‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 47 sur 79 · POUR LA VIGILE · texte numérisé non relu

POUR LA VIGILE

DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR

SERMON PREMIER

Sur la lecture du Martyrologe : Jésus-Christ, Jils de IDieUj naît à Bethléem

de Juda, etc. (a)

1. Une voix joyeuse a retenti sur notre terre, un cri d'enthousiasme et de salut a rempli les tentes des pécheurs, une parole a été entendue bonne et consolante , parole pleine de douces émotions et digne de notre accueil. Montagnes, chantez les louanges de Dieu ; arbres des forêts, applaudissez à l'approche du Seigneur , car il vient. Gieux, écoutez; terre, prête l'oreille; objets créés, soyez dans Fétonnement et faites retentir la louange ; mais toi surtout, ô homme ! Jésus-Christ le fils de Dieu nait à Bethléem de Juda. Quel cœur de pierre ne s'attendrirait à ce mot? Peut-on annoncer une plus douce nouvelle , et nous recommander une plus délicieuse pensée? A-t-on jamais appris, apprendra*t-on jamais rien de semblable? Jésus- Christ le Fils de Dieu nait à Bethléem de Juda. 0 parole abrégée, dite du Verbe, amoindri et rapetissé lui-même, mais parole remplie dç suavité! Le cœur voudrait répandre au loin la richesse et la douceur du miel cachées dans ces mots ; les expressions lui manquent. Telle en est la gr&ce qu'elle est moins sensible si on y ôte un iota. Jésus -Christ le Fils de Dieu naît à Bethléem de Juda. 0 naissance d'une sainteté sans tache , glorieuse pour le monde , aimable aux hommes par la grandeur du bienfiiit qu'elle appiMrte, inscrutable aux anges même par la profondeur du mystère qu'elle

(a) Cee paroles se Usent dans le Martyrologe d'Usoard, en oMge dors dans tonteaks égliaea de Fnnoe à peo près, et dans Tégliae romaine.

recèle, et en tout cela, admirable par l'excellence de sa nouveauté ! Elle n'a pas eu de précédent, elle n'aura pas de rivale. 0 enfantement seul exempt de douleur, seul exempt de honte et de corruption, qui ne viole pas, mais consacre le sanctuaire d'un sein virginal I 0 naissance supérieure à la nature en faveur de laquelle elle s'accomplit! Elle la surpasse par la hauteur du mystère qu'elle renferme ; elle la répare par sa vertu. Mes frères, qui racontera cette génération? Un ange l'annonce, la vertu du Très-Haut la voile de son ombre, l'Esprit-Saint y intervient, une Vierge croit, une Vierge conçoit par la foi , une Vierge en- Smte et reste vierge : qui ne serait dans l'admiration ? Le Fils du Très-Haut naît , lui Dieu engendré de Dieu avant tous les siècles. Le Verbe est un enfant muet : qui peut donner à ces merveilles une admiration sufQsante?

2. Ce n'est pas une naissance oiseuse, et la condescendance de la majesté divine ne reste pas sans fruit. Jésus-Christ le Fils de Dieu naît à Bethléem de Juda. 0 vous qui gisez dans la poussière, levez- vous et louez ! Voici le Seigneur qui vient et avec lui le salut, les parfums, la gloire, car Jésus ne va pas sans salut, ni le Christ sans onction , ni le Fils de Dieu sans gloire , car il est écrit : Un fils sage est la gloire de son pire ^ Heureuse l'&me qui, ayant goûté le fruit du salut, se laisse entraîner et court à l'odeur des parfums pour voir sa gloire,

* Prov., 1. !.

la gloire qui sied au Fils unique du Père i Respirez enfin, ô hommes perdus! Jésus vient cherclier et sauver ce qui avait péri. Malades revenez à la santé, car le Cliribt vient, avec Tonction de sa miséricorde, guérir les cœurs brtsés.Tressàillez, 6 vous, qui désirez de grandes choses, le Fils de Dieu descend vers vous, pour vous rendre cohéritiers de son royaume. 0 Seigneur ! je vous en conjure, guérissez-moi et je serai guéri , sauvez-moi et je serai sauvé, glorifiez-moi et je serai glorieux. Mon âme bénira le Seigneur, tout ce qui est en moi célébrera son saint nom, quand vous vous serez montré propice à mes iniquités, que vous aurez guéri mes infirmités et comblé tous mes désirs i. Voilà les trois choses que je sens , mes frères, quand j'entends dire que Jésus-Christ le Fils de Dieu naît. Car pourquoi Fappelons-nous Jésus , sinon parce qu*U sauvera son peupk dupéché^? Ou pourquoi a-t-il voulu être appelé Christ, sinon pour dissoudre le joug dam l'huile^ ^ Pourquoi le fils de Dieu s*est-il fait homme, siuon pour rendre les hommes enfants de Dieu ? Qui r^iste à sa volonté? Jésus justifie : qui condamnera? Le Christ guérit : qui blessera? Le Fils de Dieu exalte : qui humiliera ?

3. Jésus naît donc : qu'ils se réjouissent tous ceux que la conscience de leurs péchés vouait à une éternelle damnation. La bonté de Jésus surpasse tous les crimes, si énormes ou si nombreux qu'ils soient Le Christ naît : qu'ils se réjouissent tous ceux qui luttent contre les antiques vices, car, en présence de l'onction du Christ, aucune maladie de l'&me ne peut subsister, si invétérée qu'elle soit. Le Fils de Dieu natt : qu'il tressaille celui qui a de grands désirs, car voici le grand rémunérateur. Mes frères, voici l'héritier, recevons-le pieusement, et il deviendra notre héritage. Celui qui nous donne son propre fils ne nous a-t-il pas tout donné avec lui ^? Point de défiance, point d'hésitation, nous avons un témoignage irrésistible. Le Verbe s^esi fait chair et il a habité parlai nom^. Le Fils unique de Dieu a voulu avoir des frères, afin d'en être le premier-né ; et afin d'ôter à la pusillanimité de l'humaine faiblesse tout prétexte d'hésitation, il s'est fait le premier le frère des hommes, etle fils de l'homme ; il s'est fait homme. Que si l'homme estime ce fait incroyable, ses yeux l'obligent à croire.

3. Jésus-Christ le Fils de Dieu naît à Bethléem de Juda. Voyez la divine condescendance, n ne natt pointa Jérusalem, cité royale, mais à Bethléem , la plus petite des mille villes de Juda. 0 modeste Bethléem, te voilà glorifiée

» Pfl. cil, 1, 3, 5. — « Malh., i, 21. — » Isaï, x, 27. — * Rom., Yiii, 32. — • Jean, i, 14.

parle Seigneur! Oui il félève, celui qpui, dans tes murs, de grand se fait petit. Réjouis-toi donc, et qu'aujourd'hui, à travers tes rues, retentisse l'alleluia de l'allégresse. Quelle cité, apprenant ta gloire, ne t'enviera cette précieuse étable et la gloire de cette crèche? Déjà ton nom est célèbre dans le monde entier, et toutes les générations proclament ton bonheur. Partout on dit de toi des choses glorieuses , ô cité de Dieu! Partout on chante : Un homme est né en elle^ et le Très-Haut ta fondée luimême^. Partout, oui, partout on proclame et on redit : Jésus-Christ le Fils de Dieu naît à Bethléem de Juda. Et ce n'est pas pour rien qu'il est dit « de Juda, » car ce mot rappelle la promesse faite à nos pères. Le sceptre ne sortira pas de Judaj ni un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé ^ et il sera l'attente des nations. Le salut vient des Juils; mais un salut qui s'étend aux confins de la terre. Juda^ est-il dit encore, tes frères te loue^ ront, tes mains seront sur la tête de tes ennemis^ et le reste.... Nous ne lisons rien de pareil arrivé en Juda, mais nous voyons ces choses accomplies en Jésus-Christ , car il est ce lion de la tribu de Juda , duquel il est ajouté : Cest un lionceau que Juda ; ô mon fils tu es monté pour saisir ta proie 2. Le Christ, en effet, est un grand ravageur lui qui^ avant de savoir appeler son père ou sa mère, a enlevé les dépouilles de Samarie^] un grand ravageur lui qui, montant au ciel, a conduit la captivité captive ; mais il n'a rien ravi aux hommes , il les a plutôt enrichis de ses dons. Ces prophéties et d'autres encore réalisées en Jésus-Christ (elles avaient été faites à son sujet) nous sont rappelées par ces mots : Bethléem de Juda, et il ne faut plus demander si de Bethléem il peut venir rien de bon.

5. Pour ce qui nous regarde, nous apprenons ici comment veut être reçu Celui qui a voulu naître à Bethléem. On aura pu croire qu'il fallait chercher un brillant palais pour y recevoir avec pompe le roi de gloire : ce n'est pas pour cela qu'il est venu des royales demeures du ciel. En sa main gauche sont les richesses et la gloire; en sa droite la longueur de la vie ^. Le ciel lui fournissait l'abondance éternelle de ces biens. La pauvreté ne s'y trouvait pas, elle que la terre avait en abondance, et dont l'homme ignorait le prix. Passionné pour elle, le Fils de Dieu est descendu, se l'est choisie, et par son estime nous l'a rendue précieuse. 0 Sion I onie ton lit nuptial^ mais de pauvreté et d'humilité. Il se plaît en ces langes, et

> Ps. Lxzxvi, 15. «— * QcD., XL, 8, 10. — * laal, vin, 4- — * Prov.,3, 16.

POUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR

Marie nous Tatteste ; telle est la soie dont il aime à être enveloppé. Immolez donc au Seigneur les abominations de l*Ég7pte.

6. Considérez que Jésus naît à Bethléem et voyez comment vous deviendrez vous-même Bethléem, et Jésus ne dédaignera pas d'être reçu en vous. Bethléem signifie Maison du pain^ et Juda confession. Si donc vous remplissez votre âme de la parole sainte, si vous recevez fidèlement, avec une dévotion, sinon parfoite au moins proportionnée à vos forces, ce pain descendu du ciel et qui donne la vie au monde, c'est-à-dire, le corps du Seigneur Jésus, si cette chair nouvelle et ressuscitée refait et soutient l'outre vieillie de votre corps, afin que fortifiée de la sorte elle soit capable de contenir le vin nouveau, si enfin vous vivez de foi, et n'avez pas à gémir d'avoir oublié de

manger votre pain, vous êtes Bethléem, vous voilà digne de recevoir le Seigneur, si toutefois à ces dispositions vous joignez la confession. Que la Judée soit votre sanctification ! Revêtez la confession et la louange, vêtement que le Christ aime surtout en ses ministres. L'apôtre vous recommande brièvement ces deux choses. On croit de c(Bur^ dit-il, pour la justice; et on confesse de bouche pour le salut^. La justice dans le cœur c'est le pain dans la maison, car la justice est un pain. Bienheurreux ceux qui ont faim et soif de la justice; car ils seront rassasiés^. Que la justice soit donc dans votre cœur; mais la justice qui vient de la foi : c'est la seule glorifiée devant Dieu. Que sur vos lèvres soit aussi la confession pour le salut , et recevez en toute sécurité Celui qui naît à Bethléem, Jésus-Christ le Fils de Dieu.

SERMON II

Sur ces mots de l'Écriture : O Juda et Jérusalem^ ne craigne:^ pas : demain vous sortire^^

et le Seigneur sera avec vous, (ii, Parai., ch. xx^ay.)

1 . C'est aux vrais Juife que nous nous adressons, aux Juifs selon Fesprit, et non selon la lettre, à ces Juifs dont la multiplication annoncée parait accomplie. Car ce ne sont pas les enfants selon la chair, mais les fils de la promesse qui sont comptés dans la postérité '• Et il ne s'agit pas ici de la Jérusalem qui tue les prophètes. Et comment consoler celle sur qui sont tombées les larmes du Sauveur^ et qui a été livrée à la dévastation? C'est donc à la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel que nous disons :iV(0 craignez pasy 6 Juda^ et Jéru^ salem. Ne craignez pas, vrais confesseurs qui louez Dieu non de bouche, mais entièrement et de toute manière, revêtus de la louange comme d'un vêtement, dont le cœur et Tintérieur célèbrent le Seigneur etdont les os mêmes tressaillent et disent: Seigneur ^ qui est semblable à vous ^1 Bien différents de ceux qui prétendent connaître Dieu et le nient par leurs actions^. Votre confession est véritable, mes

* Rom., IX, 8. — • Lno, xix, 41. — • P». xxxiv, 10. — * Tîle, I, 16.

frères, si toutes vos œuvres sont les siennes et le louent. Et vous le louerez par une double confession, sorte de manteau double aussi qui vous recouvrira, la confession de vos péchés et celle de la louange divine. Vous serez de vrais Juifs si, par votre vie tout entière, vous vous avouez pécheurs et dignes de châtiments plus grands que ceux qui vous atteignent; et si vous reconnaissez la souveraine bonté de Dieu qui, par égard pour ces peines légères et transitoires, vous foit grâces des supplices éternels que vous avez mérités. Celui qui ne soupire pas après la pénitence semble déclarer par sa conduite qu*il n'en a pas besoin, et ainsi n'avoue pas sa culpabilité, ou parait dire que la pénitence est impuissante pour lui, et ainsi il ne reconnaît pas la divine bonté. Pour vous, soyez de vrais Juifs, une vraie Jérusalem, et vous n'aurez rien à craindre, car Jérusalem^ c'est la vision de la paix, la vision et non la possession. Dieu a placé la paix à ses frontières extrêmes , et non au seuil ou au

1 Rom., X, 10. — > Malb., v, 6.

milieu. Si tous n'avez pas la paix> et il est impossible de la posséder parfaite ici -bas, au moins regardez-la, considérez-la, contemplez-* la, et désirez-la. Que là soient les yeux de votre eœur, que toute votre intention soit tournée vers la paix, afin de foire toutes vos actions dans le désir de cette paix supérieure à tout sentiment 1. En toutes choses visez à posséder la paix avec Dieu, après vous être réconciliés avec lui.

2. C'est à ceux-là que nous disons : Ne craignex pas; ce sont ceux-là que nous consolons, et non ceux qui ont ignoré la route de la paix. Si à ces derniers nous disons : Vous êortirex demain^ c'est une menace plutôt qu'une consolation. Seuls ils appellent leur dissolution et désirent leur sortie, ceux qui voient la paix et qui savent, qu'à la ruine de leur terrestre demeure, succédera un édifice bftti par Dieu ; mais telle n'est pas la disposition des insensés qui trouvent leur joie dans leurs chaînes. Ah ! de ceux-là, quand ils meurent, il n'est pas vrai de dire qu'ils sortent ; ils entrent, non dans la lumière et la liberté, mais dans un cachot, dans les ténèbres et dans l'enfer. C'est à vous qu'il est dit : Demain vous sortvrexy et la crainte n'habitera plus vos frontières; vous comptez de nombreux ennemis : la chair, le plus voisin de tous vos adversaires, la perversité du siècle qui vous entoure , les princes des ténèbres qui, placés dans l'air, assiègent votre route. Cependant ne craignez pas, demain vous sortirez ; demain c'est bientôt; demain est proche en effet. C'est ce qui fusait dire à Jacob : Demain ma juHice ms Tépofidra^. Il y a trois jours desquels nous li«» sons : Il noue vivifiera après deux jowre^ et le ÊTùisième il nous resswcitera^. Le premier dans Adam, le second dans le Christ, le troisième avec le Christ. C'est pourquoi il est ajouté en cet endroit : Nous saurons^ et nous stiivrons afin de conncAtre le Seigneur; et ici il est dit : Demain vous sortirez et le Seigneur sera avec vous. Ce qui s'adresse à ceux qui ont diminué leurs jours, qui ont détruit le jour de leur naissance, le jour d'Adam, le jour du péché maudit en ces termes par Jérémie : Maudit soit le jour où je suis né^f Nous naissons tous en ce jour; qu'il périsse donc en nous ce sombre jour de ténèbres et de tempêtes, que nous devons à Adam, et à l'ennemi qui lui a dit : Vos yeux seront ouverts K

8. Mais voilà que pour nous a lui le jour de la rédemption , de l'antique réparation, de l'étemelle félicité. C'est le jour que le Sei-

* Phûipp., 4, 7. — « Gen., xxx, 33. - » Osée, n, 3. — ♦ Jérém., zz, 14. — » Geo., in, 5.

gneur a £ût : réjouissons^nous et tressaillons i, car demain nous sortirons. Et d'où ? De l'enceinte de ce siècle, du cachot de ce corps, des chaînes de la nécessité, de la vanité, de la volupté qui entravent, malgré nous, les pieds de nos affections. Et qu'est-ce que notre esprit a de commun avec la terre? Pourquoi ses désirs, ses efforts, ses goûts, ne sont-ils pas spirituels? 0 Esprit 1 toi qui es d'en haut, quelle relation as-tu avec ce qui est en bas? Cherchez ce qui est en haut^ dit l'apôtre, là oà le Christ est assis à la droite de Dieu; goûtez les biens d'en haut et non les choses de la terreK Mais le corps corruptible appesantit Vdme sous le poid» des soucis^. Les innombrables nécessités de ce corps misérable nous absorbent. Les mauvais désirs et les délectations terrestres semblables à la glu arrêtent notre vol, et entravent les élans de l'esprit. Mais ne craignez pas : demain vous sortirez de cet abtme de misère et de cette fange épaisse. Car c'est pour vous tirer de là qu'il s'y est lui-même enfoncé. Ne craignez pas, demain vous sortirez de ce corps de mort et de cette corruption du péché. Passez ce jour en Jésus-Christ et marchez sur ses traces. Car celui qui prétend demeurer en lui doit marcher comme lui^; ne craignez pasj car demain vous sortirez pour ître à jamais avec le Seigneur. S'il a été dit expressément , et le Seigneur sera avec vous^ comprenons par là que tant que nous habitons en ce corps nous pouvons être avec le Seigneur, c'està-dire, adhérer à sa volonté; mais lui n'est pas avec nous pour consentir à la nôtre. Nous voudrions être déjà libres; nous soupirons après notre dissolution ; nous souhaitons de sortir de cette vie; mais il a ses raisons de retarder pour nous cette heure. Nous sortirons demain, et le Seigneur sera avec nous, de façon à vouloir ce que nous voudrons, et à être en parfaite harmonie avec notre volonté.

4. C'est pourquoi, ô Juda, ô Jérusalem, ne craignez pas, si vous ne pouvez atteindre encore à la perfection, objet de vos désirs. Que l'humilité de votre confession supplée à l'imperfection de votre vie, que les yeux de Dieu ont vue. S'il nous a ordonné de garder fidèlement ses préceptes ^ , c'est afin que, voyant notre imperfection au-dessous de cette tâche, et incapable de remplir de telles obligations, nous recourions à sa miséricorde et que nous disions : Votre miséricorde est meilleure que la vie : ^ c'est afin que, dépouillés du vêtement de l'innocence et de la justice, nous paraissions au moins devant lui avec celui de la confies-

* Ps. cxvn, 24. — • Colow., m, 12. — • Sages., ix, 15. — * I Jean, ii, vi. — • Ps. cvriii, 4. — • Id,, uii, 4.

