HOMÉLIE III
Sur Saint Luc, ckap. i. v, 28-32.
i. Volontiers, à l'occasion, j'emprunte les paroles des saints, comme des vases dont la beauté rend plus agréable au lecteur ce que j'y sers. Donc pour commencer par les expressions du prophète. Malheur à moiy non parce que je me mis tû, comme lui, mais parce que j'ai parlé, moi dont les lèvres sont souiUées ^ . Que de choses vaines, fausses, honteuses sont sorties, il m'en souvient, de ces lèvres impures qui osent aujourd'hui redire les paroles du Ciel ! Ah I je tremble de mériter ce reproche : Pourquoi racontes-tu mes justices, et as-tu ma loi sur tes livres^l Plût à Dieu que de l'autel céleste, non pas un charbon seulement, mais un globe de feu vînt consumer la rouille abondante et vieillie de ma bouche, afin que je sois moins indigne d*expliquer le doux et chaste entretien de l'ange et de la Vierge! L'évangéliste dit donc : L'ange étant tenu vers elle,
« laal., VI, 5. — • Ps. xux, 16.
c'est-à-dire vers Marie, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous^. Où vint-il à elle ? Je crois que ce fût dans le secret de sa chaste chambre, où, peut-être, la porte fermée, Marie priait le Père qui voit dans le secret. Les anges ont coutume en effet d'assister ceux qui prient et de mettre leur joie en ceux qu'ils voient lever, dans la prière, des mains pures, ils aiment à offrir à Dieu l'holocauste de la sainte dévotion qui s'élève à Dieu en odeur de suavité. Combien les prières de Marie ont plu à Dieu ! L'ange nous l'indique, lui qui, venu vers elle, la salue d'abord. Il fut aisé à l'ange de pénétrer dans la chambre fermée de la Vierge, lui dont la substance est naturellement douée d'une subtilité telle que les plus puissantes barrières ne sauraient en arrêter le passage. Les murs n'arrêtent pas ces esprits angéliques. Toutes les
1 Malh., xvix, 4. — * Ldc, i, 28.
choses visibles, tous les corps si solides et si denses qu'ils soient sont pénétrables pour eux. Il n'est donc pas besoin de soupçonner que l'ange ait trouvé ouverte la porte de Marie, résolue à fuir les hommes et à éviter leurs entretiens, qui troubleraient le silence de sa prière, ou seraient une tentation pour sa pureté. A ce moment la Vierge très-prudente avait donc fermé sa demeure aux hommes, non pas aux anges; si l'ange a pu pénétrer jusqu'à elle, les hommes n'avaient pas le même accès.
2. Arrivé auprès d'elle l'ange lui dit : Je vous salue j pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Nous lisons, dans les Actes qu'Etienne était aussi plein de grâce i, que les Apôtres étaient remplis de l'Esprit-Saint^. Mais quelle dififérence d'avec Marie! Dans le premier n'a pas résidé corporellement, comme en eUe, la plénitude de la Divinité ; les seconds, n'ont pas , à son exemple, conçu par l'opération de l'Esprit-Saint. Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Quel miracle qu'elle soit remplie de grâce celle avec qui le Seigneur est ! Ce qui est plus étonnant, c'est que Celui qui a député l'ange à la Vierge, soit trouvé par Fange avec la Vierge. Dieu a-t-il été plus rapide que l'ange, et a-t-il devancé sur la terre son messager agile T Rien de surprenant en cela, car pendant que le Roi était en son repos, le nard de la Vierge a donné son parfum, la fumée de ses aromates est montée en présence de sa gloire, et a trouvé grâce aux yeux de Dieu, et ceux qui l'environnaient s'écriaient : Quelle est ceUe-ci qui s'élève du désert comme une fumée légère d'aromate, de myrrhe et d'encens^ 1 Aussitôt sortant de sa sainte demeure, le Roi s'est élancé comme un géant, et il a accouru; et bien que parti des extrémités du ciel*, l'excès de ses désirs lui a donné des ailes, et il a devancé son messager chez la Vierge qu'il avait aimée, choisie, et dont il avait désiré la beauté. L'Église l'a vu venir de loin et, dans sa joie et son transport, elle s'est écriée : Le voilà! Il vient en bondissant dans les montagnes; il franchit les collines^.
