HOMÉLIE I
Loânge Gabriel fut envoyé de ^Dieu dans une ville de Galilée nommée J^a:(areth^ vers une vierge fiancée à un homme nommé Joseph^ de la maison de T>avid : et le nom de la vierge était éMarie. (Luc, chap. I, 26-27.)
1 . Quelle a été l'intention de rÉvangéliste en réunissant ici tant de noms propres ? Il a voulu, je crois, nous porter à écouter avec attention ce qu'il a raconté avec tant d'exactitude. Il nomme, en effet, avec le Seigneur qui «nvoie l'Ange, et la Vierge à laquelle il l'adresse, et l'époux de cette Vierge. Et il désigne expressément leur famille, leur ville, et leur pays. Pourquoi cela? Croyez-vous qu'il y ait là rien de superflu? Assurément non. Si une feuille ne se détache pas de l'arbre sans raison, si un passereau ne tombe pas sur la terre sans la permission du Père céleste ^. admettrais-je que des lèvres du saint Ëvangeliste soit sorti un seul mot inutile, surtout dans la divine histoire du Verbe 7 Tout ici est donc plein de profonds mystères, tout respire une céleste douceur, pour celui qui étudiera attentivement ces merveilles et qui saura sucer le miel de la pierre, et tirer l'huile de la dureté du rocher. Car les montagnes ont distillé la douceur, les collines ont laissé échappé le lait et le miel \ le jour où les cieux répandant leur rosée, et les nuées envoyant le Juste comme une pluie, la terre joyeuse ouvrit son sein, et fit germer le Sauveur S; gr&ce à la bonté du Seigneur, où notre terre produisit son fruit, et sur cette montagne des montagnes, montagne grasse, féconde, la miséricorde et la vérité se rencontrèrent, la justice et la paix se donnèrent le baiser de réconciliation ^. En ce temps-là aussi une montagne qui n'était pas sans élévation, je veux dire notre bienheureux Ëvangéliste, annonça, en un langage doux comme le miel, le commencement si désiré du salut. Aussitôt de lui, comme au souffle du midi, et à l'approche du soleil de justice, coulèrent des aromates
t Kttb., z, 29. —
^ P&yUZXIV^ M,
S. Berk.
« Joël, m, 18. — » IsaL, «.▼, 8, —
— ToM.m.
spirituels. Que Dieu maintenant encore envoie sa parole pour que ces aromates s'épanchent sur nous; que son souffle passe sur nos fronts, et nous rende intelligibles les paroles évangéliques, qu'elles soient pour nos cœurs plus enviables que l'or et les pierreries, plus douces qu'un rayon de miel!
2. Il dit donc : VAnge Gabriel fut envoyé par Dieu. Je ne crois pas que ce soit ici un de ces Anges inférieurs qui, pour une raison quelconque, remplissent sur la terre de fréquents messages. C'est ce qui résulte clairement de son nom qui s'interprète force de Dieu, et aussi de cette circonstance qu'il est envoyé non par un autre esprit supérieur (ce qui a lieu souvent), mais par Dieu lui-même. C'est pourquoi il est dit : Par Dieu. Peut-être aussi le but de ce mot est-il de nous empêcher de supposer que Dieu ait révélé son dessein à aucun esprit bienheureux, avant de le révéler à la Vierge; j'excepte pourtant l'archange Gabriel, dont l'excellence était si grande parmi les siens, qu'il a été jugé digne d'un tel nom et d'un pareil message. Que le nom s'harmonise bien avec ce message ! A qui appartenait-il mieux d'annoncer le Christ, la vertu de Dieu, qu'à celui qui est honoré d'une similitude de nom et s'appelle force de Dieu ? La force, n'est-ce pas la vertu ? Et il n'y a ni indécence ni inconvenance à désigner le Maître et le messager par le même terme, car si on leur applique la même appellation, leur condition n*est cependant pas la même ; c'est sous des rapports différents que le Christ et l'Ange sont nommés force ou vertu de Dieu. C'est nominalement que l'Ange, mais c'est substantiellement que le Christ est dit et est la vertu de Dieu ; il est ce plus fort qui terrasse ce lort armé, maître paisible de sa demeure ; il Ta vaincu, et lui a enlevé ses cap-
tilis. Pour l'Ange, s'il est appelé la force de Dieu, c'est ou qu'il a mérité la fonction privilégiée d'annoncer l'avènement de cette vertu, ou qu'il devait fortifier une Vierge naturellement timide, simple, modeste, contre la terreiu* dont pouvait la frapper un prodige inouï. C'est ce qu'il a &it : Ne craignez pas, dit-il à Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. Peut-être peut-on croire sans témérité que l'époux de Marie, homme humble et timide,'a été aussi fortifié de l'Ange, bien que l'Évangéiiste ne le nomme pas en cette circonstance. Joseph fils de bavid ne crains pas de prendre Marie pour ton Cotise ^. Gabriel est donc bien choisi pour ce message, ou plutôt parce qu'il a reçu cette mission, il est bien appelé Gabriel.