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sion. Car la eonft$$i4m e^i iMe en présme^ duk Seigneur i, pourvu cependant ( nous l'ayons dit) que ce ne soit pas seulement la con* fession de la bouche, mais de tout l'homme, et que nos os s'écrient : Qui est senU^kible à vouif Seigneur? et cela en vue de la paix, et doux le désir de nous réconcilier avec Dieu. C'est aux ftmes ainsi disposées qu'il est dit : 0 Juda ! 6 Jérusalwn ! ne craignez pas^ demain vçue iQrHr£x. Ce qui signiûe : Aussitôt que r&me sera sortie du corps elle brisera les affections et les désirs qui la répandaient dans le monde entier et l'y enchaînaient; elle s'arrachera à cette glu , et le Seigneur sera avee vous. Ceci peut vous sembler difficile si toute* fois TOUS ne considérez que vous-mêmes et non les biens qui vous attendent. N'est-ce pas là l'attente du monde entier? Car la création est assujétie à la vanité, et, par la chute de l'homme établi par Dieu maître de sa Maison et prince de son domaine , l'héritage entier s'est trouvé corrompu. L'air a été troublé, la terre maudite, et toutes choses assujéties à la vanité.

5. L'héritage ne sera réparé qu'avec les héritiers. Aussi au témoignage de l'apAtre, gé^ mit-il aueei et eouffre-t-il les douleurs de Ven^ fantement ^. Et ce n'est pas seulement à ce monde, mais aux anges et aux hommes que nous sommes en spectacle. Les justes attenddent, est-il dit, jusqu'à ee que vçue m'ayez récompensé '. Quand les martyrs appelaient le jour du jugement, noa par soif de vengeance, mais dans le désir d'une béatitude parfaite, ils recurent cette réponse : Attendez un peu que le nombre de vos frères sait complet ^. Us reçurent aussi chacun une robe; mais ils n'auront un double vêtement que quand nous nous en serons revêtus. Nous tenons en gage leurs corps, sans lesquels leur consommation n'est pas complète, et ils ne les recouvreront pas sans nous. Aussi l'apôtre, parlant des patriarches et des prophètes, dit-il : Dieu nous ménageait quelque chose de meilleuTj afin qu'ils ne reçtAssent pas sans nous leur complète fèUcité ^« 0 si nous connaissions comment ils nous attendent de leur côté, et avec quelle ardeur ils désirent notre arrivée I Avec quelle sollicitude ils prient pour nous! Avec quelle joie ils apprennent d'heureuses nouvelles de nous!

6. Que dirais-je de ceux qui ont appris en souffrant la compassion, puisque les saints anges eux-mêmes nous désirent? Car n'^t-ce pas avec ces vermisseaux de la terre, avec cette poussière que doit s'accomplir la restauration

* Pi., xcv, 6. — • Rom., vni, 22. — • Ps. cxu, 8. — * Apoc, VI, il. — * Uébr., xi, 40.

des murs de Jérusalem? Avec quelle ardeur œs habitants du ciel souhaitent de voir relever les ruines de leur cité I Qu'ils sont avides de voir enfin arriver ces pierres vivantes destinées à oitrer avec eux dans le même édifice ! avec quel empressement ils s'établissent médiateurs entre Dieu et nous, lui portant nos gémissements et nous rapportant sagrftce! Os ne dédaigneront pas d'être les compagnons de ceux dont ils ont été les ministres. Ne sont-ils pas en effet des esprits chargés d'un ministère, et envoyés pour l'exercer en faveur de ceux qui recueilleront l'héritage du salut ^ ? HAtonsnous donc, mes bien-aimés, h&tcms-nous, je vous prie, car toute la cour céleste nous at* tend* Nous ferons tressaillir les anges en nous convertissant : avançons et rendons complète la joie que nous leur causons. Malheur à vous qui songez à rentrer dans la fange, et à retourner à votre vomissement! Trouverez-vous &vorables au jugement ceux que vous voulez priver d'une joie si grande et si espérée? Ils étaient heureux quand nous venions à la pénitence, ils nous voyaient comme ramenés des portes de l'Enfer. Que sera-ce done s'ils nous voient ramenés de la porte du Ciel, retourner en arriére , nous qui déjà avions un pied sur le seuil du Paradis? Car si les corps sont en bas, les cœurs sont en haut.

7. Courez, mes frères, courez : ce ne sont pas seulement les anges, mais le Créateur même des anges qui vous attend. Les noces sont prêtes, mais la maison n'est pas remplie, on attend encore des convives pour la combler. Le Père vous attend et vous désire, non-seulement par cette charité extrême qu'il vous a portée , charité qui ferait dire au Fils unique qui est dans le sein du Père : Mon Père vous aime > -.mais pour lui-même, comme il le déclare par le prophète : Je ferai cela pour moi et non pour vous '. Comment douter qu'il accomplisse ce qu'il a ainsi promis à son Fils: Demandez^-moi, et je te donnerai to nations en héritage ^; et ailleurs : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je place tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds ^? Ses ennemis ne seront pas écrasés tant qu'ils nous attaqueront, nous les membres de son corps. Et cette promesse ne sera accomplie que par la destruction définitive de la mort. Car, pour le Fils, qui ne sait combien il désire le fruit de sa naissance, de sa vie dans la chair, de sa croix et de sa mort, le prix de son sang précieux? Ne doit-il pas remettre à Dieu son Père le royaume qu'il a acquis, et lui rendre toutes ces créatures

t Hebr., i, xiv. — • Jean, xvi, 27. — » Eideh., xxn, . — * Pb. II, 8. — » Id., cix, l.

pour lesquelles son père Ta envoyé sur la terre? L'Esprit-Saint nous attend aussi : il est la bonté et la charité, principes de notre éternelle prédestination, et il est hors de doute qu'il veut réaliser cette prédestination.

8. Donc puisque les noces sont prêtes, que la cour céleste nous attend, courons, mais non au hasard ; courons par les désirs, par le progrès dans la vertu. Avancer c'est partir. Disons tous : Jetez les yeux sw moi, et ayez pitU de tnot, selon Us jugement de ceux qui aiment votre nom > . Ayez pitié de moi, non en raison de mes mérites, mais à raison de leur décision. Disons encore : Comme votre volonté se fait au ciel, qu'elle se fasse ici- bas ^ f Nous savons qu'il est écrit : Si Dieu est pour nous, qui sera con--

ire nous? Qui donc accwera les élus de Dieu ^? Ne m*esP4l pas permis de faire ce que je veux ^? Que telle soit notre consolation , jusqu'à ce que nous sortions et que le Seigneur soit avec nous. Que sa miséricorde nous achemine vers ce départ, et nous conduise à ce brillant demain. Que, dans ce demain si proche, il daigne nous visiter et être avec nous, en sorte que, si quelqu'un était retenu par la tentation, il y échappe demain par la bonté de celui qui vint prêcher aux captifs leur délivrance. Et ainsi, dans une sainte joie, nous recevrons la couronne de l'Enfant notre Roi qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne comme Dieu dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

SEBMON III

Sur ce texte : Q4ujourd!hui vous saure\ que le Seigneur vient ^ et vous verre\ le matin

sa gloire. (Exod., i6, 6, 7.)

1 . Enfants de la terre, fils des hommes, écoutez, vous qui êtes courbés dans la poussière, réveillez-vous ; le médecin vient aux malades, le rédempteur aux captifs vendus, la route aux égarés, la vie aux morts. Il vient pour jeter au fond des mers tous nos péchés, pour guérir toutes nos infirmités, pour nous prendre sur ses épaules et nous replacer dans notre dignité originelle. Sa puissance est grande, plus admirable est la miséricorde qui lui inspire de venir ainsi nous secourir, lui qui pouvait nous sauver autrement. Attjourd^hui vous saurez que le Seigneur vient. Ces paroles se trouvent dans l'Écriture en leur lieu et en leur temps : mais l'Église a eu raison de les placer dans l'office de la Vigile de la Nativité, cette Église inspirée de l'Esprit de Dieu, son Époux, sur le sein de laquelle repose le bien-aimé, possédant et gardant le trône de son cœur. Elle a blessé le cœur de cet Époux; elle a plongé l'œii de la contemplation dans le profond abîme des secrets divins, en sorte qu'elle a préparé, en son propre cœur, une demeure à cet Époux, comme elle s'en est fait une dans le sien. Quand donc l'Épouse prend ces paroles de l'Écriture, qu'elle les modifie ou se les accommode, cet arrangement est plus fort que la première disposition des mots, et d'une

« P»., cxviii, 132. — « Malh., vi, 10.

force proportionnée à la distance qui sépare la figure de la réalité, l'ombre de la lumière, la servante de la maîtresse (a).

3. Aujourd'hui vous saurez que le Seigneur viendra. Selon moi, deux jours nous sont recommandés dans ces paroles. Le premier va de la chute d'Adam à la fin du monde : c'est un jour souvent maudit des saints. L'homme a été chassé de ce jour brillant qui avait lui sur sa création; tombé dans les angoisses de cette vie, il y a rencontré un jour ténébreux où la lumière de la vérité est presque éteinte. Nous naissons tous dans ce jour, si toutefois il faut l'appeler un jour et non une nuit ; cependant l'inépuisable miséricorde a laissé en nous la lumière de la raison comme une étincelle. Le second jour sera dans les splendeurs étemelles des saints, quand se lèvera la sérénité de ce matin, miséricorde qui nous est promise, et où la mort sera ensevelie en sa victoire; alors les ténèbres et les ombres s'effaceront, et la splendeur de la lumière véritable éclatera en bas et en haut et remplira toutes choses au dedans et au dehors. Ah! Sei-

(a) Quel respect avait saint Bernard pour les décrets de l'Église universelle, lui qui avait tant d'égards pour son autorité même dons l'emploi du sens de récriture I

* Rom., VIII, 31, 33. — * Math., xx, 15.

POUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR

gneur faiies-moi entendre votre miséricorde le matin^ dit un saint i. Dès le matin nous avons été remplis de votre miséricorde ^. Mais revenons à notre jour qui, à cause de sa brièveté, est plutôt une veille dans la nuit, un rien, un néant, comme le nomme un organe familier du Saint-Esprit : Nos jours se sont enfuis f ils se sont dissipés comme une fumée, ils ont dé-eUné comme (ombre ', Les jours de ma vie sont courts et mauvais ^, disait le saint patriarche qui vit Dieu &ce à face, et s'entretint familièrement avec lui. Dans ce jour Dieu donne à. l'homme la raison; il lui accorde l'intelligence; mais il faut qu'à sa sortie de ce monde Dieu l'éclairé aussi de la lumière de sa science, car s'il sortait de sa prison, et des ombres de la mort sans clarté aucune, il ne pourrait plus être éclairé. C'est pourquoi le Fils unique de Dieu , le soleil de justice , semblable à un cierge immense et resplendissant, a été allumé dans le sombre cachot de cette vie : que tous ceux qui désirent être illuminés, y puisent la lumière, s'unissent à lui et qu'entre eux et lui il n'y ait point d'intermédiaire. Nos péchés nous séparent de Dieu, ôtez-les , nous voilà unis et comme incorporés à la vraie lumière; ainsi un flambeau éteint approché d'un autre luisant et ardent s'allume sur-lechamp et sans qu'il soit besoin d'un troisième, car les objets visibles nous révèlent les effets des choses invisibles.

3. Donc à cet astre si grand et si brillant^ allumons en nous, dit le prophète, la lumière de la science &, avant de sortir des ténèbres de ce monde, de crainte que, des ténèbres, nous ne passions à d'autres ténèbres, et à des ténèbres étemelles. Mais quelle est cette science? Elle consiste à savoir que le Seigneur viendra, encore que nous ignorions l'heure de son arrivée. C'est tout ce qu'on nous demande. Mais direz-vous : C'est la science de tout le monde. Quel chrétien, ne le fût-il que de nom, ignore que le Seigneur viendra juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres? Mes frères, cette science n'appartient pas à tout le monde, pas même à beaucoup ; elle est le partage d'un petit nombre » puisque c'est le petit nombre qui est sauvé. Croyez-vous donc que ces gens qui mettent leur joie à mal faire ^ sachent, ou songent jamais que le Seigneur doit venir? S'ils vous le disent, ne les croyez pas : Car celui qui prétend connaître Dieu et ne garde pas ses commandements est un menteur T. L'apôtre a rai-

iPs. OLisj, 8. — * Id., Lxxxix, 14, 9. iS. — ^ (km., xLvii, 9. — * Otée, x, 12. 14. •!- ^ I Jean, ii, 4.

• Pb. ci, i,

• Prov., n,

son: Ils déclarent connaître Dieu^ mais le nient par leurs ceuvres ^ ; or, to foi sans les œuvres est une foi morte ^. Ils ne se souilleraient pas ainsi dans toute sorte d'impuretés, s'ils connaissaient ou redoutaient l'arrivée du Seigneur : ils veilleraient et ne laisseraient pas ainsi percer le mur de leur conscience.

4. Cette science, en son premier degré, produit le repentir et la douleur; elle change le rire en deuil, les chants en plaintes, la joie en tristesse, et fait que les objets dont nous étions passionnément épris commencent à nous déplaire ; elle nous inspire une horreur spéciale pour les choses qui avaient à nos yeux un charme spécial. Il est écrit en effet : Celui qui accumule la science accumule aussi la douleur ', et la douleur qui suit est la preuve de cette science véritable et sainte. Au second degré , cette science que produit la correction, en sorte vous ne prêtez plus vos membres comme autant d'instruments à l'iniquité, mais vous domptez la gourmandise, vous tuez la luxure, vous écrasez l'orgueil, et vous mettez au service de la sainteté un corps qui avait été Fesclave du péché. Le regret, sans la correction, est inutile, comme le dit le sage : L'un bdtit^ Vautre démolit, que recueillent-ils ^ sinon le travail? L*un prie^ Vautre maudit ^ quelle voix Dieu écoutera-t-il? Celui qui se purifie après avoir touché un mort et y reporte les mains^ sa purification ne lui sert pas ^. Selon la sentence du Sauveur, on doit craindre qu'il ne lui arrive quelque chose de pire K Mais une àme ne saurait avoir longtemps ces dispositions, si elle ne veille et ne s'applique, avec une grande circonspection ; aussi le troisième degré de la science produit-il la sollicitude qui porte à marcher avec Dieu, à se sonder soigneusement pour n'ofienser pas, sur le point même le plus léger, les regards de la redoutable majesté. Elle s'allume dans la douleur, elle s'enflamme dans la correction, elle luit dans la sollicitude, et nous renouvelle au dedans comme au dehors.

5. Ici Tâme commence à respirer après latribulationetla douleur, et la joie spirituelle tempérant la grandeur de ses craintes , l'empêche d'être absorbée par la douleur et l'énormité de ses fautes. Si elle redoute son juge , elle espère en son Sauveur ; en elle la crainte et Tespérance se rencontrent et se suivent : souvent la crainte surpasse la joie, plus souvent la joie exclut la crainte. Heureuse la conscience où se livre sans cesse une pareille lutte, en attendant l'heure où la mortalité sera absorbée par la

* Tite, 1. 16. — « Jacq, n, 20. — » Eccle., i, 18. — ^ EecU., XXXIV, 28, 30. — * Jean, v, 14.

vie, la crainte dissipée , et où à toutes ces misères succédera une satisfaction parfaite , car c'est la joie et non la crainte qui sera éternelle. Mais que l'ftme ainsi luisante et ardente, ne se croie pas encore dans la maison où l'on porte le flambeau sans redouter le souffle du vent : qu'elle se souvienne qu'elle est au grand air, et que, de ses deux mains, elle protège ce qu'elle porte, pas de confiance extrême dans l'état même tranquille de l'atmosphère. Car tout à coup, quand on n'y pense pas, cet état change, et si la main se retire un peu, le flambeau s'éteint. La chaleur vous brûle-t^elle la main (ce qui arrive quelquefois), soufirez plutôt que de la retirer, car en un instant, en un clin d'œil, le vent soufflera la lumière. Si nous habitions la demeure qui n'est pas bAtie de main d'homme, la demeure étemelle du ciel où n'entre aucun ennemi, d'où aucun ami ne sort, nous n'aurions aucun sujet de crainte. Mais présentement nous sommes exposés à trois vents aussi perfides que pressants : la chair, le démon et le monde ; ils travaillent à éteindre en nous les clartés de la conscience ; ils soufflent sur nos cœurs des désirs mauvais, des mouvements illicites, et ils jettent soudain en vous un trouble qui vous laisse à peme discerner d'où vous venez et où vous allez . De ces vents violents, si deux s'apaisent de temps en temps, le troisième ne laisse pas une heure de trêve, n faut donc des deux mains, du cœur et du corps, protéger votre ftme, de peur que sa lumière ne s'éteigne ; ne cédez pas , ne reculez pas, quand même le feu violent des tentations vous blesserait; dites avec un saint : Mon dme est toujours dans mes mains ^. Et de même que nous n'oublions guère les objets que nous tenons en nos mains ; ainsi nous n'oublierons pas nos âmes, et leur pensée sera plus vivement présente à notre esprit.

6. Vos reins ceints de la sorte , et un flambeau ardent en vos mains, veillez la nuit sur vos pensées et vos actes, afin qu'à quelque veille que le Seigneur vienne , à la première , à la seconde ou à la troisième, il vous trouve prêt. La première veille , c'est la rectitude de l'action ; vous devez vous efforcer de conformer votre vie toute entière à la règle que vous avez jurée, sans franchir jamais les bornes posées par vos pères dans les exercices de notre régime, sans en sortir pour aller k droite ou à gauche. La seconde veille, c'est la pureté d'intention, œil simple qui rendra tout le corps lumineux, en sorte que vous fassiez toutes vos actions pour Dieu, et que les grftces remontent à leur point de départ pour couler encore. La

1 Ps. cxTin, i09.

troisième veille, c'est la conservation de l'unité ; placés dans une congrégation, préférez la volonté des autres à la vôtre, demeurez non-seulement sans vous plaindre, mais gracieusement parmi vos frères, les supportant tous, priant pour tous, afin qu'on dise aussi de vous : Celui^i est îami de ses frères et du peuple S Israël^ il prie beaucoup pour le peuple et pour ta sainte cité de Jérusalem ^ . C'est ainsi que la venue du Fils de Dieu allume en nous la vraie science, cette science qui nous enseigne que le Seigneur viendra, et qu'elle est le fondement soliAe et durable de nos mœurs.

l.Etle matin f>ous verrez sa gloire. 0 matin! ô jour plus doux dans les parvis du Seigneur que mille ici-bas, où le mois succédera au mois, le sabbat au sabbat, où la splendeur de la lumière et l'ardeur de la charité illumineront dans les abtmes de merveilles les habitants de la terre ! Qui aura la présomption, je ne dis pas de parler de toi, mais d'y penser? En attendant, mes frères , édifions notre fbi , afin que, si nous ne pouvons voir ces merveilles qui nous sont réservées , au moins nous contemplions un moment celles qui se sont accomplies pour nous sur la terre. La majesté toute puissante en prenant notre chair a fait trois choses, trois mélanges singulièrement admirables et admirablement singuliers, qui jamais n'avaient eu Heu , et jamais ne se reproduiront ici-bas. En eSet, ont été unis ensemble Dieu et l'homme, une mère et une vierge , la foi et le cœur humain : ces trois mixtures sont merveilleuses, et c'est un prodige au-dessus de tout prodige que des éléments si divers et si divisés aient pu se réunir.

