résiste à l'orgueil, et dont la puissance foule et écrase les cœurs superbes et audacieux. Cependant il £adt semblant de né pouvoir demander un signe de ce pouvoir souverain, ou de cette sagesse incompréhensible ; et c'est pourquoi Dieu promet à la maison de David un signe de sa bonté et de sa charité, aûn que ceux que n'ont effrayés ni sa puissance ni sa sagesse,, soient attirés par son amour. Ces mots : Au fonde deVa- Mme désignent peut-être aussi cette charité qui n'a pas été surpassée , et qui a porté jésus-Ghrist à mourir et à descendre aux enfers pour ses amis , en sorte qu'il soit ordonné à Achaz d'avoir à redouter la puissance du Dieu qui règne au ciel, ou d'embrasser la charité du Dieu qui descend aux enfers. C'est donc offenser non-seulement les hommes, mais Dieu, que de penser sans crainte à la divine majesté, ou sans amour à sa charité. C'est pourquoi, est-il dit, Dieu lui-mime tous donnera un prodXge destiné à vous révéler clairement sa

grandeur et son amoiïr. Voilà qu'une vierge concevra et enfantera son fils^ qui sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire DUu avec nous. 0 Adùn ! ne fuyez pïus^ car Dieu est avec nous., 0 bomùies ! cessez de trembler en entendant le nom de Dieu, car Dieu est avec ijiOus, avec nous par la ressemblance et l'unité de ILa chair, tl vient pour nous, comme l'un de nous, semi^lable à nous, et sujet à la soùÛrance comme nous.

2. Le prophète continue : Il mangera le imirre et le mieL Comme si le prophète disait : il sera petit enfant et se nourrira des Alimente de l'enuùice, jusqu'à ce qu'il sache réprouver le mal et. choisir le bien. On parle ici de bien et de mal, comme à propos de l'arbre interdit, qui fut l'occasion du péché. Mais le second Adam est mieux partagé que le premier. U choisit le bien, il repousse le mal ; il n'agit pas comme celui qui a aimé la malédiction qui est venue sur lui; qui a refusé une bénédiction qui s'est éloignée de lui ^ En ces mote, il mangera le beurre et le miel, Vous pouvez remarquer le choix fait par cet enfant. Que sa grâce nous assiste et nous accorde de bien entendre ces paroles, et de vous les exposer de façon à vous les fiiire aussi bien comprendre., n y a dans le lait de la brebis deux choses : le beurre et le fromage, le beurre est gras et humide, l'autre élément est sec et dur. Il çhoisitdonc bien, notre petit enfant ; il mange le beurre et laisse l'autre partie. Quelle est cette centième brebis qm s'est égarée ^ et qui, dan9 le psapme, s'écrie : J'ai erré comme la brebis perdue '? C'est le genre humain que le bon pasteur vient chercher, après avoir laissé sur les montagnes les quatre-vingt-dix-neuf autres brebis. Vous trouverez aussi deux choses en cette brebis, une nature douce, bonne, très-bonne , c'est le beurre ; et la corruption

* Ps. cxnii., 118. — • Math., xviii, 12. — » Pa. oxTnij

du péché, qui est le fromage. Voyez donc quel excellent choixa fait notre enfanten prenant notre nature, sans la corruption du péché. Vous lisez dans l'Écriture, à propos des pécheurs ; leur coBur est endurci comme le lait caillé ^. Car en eux la fermentation de la malice et la présence de l'iniquité ont g&té la pureté du lait.

3. Ainsi l'abeille ; si elle a le doux miel, elle a aussi un aiguillon perçant. Jésus-Christ est l'abeille qui se nourrit au sein des lis, et qui habite le séjour fleuri des Anges. Elle a volé, cette abeille, vers Nazareth (qui signifie fleur), et elle est venue vers la fleur embaumée de la virginité ; elle s'y est reposée et fixée. Il connaît et le miel et l'aiguillon de cette abeille celui qui célèbre, avec le prophète» sa miséricorde et sa justice 2. Cependant en venant vers nous, elle n'a apporté que son miel, la miséricorde et non la justice, en sorte que quand les disciples lui demandaient de consumer sous le feu du ciel une ville qui ne l'avait pas reçu, Jésus-Christ répondit : le Fils de l'homme n'est pas venu juger le monde, mais le sauver 5. Notre abeille n'avait pas d'aiguillon; elle l'avait en quelque sorte quitté, quand, au milieu de traitements indignes elle ne laissait paraître que sa miséricorde au lieu de sa justice. Mais ne mettez pas votre espoir dans l'iniquité, et que l'espérance n'encourage pas vos offenses. Notre abeille sait aussi s'armer de son aiguillon, et renfoncer jusque dans la moelle des pécheurs ; car le Père ne juge pas, mais il a donné tout jugement au fils ^. Aujourd'hui notre petit enfant mange le beurre et le miel, car à ]a divine miséricorde il unit en lui ce qu'il y avait de bon dans notre nature, en sorte qu'il est devenu homme véritable, mais exempt de péché. C'est un Dieu plein de miséricorde qui ne déploie pas encore sa justice.