3. C'est à bon droit que le Roi a désiré la beauté de la Vierge. Car elle avait fidèlement exécuté les avertissements anticipés de David son père quand il disait : ÉcouU ma fille , et vois; incline ton oreille et oublie ton peuple et la maison de ton père; et si tu fais cela, le Roi désirera ta beauté. Elle a écouté ^, elle a vu, non à la manière de ceux qui écoutent sans entendre, et voient sans comprendre ; elle a entendu et
* Act., VI, 5. — • Id., II, 4. — » Canliq., m, 6. — » P8. xvxii, 6-7. - » Canliq., ii, 7. - • P». xuv, 11-12.
cru; elle a vu et compris. Elle a incliné son oreille à l'obéissance, son cœur à la discipline; elle a oublié son peuple et la maison de son Père, car elle n'a pas connu le souci d'accroître ce peuple en se créant une postérité, ni de laisser un héritier à la maison paternelle. Tous les honneurs que ce peuple lui offrait, tous les biens terrestres de la maison natale, elle les a estimés de la boue, afin de gagner le Christ. Elle n'a pas été trompée par l'intention en revendiquant le Christ pour son Fils, et elle n'a point violé sa résolution de garder la chasteté. Elle est donc vraiment pleine de grâce, elle qui a possédé la grâce de la virginité, et acquis par surcroît la gloire de la fécondité.
4. Je vous salue , pleine de grâce , dit Gabriel, le Seigneur est avec vous. Il ne dit pas le Seigneur est en vous, mais il est avec vous. Dieu qui est également tout entier partout, par la simplicité dfe son essence, réside cependant dans les créatures raisonnables d'une autre façon que dans les autres, et son influence agit dans celles de ces créatures qui sont bonnes autrement que dans les mauvaises. Il est dansles êtres privés de raison, mais il ne peut être compris par elles. Les êtres raisonnables le saisissent par la connaissance ; les bons seuls ont le privilège de l'atteindre par l'amour. U réside donc dans les bons seuls de manière à être aussi avec eux par l'accord de la volonté. En soumettant leur volonté à la justice, de façon que Dieu peut, sans indignité, vouloir ce qu'ils veulent , ils ne s'écartent pas du vouloir divin, et ils se trouvent unis à Dieu par un lien spécial. C'est ainsi que Dieu est avec tous les saints, et plus spécialement avec Marie, puisqu'il lui a été uni, non-seulement par la volonté, mais par la chair, en sorte que, de sa substance et de celle de la Vierge , il a fait un seul Christ, ou, pour mieux dire, il est devenu un seul Christ. Encore que ce Christ ne vienne ni tout entier de Dieu, ni tout entier de Marie , il appartient tout entier à Dieu et tout entier à Marie ; il n'y a pas deux fils, il n'y en a qu'un qui l'est en même temps de Dieu et de la Vierge. L'ange dit donc : Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Ce n'est pas uniquement le Seigneur Fils qui est avec vous, lui que vous revêtez de votre chair, c'est le Seigneur Esprit-Saint par qui vous concevez, et le Seigneur Père qui a engendré celui que vous recevez en vos entrailles. Oui, le Père est avec vous et vous donne son Fils pour devenir le vôtre. Le Fils est avec vous, et pour réaliser en vous un admirable mystère, il s'ouvre en vous un merveilleux sanctuaire, sans blesser la fleur de
HOMÉLIE m.
votre virginité. L'Esprit-Saint est avec vous et avec le Père et le Fils, et sanctifie votre sein. Le Seigneur est donc vraiment avec vous.