8. Considérez d'abord la création , la place et l'arrangement des êtres. Quelle puissance dans leur création 1 quelle sagesse dans leur position ! quelle bonté dans leur ordonnance ! Dans la création, que d'éléments nombreux, tirés du néant avecune admirable puissance et qu'ils sont ingénieusement placés! Gomme les plus élevés et les plus humbles sont unis ensemble par une charité aussi aimable que ravissante! A ce limon terrestre Dieu a mêlé une force vitale, comme dans les arbres, et qui produit l'agrément du feuillage , la beauté des fleurs, la saveur des fruits et leur vertu médicinale. Il a fait plus : & notre limon, il a ajouté une force sensible, comme dans les animaux, qui n'ont pas seulement la vie, mais qui sont doués de la faculté de sentir, à l'aide des cinq sens qu'ils possèdent. Il a honoré davantage encore le limon. Il y a mis une force raisonnable, comme dans les hommes, qui, avec la

^ Mach., XT, 14.

SUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR

vie et la sensibilité, ont la faculté de discerner entre l'utile et le nuisible, le bien et le mal, le vrai et le faux. Il a plu à Dieu d'élever notre infirmité à une gloire plus haute encore, et sa majesté s'est rapetissée ; ce qu'il y avait de mieux,c'est-à-dire lui-môme, il l'a associé au Umon ; il l'a rassemblé en une seule personne Dieu et la boue, la majesté et la faiblesse, une telle grandeur et une pareille misère. Rien de plus sublime que Dieu, rien de plus vil que le limon ; et cependant Dieu a porté la condescendance jusqu'à s'abaisser au niveau de ce limon, et il a honoré le limon jusqu'à l'élever à lui, afin que tout ce que Dieu a fait en lui, il semble l'avoir opéré, et tout ce que ce limon a enduré, Dieu soit dit l'avoir enduré en lui, par un mystère ineffable et incompréhensible. Et remarquez ceci : comme dans la divinité il y a trinité de personnes et unité de substance, ainsi dans l'union dont nous traitons, il y a trinité de substance et unité de personne : et de même que dans la trinité, les personnes ne scindent pas l'unité , ni l'unité n'amoindrit pas la trinité ; ainsi dans l'incarnation, la personne ne confond pas les substances, pas plus que les substances ne détruisent l'unité personnelle. La trinité souveraine nous a offert cette autre trinité, œuvre admirable , unique, supérieure à ses autres ouvrages. Le Verbe, l'&meetle corps se sont unis en ime personne; et ces trois choses ne font qu'un, et cet un est trois, non par la confusion des essences, mais par l'unité de la personne. Voilà la première mixture excellente entre toutes, et la première entre les trois que j'ai indiquées. 0 homme ! tu es limon , penses-y et ne te laisse pas entraîner à l'orgueÙ ; songe aussi que tu es uni à Dieu, et ne sois pas ingrat.

9. La seconde mixture est celle d'une Vierge et d'une Mère, admirable aussi et unique. Jamais on n'a ouï dire que celle qui a enfanté fût vierge, ni qu'une vierge fût mère. Jamais, dans Tordre des choses, la virginité ne se rencontre avec la maternité, ni la fécondité avec la virgmité. Marie est la seule en qui ces deux choses se soient trouvées réunies : en elle s'est accompli un prodige jusque là inoui, et qui ne se verra plus ; elle n'a pas eu de devancière, elle n'aura pas de rivale. La troisième mixture, c'est celle de la foi et du cœur humain, inférieure à celles qui précèdent, mais non moins puissante peut-être . Il est étonnant que le cœur de l'homme ait cru à ces deux rapprochements, à un Dieu-homme, et à une mère- Vierge. Gomme le fer et l'argile ne peuvent s'unir, ainsi non plus ces deux choses, si l'esprit de Dieu n'en devient le ciment. Et peut-

on voir un Dieu, celui qui est déposé dans une crèche, qui vagit dans un berceau, qui endure toutes les faiblesses de l'enfance, qui est flagellé, conspué, crucifié, mis au sépulcre, et estimer immense et infini celui qui est enfermé sous deux pierres ? Est-elle vierge, cette femme qui allaite, qui a un époux pour compagnon de sa vie, à sa table, et dans l'intimité de sa demeure,. im époux qui la conduit en Egypte, qui l'en ramène, et qui seul avec elle fait un voyage si secret ? Gomment a-t-on pu persuader cela au genre humain, et au monde entier ? Et cependant tout cela lui a été persuadé avec une facilité et une puissance telles, que la multitude de ceux qui l'ont cru me le rend croyable. Les jeunes gens, les jeunes filles, les vieillards et les enfonts ont préCâré mourir mille fois plutôt que de renoncer, même un seul instant, à cette croyance.

10. Gette mixture est excellente, la seconde Tétait davantage, et l'autre plus encore. L'oreille a appris la première que Tœil n'a pas vue ; ce grand mystère de bonté à été raconté et cru jusqu'aux bouts du monde ; mais, 6 mon Dieu ! nul regard, excepté le vôtre n'a contemplé en quelle manière vous vous êtes unis à un corps, dans les profondeurs d'un sein virginal. L'œil a vu la seconde mixture , car notre Reine s'est vue à la fois, vierge et féconde, elle qui conservait toutes ces choses, et les repassait en son cœur , et Joseph, témoin et gardien d'une si haute pureté, a eu aussi la connaissance de ces merveilles. La troisième union est montée dans le cœur de Thomme, quand ces grandes choses ont été crues telles qu'elles s'étaient accomplies , quand nous les admettons sur la foi d'autrui, que sur celle de nos regards, nous les acceptons avec une confiance qui exclut le doute. Voyez dans la première union ce que Dieu vous a donné, dans la seconde par qui, dans la troisième pourquoi il vous Ta donné. Il vous a donné le Christ par Marie, pour vous guérir. Dans la première, il y a un remède, et de Dieu et de Thomme, il est résulté un baume propre à dissiper vos infirmités. Ges deux essences ont été comme broyées et mêlées dans le sein de Marie, ainsi qu'en un mortier, et le Saint-Esprit à présidé à ce suave mélange. Vous ne méritiez pas Jésus-Ghrist : aussi il a été donné à Marie, afin que d'elle vous reçussiez tout ce que vous auriez. Mère, elle vous a enfanté un Dieu ; Vierge, par le respect qu'elle inspire, elle a été exaucée et dans votre cause et dans celle du genre humain. Si elle n'était que Mère, il lui suffirait de se sauver par la génération des enfants ; si elle n'était que

Vierge, elle ne serait utile qu*à elle-même : le fruit béni de ses entrailles n'aurait pas été le prix du monde. La première mixture contient donc un remède ; la seconde, un appui, car Dieu a voulu que nous n'eussions rien qui

ne pass&t par les mains de Marie; dans la troisième, nous trouvons une occasion'de mérite si nous croyons fermement ces vérités, et la foi c'est la guérison de T&me, car celui qui croira sera sauvé ^.

SERMON IV

fDu remède qu'on trouve dans la main gauche^ et des délices de la droite du Très-Haut.

1. La coutume de l'Ordre ne demande pas d'instruction aujourd'liui ; la fête de demain nous retiendra plus longtemps à la messe solennelle, et la brièveté du temps ne permettra pas un long sermon. C'est pourquoi je crois bon de préparer aujourd'hui vos cœurs à une si grande fête, surtout quand l'objet en est un mystère incompréhensible et sublime, vraie source de vie, plus abondante à mesure qu'on y puise. Je sais comment abondent vos tribulations pour Jésus-Christ ; puisse aussi la consolation abonder par lui en vous ! Pour les consolations mondaines, je ne puis ni ne dois vous les offrir ; elles sont méprisables et impuissantes, et ce qui est plus terrible, elles sont un obstacle aux consolations vraies et salutaires. C'est pourquoi celui qui est la joie et les délices des anges, s'est fait le salut et la consolation des malheureux, celui qui, grand et sublime répand le bonheur en sa cité, devenu petit et humble dans l'exil, verse la joie : gloire de son père au plus haut des cieux, sur la terre, il est la paix aux hommes de bonne volonté . Un petit enfant a été donné aux petits, pour qu'un grand Dieu soit donné aux grandes âmes 9 et afin que ceux que le petit enfant justifie un jour, il les élève et les glorifie dans son élévation et sa gloire. C'est pourquoi, sans doute, ce vase d'élection enrichi de la plénitude de cet enfant (car encore qu'il soit petit, il est rempli de grâce, de vérité, et en lui habite corporellement la plénitude de la divinité 1), c'est pourquoi, dis-je, Paul épanche, de son cœur, cette bonne parole que vous avez souvent entendue ces jours-ci : Réjouissex-vous sans cesse dans le Seigneur : je vous le répite^ t Colon., 11^ 9.

r^ouissez'vous >. Réjouissez-vous du don, et réjouissez -vous de la promesse : l'objet est plein de joie, et l'espérance en est aussi pleine. Réjouissez- vous parce que vous avez déjà reçu les dons de la main droite ; réjouissez-vous parce que vous attendez ceux de la main gauche. Sa gauche sotUieni ma tête^ dit l'Épouse, et sa droite me tiendra embrassée s. La gauche soulève, la droite soutient. La gauche guérit et justifie , la droite embrasse et béatifie. Dans la gauche sont les mérites et dans la droite les récompenses ; dans la droite aussi les délices ; la gauche contient les remèdes.

2. Mais voyez la bonté et la sagesse de ce médecin. Considérez plus attentivement les remèdes qu'il apporte , les précieux et beaux spécifiques dont il les compose ; ils ne sont pas seulement utiles à la santé, ils offrent encore et à l'œil et au goût un charme extrême. Le premier remède qu'il tient en sa main gauche, c'est sa conception virginale. Ëtudiez-la; quelle nouveauté ! quelle merveille ! qu'elle est aimable et douce I Est-il rien de plus beau qu'une génération chaste? rien de plus glorieux qu'une conception pure et sans tache, sans honte, sans souillure, sans corruption ? Mais malgré sa beauté, ce prodige nous occuperait moins, sans la considération de ce qu'il a d'utile et de salutaire. Cette conception n'est pas seulement glorieuse en ses dehors , elle est précieuse en sa vertu intime, en sorte que, selon l'Écriture, dans la main gauche du Seigneur, se trouvent et la gloire et les richesses ^, les richesses du salut et la gloire du prodige. Car qui peut rendre pur un être conçu d'une

^ Mare., zvi, 16. — * Philipp., xv, 4. — ' Gant., xx., 8. — ♦ Prov., nx, 16.

POUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGxNEUR.

source impure, sinon celui qui seul a été conçu lui-même sans les souillures de la volupté? Je suis^ infecté et souillé en ma racine et en mon origine même : impure est ma conception : mais il en est im qui ôte cette honte, c'est celui qu'elle n*a. jamais atteint

9. Pour racheter Fimpureté démon origine, je trouve donc des richesses de salut dans la très-pure conception du Christ. Ajoutez-y encore, Seigneur Jésus, renouvelez les merveilles et les prodiges, car l'habitude ôte aux miracles passés quelque chose de leur éclat. Le lever et le coucher du soleil, la fécondité de la terre, la succession des saisons sont des prodiges, et de grands; mais à force de les voir, nous n'y prêtons plus d'attention : opérez-en de nouveaux. Voilât dit-il, que je fais toute» ckosês nouvelles. Qui parle ainsi ? C'est l'Agneau tiasis sur le trône S Agneau plein de suavité, de douceur et d'onction. Telle est en effet la signification du nom de Christ qu'il porte. A qui parattra-t-il dur et sévère celui dont la naissance n'a causé à sa mère ni amertume ni douleur? 0 miracles vraiment nouveaux I Une conception exempte de honte, un enfontement exempt de souffrance ! La malédiction tombée sur Eve se transforme dans notre Vierge. Elle a mis au monde sans douleur. La malédiction s'est changée en bénédiction, ainsi que l'avait prédit Gabriel : Vous êtes bénie entre toutes les femmes 2. 0 bienheureuse , et seule bénie entre les femmes, seule libre de la malédiction générale, et étrangère aux souffrances des mères ! Ne soyons pas surpris, mes frères , s'il ne cause aucune ctouleur à sa mère, celui qui a pris sur lui les douleurs du monde, selon ce mot dlsa'ie : R a pris toutes nos langueurs '. La Mblesse humaine redoute deux choses , la honte et la douleur. Jésus-Christ est venu pour les détruire, il les a subies toutes les deux, quand il a été condamné par les méchants à la plus inl&me des morts ; je ne mentionne que ce détail. Afin de nous inspirer l'espoir de le voir bientôt ôter du monde ces misères; il commence par en préserver sa mère, et bannit toute honte de sa conception et toute douleur de son en&ntement*

4. Les richesses s'accumulent, la gloire grandit) et les prodiges se multiplient Après avoir conçu sans honte, enfanté sans douleur, Marie demeure sans corruption. 0 prodige inouï! une Vierge enfante et garde la gloire de son intégrité ; elle associe la fécondité à la pureté parfaite, et les joies de la maternité à tout l'honneur de la virginité. Ah! j'attends avec confiance la gloire de l'incorruption promise

* Apoc., xii, 5. — « Luc, 1, 28. — • IttI, ui, 4

s. BERif • — ToM . m.

à ma chair, puisque Jésus a conservé ce prir vilége à sa mère. Après cette merveille, il lui sera fieicile de revêtir d'incorruptibilité, k la résurrection, m^s sens corruptibles.

5. Vous avez encore des richesses plus abondantes et une gloire plus écktante. La mèi*e garde sa virginité, et le fils est sans tacheetsatte péché. La malédiction d'Eve ne tombe pas sur la mère, et le fils n'est pas assujéti à cette loi de laquelle il est dit, par le prophète : Nul nest exempt de souillure, pas mime l'enfant d'un jour^. Eh bien! voici un enfant sans tache, seul vrai entre tous les hommes, ou plutôt la vérité même. Voici V Agneau qui ôte les péchés du monde ^. Qui pourrait mieux le ^ire que celui que le mal n'a pas touché ? Il est capable de me purifier, puisqu'il n'a pas été sSouiUé. Que cette main préservée de la boue nettoie mon osil fangeux ! Qu'il en tire la paille \\xi qui n'a pas eu la poutre dans le sien ; ou pluiôt, qu'il m'ôte la poutre qui m'aveugle, lui qui, dans les siens, n'a pas même eu une poussière.

6. Nous avons vu les richesses du salut et de la vie, nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père. De quel Père ? demanderez-vous. Il sera appelé Fils du Très-Eaut 3, et on sait qui est le Très-Haut. Mais pour ôter jusqu'à l'ombre d'un doute, le saint qui naîtra de vouSf dit Gabriel à Marie, sera> appeU FUs de Dieu 4. 0 le vrai saint ! Vous ne permettrez pas. Seigneur, à votre saint de voir la cor-* ruption, ce qui ne ravit pas à la mère llncorruption. Les miracles croissent avec les richesses, un trésor est ouvert. CeUe qui engendre est mère et vierge ; celui qui est engendré est Dieu et homme. Mais jetterat-oti les choses saintes aux chiens, et les perles aux pourceaux? Que ce trésor soit caché dans notre champ, et que notre argent soit mis en un sac ; que la conception virginale soit voilée par le mariage de la mère» et son enfantement sans douleur, caché par les vagissements et les pleurs de l'enfmt ; que la purification légale de Marie couvre la chasteté de sa maternité, et la circoncision l'innocence de l'en&nt ! Oui , cachez , ô Marie , l'éclat de ce nouveau soleil, couchez votre fils dans une crèche, et enveloppez-le de langes ; ces langes du Sauveur sont nos richesses. Us sont plus précieux que la pourpre, et cette crèche est plus glorieuse que tout l'or des trônes de la terre, la pauvreté de notre Christ a plus de prix que tous les trésors. Quoi de plus riche , en effet, et de plus précieux qu'une humilité qui achète le royaume du ciel, et acquiert la

> Job, xtw, 4, 5, selon lesSepl. — * Jean, i, 29. — * Luc, 32, 35. «- « Ps. Ift, 10.

grÂce divine f Et il est écrit : Heureux les pauvres en esprit y car le royaume du ciel est à eux ^, et Tapôtre ajoute : Dieu résiste aux su* perbes et donne ta grâce aux humbles ^. Vous trouvez donc l'humilité recommandée dans la naissance de Jésus-Christ. Il s'y est anéanti, prenant la forme de l'esclave et l'extérieur de l'homme.