4 Tout cela nous montre quelle est cette tige qui surgit de la racine de Jessé, et cette fleur sur laquelle se repose l'Esprit-Saint. La Vierge mère de Dieu est la tige ; la fleur est son FiLs. Oui, c'est une fleur, ce Fils de la Vierge fleur blanche et rouge, choisie entre mille &, fleur que les Anges souhaitent contempler, fleur dont le parfum ressuscite les morts, et comme il le déclare lui-même, fleur des champs « et non des jardins. Un champ fleurit sans aucun travail d'homme, sans qu'il soit besoin de l'ensemencer, de le bêcher, de le fumer. Ainsi le sein de la Vierge a produit sa fleur, ainsi les entrailles immaculées, pures, chastes de Marie, comme une prairie fraîche,

* Ps. cxvni, 70. — • Id., c, 1. — • Luc, ix, 54-56. — ♦ Jean, v, 22. — » Canliq., v, 10.— « Id., 11, 1.

ont produit cette fleur d'un éternel éclat, cette fleur dont la beauté ne se corrompt pas, et dont la gloire est à jamais inflétrissable. 0 Vierge, tige sublime, à quelle sainte hauteur vous montez 1 Vous vous élevez jusqu'au Seigneur de majesté assis sur son trône. Ce qui n'est pas surprenant, les racines de votre humilité sont si profondes ! 0 plante vraiment céleste, qui l'emportez sur toutes les autres en prix et en sainteté! 6 véritable arbre de vie, seul digne de porter le fruit du salut ! Serpent méchant, ta fourberie est découverte, et tes ruses sont à nu. Tu avais accusé le Créateur de deux choses : de mensonge et de jalousie. Sur ces deux points te voilà toi-même convaincu de mensonge. U commence par mourir celui à qui tu avais dit : Tu ne mourras pas *, et la vérité du Seigneur demeure à jamais 2. Et maintenant, réponds; quel arbre et quel fruit pouvait envier à Thomme Celui qui ne lui a refusé ni ce rejeton choisi, ni ce fruit sublime ? Car Celui qui n'a pas épargné son propre Fils ne nous a-t-il pas tout donné avec lui ^ ?

5. Déjà, si je ne me trompe, vous avez remarqué que la Vierge est la route royale par laquelle le Sauveur est venu , sortant de son sein comme l'époux de la chambre nuptiale. Suivant donc la route que dans un entretien précédent nous avons commencé à étudier, efforçons-nous, bien-aimés, d'arriver par elle à Celui qui, par elle, est descendu jusqu'à nous; travaillons à arriver par elle aussi à la grâce de Celui qu'elle a amené jusqu'en notre misère. Puissions-nous par vous avoir accès auprès de votre Fils, ô bienheureuse Vierge, qui avez trouvé la grâce I ô mère de la vie et du salut ; et que par vous nous reçoive Celui qui par vous nous a été donné I Que votre pureté cache auprès de lui notre faute et notre corruption ; que votre humilité si chère à ses yeux obtienne indulgence pour notre vanité! Que votre abondante charité couvre la multitude de nos crimes ; et que votre fécondité glorieuse nous rende féconds en mérites. 0 notre souveraine, notre médiatrice, notre avocate, réconcilieznous avec votre Fils , recommandez-nous à votre Fils, présentez-nous à votre Fils. Par la grâce que vous avez trouvée, par la prérogative que vous avez méritée, par la miséricorde que vous avez enfantée , ô Vierge bénie, faites que Jésus-Christ, votre Fils, le Dieu béni dans tous les siècles, qui, par vous, daigna participer à notre faiblesse et à notre misère, à votre intercession, nous permette d'avoir part à sa gloire et à sa béatitude ! Ainsi soit*il.

* Gcn., III, 4. — * Ps. cxvi, 2. — • Rom., viii,

SUR L'AVENT DU SEIGNEUR

SERMON m

©M triple avènement du Seigneur y et de sept colonnes que nous devons élever en nous.