8. Vous êtes bénie entre tontes les femmes. n convient d'ajouter les autres paroles ajoutées à celles-ci par Elisabeth même : Béni est U fruit de vos entrailles ^ Ce n'est pas parce que vous êtes bénie que ce fruit est béni, mais parce qu'il vous a lui-même prévenue de ses bénédictions que vous êtes bénie. Oui, ce fruit est véritablement béni , dans lequel toutes les nations ont été bénies, et de la plénitude duquel vous avez été faite participante entre les autres, quoique différemment des autres. Et voilà pourquoi vous êtes bénie entre les femmes : et lui n'est point béni entre les hommes, ni entre les anges ; mais, seloni l'expression de l'apôtre, il est Dieu, béni parades-sus toutes choses avant tous les siècles ^. La bénédiction peut convenir à tout ce qui est créé; on peut dire : Béni l'homme, béni le pain, bénie la femme, bénie la terre; mais il n'y a que le fruit de votre sein, 6 Marie, qui mérite ce titre par-dessus toute chose, parce qu'il est le seul béni avant tous les siècles.
6. Il est donc béni le fruit de votre ventre. Béni dans son odeur, béni dans sa saveur, béni dans sa forme extérieure. C'était sans doute la suavité de ce fruit odorant que sentait celui qui disait : Voilà que l'odeur de mon fils est comme celle d*un champ parvenu à sa matU" ritéi sur lequel le Seigneur a répandu ses \bénédictUms^. Gomment celui qui est béni de Dieu ne le serait-il pas véritablement? Celui-là sans doute avait goûté de ce fruit délicieux, qui disait, dans sa plénitude : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux^t et dans un un autre endroit : Que de douceurs abondantes vous avez cachées, 6 mvn Dieu, pour ceux qui vous craignent ^ ! ou, selon un autre : Si toutefois votis avez goûté combien le Seigneur est doux ^. Et ce bienheureux fruit, nous invitant lui-même à nous nourrir de sa substance, nous dit : Celui qui me mangera aura encore faim; celui qui me boira aura encore soif^. Sans doute qu'il nous disait ceci parce que celui qui en aurait une fois goûté, sentirait son appétit excité par la douceur et la suavité de son goût. 0 le bon fruit, qui est la nourriture et le breuvage des âmes qui ont faim et soif de la justice I Je viens de vous parler de son odeur et de son goût, parlons maintenant de sa beauté. Si le fruit qui nous donna la mort ne fut pas seulement bon à manger, mais
* Luc, 1, 42. — • Rom., ix, 5. — • Gen. , «m, 27. — * P». xxiii, 9. — » Id., XXX, 20. — • I Pierre, ii, 3. — f Eoolé., iUT| 29.
encore beau à voir ^ , combien , à plus forte raison, ne doit pas renfermer de beauté ce fruit de vie, que les anges ^ selon l'expression des Livres saints, ne peuvent se lasser de contempler 2 / C'est sans doute parce que le prophète contemplait cette beauté en esprit désirant la voir des yeux du corps, qu'il disait : Elle vient de Sion '. Et pour vous faire mieux comprendre l'estime qu'il en faisait, rappelezvous ce qu'il dit dans les Psaumes : Sa forme est belle par^dessus celle de tous les enfants des hommes; la grâce est répandue stvr ses lèvres^ et cest pour cela que Dieu Va béni de toute éternité*.