7. Voulez-vous trouver des richesses et une gloire supérieures? Voici l'amour dans la souffrance. On ne peut avoir pour ses amis un amour plus grand que de mourir pour eux^. Nos richesses , notre gloire , sont donc le sang précieux qui nous a rachetés, et la croix du Seigneur en laquelle nous nous glorifions avec l'apôtre. Pour moi, dit-il, à Dieu ne plaise que je me glorifie, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ * ; je n'ai cru savoir au min lieu de vous qu'une chose, Jésus et Jésus crucifié^. La main gauche c'est Jésus-Christ, et Jésus cruciâé, car la droite c'est encore Jésus-Christ, mais Jésus-Christ glorieux. Jésus- Christ, dit l'apôtre, et Jésus -Christ crucifié. Peut-être sommes-nous la croix à laquelle Jésus-Christ est attaché. L'homme, en effet, a la forme d'une croix qui devient visible , s'il étend les bras ; mais dans le psaume le Christ dit : Je suis attaché au limon de Vabime ^. II est évident que nous sommes du limon, puisque nous en avons été tirés. Mais jadis nous étions du limon du paradis , aujourd'hui nous sommes du limon de l'abtme. fy suis attaché, dit-il, je ne l'ai pas traversé : Je n'en suis pas sorti je suis avec vous jusqvJà la consommation des siècles 7. Il est notre Emmanuel, le Dieu avec nous; avec nous, mais à gauche. C'est ainsi que, lorsque Thamar enfanta, Zarès sortit d'abord une main, à laquelle, en figure de la Passion du Seigneur, fut attaché un ûl de pourpre &. 8. Nous tenons donc la main gauche; mais il est encore besoin de crier: Tendez votre droite à t ouvrage de vos mains ^; car dans cette droite il y a des délices jusqu'à la fin i®. Seigneur étendez votre droite sur nous, et cela nous suffit. La gloire et les richesses sont dans la maison^^ de celui qui craint Dieu : mais dans votre maison Seigneur qu'y a-t-il ? Action de grâces, et cri de louanges. Heureux ceux qui habitent en votre maison. Seigneurial etc., car tœil n'a pas vu, ni l'oreille entendu, ni U cœur senti ce que vous avez préparé à ceux qui vous aiment^^. C'est une lumière inaccessible, une paix au-dessus de tout sentiment, une source

*Malh.,v,3.— • Jacq.jiv, 6.— "Jean, XT,43. — ♦Galal., VI, 14.— 'ICop.,11, 2. — • Ps. Lxviii, 3. — 'Malh.xxviii, 20. — • Gen., xxxviii, 27. — » Job,xiv, 15.— «opa. xt,H. - " Id III, 3. — »« Id., Lxxxin, 5. — " I Cor.,n, 0.

qui descend toujours. Et l'œil n'a pas vu une lumière inaccessible, ni l'oreille ouï une paix incompréhensible. Beaux sont les pieds de ceux qui annoncent la paix ^ ; mais bien que le bruit en ait retenti dans le monde entier, cependant la paix supérieure à tout sentiment n'a pu être saisie par eux, dans toute son étendue; à plus forte raison ne l'a-t-elle point été par les autres. Paul lui-même dit : Mes frères je ne pense pas y avoir atteint ^. La foi vient d'entendre, mais l'ouie vient de la parole de Dieu^. La foi, non la réalité; la promesse de la paix, non la réalisation. Présentement, la paix est bien offerte aux âmes de bonne volonté; mais qu'est-ce que cette paix auprès de cette plénitude et de cette excellence de paix? Aussi le Seigneur dit-il lui-même. Je vous donne ma paix, je vous laisse la paix^. Vous n'êtes pas capables de ma paix, car il y en a une supérieure à tout ce que vous pouvez sentir ; c'est pourquoi je vous donne la patrie de la paix, et, en attendant, je vous laisse la route de la paix.

9. Mais qu'est-ce à dire que cette paix nest pcLs montée dans le cceur de l'homme? C'est une source en effet et elle ne monte pas. Nous connaissons en effet la nature des fontaines; elles suivent les vallées et elles descendent des cimes ardues; aussi il est écrit : Vous faites couler les sources dans le fonds des vallées, et Us eaux passeront entre les montagnes^. C'est pourquoi je m'efforce de rappeler à votre charité que Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles. Une source ne remonte pas à un point plus élevé que celui d'où elle s'épanche. D'après ce principe, il pourrait sembler que l'orgueil ne ferme pas absolument les routes de la grâce, surtout quand le premier orgueilleux appelé dans TËcriture : Celui qui est Roi sur tous les fils de la superbe ^, n'est pas accusé d'avoir dit : je serai plus élevé, mais simplement : Je serai semblable au Tris-HauÇ. Cependant l'apôtre ne ment pas en disant que celui-là se pose en ennemi et s'élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu ou adoré^. L'oreille humaine frémit d'horreur à ces mots; puisse le cœur redouter aussi ces pensées et ces affections malignes! Je vous le dis, ce n'est pas le démon seul, c'est tout orgueilleux qui s'élève contre Dieu, car Dieu veut l'exécution de sa volonté^ et l'orgueilleux désire voir l'accomplissement de la sienne. Voilà l'égalité. Voyez l'inégalité : Dieu veut voir sa volonté s'accomplir dans les choses que la raison approuve ;

* Rom., X, 15. — • Philipp., m, 13. — • Rom., x, 17.

— * Jean, xvii, 24. — • Pa. ciii, 10. • Job, xxxxi, 25.

— ' Isaixiv, 14. — » U Thcfls., u, 4.

POUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR

Torgueilleux yeut voir se réaliser la sienne, raisonnable ou non. Vous Toyez la hauteur où n'arriyent pas les eaux de la grâce. Si vous ne changez, est-il dit, et si vous ne devenez comme ce petit enfant (il se désigne lui-même, lui, la fontaine de Vie, où gtt et d'où découle la plénitude de toutes grâces) vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux ^. Préparez donc vos ruisseaux, abattez l'obstacle des pensées terrestres et superbes, rendez-vous semblables au Fils de l'Homme, et non au premier homme, car la source de la grâce ne monte pas jusqu'au cœur de l'homme charnel et mondain. Purifiez votre œil afin d'apercevoir la vraie lumière, inclinez votre oreille à l'obéissance, afin d'arriver enfin au repos étemel, à la paix supérieure à toute paix. C'est une lumière par sa sérénité, c'est la paix par sa tranquillité, c'est une source par son étemeUe abondance. Rapportez la source au Père d'où natt le Fils, et d'où procède le Saint-Esprit; la lumière au Fils qui est le reflet de l'éternelle vie, la vraie lumière éclairant tout homme qui vient en ce monde : la paix au Saint-Esprit qui repose sur l'âme humble et paisible. Si je parle ainsi, ce n'est pas que je prétende que chacune de ces propriétés appartienne exclusivement à chacune des divines personnes, car le Père est aussi lumière, pour que le Fils soit lumière de lumière ; le Fils est aussi paix, notre paix qui réunit ce qui était divisé ; et l'Esprit-Saint est la source de cette eau qui rejaillit jusqu'à la vie étemelle.

10. Mais quand arriverons-nous à ce terme? Quand donc, Seigneur, la vue de votre visage me remplira-t-elle de joie? Notre joie est en vous, car vous nous visitez d'en haut, et nous nous

réjouissons encore dans l'attente de la bienheureuse espérance à votre second avènement. Mais quand viendra-t-elle cette plénitude de félicité, et en aurons-nous non plus le souvenir, mais la présence ? la réalité et non l'attente? Que votre modestie se montre à tous, dit l'apôtre, car le Seigneur est proche^. Il convient en effet que, pareille à celle du Seigneur, notre modestie soit connue de tous. Quelle inconvenance si l'homme, avec la conscience de sa misère, vivait sans retenue, quand le Dieu de majesté est apparu à la terre plein de modestie! Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur^, aiin que votre modestie puisse aussi se montrer aux autres. Ce qui suit : Le Seigneur est proche, peut s'entendre de la main droite. Car de la gauche il dit lui-même : Voici que je suis avec vous, tous les jours jusqu'à la fin du monde^. Oui, le Seigneur est proche, mes frères. Point de sollicitude, il est près de nous, et va paraître. Ne vous découragez pas , cherchez -le tant qu'on le peut trouver, invoquez-le tant qu'il est voisin de vous. Le Seigneur est près des cœurs troublés ^ et de ceux qui l'attendent en vérité. Voulez- vous savoir combien il est près de vous ? Écoutez l'Épouse chanter et dire de l'Époux : Voici qu'il se tient derrière la muraille^. Par la muraille entendez votre corps qui vous empêche de voir Celui qui est à vos côtés. C'est pourquoi Paul soupire après sa dissolution, afin d'être avec le Christ* ; et, avec l'accent de la tristesse, il s'écrie : Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort 7? Et le prophète, dans le psaume, Tirez, dit-il, tirez mon ame de ce cachot, pour qu'elle célèbre votre nom^.

SERMON V

Sur ce texte : Sanctifie\'V0us aujourd'hui et soye^ prêts ; car demain vous verre^ la majesté

de 'Dieu en vous. (Répons de la vigile de Noël.)

1. Sur le point de célébrer l'ineffable mystère de la naissance du Seigneur, nous sommes avertis, mes frères, de nous y disposer en nous sanctifiant, car voici le saint des saints, voici celui qui a dit lui-même : Soyez saints,

^ Math.y zviii, 3.

car moi le Seigneur votre Dieu, je suis saint ^. Comment donner les choses saintes aux chiens, et les perles aux pourceaux? A moins que les

1 PhiUpp., rv, 5. — • Malh., n, 29. — » Ibid., laTni, 20.— ♦ Ps. xxxm, 119.— » Caotiq. ii 9, — • PhiUpp., i, 23. — TRom., Tii,24. — • Pa. cxu, 8. — » LévU., xix, 2.

âw

uns ne se purifiest de leurs iniquités , les au* très de leurs yoluptés illicites^ eï ne s'appliquent désormais à éviter» les premiers, leur Tomissement, les seconds, leur bourbier. Sur le point de recevoir les ordonnances célestes, le cbamel Israël devait se sanctifier par des rites extérieurs, des purifications corporelles, des offinmdes, des sacrifices incapables cependant de rendre la conscience pure. Ces rites n'existent plus, ils ne devaient durer qu'un temps de correction écoulé désormais. On a donc raison de nous prescrire une sainteté par&ite, une purification intérieure, une pureté spirituelle, selon cette parole du Seigneur : U^retix ceux qui ont le ccb/mt pur^ car il terront Dieu ^ . C'est pour cela que nous avons reçu la naissance et la vie ; c'est là notre vocation» et c'est pour cela que ce jour a brillé sur nous. Jadis la nuit régnait, La nuit où on ne peut travailler. La nuit couvrait le monde avant le lever de la vraie lumière, avant la naissance de Jésus-Christ ; la nuit régnait aussi en chacun de nous, avant notre conversion et notre régénération intérieure.

2.. La plus profonde nuit et les ténèbres les plus épaisses ae couvraient-elles pas la face de la terre, quand nos pères honoraient des dieux leur ouvrage, et par un culte sacrilège, et insensé^ adoraient le bois et la pierre ? Et une autre nuit sombre n'était-elle pas en nous, quand nous vivions sans Dieu dans ce monde, suivant nos passions et les séductions de la chair, obéissant aux désirs mondains, foisant servir nos membres d'instruments au péché, esclaves de l'iniquité pour l'iniquité, conduite dont nous rougissons aujourd'hui comme d'autant d'œuvres de ténèbres ? Ceux qui dormenty dorment la nuit, dit l'apôtre, et ceux qui s^enivrent, s'enivrent la nuit 2. Vous avez été cela ; mais vous êtes réveillés et sanctifiés, si vous êtes les fils de la lumière et du jour, et non plus de la nuit et des ténèbres. C'est le hérault du jour qui vous crie : Soyes sobres et veillez *. A la Pentecôte^ il disait au Jui£s, en parlant de ses collègues, comment seraient-Us ivres? il n'est que la troisième heure du jour ^. C'est ce que dit un autre apôtre : La nuit est passée, le jour est venu; rejetons les oeuvres de ténèbres, pour nous revêtir des armes de lumière; marchons avec honnêteté, comme durant le jour 5. Rejetons, dit-il, les œuvres de ténèbres, c'est-à-dire le sommeil et l'ivresse (puisque, comme nous l'avons rappelé plus haut, ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s'enivrent, s'enivrent aussi la nuit) . Il est

» Malb., Y, 8. — « I TUeas,, v, 7. — » I Pierre, v, 8. — ♦ Act., II, 16. — » Rom., xiir, 12-13.

jour,^ ne sommeillons pas, mais marchons, et marchons honnêtement, et non avec les allures de l'ivresse. Voyez-vous un homme dont l'âme ennuyée sommeille pour le bien ! U est dans les ténèbres. En voyez-vous un autre enivré d'abainthe , plus sage qu'il ne &ut, un sage qui n'est pas sobre, dont Yœik ne se lasse pas de. voir, ni l'oreiUe d'entendre, qui, épris d'amour pour l'argent ou pour tout autre olqet> est insatiable et boit sans cesse commet un hydropique 7 C'est un fils de la nuit et des ténèbres, n n'est pas aisé de séparer ces deux choses, puisque l'Ëcriture dit . Tout oisif es^ éans ses désirs^ c'est-à-dire, tout homme qui sommeille est dans l'ivresse. Sanctifionsnous donc aiyourd'huî, et soyons prêts aujourd'hui en secouant le sommeil de la nuit, et sanctifiés comme étant dans le jour, purifiés de toute ivresse, ayant mis un frein à nos passions funestes. Car la loi et les prophètes se résument en ces deux préceptes, ibir le mal et faire le bien.

3. Mais tout cela est pour aujourd'hui, car demain, plus de sanctification ni de préparation, mais la vision de la majesté. Demain vous verrêj^ la majesté de IHeu en vous. C'est ce que disait le prophète Jacob : Demain, ma justice nifS répondra 1. Aujourd'hui je la cultive, demain elle répondra; aujourd'hui on l'exerce, demain elle donnera ses fruits : sinon l'homme ne peut récolter ce qu'il n'a pas semé ; il ne verra pas la majesté, celui qui a méprisé la sainteté ; le soleil de gloire ne se lèvera pas sur celui pour qui n'a paâ lui le soleil de justice , et U n'y aura pas de lendemain pour celui qui n'a pas eu d'aujourd'hui. Or celui qui s'est fait aujourd'hui pour nous justice venue de Dieu le Père apparaîtra demain comme notre vie, afin qu'avec lui, nous apparaissions aussi dans la gloire. Il naît aujourd'hui dans la petitesse de l'enfance, pour empêcher l'homme de s'élever en lui-même, pour que, nous convertissant, nous devenions petits à notre tour. Demain il se montrera dans cette grandeur qpi appelle nos louanges, afin que nous aussi, nous soyons loués, quand Dieu décernera à chacun la louange. Ceux qu'il aura justifiés aujourd'hui, demain il les élèvera, et à la consommation de la sainteté succédera la vision de la majesté. Et ce n'est .pas une vaine vision celle qui produira la ressemblance, car nous serons semblables à Dieu, et nous le verrons tel qu'il est. Aussi notre texte ne dit-il pas simplement, vous verrez la majesté de Dieu, mais il ajoute positivement, vous la verrez en vous. Aujourd'hui nous voyons

^ Qen.,xxx,33.

POUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR

en lui oomme en un miroir quand il reçoit nos offrandes : demain nous le verrons m nous, quand il nous donnera ses biens, qu'il se montrera à nous et nous élèvera jusqu'à lui. C'est ce qu'il voulait exprimer quand il promettait de nous servir en passant ^ ; et en attendant nous recevons de sa plénitude, non pas encore ^oire pour gloire, maisgr&cepour grâce, selon ce qui est écrit : Le Seigneur donnera la grâce et la gloire ^. Ne dédaignez pas le premier présent si vous désirez ceux qui suivront : ne repoussez pas le premier mets si vous voulez goûter ceux qui viendront après, ou, à la place de la litière dans laquelle il nous est offert, ne refusez pas à prendre ce qui vous est présenté : car notre pacifique s'est préparé une litière incorruptible, en prenant un corps affranchi de la corruption et destiné à servir au monde un mets de salut. Yous ne permettez pas à votre Saint de voir la corruption \ Il est ici question de celui duquel Gabriel disait à Marie : Le Saint qui nattra de vous sera appelé le Fils de Dieu *.

4. Sanctifions-nous donc aujourd'hui, à l'aide de ce saint aliment, afin qu'au lever du jour nous voyions la majesté divine, car un jour saint se lève pour nous, un jour de salut, et non de gloire et de félicité. Tant qu'est an^ noncée la passion du saint des saints qui a souffert au jour de la préparation, on a raison de dire à tous : Sanctifiez-vous aujourd'hui, et soyez prêts, sanctifiez-vous de plus en plus en allant de vertu en vertu , et soyez prêts en persévérant. Et en quoi nous sanctifieronsnous? rai lu dans l'Écriture d'un personnage &mettx que Dieu l'a sanctifié dans la foi et la douceur ^. Sans la douceur, aussi bien que sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. C'est donc justement qu'on nous avertit de now tenir prêts en des vertus qui nous unissent au Dieu dont nous devons contempler la majesté, qui nous unissent entre nous, afin que nous puissions aussi la voir en nous. C'est pourquoi ayons soin de faire le bien, non-seulement devant Dieu, mais devant les hommes, afin d'être agréables, et à notre Roi, et à nos frères^ et à nos compagnons d'armes.

8. Avant tout la foi de laquelle on lit : Par la foi il a purifié leurs cœurs ^. Or, heureux les cœurs purs, car ils verront la majesté de Dieu 7. Confiez-vous donc à Dieu, remettez-vous en ses mains, jetez en lui vos soucis; il vous nourrira, et vous direz avec un filial abandon : Le Seigneur m'a entouré de sollicitude «. Cest une disposition que ne goûtent guères

* Luc, XII, 37. — « Ps., Lxxxiii, 12. — • Ps., xv, 10, * Luc, I, 35. — • Ecole., vxL\, 4. — • Act., xv, 19. — ^ Malh., V, 8. — • Pa., xxxix, 18.

les hommes épris d'eux-mêmes, toujuors inquiets de leur personne et de leur chair, objet de leur désirs, sourds à la voix de celui qui dit : letex toutes vos sollicitudes en lui; il aura soin de wus 1. Car se fier en soi-même, ce n'est plus foi, mais perfidie, et oe n'est plus confiance, mais défiance que de se confier en soi-même. Ce1ui-1& est vraiment fidèle qui ne croit pas à lui-même, qui rie se confie pas en lui-même, qui s'estime un vase brisé, et qui perd son âme de façon à la garder pour la vie étemelle. Or, cette disposition n'est produite que par l'humilité du cœur qui empêche l'arme de s'appuyer sur elle-même; elle la porte à se détacher d'elle-même, et à monter du désert, appuyée sur le bien-aimé, et aussi inondée de délices.

6. La perfection de notre sanctification exige que nous apprenions du Saint des saints la mansuétude et la douceur de la vie sociale, comme il l'a dit lui-même : Apprenez de moi que je suis doua et humble de coeur ^. Qui empêche de proclamer inondé de délices un homme suave, doux, miséricordieux, tout à tous^ qui verse sur tous Thuile de la mansuétude dont il est tellement pénétré et inondé lui-même, qu'elle se répand de toutes parts? Heureux celui qui, préparé par cette double sanctification, peut dire : 0 Dieu! mon cœur est prit y m^n cœur est prêt *. Il trouve, aujourd'hui, dans sa sanctification le fruit de ses efforts, et demain, il en trouvera le terme dans la vie éternelle. Il verra la majesté de Dieu qui est cette vie éternelle, comme la vérité le dit : La vie étemelle consiste à vous connattre^ vous le seul Dieu véritable et celui que vou^ avez envoyé^ Jésus-Christ^, Le juste juge lui rendra la couronne de justice en ce jour qui n'aura pas de lendemain. Alors il verra, il sera dans l'abondance et l'admiration, et il dilatera son cœur. A quel degré ira cette dilatation? Elle ira jusqu'à voir en luimême la majesté de Dieu. Ne croyez pas, mes frères, que ma parole puisse vous expliquer cette promesse de Dieu.

