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POUR L'EPIPHANIE DU SEIGNEUR
en méditant ce qu*il y a eu de plus élevé dans les instructions, et en ruminant, comme des animaux purs, des vérités que leur hauteur aurait rendues inaccessibles aux intelligences ordinaires.
2. La fôte de ce jour a pris son nom de l'apparition qu'il rappelle : car épiphanie signifie apparition. On célèbre donc aujourd'hui l'apparition du Seigneur, et non pas une seule, mais trois, comme nous l'avons appris de nos pères. Aujourd'hui, en effet, notre petit roi, quelques jours après sa naissance, est apparu à l'aide d'une étoile, aux prémices des Gentils. Aujourd'hui aussi, après trente ans passés dans la chair, celui qui en tant que Dieu, ne change pas, et n'est pas assujéti à la succession des années, caché à la foule, est venu chercher le baptême au Jourdain, mais le témoignage du Père l'a fait connaître ^ Aujourd'hui encore, invité avec ses disciples à des noces, et le vin faisant défaut, par un acte merveilleux de sa puissance, il a changé Teau en vin 5. Mais j'aime surtout à contempler spécialement l'apparition qui s'est accomplie dans le Sauveur enfant, tant elle est douce ! D'ailleurs elle est l'objet spécial de cette fête.
3. Aujourd'hui donc, comme nous l'avons entendu lire dans l'évangile, des Mages sont venus d'Orient à Jérusalem, Ils viennent de l'Orient en effet ceux qui nous annoncent le lever récent du soleil de justice, et qui illuminent le monde entier de joyeuses rumeurs. J'excepte la malheureuse Judée, que sa haine de la lumière plonge dans les ténèbres, et dont les yeux sont aveuglés davantage par le rayon tout éclatant du soleil éternel. Quel est le langage de ces Mages venus d'Orient? Écoutons. Où est Celui qui est né roi des Juifs? Quelle foi ferme et inébranlable! Us ne demandent pas s'il est né, mais ils parlent avec assurance, et sans le moindre doute ils disent : Où est Celui qui est né Roi des Juifs? A ce nom de roi, Hérode fut saisi de frayeur, dans la crainte de se voir supplanter par un successeur; et cette épouvante d'Hérode n'a rien qui doive nous surprendre. Mais qui ne sera pas étonné, que Jérusalem, cette Cité de Dieu, qui est appelée la Vision de paix, partage le trouble de ce roi? Voyez, mes frères, combien une puissance injuste est dangereuse; comment un chef sans religion est capable de détruire la religion dans le cœur de ses sujets. Malheureuse la ville où règne un Hérode, parce qu'elle participera infailliblement à sa malice ; elle se soulèvera à l'exemple de son roi, si l'on vient à lui annoncer une nouvelle
» Math., m, 13. 17. — «Jean, n, 1, H.
source de salut. Fasse le Ciel, mes Irères, iju'ou ne voie jamais régner un pareil scandale parmi vous, quand bien même, ce qu'à Dieu ne plaise ! vous auriez le malheur d'avoir un pareil chef à votre tête ! La malice d'Hérode, la cruauté de Babylone n'existent malheureusement que trop encore aujourd'hui. C'est cet esprit qui tend à étouffer la religion naissante, et à écraser les nouveau-nés d'Israél. Que tous ceux donc qui s'opposent au bien, lorsqu'on veut établir quelque chose de nouveau pour le salut des âmes et l'avantage de la religion, soient à nos yeux comme les Égyptiens qui voulurent mettre à mort tous les enfants d'Israël ; regardons-les comme autant d'Hérodes qui persécutent le Sauveur . Mais poursuivons l'histoire que nous avons commencée. S'il se trouvait ici quelqu'un à qui la conscience reprochât quelque chose sur ce point, il é vi tera, j'espère, désormais, avec soin, un tel dérèglement, et aura l'esprit d'Hérode en exécration, pour ne point s'exposer à une fin semblable à la sienne.