3. L'Ange Gabriel fut donc envoyé par Dieu. Où? Dans une ville de Galilée nommée Nazareth. Voyons, si selon le mot de Nathanaél, il peut venir quelque chose de bon de Nazareth 2. Nazareth signifie fleur. A mes yeux, dans les instructions et promesses adresséesaux patriarches Abraham, Isaac, Jacob, il y a déjà comme une semence de la connaissance divine, jetée du ciel en terre, et de cette semence il est écrit : Si le Seigneur ne nous Veut laissée^ nous eussions eu le sort de Sodome^ et nous serions semblables à Gomorrhe ^. Cette semence a fleuri dans les prodiges déployés à. la sortie des Hébreux de l'Egypte, dans les figures et les emblèmes, sur toute la route, à travers le désert jusqu'à la terre promise, et enfin, dans les visions et les oracles des prophètes, dans la succession de la royauté et du sacerdoce jusqu'à l'arrivée du Christ. Le Christ est justement considéré comme le fruit de ces fleurs, selon cette parole de David : Le Seigneur déploiera sa bontéy et notre terre donnera son fruit **f et encore : Je placerai sur ton trône le fruit de tes entrailles ^. Nazareth désigne donc la naissance du Christ, car la fleur fait espérer le fruit qui en doit sortir ; mais le fruit une fois sorti, la fleur tombe; ainsi à l'apparition de la Vérité incarnée, les figures se sont évanouies. C'est pourquoi Nazareth est appelée ville de Galilée, c'est-à-dire, de transmigration; car à la naissance de Jésus-Christ s'est effacé tout ce que j'ai énuméré plus haut, tout ce qui, au dire de l'apôtre, arrivait en figures «. Ces fleurs, nous les voyons passées, nous qui possédons le fruit ; la vue de leur floraison laissait déjà prévoir leur décadence. Aussi David disait-il : Qu*elle passe le matin comme therbe ; qu'elle fleurisse au matin et passe; que
1 Math. 1, 20, — • Jean, i, 46. — • P». lxxxiv, 13. — * Id. 13. — » Ibid, cxxxi, 11. — • I Cor., x, il.
le soir elle tombe desséchée et flétrie 1. Le soir, c'est la plénitude des temps où Dieu a envoyé son Fils unique, né d'une femme, et assujéti à la loi 2, et où, selon son expression, il renouvelle toutes choses ^. Les anciennes figures ont fui et disparu, comme à l'apparition d'un firoit nouveau, les fleurs tombent et sèchent. C'est pourquoi il est encore écrit : L'herbe a séché^ ei la fleur est tombée. Mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Vous ne doutez plus, je crois, que le Verbe ne soit un fruit; or le Verbe, c'est Jésus-Christ.
4. Excellent fruit que le Christ qui demeure éternellement. Mais où|est l'herbe desséchée? Où est la fleur tombée? C'est au prophète de répondre. Toute chair est une herbe^ et sa gloire passe comme la fleur des champs^. Si toute chair n'est que de l'herbe, le peuple juif a donc séché comme elle. Et n'est-ce pas ce qui est arrivé, quand, privé du suc de l'Esprit, il s'est attaché à une lettre morte? Et sa gloire n'est-elle pas tombée, quand l'avantage qu'il tirait de la loi s'est évanoui? Si la fleur n'est pas tombée, où est la royauté, où est le sacer— doce? où sont les prophètes et le temple, et ces grandes choses dont les Juifs s'enorgueillissaient et disaient : Quelles merveilles nous avons entendu raconter à nos pères! Et encore : Quels prodiges Dieu a ordonné à nos pères de trans^ mettre à leurs enfants^l Voilà le commentaire de ces paroles : A Nazareth, ville de GaUlée.
5. C'est donc dans cette ville que l'Ange Gabriel fut envoyé par Dieu. Mais à qui ? A une vierge mariée à un homme nommé Joseph. Quelle est donc cette vierge assez vénérable pour être saluée d'un Ange, et assez humble pour être unie à un artisan? Admirable mélange de la virginité et de l'humilité I Elle plaît singulièrement à Dieu l'&me chez laquelle l'humilité relève la virginité, et dont la virginité embellit l'humilité. Mais de quel respect est digne celle en qui la fécondité exalte l'humilité, et dont la maternité consacre la virginité ? On vous parle d'une vierge, et d'une vierge humble. Si vous ne pouvez imiter la virginité de cette âme humble , imitez au moins l'humilité de la Vierge. La virginité est une vertu digne de louanges, maisplus nécessaire estl'humilité. La première est conseillée, la seconde est prescrite. On vous invite à l'une , on vous oblige à l'autre. De celle-là il est dit : Que celui qui peut comjyrendre comprenne^\ de celleH5i: Si vous ne devenez comme ce petit enfant, vous ri entrerez pas dans le royaume des deux"^.
' * Pe. Lzxxix, 6.—-» Gaîat.,iv, 4.— Apoc.,* xxi.5.— * laaT., XL, 8-6. — » Ps. Lxxvii, 3, 5. — « Malh.j xix, 12. -s- ' Id.. xviii, 3.