‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 49 sur 79 · LA CIRCONCISION DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LA CIRCONCISION DU SEIGNEUR

SERMON I

Sur la lecture de l'Évangile : auprès que furent accomplis les huit jours où l'Enfant devait

être circoncis^ on lui donna le nom de Jésus (Luc, ii, 21 .)

1. Nous venons d'entendre un grand mystère de bonté exprimé en peu de mots ; nous venons d*ouïr une lecture bien appropriée à ce Verbe abrégé que Dieu a réalisé sur la terre. Déjà amoindri en effet en prenant notre chair, il s'amoindrit encore en recevant la circoncision. Le Fils deDieus'est abaissé d'un degré au-dessous des anges en revêtant la nature humaine, et aujourd'hui, en acceptant le remède même de notre corruption, il descend mille fois plus bas. Vous trouvez ici et un grand enseignement pour la foi, et un grand exemple d'humilité. En quoi donc pouvait vous être nécessaire la circoncision à vous qui n*avez ni commis le péché, ni contracté ses souillures? Que vous ne l'ayez pas commis, votre âge le prouve. Que vous n'en ayez point contracté la tache, c'est ce que démontre avec certitude et la divinité de votre Père, et l'intégrité de votre mère. Vous êtes ce souverain prêtre, que la loi , en esprit prophétique, veut sans tache et en son père et sa mère K Car il y a ici une prophétie plutôt qu'une prescription. Vous avez un Père éternel, et c'est Dieu, que le péché n'atteint pas. Vous avez une mère dans le temps, mais elle est viei^e, et la pureté n'enfante pas la corruption. Et néanmoins l'enfant est circoncis, lui Agneau sans tache, il veut l'être, sans avoir besoin de ce rite. Exempt de blessure, il consent à s'assujettir au pansement. Il n'en est pas ainsi de l'impie, et ainsi

1 léviL, zxi, 11.

n'agit pas la perversité de l'orgueil humain. Et nous qui souvent tirons gloire de nos plaies, nous rougissons du traitement qui les panse. Celui qu'on ne peut convaincre de péché accepte , sans nécessité , le remède du mal, remède humiliant et austère. Il ne se refuse pas aux atteintes du couteau de pierre, celui-là seul qui n'avait pas à se débarrasser de la rouille vieillie, tandis que nous, qui commettons le péché sans vergogne , nous rougissons de la pénitence, ce qui est le comble de la folie. A un malheureux penchant pour les blessures nous joignons une aversion pire encore pour les remèdes. Celui qui est sans péché ne dédaigne pas de passer pour pécheur, et nous voulons être pécheurs nous, sans passer pour tels. Eh I quoi , la médecine est-elle ainsi nécessaire à qui n'est pas malade? ou plutôt, est-ce le médecin lui-même, au lieu du malade, qui doit user du médicament? Quel homme, ayant je ne dis pas la gloire, mais l'innocence de Jésus-Christ, souffrirait donc qu'une main le circoncit? Jésus-Christ paie, avec patience, ce qu'il ne doit pas, lui, venu pour apporter au monde le remède de ses péchés et non le prendre lui-même. Mais vous direz : Pourquoi ce petit enfant ne le prendrait-il pas? Pourquoi ne le prendrait-il pas lui si humble et si doux? Pourquoi n'accepterait-il pas en silence la circoncision, l'Agneau qui s'est tu sous la main qui le tondait et le crucifiait? D'ailleui*s, il pouvait sans difficulté conserver sa chair

dans son intégrité, celui qui était sorti sans le blesser, d'un sein virginal. Il n*était pas difficile à Tenfant d*éloigner de son corps la blés* sure de la circoncision, puisque mort il s*est aisément gardé de la corruption.