4. Les Mages donc cherchant le Roi des Juifs, et Hérode s'étant informé, auprès des Scribes, du lieu où il devait naître, ils apprirent le nom de la ville, où, selon le prophète, il devait prendre naissance. Dès qu'ils se furent retirés, et qu'ils eurent quitté les Juifs, voilà que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait. Ce passage prouve clairement, qu'en cherchant des renseignements auprès des hommes, ils furent privés de la lumière divine qui les conduisait, et que le signe céleste qui leur avait jusque là servi de guide disparut, dès qu'ils eurent recours aux lumières humaines. Mais qu'elle fut leur joie, lorsqu'après avoir quitté Hérode, ils revirent l'étoile qui les précédait,et qui ne cessa de le faire jusqu'à ce qu'étant arrivés, elle s'arrêta sur le lieu où était l'Enfant ; et, entrant dans la maison, ils trouvèrent t enfant avec Marie sa Mère, et, se prosternant, ils l'adorèrent. 0 Étrangers ! d'où vous vient une si grande foi ? Jamais il ne s'en est trouvé une semblable en Israël. La bassesse de cette demeure, qui n'est qu'une vile étable ; la pauvreté de ce berceau, qui n'est qu'une crèche, ne vous rebutent pas? Vous n'êtes pas scandalisés à la vue d'une mère pauvre, et d'un enfant qui suce le lait de ses mamelles?
5. Enfin, nous dit l'évangéliste, ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présents, de l'or, de f encens et de la myrrhe. S'ils n'eussent offert que de l'or, on aurait pu croire qu'ils ne voulaient quevenir en aide à l'indigence de la mère, et lui fournir de quoi élever son fils; mais dans l'offrande simultanée de ces trois choses, Tor,
l'encens et la myrrhe, nous devons soupçonner quelque mystère. En effet, Tor étant la plus précieuse de toutes les choses, nous sommes censés en offrir au Sauveur, lorsque, par sa grâce, nous abandonnons entièrement toutes les choses de ce monde pour son amour; et comme il ne suffirait pas de nous dépouiller des biens méprisables de la terre, si nous ne soupirions ardemment après ceux du Ciel, c'est par ces désirs que nous offrons à Dieu la suavité de l'encens, qui, selon S. Jean, dans l'Apocalypse, signifie les prières des Saints i. Ce qui fait dire au prophète, dans le livre des Psaumes : Que ma prière. Seigneur , monte en votre présence comme la fumée de l'encens ^ I et dans un autre endroit : La prière du juste pénètre les Cieux s La prière du juste, et non toute sorte de prière. Car la prière de celui qui détourne l'oreille pour ne pas écouter la loi, sera en exécration.
6. Or, si vous voulez être justes, écoutez avec attention les commandements du Seigneur, de peur qu'il ne refuse d'écouter vos prières. Non-seulement il est nécessaire que vous méprisiez le siècle et tout ce qu'il renferme, mais il faut encore châtier votre corps, et le réduire en servitude. Car celui qui a dit : Quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède^ ne peut être mon disciple, * a dit d'ailleurs : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce qu£ vous avez, et donnez-le aux pauvres, puis venez et suivez-moi ^. Le même dit dans un autre endroit : Que celui qui veut venir après moi se renonce lui-même, quHl porte sa croix et me suive 6. Ce que l'apôtre interprète ainsi : Tous ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences 7 . Notre prière a donc comme deux ailes pour s'élever àDieu : le mépris du monde, et la mortification de la chair; et il est certain qu'aidée de ce secours, elle pénètre le Ciel, et qu'elle s'élève en la présence de Dieu, comme la fumée de l'encens. D'où il suit que notre sacrifice sera agréable à Dieu, et qu'il recevra notre offrande, si, à l'or et à l'encens, nous joignons la myrrhe, qui, quoique amère, ne laisse pas cependant d'être très-utile, parce quelle conserve les corps. Elle conservera donc notre corps, qui est mort par le péché, et l'empêchera de tomber dans la putréfaction du vice. Voilà, mes frères, ce que j'ai cru devoir vous dire en peu de mots, sur les présents des Mages, pour vous porter à les imiter.