7. Sanctifiez-vous donc aujourd'hui et soyez prêts; demain vous verrez et vous vous réjouirez, et votre joie sera pleine. Et que ne remplirait pas cette majesté? Elle remplira toute la capacité du cœur, elle y débordera en versanty dans votre seinj une mesure bonne, pressée, entassée et débordante ^. Elle débordera au point de dépasser, en un degré sublime, non-seulement nos mérites, mais nos désirs mêmes, car elle peut faire au-delà de la puissance de notre intelligence et de notre espérance. Car nos désirs se rapportent sur-

* I Pierre, v, 7. — « Math., xv, 29. — » Ps., xxxvi, 8. — * Jeao, xvn, 3. — » Luc, vi, 38

tout à trois objets, la conyenance, l'utilité, le plaisir. Voilà ce que nous souhaitons tous, plus ou moins vivement. L'un est tellement adonné au plaisir qu'il songe moins à la décence et à l'utilité; l'autre tout entier à rintérêt, néglige l'honnête et l'agréable. Un troisième enfin indifférent au plaisir et à l'intérêt, ne poursuit que l'honneur. Ces désirs ne sont pas blâmables : si nous cherchions ces

biens où ils sont nous les trouverions. Là où ils sont vraiment, ils sont un, et la même chose constitue ensemble le souverain bien, le souverain intérêt, la souveraine gloire, la souveraine volupté. Autant que nous sommes capables de le comprendre, voilà notre espérance, la vision de Dieu en nous qui nous est promise et où Dieu sera tout en tous, toute joie, toute utilité, toute gloire.

SERMON VI

He rQ4nnonciation du Seigneur.

1. Nous venons d'entendre une annonce pleine de grâce et digne d'être écoutée : Jésus-' Christ le Fils de Dieu nait à Bethléem de Juda. A ces mots mon âme s'est fondue, mon cœur a tressailli et s'est senti pressé de l'habituel désir d'épancher en vous sa joie et ses transports. Jésus veut dire Sauveur. Quoi de plus nécessaire qu'un Sauveur à des êtres perdus?Quoi de plus désirable à des malheureux? Quoi de plus utile à des cœurs désespérés? D'où attendre le salut ou le plus faible espoir de salut, sous la loi du péché, en ce corps de mort, dans ces jours mauvais, en ce lieu d'afïliction, sans ce secours nouveau et inespéré? Peut-être souhaitez-vous le salut : mais dans le sentiment de votre faiblesse et de votre mal, vous redoutez la douleur du traitement. Ne craignez pas, le Christ est doux, suave, riche en miséricorde, tout inondé de l'huile de la joie, plus abondante en lui qu'en tous ceux qui jamais y ont participé; j'entends ceux qui ont puisé à la plénitude de Tonction sans y puiser la plénitude même. Mais de peur qu'entendant parler d'un Sauveur doux, vous ne le croyiez impuissant, le texte ajoute qu'il est Fils de Dieu. Tel le Père, tel le Fils qui peut tout ce qu'il veut. Peut-être aussi qu'à l'annonce de l'utilité du salut et de la douceur de l'onction, vous murmurez, inquiets au sujet de l'honnête. Vous vous félicitez de trouver un Sauveur, vous, semblables au paralytique gisant en son grabat, ou à ce voyageur laissé à demi-mort entre Jérusalem et Jéricho. Mais ce qui ajoute à votre joie, c'est que le méde-

cin n'est pas dur, ni ses remèdes pénibles, ce qui vous empêche de trouver une guérison prompte plus insupportable qu'une longue infirmité. Ainsi, jusqu'à ce jour, trop de malades se laissent mourir en fuyant le médecin : ils connaissent Jésus, mais ils ne connaissent pas le Christ, et c'est d'une manière purement humaine qu'ils jugent du nombre, da la gravité de leur maladie, et de ce qu'il y a d'onéreux dans le remède qui leur est préparé. 2. Si vous êtes assurés d'avoir un Sauveur, à qui est uni le Christ, qui emploie non le fer, mais le baume, non le feu, mais les onctions^ je pense qu'un seul sentiment peut vous émouvoir encore, c'est la crainte que la personne de ce Sauveur ne soit pas assez digne de vous. Cependant je ne vous crois pas assez épris d'ambition, d'honneur et de gloire pour imaginer que, si un de vos compagnons d'esclavage pouvait vous guérir, vous repousseriez son secours. Si un ange, un!archange, un esprit d'une hiérarchie supérieure vous offrait les mêmes services , votre fierté aurait encore moins sujet de se plaindre. Vous devez donc accueillir ce Sauveur, avec un empressement proportionné à la grandeur du nom qui est l'héritage de Jésus-Christ. Voyez si, en s'adressant aux bergers, l'ange n'a pas expressément recommandé ces trois choses , en exposant le sujet de joie qu'il leur annonçait? Un Sauveur vous estné^ disait-il, t7 est le Christ^ le Seigneur^. Réjouissons-nous donc en cette nativité, mes frères, et félicitons-nous des biens qu'elle nous

1 Luc, n, 1 .

POUR LA VIGILE DE U NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR

procure; Tayantage du salut, la suavité de l*onction , et la majesté du Fils de Dieu répandent sur elle un gracieux éclat, et il n'y manque rien de ce que nous pouvons souhaiter, ni rintérét, ni le plaisir, ni la gloire. Oui, réjouissons-nous, repassant en nous-mêmes et redisant cette douce et suave parole : Jésus- Christ le Fils de Dieu naît [ à Bethléem de Juda.

3. Qu'un auditeur indévot, ingrat, irréligieux ne me réponde pas : Ceci n'est pas nouveau, nous le savons bien : tout cela est vieux, et il y a longtemps que le Christ est né. Je le dis aussi : Ceci est arrivé autrefois et même avant. Et il ne sera pas surpris de ces mots autrefois et même avant, celui qui se rappellera ces paroles du prophète : Dans t éternité et au-delà ^ Le Christ est donc né, non-seulement avant nos temps à nous, mais avant tous les temps. Cette naissance s'est enveloppée de ténèbres, ou plutôt elle se cache en une impénétrable lumière , dans le cœur du Père, sur une cime couverte d'ombres épaisses. Pour nous donner de lui quelque connaissance, il est né , né dans le temps et de la chair, né dans la chair, et le Verbe s'est fait chair. Pourquoi s'étonner qu'aujourd'hui encore on dise dans l'Église : Le Christ, Fils de Dieu naît, quand, si longtemps d'avance, on disait positivement de lui : Un enfant nous est nrf 2? Qe mot a retenti il y a longtemps, et aucune âme sainte ne l'a trouvé fastidieux. Car Jésus- Christ, le Fils de Dieu est hier, aujourd'hui et à jamais. C'est pourquoi , le premier homme, le père des vivants , annonçant ce grand mystère que l'apôtre a plus clairement montré dans le Christ et dans l'Église, s'écriait: L'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils seront deux en une seule chair ^.

4. C'est de là qu'Abraham père des croyants a tressailli pour voir ce jour, il l'a vu et s'est réjoui *. Quand son serviteur attestant le Dieu du ciel , lui eût-il fait mettre la main sous sa cuisse ^ , s'il n'avait vu d'avance ce Dieu du ciel naître de sa race ? Ce dessein de son cœur. Dieu le révéla aussi à Thomme de son cœur, quand il lui jurait et lui assurait : Je placerai sur ton trône le fruit de tes entrailles ^. C'est pourquoi il nait à Bethléem de Juda la ville de David 7, selon la parole de l'Ange, pour vérifier la promesse de Dieu et confirmer les oracles adressés aux patriarches. Car cette révélation avait été faite souvent, et

* Exod., XV, 18.— « IsaT, ix,6.- V, 31, 32. — * Jean, vin, 56. czxxi, 11.— "^ Luc, II, 4, 11.

- • Gen., II, 24, et Ephcs. , » Gen., XXIV, 25. — • Ps. ,

en plusieurs manières, aux patriarcheset aux prophètes ^ Et à Dieu ne plaise que les amis du Seigneur aient prêté à ces oracles une oreille négligente , à moins qu'on ne doive accuser de négligence celui qui disait : Je vous en prie, envoyez. Seigneur, celui que vous devez envoyer 2, et de dédain celui qui poussait cecri : Ah! si vous abaissiez les deux, et si vous descendiez ^ ! et le reste. Les saints apôtres ont vu et entendu ces choses, leurs mains ont touché le Verbe de vie, eux à qui il disait spécialement : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez*. Enfin le même' bonheur tant recommandé dans les trésors de la foi , nous a été réservé à nous fidèles , quand Jésus disait encore : Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru^. C'est notre part dans le Verbe de vie. Elle n'est pas à dédaigner , puisqu'elle donne et la vie et la victoire sur le monde , car le juste vit de la foi*, et la victoire qui met le monde à nos pieds, c'est encore la foi 7. Elle est une sorte d'image de l'éternité; en son vaste sein elle enferme le passé, le présent et l'avenir, rien ne lui échappe, rien ne périt pour elle, rien ne la devance.

8. C'est donc avec raison qu'en preuve de votre foi , dès que l'annonce de ce mystère a retenti à vos oreilles , vous avez tressailli d'allégresse, vous avez rendu grâces, vous avez adoré le front sur la poussière, poussés par l'espérance à l'ombre de ses ailes; en apprenant la naissance du Sauveur, chacun de vous ne s'est-il pas écrié en son cœur : Il est bon pour moi de m' attacher au Seigneur ^, ou mieux encore avec le même prophète : 0 mon dme sois soumise à Dieu ®? Malheureux celui qui, prosterné en apparence seulement, en un corps humilié garde un cœur superbe. Car il y a un abaissement criminel au fond, et rempli de ruse 1®. Quiconque ne songe plus à ses détresses, ne sent plus ses désavantages, perd la crainte du danger, recourt avec moins de piété aux remèdes du salut, se soumet moins affectueusement à Dieu, chante moins fidèlement : Seigneur vous êtes devenu notre refuge ^^, son adoration est aussi moins agréable, ses abaissements sont moins sincères, son humiliation moins profonde , et sa foi moins victorieuse et moins vive. Cependant pourquoi est-il dit : Heureux ceux qui ont cru sans avoir vut Croire ce n'est pas donc en quelque sorte voir. Mais remarquez à qui et en quel temps cela est dit : ceci s'adresse à un homme re-

* Ilébr., I, 1.— • Exod., iv, 13. — • IsaljLxiv, 1. — * Luc, x, 23. — » Jean, xx, 29. — • Habac, 11, 4. — ^ I JeaD,v, 4.-8 Ps., lxxii, 28. — » Ps., LXi.6. — ' *• Ecclé.,xix, 23. — " P8,Lxxvix, 1.

pris de n*avoir cru que sur la foi de ses yeux. Voir et croire ce n'est pas la même chose que voir en croyant. Autrement comment Abraham votre père aurait-il vu le jour du Seigneur autrement que par la foi? Et quel sens donner à ce chant de cette nuit : Sanctifiez-vous aujourd'hui et soyez prêts , demain vous verrez en vous la majesté de Dieu , si voir par l'esprit n'est pas se représenter et honorer par une foi sincère le grand mystère d'amour manifesté dans la chair » justifié par l'esprit, dévoilé aux Anges, prêché aux nations, cru dans le monde, et reçu dans la gloire ^ ?

6. Ce qui renouvelle les âmes est toujours nouveau : l'arbre qui porte sans cesse des fruits et ne se flétrit pas n'est pas vieux. Cela est saint qui ne se corrompt pas. Il est nouveau, l'homme qui, soustrait à toute vétusté, ramène à une vie jeune et fraîche ceux-là mêmes dont les os sont envieillis. C'est pourquoi , si vous l'avez remarqué, dans l'annonce si douce qui vioit d'être faite , il est dit et justement, non pas que Jésus-Christ est né, mais qu'il nait : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, naît à Bethléem de Juda. De même, en quelque sorte , qu'il s'immole encore chaque jour, quand nous annonçons sa mort, ainsi semble-t-il naître, quand nous nous représentons fidèlement sa nativité. Demain donc nous verrons la majesté de Dieu, mais en nous et non en lui; nous verrons la majesté dans l'abaissement, la force dans la faiblesse, le Dieu dans Fhomme. C'est l'Emmanuel, le Dieu avec nous, et, pour plus de clarté, écoutez ceci : Le Verbe s'est fait chair, et il a habité en nous >. Dès lors, nous voyons sa gloire, la gloire du Fils unique du Père plein de grftce et de vérité, non la gloire et sa puissance ou de sa clarté, mais la gloire de la bonté paternelle, la gloire de la grâce de laquelle l'apôtre a dit : A /a louange de la gloire de la grâce *.

7. Il naît donc ainsi, mais où, je vous prie? A fiethléem de Juda *. 11 ne faut pas passer si vite sur Bethléem. Allons jusqu'à Bethléem, disent les bergers : ils ne disent pas : Passons par Bethléem. Et si nous n'y rencontrons qu'une petite bourgade, la moindre des villes de Judée, ce détail ne messied pas à celui qui étant riche, s'est fait pauvre pour nous, et de Seigneur souverainement grand est devenu petit pour nous. Il disait : Hewreua Us pauvres d'esprit, le royaume des Cieux est à eux ^ : et encore : Si vous ne changez et ne devenez comme ce petit enfant^ vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux ^. Voilà ce qui le porte à

* I Tim., m, 16. — « Jean, i, U. — • Ephcs., i, 6.— Luc, II, 15. — • Math., v, 3. — • Math., xviir, 3.

choisir une étable et une crèche, une cabane d'argile, l'abri des bêtes, afin de vous apprendre que c'est lui qui relève le pauvre de la boue, et qui sauve tout, les hommes et les animaux.

8. Plût à Dieu qu'il trouv&t Bethléem en nous, afin qu'il vint naître en nos cœurs, et que nous méritions d'entendre ces mots : Le soleil de ju>stice se lèvera sur vous qui craignez Dieu 1 / C'est peut-être ce que nous avons rappelé plus haut, à savoir qu'il &ut la sanctification et une préparation, pour voir en nous la majesté de Dieu. Car, selon le prophète, la Judée est devenue la sanctification \ parce que la confession purifie tout, et la maison du pain (c'est la signification de Bethléem) semblera se rapporter à la préparation. Et quand donc est-il prêt à recevoir un tel hôte celui qui dit: Il n'y a pas de pain dans ma maison ^ î Un autre n'était pas non plus préparé : il lui fallut aller frapper la nuit à la porte d'un ami et lui dire : Mon ami arrive de voyage, je n'ai rien à lui offrir ^. Mon casur est prêt à espérer au Seigneur, disait le prophète, en parlant certainement du juste. Son cœur est affermi, il ne sera pas ébranlé ^ Le cœur qui n'est pas affermi n'est pas préparé. Et nous savons, par, le témoignage du même prophète, que le pain affermit le cœur de l'homme. C*estdoncun cœur aride et sans préparation, le cœur de celui qui a oublié de manger son pain. Au contraire, il est exempt de trouble et préparé à garder les commandements de la vie, celui qui, oubliant ce qu'il laisse en arrière, tend en avant de toutes ses forces. Vous voyez là quel oubli est à éviter, et quel oubli est désirable. Tout Manassé n'a pas franchi le Jourdain ^ il n'a pas non plus tout entier choisi sa demeure en deçà. U y en a qui oublient le Seigneur qui les a créés, et d'autres qui l'ont toujours présent à leur pensée, oubliant leur peuple et la maison de leur père. L'tm perd le souvenir des biens célestes, et l'autre des choses terrestres; celui-ci du présent, celui-là de l'avenir; l'un des choses visibles, l'autre des invisibles ; enfin, l'un perd de vue les intérêts de Jésu»- Christ, l'autre les siens propres. Tous deux sont Manassès, tous deux oublieux, mais l'un oublie Jérusalem, et l'autre Babylone ; l'un laisse le souvenir des choses qui lui sont un obstacle, et il est préparé : l'autre le souvenir des choses utiles, et qu'il ne faudrait pas oublier, et il est totalement impréparé à voir en lui la majesté de Dieu. Il n'est pas cette maison du pain où le sauveur parait ; il n'est

1 Matech., IV, 2. •— * Ps. cini, 2. — • Isal, m, 7, - * Luc, XI, 8.— • Pa. CXI, 8.— «Ps. cm, 15.— ' Josn^ 13.

POUR LA VIGILE DE LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR

pas le Manassé à qui se montre le roi d'Israël, le Dieu assis sur les Chérubins. Aj^parûissex^ denmU Éphraïm^ Bm^mmn et Mawu9é ^ Je crois que ce sont ici les trois personnages sauvés et appelés par un autre prophète, Noé, Daniel et Job 2. Je les crois aussi désignés par les trois bergers auxqueb, quand naquit l'Ange du grand Conseil, l'Ange de Noël annonça une grande joie.

9. Voyez si ce ne sont pas aussi les trois mages venus non-seulement de l'Orient, mais aussi de l'Occident, pour se ranger avec Abraham, Isaac et Jacob. Peut-être que sans invraisemblance, à Éphraïm (mot qui signifie fiructification) se rapporte l'offrande de l'encens : car offrir un encens digne et suave est l'attribut de ceux que Dieu a établis pour aller et porter du fruit , c'est-à-dire des prélats de l'Église. Benjamin , le fils de la droite, doit offrir de l'or, afin que le peuple fidèle, placé du côté droit, mérite d'entendre du juge cette parole : Tai eu faim et vous m'avez donné à manger \ etc. Or, Manassé (s'il veut toutefois que Dieu se montre à lui), doit offrir la myrrhe de la mortification que notre profession exige surtout. Ceci soit dit pour nous qui n'appartenions pas à cette partie de la tribu de Manassès restée en deçà du Jourdain : oublions plutôt ce que nous avons laissé derrière nous, et tendons en avant de toute notre

énergie.