2. Après que furent écoulés k$ huit jours où t enfant devait être circoncis, on lui donna U nom de Jésus. Grand et admirable mystère 1 L'Enfant est circoncis, et on l'appelle Jésus. Quel rapport y a-t-il donc entre ces deux cbosesf N'est-ce pas celui qui a besoin de salut qui devrait être circoncis, plutôt que le Sauveur! N'est-ce pas lui qui devrait plutôt circoncire, qu'être circoncis? Mais reconnaissez ici celui qui vient pour être le Médiateur entre Dieu et les hommes, qui, dès les premiers jours de sa naissance, unit les faiblesses de l'humanité avec les grandeurs de la divinité, ce qu'il y a de plus bas avec ce qu'il y a de plus élevé. U naît d'une femme, mais la fécondité de cette femme ne porte aucune atteinte à sa virginité. U est enveloppé en de pauvres langes, mais ces haillons sont honorés par les cantiques des Anges. Il est caché dans l'obscurité d'une crèche, mais une étoile brillante parait au ciel et la fiUt connaître. De même la circoncision prouve la vérité de l'humanité dont il s'est revèlii, et le nom au-dessus de tous les noms qu'on lui donne découvre la gloire de sa Majesté. U est circoncis comme un véritable descendant d'Abraham, il est appelé Jésus comme un vrai Fils de Dieu. Mon Jésus n'a point comme ceux qui l'ont porté avant lui, un nom vide et sans effet : ce nom est grand, non-seulement dans sa signification, mais en luimême et dans la vérité. Car l'évangéliste nous assure qu'il le reçut du ciel par le ministère de l'Ange, avant même sa conception dans le sein de sa mère. Faites attention à la profondeur de ces paroles. Après que Jésus fut né, il fut appelé Jésus par les hommes , nom dont il avait été appelé par l'Ange avant qu*il fût conçu. Jésus est donc le sauveur de l'Ange et de l'homme : de l'homme, depuis son incarnation; de l'Ange, depuis l'instant de sa création.

3. Et on lui donna le nom de Jésus qui était le nom que l'Ange lui avait donné. Tout se conclut donc entre deux ou trois témoins. Le Dieu amoindri dans le prophète, l'Évangile nous le montre fait chair. C'est nous, mes frères, que cette figure regarde. Car je n'ai eu besoin d'aucun témoignage , soit divin, soit humain ; mais tout est fait pour les élus, ainsi qu'il est écrit i ; nous devons donc chercher ici un triple témoignage de notre

1 IITIffl., u, 10.

propre salut, si nous ne voulons pas paraître avoir pris en vain le nom de notre Dieu. D faut aussi, mes frères, que nous soyons circoncis, et que nous recevions ainsi le nom du salut, n faut que nous soyons circoncis, non selon la lettre, mais selon l'esprit et en vérité. Cette circoncision doit se faire non sur un seul membre, mais sur tout notre corps. Car il faut retrancher tout ce qui appartient au péché; et son venin n'est-il pas répandu sur toute notre chair? Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'est rien de sain en nous; il n'est pas jusqu'à la moindre partie qui ne soit infectée. Et voilà pourquoi le peuple de Dieu, encore faible et petit dans la foi et dans l'amour, ne fut soumis qu'à une circoncision qui ne se faisait que sur une seule partie du corps : mais depuis que, par la foi en Jésus-Christ, il a pris un plus grand accroissement, et est parvenu à l'état de l'homme parfait, il lui est enjoint d'être baptisé dans tout son corps; ce qu'on peut regarder comme une circoncision de l'homme tout entier. C'est aussi pour cela que le Sauveur s'est soumis lui-même à la circoncision d'un de ses membres, le huitième jour de sa naissance, et que, trente ans après, il a voulu être crucifié : supplice où toutes les parties de son corps furent mises à la torture. Et si nous observons fidèlement tout ce qu'il nous a prescrit dans la loi nouvelle, nous sommes en quelque façon transplantés, selon l'expression de l'apôtre ^,par la ressemblance que nous avons avec sa mort. 4. En quoi maintenant doit consister notre circoncision spirituelle, si ce n'est, selon le même apôtre, à savoir nous contenter du nécessaire pour le vêtement et pour la nourriture ^? La pauvreté volontaire, le travail de la pénitence, l'observation de la discipline régulière, opèrent merveilleusement bien cette circoncision, en nous retranchant tout superflu. Nous devons, au reste, dans cette circoncision, pour qu'elle nous soit avantageuse, nous procurer trois témoignages : celui de l'Ange, celui de Marie, et celui de Joseph. Il faut , dis-je, avant toute chose, que l'Ange du grand conseil nous impose le nom du saint. Ensuite nous avons besoin du témoignage de toute la Congrégation, qui est comme la mère de tous, je dis la mère, ou plutôt, cette vierge qui selon l'apôtre a pris Jésus-Christ pour son partage K Mais il ne faut pas que celui qui veut imiter le Sauveur nég^ge le témoignage du serviteur, c'est-à-dire de Joseph, de celui qui tient la place de l'Ëpoux, mais qui n'est que le serviteur et le dispensateur, à qui l'on

* Rom., VI, 5. — « I Tim., vi, 8. — • II Cor., «, 2.

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