1 . Dans rayénement du Seigneur que nous célébrons, si je considère la personne qui vient, je ne puis comprendre la grandeur de sa majesté. Si je considère à qui elle vient, je suis saisi de Texcès de sa bonté. Les Anges sont assurément frappés d'un nouveau prodige , de voir au-dessous d'eux Celui qu'ils adorent audessus d*eux, de monter et descendre en même temps vers le Fils de l'homme. Si je considère le sujet qui l'amène, j'essaie d'embrasser de mon mieux la largeur incommensurable de sa charité. Si je songe à la manière dont il vient, je reconnais l'exaltation de la nature humaine. Le Créateur et le maître de tout vient vers les hommes, il vient pour les hommes, il vient homme. Mais dira-t-on : Gomment peut-on dire qu'il est venu puisqu'il est toujours partout? Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne Ta pas connue Ce n'est pas un absent qui est venu, c'est un Dieu caché qui s'est montré. C'est pourquoi il a pris la forme humaine qui le fit reconnaître, lui qui, dans sa forme divine, habite une lumière inaccessible 2. £t ce n'est pas un déshonneur pour sa majesté de s'être montrée dans cette nature par lui créée à sa ressemblance à l'origine : il n'est pas indigne de Dieu de s'être montré en figure à ceux qui n'auraient pu le connaître en sa substance : de cette façon Celui qui avait fait l'homme à son image et à sa ressemblance, s'est fait homme à son tour pour se manifester aux hommes.

2. Une fois l'année, l'Église entière célèbre donc le solennel souvenir de l'avènement d'une si haute majesté, d'une si profonde humilité, d'une si grande charité, et de notre si noble glorification. Plut à Dieu que cette fête fût maintenant célébrée comme elle le sera dans l'éternité ! ce seraic plus digne. Quelle folie, qu'après l'avènement d'un si grand roi, les hommes aient la volonté ou la hardiesse de s'occuper à d'autres affaires, au lieu de tout laisser, pour vaquer à son culte, et d'oublier en sa présence toute autre pensée ! Mais il n'appar-

* Jean, 1, 10.— « 1 Tim., vi, 16.

lient pas à tous de faire ce que dit le prophète : Ils exhaleront le souvenir de vos abondantes douceurs ^f car tous ne se nourrissent pas de ce souvenir. On n'exhale pas ainsi ce qu'on n'a pas goûté, ni même ce qu'on n'a senti qu'une fois. Cette éructation ne procède que de la plénitude et du rassasiement. C'est pour cela que les âmes mondaines, par leurs pensées et leur vie, en célébrant ce souvenir ne l'exhalent pas autour d'elles ; ce n'est ni la dévotion ni l'affection, mais une sèche habitude qui leur fait observer ces jours. Et ce qui est plus condamnable, le souvenir de cette inappréciable bonté leur est une occasion de joies chamelles. Vous verrez des chrétiens disposer, durant ces jours , de beaux habits et des repas recherchés, avec autant d'empressementquesi Jésus-Christ^ en sa nativité, demandait ces choses, et se trouvait plus dignement reçu par ceux qui les ont plus soigneusement préparées. Mais écoutez-le lui-même vous dire : Je ne mangeais pas avec celui qui avait l'œil superbe et le cœur insatiable ^. Pourquoi ces vêtements pompeux à ma naissance? Je hais l'orgueil au lieu de l'aimer. Pourquoi préparer pour ce temps une telle abondance de mets? Je condamne les délices de la chair au lieu de les avoir pour agréables. Vous avez vraiment le cœur insatiable vous qui vous procurez tant de choses et de si loin. Le corps se contenterait de moins de choses et de plus aisées à trouver. En célébrant ainsi mon avènement, vous m'honorez des lèvres, mais votre cœur est loin de moi. Ce n'est pas moi que vous honorez ; votre dieu c'est votre ventre, et ce qui est votre gloire tourne à votre confusion. Malheureux celui qui cherche ainsi la volupté du corps et la vaine gloire. Heureux, au contraire, le peuple dont le Seigneur est le Dieu 3.

3. Mes frères, n'enviez pas le sort des méchants, et ne soyez pas jaloux de ceux qui commettent l'iniquité^. Songez plutôt à leur fin, prenez-les en pitié, et priez pour ceux que le

* Ps. Gxuv, 7. — * Id. c, 5. — • Id. cxuii, 15. — ♦ Id.,

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