‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 50 sur 79 · SUR LES DIVERS NOMS DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LES DIVERS NOMS DE JÉSUS-CHRIST

donne le nom de père » quoiqu'il ne soit que nourricier.

8. Mais parlcms sans figure ; il faut , qu'en toutes nos actions» nous ayons le témoignage de notre propre conscience, et de tous ceux aToc qui nous vivons. Car celui dont la conduite est agréable à tous» et qui n'est à charge à personne, a, par là même, de la part de sa Congrégation, un bon témoignage de son salut. Jamais le malin accusateur de nos &mes ne pourra objecter contre lui ce qu'il aura fait ouvertement, et avec l'agrément et l'approbation de toute la communauté. Celui qui a £ul à ses supérieurs un aveu sincère de toutes les fautes qu'il a commises dans le monde, et de toutes les négligences qui lui arrivent dans le clottre, (car nous péchons en mille points i), et qui embrasse avec zèle les satisfactions qui lui sont imposées, peut se flatter d'avoir leur témoignage. Il ne doit point redouter les accu*

sations de l'esprit malin sur ces &utes, puis^ que le Seigneur ne juge pas deux fois la même chose. Mais comme il pourrait s'efforcer d'altaquer l'intention de laquelle ni les Frères ni le Père spirituel ne peuvent rendre témoignage, il est nécessaire alors d'avoir, au-dedans de soi, un avocat intérieur, dans le témoignage d'une bonne conscience, qui s'applique plutôt à rendre l'action bonne, qu'à la faire paraître telle aux yeux des hommes; et c'est toujours par là qu'il faut commencer; de manière que nous ne nous proposions pas même d'agir que nous ne puissions nous rendre compte à nousmêmes de la droiture et de la pureté de nos motifs. Et lorsque nous agirons extérieurement, (ai£ons-le toujours de manière à mériter l'approbation des autres et à les édifier : selon ce que nous enseigne l'apôtre, de faire le Inen^ non pas seulêmêni devant Dieu^ mais encore devant ke hommes <.

SEMÛNn

Sur les divers noms de Jésus* Christ.

1 • Quand les fniit jours où l'enfant devait être cireonâe fu/rent accomplie^ il fut appelé Jésus >. Dès l'origine Dieu aime la mesure, et rien d'immodéré ne plaît à sa justice. Nonseulement il a créé l'univers avec poids, mesure et nombre , mais à l'homme même il a imposé aussi une mesure, en lui faisant un précepte et en lui disant : Tu mangerae le fruit de tous les arbres du jardin ^ excepté le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal^. Quel commandement léger, et quelle large mesure ! Mais l'homme a dépassé cette mesure, et franchi la limite qui lui était fixée. C'est pourquoi Dieu a détourné de lui son visage. Ce n'est guère qu'aux jours d'Abraham, son ami, qu'il commence à s'apaiser, qu'il rétablit la mesure, qu'il promulgue une loi, mais une loi différente de la première. Celle-ci était une précaution, l'autre est un remède ; d'un côté une défense avait été portée pour arrêter tout excès; de l'autre un retranchement est or-

* Jacq., m, 2. — ' Luc, ii, 21. — • Oen., tS, t7.

donné, afin que les excès survenus disparaissent sous le remède du sacrement. La loi ancienne portée à l'occasion de l'arbre en interdisait le fruit à l'homme; l'autre loi a pour objet son propre corps et lui impose un retranchement en un point de sa chair. Assurément le poison de la concupiscence avait paiement vicié tous les autres membres, atteints aussi par les charmes d'un plaisir désordonné , en sorte qu'un retranchement général semblait nécessaire à tous.

2. Mais la faiblesse de la chair et l'infirmité de l'enfance, ne permettant pas de porter le fer sur tous les membres indistinctement, une sage et pieuse disposition du ciel a voulu que la concupiscence fût spécialement réprimée là où elle se fait sentir, on le sait, avec plus de force et de violence. En effet, dans cette lutte des membres contre l'esprit, celuici pousse seul la révolte jusqu'à s'emporter, malgré la volonté , en des mouvements

< II Cor., viii, 21.

déshonnètes et illicites. Si cette circoncision avait lieu le huitième jour après la naissance, c'était pour rappeler l'espérance du royaume du ciel ; le cercle des jours revenant ainsi au premier formait comme une couronne. C'est pour cela qu'après nos principales solennités, nous célébrons surtout l'octave, et, que dans le sermon du Seigneur, la huitième béatitude s'unit à la première, c'est afin que la promesse réitérée du royaume céleste nous forme une évidente couronne.