7. Béni soit donc le fruit de vos entrailles que Dieu a béni lui-même avant tous les siècles et par la bénédiction duquel vous êtes bénie entre toutes les femmes! Car un mauvais arbre ne peut produire de bon fruit. Vous êtes bénie, dis-je, entre toutes les femmes, et vous avez échappé à cette malédiction universelle : Tu engendreras des enfants dans la tristesse^ y et aussi à cette autre : Maudite la stérile en Israël^. Vous avez obtenue cette bénédiction réservée de n'être point stérile, et d'enfanter sans douleur. Cruelle nécessité, joug pesant sur toutes les filles d'Eve! Si elles enfantent, c'est dans la torture, si elles n'enfantent pas, c'est pour elles un opprobre. Les douleurs leur font craindre d'être mères, et la malédiction attachée à la stérilité, de ne l'être pas. Que ferez-vous, ô Vierge, qui entendez et qui lisez ces choses? Si vous enfantez, il faut souffrir; si vous demeurez stérile, vous serez méprisée. Que choisirez-vous. Vierge prudente? Je ne vois, dit-elle, qu'angoisses de côté et d'autre; il vaut cependant mieux pour moi d'être soumise à la malédiction, et demeurer vierge, que de concevoir par la voie de la concupiscence , pour enJEeinter ensuite dans les douleurs. En prenant ce parti, à la vérité, j'encours la malédiction, mais j'évite le péché; en prenant l'autre, au contraire, je m'expose au péché, et je ne puis éviter les souffrances. Et qu'est-ce après tout, que cette malédiction? qu'une idée désavantageuse des hommes, qui ne consiste que dans le mépris que l'on fait d'une femme stérile, comme d'un membre inutile et infructueux dans la société ; et encore cette malédiction n'a lieu que chez le peuple d'Israël ? Je m*inquiète peu de déplaire aux hommes, pourvu que je puisse présenter au Christ une vierge chaste et sans souillure. 0 Vierge prudente! Vierge dé-
« Ocn. , m, 6. — « 1 Pierre, i, 2. — • Ps. xlix, 2. — * Id., xLiv, 3. — » Gen., m, 16. — • Exod., xxiii, 26 et Dealer., tu, 14.
Tote! qui vous a appris que la virginité était agréable à Dieu? Quelle est la loi, quel est le code , quelle est la page de TAncien- Testament qui ordonne, ou qui conseille, ou qui exhorte seulement à vivre d'une vie spirituelle dans un corps de chair ? de mener sur la terre la vie des Anges? Où avez-vous lu, Vierge bienheureuse, que la sagesse de la chair n* enfante que la mort ^; qu'il ne faut point flatr ter sa chair) en satisfaisant ses désirs^ 1 Où avez-vous lu que les vierges chantent un can-tique, nouveau qu'elles seules peuvent chanter, et qu'elles suivent l'Agneaif partout oùilva^lOii avez-vous lu les louanges que la Vérité donne à ceux qui ont renoncé pour toujours aux plaisirs de la chair pour le Royaume de Dieu ^? Où aviez-vous lu ces paroles de l'apôtre : Marchant dans la chair , nous ne vivons point selon l a chair ^ P et ces autres : Celui qui unit sa fille par le mariage fait une bonne action; et celui qui ne la marie pas, en fait une meil^ leure? Aviez-vous entendu ce même apôtre vous dire : Je veux que vous soyez tous ctyïïime moi; il est bon à C homme de demeurer ainti, selon le conseil que fen ai donné, car quoique je n'aie point de précepte touchant la virginité, je ne laisse cependant pas de la conseiller^J Mais vous ignoriez tout cela; vous n'aviez ni précepte, ni conseil, ni même d'exemple qui pussent vous porter à embrasser la virginité. L'onction divme seule vous enseignait. Le Verbe de Dieu , toujours fort et efficace, a été seul votre maître, et le Fils a instruit sa Mère, avant que de s'être revêtu dans son sein de sa chair mortelle. Vous vous dévouez donc h Jésus-Christ pour demeurer vierge, et vous ne savez pas que vous devez lui être présentée pour Mère. Vous choisissez d'être méprisée en Israël, vous embrassez l'opprobre de la stérilité, pour plaire à Celui que vous avez choisi en partage, et la malédiction se diange pour vous en bénédiction, et la fécondité sera la récompense de votre stérilité.
