‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 48 sur 79 · SERMON UNIQUE · texte numérisé non relu

SERMON UNIQUE

Dêi quatre solennités cùfUinues^ de la T^atMtéy de saint Etienne, de saint Jean^ et

des saints Innocents,

i. Béni celui qui vient an nom du Seigneur, le Dieu, le Seigneur qui nous a éclairés < ! Béni soit aussi son nom glorieux qui est saint > I n n'est pas venu inutilement, le Saint né de Marie, mais il a répandu avec abondance et le nom et la grâce de la sainteté, et c'est par là qu'Etienne, que Jean, que les Innocents sont devenus saints. C'est donc par une sage disposition que cette triple solennité accompagne la Nativité du Seigneur; c'est non-seulement afin que la dévotion dure et persévère à travers ces fttes qui se tiennent, mais afin aussi que le fruit de la Nativité nous soit ainsi rendu plus sensible. Car, dans ces trois solennités, il convient de remarquer trois sortes de sainteté, et je ne crois pas qu'à l'exception de ces trois on puisse en rencontrer une quatrièmedans les hommes. En saint Etienne, nous avons le martyr réel et voulu, nous n'en trouvons que la volonté en saint Jean , et que l'acte dans les Innocents. Tous ont bu au calice du salut corporellement et spirituellement à la fois, ou spirituellement ou corporellement seulement. Vous boi-

* P». cxyii, 26, 27.— «Dan., m, 52.

tes mon calice, disait le Seigneur à Jacques et à Jean^, et il parlait certainement du calice de sa passion. Et lorsqu'il disait à Pierre : Suismoi, il est évident qu'il l'excitait à imiter sa passion. Pierre se tournant vit le disciple que Jésus aimait, qui le suivait plus par l'affection du cœur que par la précipitation de la marche. Jean but donc aussi au calice salutaire, et suivit Jésus-Christ ainsi que Pierre, bien que d'une autre façon. S'il est resté plus longtemps sur la terre, et s'il n'a pas suivi le Seigneur par une passion corporelle, ce fut un dessein d'en haut, comme Jésus-Christ le dit lui-même : Je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que je vienne^ : comme s'il disait : Il voudrait aussi me suivre, mais je veux qu'il reste. 2. Si quelqu'un doute de la gloire des saints Innocents, c'est qu'il ne croit pas que ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ sont au nombre des enfants d'adoption; et celui-là seul peut refuser la couronne du martyre aux enfants qui ont été massacrés pour Jésus- Christ. Comment, en effet , si son dessein

* Luc, n 1 1. — • Math., xx, 23. — • Jean, xxi, 19, 22.

n*eût été de les rendre heureux, cet Enfant qui est né pour nous, et non contre nous, aurait-il souffert que ces petites créatures venues au monde au même temps que lui, fussent mises à mort, lorsqu'il pouvait l'empêcher par un seul mouvement de sa volonté, et si la mort n'eût été pour eux la source d'un plus grand bien î Peut-on croire que si la circoncision suffisait aux enfants, dans l'ancienne loi, sans aucun concours de leur volonté, pour être sauvés , comme le baptême dans la nouvelle, le martyre enduré pour lui n'ait été suffisant pour en faire des saints? Si vous me demandez en quoi consiste leur mérite auprès de Dieu, pour être ainsi couronnés : je vous dirai demandez à Hérode quel crime ils avaient commis pour être massacrés? Croyez -vous que la bonté de Jésus-Christ soit moindre que la cruauté d'Hérode ? Et si celui-ci a pu faire périr des innocents, croyez-vous que le Christ ne puisse accorder la couronne du martyre à ceux qui l'ont enduré à sa place ? Qu'Etienne soit martyr aux yeux des hommes, lui dont la passion a paru volontaire surtout quand, à sa dernière heure, il a montré plus de sollicitude pour ses bourreaux que pour lui, et a surmonté la douleur sensible par une affectueuse compassion ; le crime de ses persécuteurs lui a causé plus de peine que ses propres blessures. Que Jean soit martyr devant les Anges, car, en leur qualité de créatures spirituelles, ils ont mieux vu les marques spirituelles de son dévouement. Mais ceux-ci, mon Dieu, sont vos martyrs. Oui, ce sont vos martyrs. Si, ni les hommes ni les Anges, ne trouvent en eux aucun mérite propre, ils y trouveront au moins l'ouvrage de votre grâce. Vous avez mis la perfection à vos louanges , Seigneur, par la bouche des enfants encore à la mamelle K Les Anges chantent: Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté^ ; mais, j'ose le dire, la louange ne sera parfaite, que quand celui qui dira : Laissez venir à moi ces petitSj parce que le royaume de Dieu leur appartient^, sera arrivé, et lorsque, dans le sacrement de sa miséricorde, il donnera la paix aux hommes sans aucim concours de leur volonté.

3. Qu'ils considèrent bien ceci ceux qui ont coutume de disputer sur l'union nécessaire de la volonté avec les œuvres pour mériter. Qu'ils fassent bien attention que , lorsqu'on

« Ps. vin, 3.— «Luc, II, 14.— • Math., xix, 14.

le peut, il ne faut négliger ni la volonté, ni les œuvres; mais que, lorsqu'on ne le peut pas, l'un peut sans l'autre non-seulement procurer le salut, mais même la sainteté. Qu'ils croient aussi d'une manière indubitable, que l'œuvre peut être utile sans la volonté, mais jamais contre la volonté; et qu'ils ne disent pas que ce qui procure aujourd'hui le salut des enfants soit la cause de leur damnation. Il est vrai néanmoins que la volonté sans les œuvres est suffisante en quelques-uns, mais non les œuvres sans la volonté. Par exemple, quelqu'un meurt avec une bonne volonté , mais qui n'est pas encore parfaite, n'ayant pas encore assez de force pour souffrir le martyre. Qui dira que cette imperfection soit un obstacle à son salut ? Peut-être le Seigneur l'a-t-il tiré de ce monde, pour qu'il ne fût pas exposé à cette fâcheuse tentation^ de peur qu'il ne vint à manquer à sa foi, et à être damné. Car, si dans cette volonté faible il était mis h une si grande épreuve, qui doute qu'infailliblement, bien loin de se fortifier, il s'affaiblirait, il renierait sa foi, et que, si dans cette disposition il venait à mourir, il périrait infailUblement : Car, nous dit le Sauveur: Celui qui rougit de moi devant les hommes, je rougirai aussi de lui devant les anges de Dieu^. Celui donc qui se sauve dans cette volonté imparfaite, où ne se rencontre pas la faculté d'agir, ne pourrait pas se sauver à cause du défaut d'œuvre , où de son propre défaut dans l'œuvre. La même chose peut arriver relativement à l'ignorance. En conséquence mes frères, travaillons à acquérir la charité, appliquons -nous à faire le bien, ne traitons pas de bagatelle les péchés d'ignorance et de faiblesse; mais, au contraire, pleins de sollicitude et de crainte, rendons grâces à notre bon et libéral Sauveur, qui recherche les occasions de procurer le salut des hommes avec une si ardente charité, qu'il se réjouit de trouver dans les uns la volonté jointe à l'œuvre, qu'il se contente dans d'autres de la volonté sans l'œuvre, et dans d'autres de l'œuvre sans la volonté : car il veut que tous les hommes soient sauvés, et que tous parviennent à le connaître ; car la vie étemelle consiste à connaître le Père qui est vrai Dieu, et Jésus- Christ qu'il a envoyé \ et qui n'est avec lui qu'un seul et vrai Dieu béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.

^ Luc, IX, 26. ^ I Jean, xvii, 3.

Page 1