3. C'est justement que l'enfant circoncis le huitième jour est appelé Sauveur; alors en effet il a commencé sur la terre l'œuvre de notre salut, en versant pour nous son sang immaculé. Les Chrétiens n'ont donc plus à chercher pourquoi Notre - Seigneur a voulu être circoncis ; il l'a été pour la même raison qui l'a fait naître et souffrir. Rien de tout cela n'était pour lui, tout était pour les élus. Il n'est pas né dans le péché, il n'a pas été circoncis pour être guéri du péché , il n'est pas mort pour son péché, mais bien plutôt pour les nôtres. Cest le nomy dit l'ÉvangÛe, dont l'Ange l'avait appelé avant qu'il fût conçu. Il est appelé de ce nom, ce nom ne lui est pas imposé, il l'avait de toute éternité. Sa nature propre est d'être Sauveur , ce nom est comme inné en lui ; il ne le reçoit d'aucune créature angélique ou humaine.

4. Mais pourquoi ce prophète d'élite qui , annonçait d'avance les divers noms destinés à cet enfant, semble-t-il avoir passé sous silence le seul nom, qui, selon l'avis de l'Ange, et le témoignage de l'évangéliste, lui fut donné comme sien ? Isale a tressailli à la pensée de voir ce jour, il l'a vu et a été transporté de joie. Il s'écriait dans sa reconnaissance, et en louant Dieu : Vn petit enfant nous a été donnée un fils nous a été donnée et la royauté est sur son épaule, et son nom sera t Admirable ^ le Conseil- Ur^ le Dieu, le Fort, le Père du siècle, le Prince de la paix^. Grands noms, certes; mais où est le nom au-dessus de tous les noms, le nom de Jésus qui fait courber tout genou? Vous le trouverez peut-être en tous les noms, mais

* Math., V, 3, 10. — » Isa!., ix, 6.

f>our ainsi dire exprimé et répandu. C'est de ui que l'Épouse, au cantique de l'amour, a dit : Votre nom est une huile répandue ^.

8. Dans toutes ces appellations, il n'y a donc qu'un nom, celui de Jésus, et il n'aurait pu ni être appelé, ni être vraiment Sauveur, si un seul de ces titres lui eût manqué. Chacun de nous n'a-t-il pas éprouvé comment il est admirable dans le changement de nos volontés? Le commencement de notre salut, c'est quand nous commençons à repousser ce que nous aimions, à gémir de ce qui était le sujet de nos joies, à embrasser ce que nous redoutions, à suivre ce que nous fuyions, et à souhaiter ce qui excitait nos mépris. Oui, il est admirable celui qui réalise ces merveilles. Il faut aussi qu'il s'offre à nous comme un conseiller, dans le choix de la pénitence, dans l'ordre mis à notre vie , qui empêche notre zèle de manquer de science, et notre bonne volonté de prudence. Il est aussi besoin que nous le reconnaissions Dieu dans la rémission de nos fautes passées, car, sans ce pardon, point de salut, et personne ne peut nous remettre nos péchés que Dieu seul. Ce n'est pas même assez; il faut que nous éprouvions sa force, en la voyant déployée contre nos adversaires, de façon que les mêmes concupiscences ne nous dominent pas de nouveau, et ne rendent pas notre fin pire que nos débuts. Manque-t-il encore quelque chose au Sauveur? Il lui manquerait assurément, une chose capitale s'il n'était pas aussi le Père du siècle à venir, qui nous assurât l'immortelle résurrection, à nous que le père du siècle présent a engendrés pour la mort. Ce n'est point assez, il fout qu'il soit le prince de la paix, pour nous réconcilier avec son Père à qui il doit remettre l'empire, sinon fils de perdition et non enfants du salut, nous semblerions ne ressusciter que pour le supplice. Son empire s'étendra donc, et la multitude de ceux qui doivent être sauvés légitimera son titre de Sauveur, et la paix qu'il apporte n'aura plus de fin, et vous apprendrez que véritable est le salut qui n'a plus rien à redouter.

^ CaDtiq., 1, 2.

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