8. 0 Vierge! ouvrez votre sein et préparezle. Le Tout-Puissant va faire en vous de grandes choses, et de si grandes, que, si le peuple d'Israël vous frappe de ses malédictions, toutes les nations de l'univers vous appelleront Bienheureuse dans toutes les générations. Ne craignez rien. Vierge prudente, votre fécondité ne blessera en rien votre intégrité. Vous concevrez, mais sans péché. Vous serez enceinte, sans souffrir les inconvénients de la grossesse. Vous enfanterez, mais ce sera sans
* Rom., viii, 6. — * Id., xiii, U. — • Âpoc., xiv, 4. — * Malb., xviv. 12. — • II Cor., x, 3. — • 1 Cor., vn, 38, 7, 40, 25.
douleurs. Vous ne connattrez pas d'homnie, et vous mettrez un Fils au monde, et quel Fils! Vous serez la Mère de Celui dont Dieu est le Père ; le Fils de la charité paternelle sera la récompense de votre chasteté. Votre seia vir* ginal produira la Sagesse du Père. Enfin vous enfanterez un Dieu, que vous concevrez de Dieu même. Loin de vous toute crainte , Vierge féconde et Mère intacte, car vous ne serez plus un objet d'opprobre en Israël ; on ne vous comptera plus au nombre des fenunes stériles, et si ce peuple charnel vous maudit encore, ce ne sera point à cause de votre stérilité, mais par l'envie qu'il portera à votre fécondÂté. Souvenez-vous que le Christ, qui au ciel vous a bénie pour sa Mère , a porté la malédiction de la Croix. Ahl qu'avec raison l'ange vous bénit sur la terre, et toutes les générations voiis proclament bienheureuse. Soyez donc bénie entre toutes les femmes et béni soit à jamais le firuit de vos entrailles 1
9. Marie ayant entendu cela fut troublée^ ei elle pensait quelle était cette salutation. Les vierges vraiment dignes de ce nom sont timides, jamais rassurées ; et pour se mettre en garde ccHitre les occasions qui éveillent leurs craintes, elles tremblent même loin du péril, sachant qu'elles portent un précieux tr^r dans des vases d'aiigile, et que c'est une t&che délicate de mener une vie angélique parmi les hommes, de converser sur terre à la &çon des esprits célestes, et de garder dans la chair un r^ime surhumain. Aussi, en tout ce qui est nouveau et subit, elles soupçonnent des embûches et des machinations dirigées contre elles. Voilà pourquoi Marie est troublée à la voix de l'ange; mais c'est un trouble dont elle est maltresse. Je suis troublé, est-il écrit, et j*ai gardé le silence ; mais fai médité tes atir nées étemelles et je les ai eues en ma pensée i. Ainsi Marie en son trouble s'est tue , et elle se demandait ce qu'était cette salutation. Son trouble venait de sa pudeur virginale, sa présence d'esprit de sa force, son silence et ses réflexions de la prudence. EUe pensait qu'elle était cette salutation. Vierge prudente, elle savait que souvent l'ange de Satan se transfigure en ange de lumière, et dans sa simplicité et, son humilité, elle n'attendait pas de l'ange un pareil message, aussi se demandait-elle ce que signifiait ce salut.
10. Alors l'Ange regardant la Vierge et devinant iacilement les pensées qui l'occupaient, la console, la rassure, et l'appelant familièrement par son nom, l'exhorte à mettre toute crainte de côté : Ne craignez pas, o Marie^ car
^ Ps. Lxxvi, 6, 6.
HOMÉUE m.
tausavex trouvé grâce devant Dieu. Ici point de ruse ni de tromperie. Ne soupçonnez ni pièges ni embûches. Je suis un esprit et non un homme, un ange de Dieu et non un envoyé de satan. Ne craignez pas, 6 Marie y car voue avez trouvé grâce devant Dieu. Si vous saviez combien votre humilité plait à Dieu, et quelle dignité il vous réserve, vous ne vous jugeriez pas indigne des entretiens d'un ange ni de ses hommages. Gomment ne mériteriezvous pas les faveurs des anges, vous qui avez trouvé grftce auprès de Dieu? Vous avez trouvé ce que vous cherchiez, ce qu'avant vous personne n'a pu rencontrer. Vous avez obtenu gr&ce devant Dieu. Et quelle grftce? La paix entre Dieu et l'homme, la ruine de la mort, la réparation de la vie. Voilà la grftce que vous avez trouvée devant Dieu, et en voicilapreuve : Voilà que voue concevrez et que vous mettrez un fils au monde^ et vous t'appellerez Jésus. Vierge prudente, que le nom du fils qui vous est promis vous fasse comprendre la grandeur de la grftce spéciale qui vous est donnée. Vous tappeUerez Jésus.VÈvejigélisle donne la raison de ce nom dans cette interprétationde l'ange : car il sauvera son peuple du péché ^.