10. Revenons maintenant à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé , ce que le Seigneur a fidt et nous a montré. Nous l'avons déjà dit, c'est la maison du pain , il fidt bon y demeurer. Car là où est le Verbe de Dieu ne manque pas le pain qui fortifie le cœur, selon le mot du prophète : Fortifiez-moi par voe paroles ♦. C'est en effet de la parole sortie de la bouche de Dieu que l'homme vit; il vit dans le Christ, et le Christ vit en lui. Il y naît, il y apparaît, il n'aime pas les cœurs chancelants et vacillants, mais solides et affermis. Celui qui murmure, hésite, oscille, songe à retourner à la fange et à son vomissement, à abandonner ses résolutions et ses projets , celui-là n'est pas Bethléem , il n'est pas la maison du pain. La famine seule , et une grande feimine le pousse vers l'Egypte , pour y paître d'immondes animaux , et envier les siliques dont ils se nourrissent; il est loin de la maison paternelle, où les mercenaires même, on le sait, trouvent un pain abondant. Jésus-Christ ne naît pas en un cœur pareil, déshérité de l'énergie de la foi, ce véritable pain de vie , car l'Écriture atteste

« P». uaix, 3. — « Ezéch., xiv, 14. — • Molh., xxv, 35. — ^ Ps. cxviii, 28.

que le juste vit de foi ^^ car cette véritable vie de l'àme (qui est Jésus) n'habite en nous que par la loi. Et comment Jésus peut-il naître, et le salut se lever en lui, puisque c'est une maxime constante et certaine que celui qui perse' vèrera jusqu*à la fin sera seul sauvé^^ Que Jésus-Christ ne soit pas en ce fidèle, que ce fidèle ne soit pas de ceux à qui il est dit : Vous avez V onction du «aitu ^, la preuve en est surtout en son cœur desséché, depuis qu'il a oublié de manger son pain. Ce fidèle appartient encore moins au Fils de Dieu, dont TEsprit ne se repose que sur l'âme calme, humble, craintive, et qui redoute toutes ses paroles ^ ; aucim lien ne rattache l'éternité à tant de mobilité. Du reste, quelles que soient notre fermeté, la force de notre foi, notre préparation, l'abondance du pain que nous dispense Celui à qui notre prière dit sans cesse : Donnez-nous notre pain quotidien^ nous devons ajouter: Pardonnez-nous nos offenses ^^ car sinous nous prétendons exempts de péchés, nous nous séduisons nous-mêmes , et la vérité n'est pas en nous ^; car la vérité, c'est celui qui naît nonseulement à Bethléem, mais à Bethléem de Juda, c'est Jésus-Christ le Fils de Dieu.

11. Allons donc à la rencontre du Seigneur, la confession sur les lèvres, afin que, sanctifiés et préparés nous soyons aussi Bethléem de Juda, et que nous méritions ainsi de voir en nous le Christ naissant. Mais s'il est une àme assez parfaite (et cette perfection est grande pour nous) pour être une vierge féconde, l'étoile de la mer, pleine de gr&ce, et possédant le Saint- Esprit, je crois que Jésus-Christ daignera naître non-seulement en elle, mais d'elle. Ne nous arrogeons pas ce privilège , à moins que luimême ne nous ait spécialement désignés du doigt en disant : Voici ma mère et mes frères 7. Écoutez une de ces âmes : Mes petits etifants^ vous que f enfante de nouveau^ jusqu^à ce que iésus-Christ soit formé en vous^. Si Jésus- Christ semblait naître en eux quand il était formé, pourquoi ne pas dire aussi qu'il naissait de l'apôtre qui l'enfantait en ses disciples? C'est, toi synagogue impie, qui nous as donné ce fils , envers lequel tu as rempU l'office de mère, sans en avoir l'affection. Tu l'as rejeté de ton sein, tu l'as chassé hors de la cité, et l'élevant au-dessus de la terre , tu as semblé dire à l'Église des nations et à celle des premiers-nés qui est au ciel : D ne sera ni à vous, ni à moi, qu'il soit partagé, non partagé entre nous, mais déchiré par nous. Après l'a-

* Habac, 11, 4. — « Math., x, 22. — » I Jean, 11, 20. — * Isal, uvi, 2. — » Math., vi, 11, 12. — • I Jean, i, S. — ' Math., HX, 49. — » Galal., iv, 19.

voir chassé, enlevé, élevé assez pour qu'il ne lût plus ni en tes murs, ni sur la terre, tu l'as pressé de toutes parts avec le fer, pour qu'il n'échappât d'aucun côté, et que, séparé de toi, il ne pût arriver à aucune de ces églises. Mère cruelle, tu as tenté l'avortement, puisqu'aucune main n'était prête à recevoir l'enfant que tu rejetais. Vois maintenant à quoi tu as réussi, ou plutôt regarde la stérilité de tes

efforts. Les filles de Sion sortent de toutes parts, elles viennent contempler le roi Salomon sous le diadème dont tu l'as couronné. Quittant sa mère, il s'attache à son épouse, et ils sont deux en la même chair ; chassé de la cité , élevé de terre, il attire tout à lui, car il est le Dieu béni par -dessus tout à travers les siècles. Ainsi soit-il.

POUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

SERMON I

^es sources du Sauveur.

1. C'est une grande solennité, mes frères, que la Nativité du Seigneur : mais la brièveté du jour nous ordonne d'abréger aussi notre entretien. Et quelle merveille si nous abrégions notre parole, quand Dieu le Père lui-môme a comme abrégé son Verbe ! Voulez- vous savoir combien était grand celui qui est ainsi rapetissé? Je remplis le ciel et la terre i, dit le Verbe lui-même. Et maintenant il est fait chair; il est couché dans une crèche étroite I De toute éternité^ vous êtes Dieu ^, dit le prophète ; et le voilà enfant d'un jour! Pourquoi cela, mes frères ? et quelle nécessité oblige le Dieu de majesté à s'anéantir et à s'humilier de la sorte? C'est afin que nous l'imitions. Déjà son exemple nous prêche ce que sa parole nous redira plus tard : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ^ : et il aura raison récrivain sacré : Jésus a commencé par faire et par enseigner *. Je vous en conjure, ô mes frères, qu'un si grand exemple ne vous soit pas inutile : reproduisez-le, et renouvelez votre cœur sur ce modèle. Appliquez-vous à

* Jérém., xxiii, 24. — « Ps. lxxxix, 2. — » Math., xi, 29. — * Act., I, 1.

l'humilité, fondement et gardienne de toutes vertus, cherchez- la; seule elle peut sauver vos âmes. Quoi de plus indigne, de plus odieux, et mérite de plus sévères châtiments que de voir un Dieu devenu petit Enfant et de poursuivre cependant la grandeur ici-bas? C'est une impudence insupportable à un vermisseau de s'enfler et de se grossir, quand la majesté suprême s'anéantit.

2. Tel est le motif pour lequel s'est anéanti en prenant la forme de l'esclave, celui qui, dans la forme divine, était l'égal duPère : mais il a anéanti sa majesté et sa puissance , et non sa bonté et sa miséricorde. Car que dit l'apôtre T La bonté et C humanité de Dieu notre Sauveur nous est apparue ^ Sa puissance était apparue dans la création et sa sagesse se montrait chaque jour dans le gouvernement du monde : mais sa bonté et sa miséricorde se sont surtout révélées quand il s'est fait homme. Sa puissance s'était fait connaître aux Juifs par des signes et des prodiges : aussi dans la loi trouvez-vous sans cesse ces mots : Moi le Seigneur j moi le Seigneur. Sa majesté a été aussi

1 Titc, m, 4.

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connue des philosophes orgueilleux , puisque selon la parole de Tapôtre, ce qui peut se découvrit de Dieu leur a été mam/'e«(^^. Cependant les Juifs étaient comme écrasés sous cette puissance, et les philosophes, scrutateurs audacieux de la majesté, succombaient sous son poids. La puissance appelle la soumission, la majesté l'admiration, ni Tune ni l'autre ne provoquent l'admiration. Seigneur ! que la bonté se montre , afin que l'homme fait à votre image se règle sur elle , car majesté, puissance, sagesse sont des attributs inimitables , et qu'il est défendu d'envier. Jusques à quand donc votre miséricorde, resserrée en une partie du monde angélique,laisse-t-elle la justice régner sur le reste et sur le genre humain? Seigneur ^ votre miséricorde est au eiel, et votre vérité s'élève jusqu'aux nues ^ y condamnant toute la terre, ainsi que les puissances de l'air. Que la miséricoixle dilate ses bornes, étende ses frontières, élargisse son sein, atteigne avec force les extrémités et dispose tout avec douceur I Votre sein , mon Dieu, est resserré par la justice, dénouez votre ceinture et venez riche de pitié, et surtout débordant de charité.

3. 0 homme, pourquoi crains-tu? pourquoi trembles-tu à l'approche du Seigneur î II vient sauver la terre et non la juger. Jadis un serviteur infidèle t'a poussé à dérober le diadème royal pour le mettre sur ton front. Pris sur le fait tu avais raison de craindre et de fuir devant le roi véritable. Déjà le glaive de feu lançait sur toi ses éclairs. Aujourd'hui tu es dans l'exil , tu manges ton pain à la sueur de ton front , et une voix a retenti sur la terre pour annoncer l'arrivée du souverain dominateur. Où iras-tu te réfugiée? Ah I ne fuis pas, ne crains pas. Il vient désarmé , il cherche à sauver et non pas à punir. Et atin que tu ne dises pas encore : J'ai entendu votre voix, et je me suis caché 3, le voilà silencieux et sans voix. Car ses vagissements excitent plutôt la pitié que la terreur, ou s'il est terrible pour quelqu'un, ce n'est pas pour toi. Le voilà petit en- &nt, une mère vierge enchaîne en des langes ces membres délicats; et tu crains? Ahl ce spectacle doit t'apprendre que s'il vient, ce n'est pas pour perdre, mais pour sauver; c'est pour délivrer et non pour enchaîner. Déjà il combat tes ennemis, déjà la force et la sagesse de Dieu humilient les têtes orgueilleuses et superbes.

4. Tu as deux ennemis, le péché et la mort, la mort du corps et de l'âme. Il vient les combattre tous les deux, et il t'en délivrera, ne crains pas. Il a déjà vaincu le péché en lui-

1 Rom., 1, 19. — « Pfl. XXXV, 6. — » Gen., m, JO.

même, en prenant la nature humaine sans aucune de ses contagions. Il a porté un rude coup au péché et il l'a terrassé, quand cette nature qu'il pouvait se flatter d'avoir flétrie et soumise, s'est retrouvée en Jésus-Christ affranchie de son empire. Puis il poursuit ses ennemis et les atteint ; et il ne retourne pas en arrière qu'il ne les ait taillés en pièces. U combat le péché par sa vie, il l'attaque par ses paroles et ses exemples; mais dans sa Passion il l'enchaîne, ce fort, et il lui enlève ses armes. Toujours Adèle au même plan, il dompte la mort, d'abord en sa propre personne, quand il ressuscite premier-né des morts et prémices des dormants. Puis il la domptera en nous, tous quand il ressuscitera nos corps mortels, et que la mort notre ennemie sera détruite. C'est pour cela qu'à la résurrection il était revêtu de gloire, et bien différent de ce qu'il était à sa naissance où des langes le couvraient. C'est pour cela encore que lui, dont le sein débordait de miséricorde, ne jugeait personne, à la résurrection, s'est environné d'une ceinture de justice, comme pour retenir et comprimer cette miséricorde ; car à partir de ce moment, il se prépare à juger, ce qui aura lieu à notre résurrection. Il est venu d'abord dans la faiblesse de l'enfance, pour montrer sa miséricorde , et par elle tempérer la justice qui éclatera au dernier jugement.

5. Mais sa venue sous les traits d'un enfant nous a cependant procuré de grands avantages, et si vous me demandez quels ils sont, je répondrai : Premièrement, il nous a apporté la miséricorde qui, au dire de l'apôtre, nous a sauvés 1 : car il n'a pas seulement été utile à ceux qu'il a trouvés alors sur la terre ; c'est une source inépuisable. Oui Jésus-Christ nous est ime source qui pacifie selon ce qui est écrit : Il nous a aimés j et il nous a lavés de nos péchés^. Mais ce n'est pas là l'unique emploi de l'eau : si elle lave, elle éteint aussi la soif. Heureux l'homme (c'est le sage qui le dit) qui demeurera dans la sagesse et méditera la justice', et quelques lignes plus loin : L'eau de la sagesse l'abreuvera ♦. Il a raison de dire la sagesse salutaire, car la sagesse charnelle c'est la mort, et la sagesse mondaine est l'ennemie de Dieu. Seule la sagesse qui vient de Dieu est salutaire, elle qui, selon la définition de saint Jacques, est d'abord pudique, puis pacifique^. La sagesse charnelle est voluptueuse et non pacifique. La mondaine est bruyante et non pacifique. Pour celle qui a sa source en Dieu , elle est d'abord pudique, ne cherche pas ses

» Tile, m, 5. — « Apoc., i, 5. — » Ecclé., xiv, 22 — » Id. XV, 3. — » Jacq., m, 17.

Intérêts mais ceux de Jésus-Ghrist; elle ne nous porte pas à &ire notre volonté, mais à chercher celle de Dieu; ensuite elle est pacifique, n'abonde pas en son sens, mais acquiesce plutôt aux idées et aux sentiments des autres. 6. Le troisième emploi 4e l'eau est de servir à l'arrosement nécessaire, surtout aux jeunes plantes, sinon ou elles languissait, ou elles meurent sous l'action de la sécheresse. Qu'il cherche les eaux de la dévotion , celui qui a semé les germes des bonnes œuvres, afin qu'arrosé par la source de la grâce le jardin de la bonne vie, au lieu de se dessécher, se couvre d'une verdure éternelle. C'est ce que demande le prophète par ces mots fue votre holoeau$t$ 8oU ric?ie u gras ^ I Ainsi, dans la M, Aaron eA loué de ce que le feu de chaque jour consumait son sacrifice. Tout ceci nous apprend à relever nos b<mnes œuvres par la ferveur de la dévotion et k douceur de la gr&ce. Trouverons-nous une quatrième source qui nous permette de recouvrer l'antique panidis arrosé par quatre fleuves? Si nous ne pouvons espérer que le paradis terrestre nous soit rendu , comment espérer le royaume du ciel? Je vous dis des choses terrestres et vous ne les croyex pas; si je vous parle des choses eé* lestes^ comment les ùroirex^vous. ^ Mais maintenant, afin quelalréalité du présent nous donne la ferme attente de l'avenir, nous avons un paradis plus délicieux encore que celui de nos premiers parents : ce paradis c'est Jésus- Christ. Nous y avons trouvé trois sources, cherchons la quatrième. Nous avons la source de miséricorde qui lave nos fautes dans les eaux du pardon : la source de sagesse pour étancher notre soif dans les eaux de la discrétion : la fontaine de la grâce pour arroser les plantes de nos bonnes œuvres des eaux de la dévotion. Cherchons des eaux chaudes, les eaux du zèle pour cuire nos aliments. Ces eaux assaisonnent et travaillent nos affections, et les élaborent sous le doux feu de charité. Ce qui fait dire au prophète : Mon cœur s'est échauffé au-dedans de moi^mêmej e/, pendant quejemé' ditais^ un feu s' est allumé en moi ' : et ailleurs : Le zèle de votre maison m* a dévoré ^. Celui qui, dans la douceur de la dévotion, puise l'amour de la justice, dans la ferveur du zèle trouve la haine de l'iniquité. Voyez si ce ne . serait pas de ces sources qu'Isaïe aurait dit d'avance : Vous puiserez avec joie les eaux aux sources du Sauveur ^. Et pour vous assurer que cela se rapporte à la vie présente et non à la vie à venir remarquez la suite ivotM direz en

» Ps. XIX, 4. ^ « Jean, m, 12. ~» Ps. zxxvni, 4. — ♦ Ps. Lxvnx, 10.

ce jour là : Louez le Seigneur et invoquez son nom ^ L'invocation appartint au temps présent, selon ce qui est écrit : Invoquez-moi au jour de la tribulation'^.

*7. Or de ces quatre sources (a), trois semblent convenir aux trois ordres de l'église; et chacun a la sienne. La première est commune à tous, car tous nous péchons, et nous avons besoin de la source de la miséricorde pour effacer les taches de nos Ikutes. Oui, nous péchons tous, et nous avons besoin 4e la gÂce de Dieu *. Prélats, religieux ou prêtres voués au célibat, gens mariés, nous nous trompons nous-mêmes si nous nous estimons exempts de péché "*. Or si personne n*est sans soufllure, la source de la misériconle est nécessaire à tous, et Noé, Daniel, Job doivent y recourir avec la mèmie ardeur. Job, en particulier, a un motif spécial d'aller à cette source ; il marche au milieu des pièges, et, c'est un grand bonheur pour lui s'il échappe au mal. Daniel ira aussi à cette source dont les eaux doivent arroser et féconder ses œuvres de pénitence et sa laborieuse abstinence. Il faut tout faire avec joie, et Dieu aime celui qui donne ainsi s. Notre terre n'est pas fertile en semence de bonne vie, et elle se dessèche vite et aisément si on ne lui vienten aide par des arrosements fréquents. C'est pour cela que, dans l'oraison dominicale, nous demandons la gr&ce, sous le nom de pain quotidien. Et nous avons raison, si nous voulons éviter cette terrible imprécation du prophète: QuHls soient semblables à ces herbes des toits desséchées avant qu*on ne les arrache ^ ! La source du zèle convient spécialement à Noé, car le zèle est la vertu des supérieurs .

8. Tant que nous vivons encore dans la chair, Jésus-Christ nous offre ces quatre sources. La cinquième, la source de la vie, il nous la promet après cette vie, et c'est après elle que David aspirait, quand il s'écriait : Mon âme à soif du Dieu vivant '. Peut-être aussi, est-ce à cause de ces quatre sources que Jésus-Christ, avant de mourir, a été percé sur la croix en quatre endroits, et n'a-t-il reçu la cinquième blessure qu'après sa mort. U vivait encore, quand les bourreaux lui percèrent les pieds et les mains, afin de ménager à notre vie ces quatre sources. Il ne reçut la cinquième blessure qu'après être expiré, afin de nous donner au-delà de la mort une dernière et cinquième source. Mais, tout en parlant des

1 Isal, xiz, 3, i. — *P8. XLix, 15. —' Rom., m, 23. ^ Jean, 1, 8. — • 11 Cor., IX, 17. — • Ps. cxxviu, 6.— ^Ps.xli,2

(a) Voir au 96* sermon sur dwers tujets une autre explication*

POUR LA NATIVITË DU SEIGNEUR

mystères de la nativité, nous voilà arrivés aux mystères de la passion. Et il n'y a rien d*étonr nant à chercher dans la passion les fruits de la naissance de Jésus-Christ^ car c'est à cette

heure, qu'ayant déchiré le sac qui contenait l'argent» il a versé le prix de notre rédemption«

SEMQN II

T>es trois œuvres principales de ^Dieu et d'un triple mélange.