11. Je lis dans les Ecritures que deux Jésus ont précédé le nôtre et en sont l'image, et tous deux ont gouverné le peuple. L'un l'a ramené de Babylone ^ , et l'autre l'a introduit^ dans la terre promise 3. Tous les deux défendaient contre l'ennemi ceux qu'ils gouvernaient; mais les sauvaient-ils de leurs péchés ? Pour notre Jésus il sauve son peuple et l'introduit dans la terre des vivants. Il sauvera son peuple de ses péchés. Quel est donc celui-ci qui remet les péchés ? Ah 1 daigne le Seigneur Jésus m'admettre, moi, pécheur, au sein de son peuple et m'affranchir des liens de mes péchés. Heureux le peuple dont le Dieu est ce Jésus qui le délivrera de ses péchés I Hais hélas! je crains bien que beaucoup ne prétendent appartenir à ce peuple sans que Jésus les reconnaisse pour siens ; je [crains qu'à beaucoup qui paraissent des plus religieux , il ne dise : Ce peuple m'honore des lèvres; mais son cœur est loin de moi ^; car le Seigneur Jésus connaît ceux qui lui appartiennent &, ceux qu'il a élus dès le principe. Pourquoi, dii-ilj m' appelez-vou^ Seigneur \ Seigneur! et ne faites-vous pas ce que je dis^? Voulez-vous savoir si vous êtes de son peuple, ou plutôt voulez-vous en être? Faites ce que Jésus vous dit et il vous regardera comme membre de son peuple. Faites ce qu'il ordonne dans l'Évangile , dans la loi et les prophètes , ainsi
* Math., I, 21.— » Are-, !• ni. Esdp., v, 5.—» Joa., j, 2. — ♦ Malh., XV, 8. — » II Tim., ii, 19. — • Luc, vi, 46.
que par ses ministres qui sont ceux de TÉglise. Obéissez à ses vicaires préposés à votre direction, non-seulement s'ils sont bons et modestes, mais même s'ils sont durs ; apprenez de Jésus même qu'il est doux et humble de cœur, et vous serez de l'heureux [peuple , qu'il a pris pour héritage , vous serez de ce peuple digne d'éloges béni parle Seigneur en ces termes : Tu es V ouvrage de mes mains y tues mon héritage^ Israël^. Et pour que vous n'alliez pas imiter Israël selon la chair, il rend à l'autre ce témoignage : Le peuple que je ne con^uiissais pas m'a servie et il m'a obéi en m'entendant *.
12. Mais écoutons le sentiment de l'Ange sur Celui à qui il donne ce nom, avant même sa conception : Il sera grande dit-il , et appelé le Fils du Très-Haut. Oui, grand, puisqu'il méritera le nom de Fils du Très-Haut. Comment ne le serait-il pas, lui dont la grandeur n'awra pas de fin ^1 Et qui donc est grand comme notre Dieu ? Oui, encore une fois, il est grand , aussi grand que le Très-Haut, puisqu'il est aussi le Très-Haut. Le Fils du Très-Haut peut sans injustice se dire son égal 4. L'injuste, ça été celui qui, tiré du néant et revêtu de la forme angélique, s'est comparé à son Créateur, a usurpé ce qui appartient au Fils du Très-Haut, à celui qui n'a pas été créé, mais engendré dans la forme de Dieu. Dieu le Père , bien que tout-puissant, ne pouvait, en effet, faire une créature égale à lui-même , ni engendrer un Fils qui lui fût inégal. Il a donc fait l'ange grand, mais pas aussi grand que lui, et il n'est pas Très-Haut. Pour le Fils unique non fait, mais engendré tout-puissant par le Tout-Puissant, très-haut par le Très-Haut, éternel par un principe coéternel ,il en est tout comparable au Père, et le Père ne voit dans cette comparaison ni usurpation ni injustice. H sera donc vraiment grand Celui qui s'appellera le Fils du Très-Haut.