1. Grandet sont les CBuvres de Dieu^ a dit le prophète David ^ et ses œuvres sont grandes, mes frères, parce que lui-môme est grand ; mais ce que ces œuvres renferment de plus élevé, a, avec nous, un rapport particulier, ce qui fait dire au même prophète : Le Seigneur a opéré de grandes choses avec nous^. Avec quelle grandeur Dieu agit-il avec nous? C'est ce que proclament surtout trois de ses œuvres , notre création première, notre rédemption présente et notre glorification future. Que vous êtes grand. Seigneur, en chacune de ces choses ! C'est à vous d'annoncer à votre peuple la puissance de vos œuvres. Pour nous nous ne devons pas les taire. En ces trois œuvres nous avons a considérer un triple mélange qui atteste une force céleste et une vertu divine. Dans k première de ces œuvres, notre création. Dieu a tiré l'homme du limon de notre terre, et a répandu sur sa face un souffle de vie. Quel artiste ! et quelle puissance d'union est la sienne, puisqu'il rassemble ainsi à son gré l'argile et l'esprit! L'argile existait déjà depuis qu'au commencement Dieu avait créé le ciel et la terre. Pour l'esprit il n'a pas une existence générale» mais particulière ; il n'est pas créé en masse, mais inspiré en nous par une excellence singulière. 0 homme ! reconnais ta dignité et la gloire de ta condition ! Tu as un corps avec le monde : il convenait en effet que le Roi de la création matérielle eût avec elle un trait de ressemblance : mais il y a en toi un élément plus sublime, et par lequel tu ne ressembles pas aux autres créatures. En toi sont réunis et associés un corps façonné par Dieu, une àme inspirée par Im.

2. Mais a qui profite ce mélange , et qui donc bénéficie de cette union? Car, selon la sagesse

* P8.,cx, £• — • Pa, xwiii, 13.

des fils de ce siècle, dans l'association de la grandeur et de la bassesse, les puissants l'em* portent et traitent les petits à leur fi&ntaisie. Le plus fort écrase le moins fort, le savant se raille de l'ignorant, l'habUe trompe le simple et le puissant méprise le &ible. Il n'en est pas ainsi dans votre œuvre, â mon Dieu I ni dans l'union que vous avez faite. Ce n'est pas dans ce but que vous avez associé l'esprit et la matière» le sublime et le vil, une créature excellente à une masse abjecte et inerte. Et qui ne voit, mes frères, la supériorité de l'àme sur le corps? Seule la chair ne seraitelle pas insensible et incomplète? L'âme engendre la beauté, la croissance, la vivacité de l'œil et le son de la voix; tous les sens, en un mot viennent d'elle. Cette union me prêche la charité ; je la lis dans mon être même, et la douce main du créateur ne me l'enseigne pas seulement, elle l'a gravée sur tous les éléments de mon être.

3. Cette union est magnifique, mais à la condition d'être stable. Hais hélas! encore que Dieu l'eût comme scellée de son sceau (car il a créé l'homme à son image et à sa ressemblance), ce sceau est rompu, et l'unité détruite . Un infâme voleur est venu briser ce sceau tout fraîchement appliqué , et ainsi la ressemblance divine étant altérée, l'homme infortuné a été comparé aux animaux sans raison, et leur est devenu semblable ^ Dieu a fait l'homme droit, et c'est là cette ressemblance dont il est dit : Le Seigneur notre Dieu est droit ; il n'y a point d'injustice en lui ^. 11 l'a créé aussi dans la vérité et la justice, puisqu'il est lui-même vérité et justice , et cette imité devait subsister avec l'intégrité du sceau que Dieu y avait mis. Un faussaire est venu,

* p8. xnxvxii, 13. — * Ps. Lsoxi, I6«

qui a promis à des cœurs ignorants un sceau meilleur, et, ô malheur ! il a bris<!* celui qu'une main divine avait apposé. Vous serex^ disait-il, comme des Dieu^, sachant le bien et le mal ^. 0 méchant ! à quoi leur sert donc cette ressemblance de science? Oui, qu'ils, soient comme des Dieux par la rectitude et la justice; qu'ils soient vrais comme Dieu, en qui le péché n'entre pas. Si ce sceau demeure, l'unité tiendra. Mais nous sentons déjà, pour notre malheur, ce que la perfidie du Démon nous a persuadé. Le sceau est rompu, et la conséquence est une amère séparation, un triste divorce. Méchant ! Qu'est devenue ta promesse : Vous ne mourrez pas? Voilà que nous mourons tous, et pas un homme n'échappe à cette nécessité.

4. Mais quoi, mon Dieu! votre ouvrage ne sera-t-il jamais réparé ? Ses ruines ne se relèveront-eUes jamais? Celui qui a bâti l'édifice peut seul le reconstruire. Aussi, à causs de la misère des pauvres et des gémissements des indigents^ je me lèverai^ dit le Seigneur, je les sauveraiy j'agirai en toute liberté^ ^ et l'ennemi n'aura pas l'avantagé sur eux, et le fils de l'iniquité ne leur nuira pas ^. Je vais, dit-il, faire une nouvelle association qui portera mon sceau plus visible et plus solidement empreint; ce sceau ne sera plus l'être façonné à mon image, ce sera mon image même, la splendeur de ma gloire, la figure de ma substance, celui qui n'est pas créé, mais engendré avant les siècles. Et pour que vous ne craigniez pas de rupture, écoutez le prophète : Ma fores a durci comme V argile 4, mais une argile que ne briserait pas le marteau de l'univers même. Le premier mélange a été fait de deux éléments, le second résulte de trois, et ainsi se rapproche du mystère de la Trinité. Le Verbe qui, au commencement, était en Dieu, et était Dieu, l'âme créée de rien, et qui n'avait pas encore l'existence, la chair tirée de la masse de la corruption, et par un procédé divin, gardée pure, comme jamais chair ne le fut, par un lien indissoluble se réunissent dans l'unité de la personne. Vous trouvez ici trois genres de puisssance : ce qui n'existait pas reçoit l'être ; ce qui était perdu est réparé ; ce qui était audessus de tout est abaissé au- dessous des anges. Voilà ces trois mesures de farine dont parle l'Evangile, qui fermentent ensemble *, pour produire ce pain des anges que l'homme mange, et qui affermit son cœur. Heureuse femme I femme bénie entre toutes, dans les entrailles de laquelle le feu de l'Esprit-Saint fait cuire

* Gen., III, 15. — • P8. XT, 6. — > Pi. uaxyiu, 33. '^ ♦ Pa. XXI, 16. — • Math., xra, 33.

ce pain sacré. Heureuse femme! qui a jeté dans ces trois mesures le levain de sa foi. Car elle a conçu par la foi, elle a enfanté par la foi, et comme l'a dit Elisabeth, elle est heureuse d'avoir cru, puisque la parole du Seigneur s'est accomplie en elle *. Ne soyez pas surpris de m'entendre dire que l'union du Verbe et de la chair s'est opérée par l'intermédiaire de la foi, puisqu'il a reçu sa chair de la chair même. Cette explication n'est pas contredite par ce qui est dit de la ressemblance du royaume céleste. Le royaume de Dieu peut bien être comparé à la foi de Marie, puisqu'il est réparé par elle.

5. Aucune créature ne réussira à rompre le lien de cette union ; le prince du monde ne peut rien sur Jésus, et Jean lui-même n'est pas digne de dénouer sa chaussure. Mais quoi? Il faut bien qu'elle soit dissoute, sous un certain rapport, autrement ce qui est rompu ne pourrait être réparé. Un pain auquel on ne touche pas, un trésor où l'on ne puise pas, une sagesse cachée, quelle est leur utilité ? Jean avait donc raison de pleurer parce qu'on ne trouvait personne qui ouvrît le livre, et en brisât les sceaux 2. Tant que ce livre serait resté clos, aucun de nous n'aurait été capable d'y apprendre cette divine sagesse. Ouvrez-le ce livre, ô agneau de Dieu, véritable mansuétude î exposez aux coups du Juif vos mains et vos pieds, afin que le trésor de salut, l'abondante rédemption qui s'y cache en sorte. Rompez votre pain, à ceux qui ont faim . Vous le pouvez seul rompre, vous qui seul pouvez consolider ce qui est brisé, et qui, brisé à votre tour, pouvez seul quitter la vie et la reprendre à votre gré. Daignez permettre que ce temple soit ouvert, mais non ruiné. Que l'âme soit séparée de la chair, mais que le Verbe sauve la chair de la corruption et confère à l'âme une pleine liberté, afin que seule elle soit libre parmi les morts, délivre les captife de leur cachot, et tire des ombres de la mort, ceux qui sont assis en ces ténèbres. Que cette âme sainte dépose sa chair pour la reprendre le troisième jour, afin qu'en mourant, Jésus détruise la mort, et que la^ vie des hommes ressuscite avec lui. C'est ce qui est arrivé, mes chers frères, et c'est le sujet de notre joie. La mort a été tuée par cette mort, et la résurrection de Jésus-Christ nous a régénérés dans l'espérance de la vie.

6. Mais ce qui doit arriver dans la troisième union, qui le dira? L'œil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu le cœur de Phomme n'a pas senti ce que Dieu a préparé à ceux qui l'ai-

* Luc, I, 43. — • Apoc. , T, 4.

POUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

ment i. Cette consommation se réalisera, quand le Christ aura remis son empire à Dieu le Père, et ils seront deux en une seule chair, et en un seul esprit. En effet, si le Verbe en s'unissant à la chair s*est fait chair, à plus forte raison celui qui s'unira à Dieu sera-t-il un même esprit avec lui? Et, dans cette union, Thumilité et une grande humilité sert d'intermédiaire. Dans l'union, objet de notre attente et de nos désirs, une gloire parfaite nous est réservée (si elle est notre lot.) Si nous ayons gardé le souvenir que la première union, celle de T&me et de la chair pour former l'homme, nous prêchait la charité, l'humilité éclate dans celle-ci,

et l'humilité est la seule réparation de la charité blessée. Qu'une âme raisonnable mais créée soit unie à un corps terrestre, il n'y a pas là d'humilité ; l'ftme n'est pas unie à la chair en vertu d'une délibération de sa part; la création l'envoie dans cette chair, et elle s'y trouve du même coup, créée et unie. Ce n'est pas de la sorte que l'esprit souverain, dans sa bonté, et par un effet de sa volonté s'est uni à un corps sans tache. C'est donc avec justice que la glorification suit la charité et l'humilité ; sans la charité, rien ne sert, et celui-là seul qui s'abaisse sera exalté ^

SERMON III

fD« lieuy du temps^ et des autres circonstances de la D^tivité.

1. Dans cette naissance du Sauveur, je remarque, mes frères, deux choses (a) non-seulement distinctes mais tout-à-fait différentes. En effet, l'enfant qui naît est Dieu, sa mère est vierge, et son enfantement est sans douleur. Au sein des ténèbres luit du ciel une lumière céleste, et un ange annonce une grande joie. L'innombrable armée du ciel fait retentir des louanges : la gloire est rendue à Dieu, la paix donnée aux hommes de bonne volonté : des bergers s'empressent et trouvent la merveille qui leur avait été annoncée et la transmettent à d'autres ; tous ceux qui l'apprennent sont dans l'admiration. Ces événements, mes frères, et d'autres encore sont l'œuvre d'une vertu divine, et non de la faiblesse humaine. Ce sont les vases d'or et d'argent, dans cette grande solennité, sur la table du Seigneur, mis au service des pauvres. Il ne nous appartient pas de les ôter : à nous n'est pas donné un plat ou une coupe d'or; nous n'avons que la nourriture ou la boisson qu'ils contiennent. ConsidéTeK atUniivemtnt c$ qu'on vous sert ^ dit le sage. Je reconnais bien, qu'en cette naissance, le temps, le lieu, ce tendre corps, ces vagissements, ces larmes d'un enfant sont à moi , ainsi que la pauvreté et

* I Cor., II, 9. — " ProT., xxra, 1. (a) Trois : Manuscrit des FeuiUanit.)

les veilles des pasteurs à qui la nativité du Christ est d'abord annoncée. Tout cela est à moi et pour moi : tout cela m'est offert et présenté à mon invitation. Le Christ est né, l'hiver et durant la nuit. Est-ce un résultat du hasard, s'il natt dans l'inclémence de l'air, et au milieu des ténèbres, le maître des saisons, du jour et de la nuit ? Les autres enfants ne choisissent pas l'heure de leur naissance ; car, au début de la vie, ils n'ont ni raison, ni liberté de choix, ni faculté de délibérer. Jésus-Christ mes frères, bien qu'il ne fût pas encore homme, était pourtant en Dieu; il était Dieu, et doué de la même sagesse, de la même puissance qu'aujourd'hui, puisqu'il était la vertu et la sagesse de Dieu. Près de naître, le fils de Dieu, libre de choisir le temps, a choisi le plus incommode, pour un enfant, pour le fils d'une mère pauvre, qui avait à peine des langes pour l'envelopper et une crèche pour le coucher. Car je ne vois pas qu'il soit fait ici mention de fourrures, bien nécessaires pourtant. Le premier Adam est couvert de tuniques de peaux : le second est couvert de langes. Ainsi ne juge pas le monde : mais, ou Jésus-Christ se trompe , ou le monde s'égare. Or la sagesse divine ne saurait se tromper. Par conséquent la prudence de la chair (qui est

*Luc, xnr, 11.

une mort), est Tennemie de Dieu i, et la prudence du siècle est traitée de folie >. Et quoi F le Christ incapable de se tromper a choisi ce qu'il y a de plus douloureux pour la chair: donc c'est ce qu'il y a de mieux, de plus utile, de préférable à choisir, et quiconque enseigne ou persuade le contraire, est un séducteur dont il faut se défendre.

2i De plus il a voulu nattre la nuit. Où sont ceux qui mettent tant d'empressement à se montrer? Le Christ choisit ce qu'il estime plus salutaire ; votre choix tombe sur ce qu'il réprouve. Quel est le plus prudent? quel est le jugement le plus juste et l'avis le plus sain? Le Christ se tait; il ne s'élève, ni ne se grandit, ni ne se prêche. Un Ange l'annonce et la milice céleste célèbre ses louanges. Vous qui suivez Jésus-Christ, cachez le trésor que vous avez trouvé. Aimez à être inconnu : que vos louanges sortent d'une bouche étrangère et non de la vôtre. Le Christ naît dans une étable, il est couché dans une crèche. N'est-ce pas lui qui a dit : L'univers est à moi avec tout ce quil renferme 3 p Et il choisit une étable? Pourquoi, sinon pour réprouver la gloire mondaine et condamner la vanité du siècle ? Sa langue est muette encore, et tout en lui crie, prêche, évangélise. Ses membres enfantins ont déjà un langage. Tout ici réfute et renverse lesjugemenls humains. Quel homme, libre de choisir, ne prendrait un corps robuste, rage de raison, au lieu de l'infirmité de l'enfance? 0 sagesse cachée! 0 sagesse vraiment incarnée et voilée? Et cependant, mes frères, c'est l'enfant promis jadis à Israël, capable de repousser le mal et de choisir le bien ^! La volupté du corps est un mal et la souffrance im bien, puisqu'il choisit Fun et repousse Tautre, cet enfant plein de sagesse, le Verbe silencieux. Car le Verbe s'est fait chair, chair infirme, enfantine, délicate, impuissante, incapable encore de toute action et de tout travail.

3. Oui, mes frères, le Verbe s'est fait chair et a ainsi habité parmi nous. Quand, au commencement il était en Dieu ^, il habitait une inabordable lumière 0, et nul ne le pouvait saisir. Car qui a pénétré les pensées du Seigneur et qui a été son conseil^? L'homme charnel ne perçoit pas les choses qui sont de lesprit de Dieu ^. Aujourd'hui l'homme charnel les comprend, car le Verbe s'est fait chair. S'il ne peut rien saisir qui ne soit chair, voilà que le Verbe s'est fait chair : qu'il écoute

* Rom, vin, 7. — • I Cor., m, 19. — • Ps. xlix, 12. — * Isal., VII, 15. — » Jean, i, 14. — « I Tm., vi, 16. — "^ Isal., LX, 13. — • 1 Cor., ii, 4.

donc dans la chair. 0 homme! la sagesse s'offre à toi dans la chair; cette sagesse cachée sort de ses ombres et se rend palpable à tes sens. Aujourd'hui on te prêche, en; quelque façon charnellement de fuir la volupté, parce que la délectation est la porte de la mort. On te crie : Faites pénitence, parce qu'elle est la voie qui contfuit au royaume dte Dieu * ; et c*est du fond de l'étfeble, c'est dte la crèche du Sauveur, que part cette voix. Eh! te disentils autre chose, les membres tendres et délicats de cet Enfant? Ses larmes, ses cris, ne sont-ils pas des prédicateurs assez éloquents? Car Jésus-Christ pleure, mais ce n'est pas comme les autres enfants, ou du moins pour les mêmes raisons. Dans ceux-là, c'est le sentiment seul de la douleur qui leur arrache des larmes ; au lieu que c'est Famour qui en fait répandre à Jésus. Les autres enfants souffrent, ils n'agissent pas, n'ayant encore aucun usage de leur volonté : ce qu'ils endurent les force à gémir; et c'est la compassion seule qui fait pleurer Jésus -Christ. Malheureux enfants d'un père coupable, ils gémissent sous le joug qu'il leur a laissé pour héritage , et Jésus-Christ déplore les péchés de ce père infortuné ! et, ce que nous ne pouvons ignorer, dans peu il répandra tout son sang pour ceux qui sont aujourd'hui l'objet de ses larmes. G dureté de mon cœur I Faites, Ô mon Dieu, que de même que le Verbe s^est fait chair, mon cœur devienne tout de chair, selon ce que vous nous avez promis par un de vos Prophètes : Je vous enlèverai^ le cosur de ftierre que vous avexj pour y substituer un cœur de chair 3. 4. Les larmes de Jésus, mes frères, me couvrent de confusion et me pénètrent de douleur. Je m'amusais à jouer sur la place publique, pendant que dans le secret cabinet du Roi, on prononçait contre moi une sentence de mort. Le fils unique du Roi apprend ma condamnation, il sort aussitôt, se dépouille de son diadème, se revêt d'un sac, et la tête couverte de cendres, les pieds nus, il s'avance ainsi, en pleurant et en sanglottant sur mon malheur. Je l'aperçois, je suis étonné de cette nouveauté, j'en demande et j'en apprends la raison. Continuerai-je encore de jouer, et mépriserai-je ainsi ses larmes ? Il faudrait, sans doute, que je fusse privé de sens et de raison, pour ne le pas suivre, et pour refuser de partager sa douleur. Et voilà, la source de ma honte. Venons maintenant à celle de ma douleur et de ma crainte. Je juge de la nature du danger que je cours par (l'importance du remède. J'ignorais que je fusse blessé, je me croyais sain; et

^ Math., III, 2. ^ > Ezéch., II, 19.

POUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

cependant le Dieu très-haut envoie son Fils, ce Fils né d'une Vierge, et il ordonne qu*il soit mis à mort, pour préparer avec son sang un baume salutaire qui me guérisse de mes blessures. Reconnais, ô homme ! le danger de ces blessures, puisqu'il est nécessaire, que le Christ du Seigneur soit blessé lui-même pour leur guérison. Si elles n'étaient pas de nature & te donner la mort, et la mort étemelle, le Fils de Dieu donnerait-il sa vie pour t'en délivrer 1 Je suis donc couvert de honte, mes frè^ res, de tant m'épargner moi-même, quand je vois une si grande Majesté pénétrée pour moi de tant de compassion. Le Fils de Dieu compatit à la misère de l'homme, il verse des larmes ; et l'homme, accablé sous le poids de sa misère, se livre à la joie. C'est ainsi qu'en considérant le remède, je sens augmenter en moi la douleur et la crainte.

8. Si cependant j'observe fidèlement les préceptes du Médecin, je trouve un grand sujet de consolation. Car, de même que c'est avec raison que j'induis la gravité de la maladie de la nature du remède, je juge aussi qu'elle n'est point incurable, puisqu'on emploie pour la guérir un remède d'un si grand prix. Un médecin sage, disons mieux, la Sagesse même voudrait-elle employer inutilement un si pré* cieux remède ? Or il est certain qu'il ne servirait à rien, s'il ne rendait facilement la santé, et surtout, s'il n'avait aucune efficacité. Quoi donc de plus propre à nous animer à embrasser la pénitence, quoi de plus capable d'enflammer nos désirs, que l'espéranee certaine de notre guérison ? Nous trouvons encore, mes ftières, une autre source de consolation dans la visite que les Anges firent aux bergers , et dans les paroles qu'ils leur adressèrent. Malheur à vous, riches, qui avez ici-bas votre consolation, et qui, par là même , ne méritez pas d'avoir part à celle du Ciel 1 Combien de nobles selon la chair, combien de gens puissants, combien de sages du siècle, qui, à cette heure, étaient mollement étendus sur Içurs

lits ? Aucun d'eux n'a été jugé digne de voir cette nouvelle lumière, de participer à cette joie, d'entendre les anges chanter ce joyeux cantique : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ^ Que les hommes reconnaissent donc que ceux qui, selon l'expression d'un prophète, ne partagent pas le travail des hommes , ne méritent pas d'être visités des anges. Qu'ils reconnaissent combien est agréable aux citoyens du Ciel un travail animé d'une sainte intention ; puisqu'ils daignent adresser la parole, et quelle heureuse parole ! à ceux qui travaillent pour gagner leur vie, et qui y sont même forcés par une nécessité urgente. Sans doute que c'est parce qu'ils les voient soumis à l'ordre du Seigneur, qui, dans la personne d'Adam, leur a imposé l'obligation de manger leur pain à la saeurde leur front *-'.

6. Je vous conjure, mes chers frères, de considérer attentivement tout ce que le Seigneur a fait pour votre instruction et votre salut, et que cette parole vive et efficace, ce verbe fidèle et le plus excellent de tous, cette parole qui est plutôt le fruit de l'œuvre que de la bouche, ne se trouve pas aujourd'hui en vous infructueuse. Croyez-vous, mes frères, que je serais content, si je savais que ce discours dût vous être inutile, et ne produisit sur vos cœurs aucune impression T Et cependant, qui suis-je moi? Que sont mes paroles? Si un homme faible, un homme de néant aurait lieu de regretter son travail inutile, combien, à plus juste titre , le Dieu de toute majesté n'aurait-il pas droit d'être indigné contre nous, si, par la dureté de nos cœurs et notre négligence, nous ne profitions pas du grand avantage qu'il a daigné opérer en notre fitveur? Que le Fils unique de Dieu le Père, Dieu béni dans tous les siècles, qui a bien daigné prendre pour leur salut la forme d'un esclave, préserve ses serviteurs d'un td malheur! Ainsi soit-il.

1 Lac, n, 11 14. — < Qcd., m, 19.

Ton. m. — s. Bern.

SERMON IV

Les bergers trouvent ^arie^ Joseph^ et l'enfant placé dans la crèche.

i. Reconnaissez, frères bien-aimés, Texcellence de cette solennité pour laquelle le jour est trop court et la terre trop étroite. Elle se dilate dans l'espace et dans le temps. Elle devance le jour, elle occupe la nuit, elle remplit le ciel avant la terre . La nuit en effet eut l'éclat du jour, quand, au milieu de ses ombres, une lumière venue du ciel environna les bergers. Et afin que vous sachiez en quel endroit ont commencé les joies de cette fête, celui qui était déjà la félicité des Anges est annoncé comme destiné à devenir le bonheur des hommes, aussitôt la multitude de l'armée céleste se met à chanter les louanges divines. Voilà pourquoi cette nuit, entre toutes, est si solennelle, et consacrée aux psaumes, aux hymnes et aux cantiques spirituels ; et, n'en doutons pas, durant ces veilles, les princes de la cour céleste unis à nos psalmodies les devancent au milieu des jeunes filles qui font résonner le tambourin. Mais comme les autels étinceilent aujourd'hui de l'éclat de l'or et des pierreries I Gomme les murailles sont ornées de tentures ! Croyez-vous que les Anges attirés par ces splendeurs négligeront les hommes vêtus de lambeaux? S'il en est ainsi, pourquoi ont-ils apparu à des bergers plutôt qu'aux rois de la terre et aux prêtres du temple ? Pourquoi le Sauveur lui-même, maître de l'or et de l'argent, consacre-t-il la pauvreté en son propre corps, ou pourquoi cette pauvreté estelle si soigneusement décrite par l'Ange ? Ce n'est pas certainement sans mystère que le Sauveur est enveloppé de langes, et placé dans une crèche, et que cet état nous est recommandé par l'Ange comme un signe. Voilà^ dit-il, le signe : vous trouverez un enfant enzeloppé de langes^. Vos langes, ô Seigneur Jésus, sont un signe, mais un signe qui, jusqu'aujourd'hui, rencontre, de la part de beaucoup, la contradiction, car il en est beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, et, par conséquent, peu qui soient marqués de ce signe. Je recon-

1 Loc, II, 12.

nais, certes, je reconnais Jésus le grand prêtre à ces vils vêtements qui le couvrent, pendant qu'il lutte avec le démon. Je m'adresse à des auditeurs familiarisés avec l'Écriture, et qui n'ignorent pas la vision du prophète Zacharie ^. Mais une fois élevé au-dessus de ses ennemis, notre chef a changé de vêtements ; il s'est paré d'éclat ; il s'est enveloppé d'un manteau de lumière ; il nous a donné l'exemple et enseigné à faire comme' lui. Dans le combat, en effet, une cuirasse de fer est plus utile qu'une robe de lin, bien que la première soit un fardeau, et la seconde un insigne d'honneur. Le moment viendra pu les membres suivront leur chef et où le corps entier chantera dans un même esprit : Vous avez déchiré le sac grossier qui m'enveloppait, et vous m'avez environné de joie 2.

2. Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et posé dans une crèche. Et un peu après : Ils vinrent à la hdte, dit l'évangéliste, et tro^ vèrent Marie^ Joseph^ et l'enfant posé dans la crèche «. Pourquoi l'Ange semble-t-il recom* mander la seule humilité de l'enfant qui n'est cependant pas seule trouvée par les bei^ersf Peut-être que l'Ange leur recommande d'une façon spéciale cette humilité, parce que seul Jésus-Christ était resté humble parmi la masse précipitée dansForgueil? Ou bien encore, l'humilité est annoncée par un message céleste parce qu'elle est comme la vertu propre à offrir à la majesté divine. Les bergers n'ont pu la trouver seule, par la raison que la grâce est donnée aux humbles. Ils trouvèrent donc Marie et Joseph, et l'enfant couché dans la crèche; car, de même que l'enfance du Sauveur représente l'humilité, ainsi la continence est bien figurée par Marie, la justice par Joseph l'homme juste, loué par TÉvangile. Qui ne sait que la continence se rapporte à la chair? Mais la justice est une vertu qui rend à chacun ce qui lui est dû, et il la faut nécessairement pratiquer envers le prochain. Pour l'humilité, elle nous

» Zach., m. — « Pb. xb, 12. — » Lac, ii, 16.

SUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR-

réconcilie avec Dieu, et nous soumet à lui ; il se plaît à la voir en nous, et, comme l'a dit la bienheureuse Vierge, il aregàrdé ï humilité de sa servante ^. C'est pourquoi celui qui se livre à la fornication pèche contre son corps, celui qui fait une injustice pèche contre son prochain, et celui qui s'enfle et s'élève pèche contre Dieu. Le fomicateur se déshonore, Tinjuste blesse son frère, le superbe déshonore Dieu autant qu'il est en lui. Je ne donnerai pas ma gloire à un autre ^, dit le Seigneur. Et moi, répond le superbe, je la prendrai, si vous ne la donnez pas. Le partage fait par l'Ange ne lui convient pas, ce partage qui donne d Dieu la gloire, aua ?iommes la paix. Au lieu d'honorer Dieu, cet impie, cet infidèle s'élève contre lui. Et qu'est-ce que la piété, sinon le culte de Dieu? Et qui donc honore Dieu, sinon celui qui, volontairement soumis à son autorité, a toujours les yeux de son cœur dirigés vers le Seigneur,

comme des serviteurs ont leurs regards attentifs aux ordres de leur maître?

3. Voulons-nous qu'on trouve toujours en nous et Marie et Joseph et l'enfant couché dans sa crèche, menons ici-bas une vie sobre, juste et pieuse. C'est pour cela que s'est montrée la grâce de Dieu venu pour nous instruire: et en cela se révélera aussi sa gloire. Vous lisez en effet ceci : La grâce de Dieu est apparue à tous les hommes^ nous instruisant à renoncer à l'impiété et aux désirs du siècle, dans l'attente de l'espérance bienheureuse et de tavènement de la gloire du grand Dieu ^. Dans ce petit enfant , la grâce s'est montrée pour notre instruction. Mais il sera grande comme Gabriel l'a dit de lui, et ceux que l'enfant a formés à l'humilité et à la mansuétude, il les élèvera et les glorifiera plus tard, quand lui-même Jésus-Christ notre Seigneur, béni dans les siècles, viendra dans sa grandeur et sa gloire.

SERMON V

Sur ces paroles de Fo^pôtre : ^éni soit le H^îeu *Père de notre Seigneur Jésus-Christ , le

Tère des miséricordes^ le *Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations.

1 . Béni le Dieu qui , dans l'extrême charité dont il nous a aimés, nous a envoyé son cher Fils, l'objet de ses complaisances, afin de nous réconcilier avec lui-même, et de nous rendre la paix, et qui en a fait et le médiateur et l'otage de cette réconciliation ! Mes frères, nous n'avons plus à craindre avec un si doux médiateur, et un si fidèle otage ne doit nous laisser aucune inquiétude. Mais quel est, direzvous, ce médiateur qui naît dans une étable, qu'on dépose dans une crèche, qu'on enveloppe de langes, comme les autres enfants, qui pleure comme eux, et qui glt étendu, sans voix, à la façon de nous tous , dans son berceau? C'est assurément un grand médiateur et dans tous ces détails, il cherche sérieusement et efficacement tout ce qui intéresse la paix. Il se tait, mais c'est le Verbe réduit au silence et à un silence éloquent. Consolez-vous^ consolez-vousy dit le Seigneur votre Dieu K Celui qui parle

1 Luc, I, 48. ^ s Isal. xui, 8.— * InT, xl, 1.

c'est TEmmanuel, le Dieu avec nous. Voilà ce que crient et cette étable, et cette crèche, et ces larmes, et ces langes. L'étable nous crie qu'elle est une hôtellerie préparée pour guérir l'homme tombé au milieu des voleurs 2. La crèche crie qu'elle contient la nourriture destinée à ce même homme devenu semblable à la bête '. Ces larmes, ces langes, proclament que ses blessures sanglantes sont lavées et pansées. Puisque le Christ n'a eu besoin d'aucun de ces secours, rien de tout cela n'est pour lui, tout est pour les élus. Ils respecteront mon Fils ♦, dit le Père des miséricordes. Oui, Seigneur, on le respectera, mais qui l'entourera de cette vénération? Ce ne sont pas les Juifs, mais les élus pour qui il a été envoyé.

2. Ah ! vénérons-le dans l'étable, sur le gibet, dans le sépulcre. Nous l'avons reçu pieusement, quand il a revêtu pour nous la faiblesse

» Tile. n, 11-13. — « Isa!} Luc, x, 30. — » Ps. xlviii, 13. — «Math., XXI, 37.

de renftmee. Entourons-le de notre vénération quand pour nous aussi il est sanglant, pftle et couché au tombeau. Nous Tadorons avec les Hia|^, nous embrassons avec Siméon l'enfluice du Sauveur, recevant votre miséricorde au milieu de votre temple, car c*est de lui que nous lisons : La mUiricordê du Seigneur est éterwelle^. Et qui donc estcoétemel au Père, sinon le Fils et le Saint-Esprit? Tous les deux sont plutôt la miséricorde même que miséricordieux. Néanmoins le Père est aussi miséricorde. Et tous les trois ne sont qu'une miséricorde, comme ils n'ont qu'une essence, une sagesse, une divinité, une majesté. Mais dans ce nom de Père de$ miséricordee donné ici k Dieu, qui ne voit leFlb désigné par son propre nom? Oui il est bien le Père des miséricordes lui qui ne sait que pardonner et épargner.

3. Mais on me dira peut-être : Gomment est-ce sa fonction propre de pardonner, si ses jugements sont de profonds abîmes ^? On ne dit pas, en effet, toutes ses voies sont miséricorde seulement, mais miséricorde et vérité '. Il est aussi juste que miséricordieux, lui, dont on célèbre à la fois la bonté et le jugement ^ ; il &it miséiicorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut ^ Mais la miséricorde est son attribut propre, car c'est en lui-même qu'il puise la matière et comme la semence de cette miséricorde. S'il juge, s'il condamne, nous l'y contraignons en quelque sorte, et encore la correction, qui sort de son cœur, est-elle une miséricorde. Entendez - le dire lui - même : Est' ce que je veux la mort de l^impie^ dit le Seigneur, et non sa conversion et sa vie ^1 C'est donc avec raison qu'il est appelé, non le Père des justices et des vengeances, mais le Père des miUricordes ; ce n'est pas seulement parce qu'un père préfère l'indulgence à la colère, et prend en pitié les fils qui le craignent, c'est surtout parce que Dieu puise en lui-même, en son fonds, le principe et la raison de sa miséricorde, tandis que c'est nous qui fournissons à sa justice et à sa vengeance l'occasion de se déployer.

4. Mais si ces raisons justifient le titre de Père de la miséricorde, pourquoi ce mot, Père des miséricordes? Dieu a parlé, dit le Prophète, et j'ai entefidu ces deux choses : Le pouvoir appartient dDieu, et à vous^ Seigneur^ la miséricorde 7, Du reste l'apôtre, dans un seul Verbe et un seul Fils, nous montre une double miséricorde, en disant le Père non de la miséricorde, mais des miséricordes , et en appe-

» Pt. cxii, 17. — « Ibki. XXXV, 7. — » Ibid., ixiv, i6.— * Ibid., €, i. ^ • Rom., xx, 18. - • Exécb., xviii, 23. ~ "f Pb. uu, 12, 13.

lant Dieu le Dieu, non d*une, mais de toute eonsolationj qui nous console non-seulement dans cette tribulation ou dans cette autre, mais dans toutes nos tribulations. Les miséricordes du Seigneur sont nombreuses, a-t-on dit 1 , sans doute parce que nombreuses sont aussi les épreuves des justes, et que le Seigneur les en délivrera. II n'y a qu'un Kls deDieu,un Verbe; mais notre misère est multiple, et appelle non-seulement une grande miséricorde , mais la multitude des miséricordes. Peut-être aussi comme l'homme est un composé de deux substances, toutes les deux si riches en misères, a-t-on raison de reconnaître en lui une double misère^ encore que chacune en ait d'infinies. Les tribulations de notre corps et de notre cœur sont en effet innombrables ; mais celui qui a sauvé Thomme tout entier nous en affranchit, comme il est le ¥Us de Dieu, tm Fils un et unique, qu'il est déjà venu, pour nos âmes, ôter les péchés du monde, et qu'il doit revenir pour ressusciter nos corps, et les rendre conformes à son corps glorieux, peut-être en l'appelant le Père des miséricordes, confessons-nous cette double miséricorde. Car, en prenant un corps humain et une &me humaine, le Seigneur votre Dieu ne dit pas seulement une fois consolez-vous, mais comme nous l'avons rappelé plus haut, consolez-vous^ consolez-vous^ afin de nous don«ner la certitude qu'il sauvera ces deux parties de notre être, lui qui a daigné se les unir toutes les deux.

8. Mais en qui le Sauveur opèrera-t-il cette œuvre de miséricorde? En son peuple i. Il sauvera aujourd'hui du péché, non pas tous les hommes, mais son peuple >, et plus tard, il rendra glorieux comme le sien, non tous les corps, mais le corps humilié s. Le peuple qu'il console, c'est le peuple humble qu'il sauvera , puisqu'il abaissera les yeux de Yor^ gueil. Et voulez-vous connaître son peuple ? Le pauvre vous a été laissé ^, dit l'homme selon le cœur de Dieu. Et lui-même dit, dans l'Évangile : Malheur à vous^ riches qui a/oez votre consolation & 1 Plût au ciel, frères bienaimés, que nous souhaitions d'être rangés parmi ce peuple que Dieu console, et non dans celui à qui il dit : Malheur 1 Pourquoi consolerait-il ceux qui ont déjà leurs consolations 7 Le silence du Christ ne console pas les bavards, ni ses larmes les rieurs de profession, ni ses langes ceux qui marchent vêtus d'amples habits. Sa crèche, son étable ne consolent pas ceux .jui aiment les premières places dans

s Throo., m, 32. — «Math., i, 21. — * Pbflipp., m, 91* — * P». IX, 14. — • Luc, Yi, 24.

POUR lA NATIVITÉ DU SEIGNEUR.

les synagogues : toutes ces consolations sont le partage des &mes qui attendent le Seigneur dans le silence, les larmes et la pauvreté. Du reste qu*on entende les anges eux-mêmes : ils n'adressent pas à d*autres leurs consolations. (Testa des bergers veillant la nuit sur leur troupeaux qu'est annoncée la joie d'une lumière nouTcUe, c'est pour eux que le Seigneur, leur dit-on, est né. C'est pour les pauvres, pour ceux qui souffrent^ et non pour yous, riches,

qui avez yotre consolation et la malédietian diyine, qu'un jour sacré a lui au milieu das veilles de la nuit« que les ténèbres ont eu l'éclat du plein midi« Tange disant : Il vou$ «t I ni aujourd'hui un Saumeur ^ Aujourd'hui* #t non cette nuit. La nuit a donc disparut et La jour est arrivé, le vrai jour enfiintë par k jour, le salut de Dieu, Jésus-Christ notre Seigneur, qui est le Dieu béni dans les siècto. Ainsi soit-il.

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