13. Mais pourquoi est-il dit : H sera grand, et non il est grand Celui dont la grandeur étant toujours égale ne connaît pas de progrès, et qui ne saurait, après sa conception, être plus grand qu'auparavant? Où bien , si l'Évangile dit : Il sera grande est-ce pour exprimer que Celui qui déjà est grand, comme Dieu, le sera aussi comme homme? En ce sens, c'est bien dit : // sera grande un grand homme, un grand docteur, un grand prophète. En effet il est écrit de lui : Un grand prophète s'est levé parmi nousK Et un prophète moindre que lui annonce sa venue : Voilà qu'un grand prophète viendra et il renouvellera Jérusalem. Et vous,
4 Isal., xcix , 25. — • P». XVII, 45. — ' Id. uuvi, 14.— » Philip., Il, 6. — • Luc, VII, 16-
A Vierge! vous ren&nterez petit, vous le nourrirez et l'allaiterez petit. Mais en le voyant ainsi petit, songez à sa grandeur. Il sera grand, en effet, car Dieu le glorifiera devant les rois qui Tadoreront et les nations le serviront. Que votre âme donc glorifie le Seigneur, car il sera grand et il sera appelé le Fils du Très-HauU II sera grand et tout-puissant. Celui dont le nom est saint fera en vous de grandes choses. Quel nom est plus saint que Celui du Fils du Très- Haut ? Ah 1 qu'il soit glorifié par les petits ce grand Dieu devenu petit pour les élever ! Un petit enfant nous est né; et un fils nous a été donnée. Oui, donné à nous et non à lui, qui, né avant le temps, d'une génération plus noble, n'avait pas besoin de naître, dans le temps, d'une mère mortelle. Ce n'est pas aux anges qu'il est donné, ils le possédaient en sa grandeur, et ils ne demandaient pas ses abaissements, n est donc né pour nous ; à nous , a il été donné, parce qu'il nous était nécessaire.
14. Mais usons de lui pour la fin en vue de laquelle il est né et nous a été donné : usons de lui pour notre] bien, et à l'aide de ce Sauveur opérons notre salut. Voilà qu'un petit enfant est placé devant nous. 0 petit En- &nt désiré des petits! ô Enfant vraiment petit
en malice et non en sagesse 1 Efforçons-nous de lui être semblables, apprenons de lui qu'il est doux et humble de cœur ; que ce grandDieu ne soit pas devenu inutilement petit enfant, et n'ait pas inutilement enduré la mort et la croix. Apprenons de lui Thumilité, imitons sa douceur, embrassons sa charité, entrons en participation de ses souffrances, purifions-nous dans son sang. Ofirons-le comme une yictime de propitiation pour nos péchés; c'est pour cela qu'il est né et qu'il nous a été donné. Présentons-le donc aux yeux de son Père et aux siens, puisque le Père n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous ^, et que le Fils s'est anéanti, prenant la forme de l'esclave 3. U a livré son âme à la mort, il a été rangé parmi les scélérats, il a porté nos crimes, et il a prié pour les transgresseurs afin qu'ils ne périssent pas 3. Ds ne peuvent périr en effet ceux pour qui le Fils prieeten faveur desquels le Père livre son propre Fils, afin de leur obtenir la vie étemelle. Il faut donc paiement attendre le pardon de tous les deux, puisqu'ils ont une égale bonté dans la miséricorde, une égale puissance dans la volonté, une même essence divine dans laquelle l'Esprit-Saint vit et règne avec eux dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.