‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 65 sur 79 · POUR L'OGTAVE DE PAQUES · texte numérisé non relu

POUR L'OGTAVE DE PAQUES

▼oyez rharmonieux rapport des témoignages de la vérité. Paul enseigtie] que, par la foi, les saints ont vaincu les empires ; Pierre, qu'il faut résister par la foi au prince du inonde; et Jean ajoute : La vUtoire qui triomphe du monde c'est notre foi.

9. Voici la suite du texte : Quel est celui qui triomphe du monde^ rinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? Il est certain, mes frères, que quiconque ne croit pas au Fils de Dieu est par là même vaincu et même jugé; car, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu 1. Cependant une observation peut nous ébranler. Que de gens voyons-nous croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, et qui sont encore enlacés dans les passions mondaines! Pourquoi donc TApôtre dit-il: Quel est celui qui triomphe du mondSy sinon celui qui croit que Jésus est le fils de IHeu, puisque le monde croit cela? Les Démons aussi de croientils pas au milieu de leurs terreurs T Je réponds : dites-moi, croit-il en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, l'homme insensible à ses menaces, indifférent à ses promesses, indocile à ses préceptes, sourd à ses conseils? Si cet homme déclare connaître Dieu, ne le nie-t-il en sa conduite ? Or la foi sans les œuvres est morte ^. Ëtonnez-vous donc qu'un homme qui n'a pas la vie ne puisse remporter la victoire I

4. Vous me demandez quelle est la fbl vive et victorieuse. Sans nul doute c'est celle qui fait habiter Jésus-Christ en nos cœurs. Car Jésus- Christ est notre vertu et notre vie. Quand paraîtra le Christ^ votre vie, dit FApôtre, alors TOUS apparaîtrez avec lui dans la gloire ^. D'où viendra cette gloire, si ce n'est de la victoire ? Ou pourquoi apparaîtrons-nous avec lui, sinon parce que nous aurons vaincu en lui? Si pour avoir le pouvoir de devenir enfants de Dieu, il faut recevoir Jésus-Christ, c'est de ceux-là aussi exclusivement qu'il convient d'entendre ceci : Quiconque est né de Dieu, triomphe du monde. C'est pourquoi le même apôtre, après avoir dit: Quel est celui qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus- Christ est le fils de Dieu ? afin de recommander d'une façon plus expresse la foi qui fait habiter Jésus- Christ en nos cœurs, ajoute aussitôt à propos de son arrivée : C'est lui qui vient par Peau et par le sang, Jésus-Christ, Il nous montre même une route plus parfaite encore : C'est l'esprit qui rend témoignage que Jésus-Christ est le fils de Dieu. S'il place ici une interposition et s'il répète : Il n'est pas venu dans Veau seulement, mais dans Veau et le sang, c'est, je pense, pour

1 Hébr., xr, 6. — * Jacq., ii, 20. — • Coloss., m, 4.

différencier Jésufl^Ghrist d'avec Mottse* Moïse en effet est venu dans l'eau, ce qui lui a valu son nom.

8. Que ceux qui connaissent l'histoire de TAncien Testament se rappellent comment, en Egypte, quand les enfants des Israélites étaient mis à mort, la fille de Pharaon recueillit Moïse exposé sur les eaux i. Ne trouvez- vous pas ici une figure de Jésus-Christ ? Hérode ému des mêmes soupçons que Pharaon, eut recours aux mêmes procédés cruels, et se vit dépouiller de la même façon ; des deux côtés une masse d'enfants périt pour une personne suspectée; des deux côtés aussi celui qu'on cherchait se déroba à toute poursuite. Et comme la fille de Pharaon sauva Moïse, ainsi l'Egypte, (dans laquelle il est permis de voir la fille de Pharaon) sauva le Christ. Toutefois, il y a ici visiblement quelque chose de plus que Moïse, puisque Jésus-Christ vient, non pas dans l'eau seulement, mais dans l'eau et le sang. Les grandes eaux figurent les peuples 3. Il vient donc dans l'eau seulement, celui qui a rassemblé Un peuple, mais sans le racheter. Car la délivrance de la servitude de l'Egypte n'est pas même due à Moïse, mais au sang de l'Agneau. Et cette délivrance figurait que le sang de l'Agneau immaculé, du Christ Jésus, nous affranchirait de la vanité de notre vie mondaine. Voilà notre législateur véritable, en qui on trouve une riche rédemption. Il est mort non pas seulement pour sa nation, mais pour rassembler en un seul corps tous les enfants de Dieu dispersés. Souvenez-vous du spectacle vu par Jean, et de son témoignage dont nous connaissons la certitude. Du côté du Seigneur endormi sur la croix, il sortit de l'eau et du sang ; afin que des flancs du' nouvel Adam endormi l'Eglise fût tirée et rachetée du même coup.

6. Ainsi aujourd'hui encore, il vient à nous par l'eau et le sang, afin que l'eau et le sang soient le téhioignage de sa venue et de la foi victorieuse. Il y a un témoignage supérieur encore à ceux-ci, c'est celui de l'esprit de vérité. Le témoignage de ces trois choses es,t véritable et certain, et heureuse l'âme qui mérite de le recevoir l II y en a trois qui rcwdent témoignage sur la terre, t esprit, l'eau, et le sang. Entendez par l'eau^ le baptême; par le sang, le martyre, et par l'esprit, la charité. C'est l'esprit qui vivifie, et la vie de la foi, c'est l'amour. Et si vous demandez ce qu'il y a de commun entre l'esprit et la charité, saint Paul vous répond : La charité de Dieu a été répandue en nxis cœurs, par V Esprit-Saint qui nous a

* Exode, 11,3. — * Apoc., XVII, 15.

été donné ^ . L'esprit est aussi nécessairement joint à Feau et au sang, puisqu'au témoignage du môme apôtre, sans la charitélout ce que nous avons est inutile 2.

7. Mais si l'eau figure le baptême, et si le sang désigne le martyre, souvenez-vous qu'il y a un baptême et un martyre uniques et quotidiens. Il y a en effet une sorte de martyre, et d'effusion de sang à affliger chaque jour son corps. Il y a aussi comme un baptême dans la conponction du cœur, et dans les larmes versées assidûment. Il faut que les Chrétiens faibles et infirmes incapables de donner réellement leur sang pour Jésus-Christ le répandent par un martyre plus doux, mais quotidien. C'est ainsi encore que le sacrement de baptême ne pouvant être réitéré, il fallait le remplacer par des ablutions fréquentes, dans l'intérêt de ceux qui offensent Dieu en mille occasions. C'est ce qui fait dire au prophète : Je laverai chaque nuit ma couche, et je IHnonderai de mes larmes 8. Voulez-vous donc connaître quel est celui qui triomphe du monde ? Considérez attentivement ce qu'il y faut vaincre. C'est ce que saint Jean nous indique en ces termes : Mes bien-aimés, n*aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et ambition du siècle ^. Voilà les trois troupes formées par les Chaldéens s. Mais je me souviens aussi que le saint patriarche Jacob fit trois bandes de ceux qui raccompagnaient, parce qu'à son retour de Mésopotamie, il redoutait Ésatl ^. Vous avez aussi besoin d'une triple défense contre ces trois genres de tentation. Il faut vaincre la chair par la mortification de la chair môme, vertu exprimée, je Fai dit, s'il vous en souvient, par le témoignage du sang : à la concupiscence des yeux, il convient d'opposer la componction et des larmes fréquentes ; pour la vanité de l'ambition, que rentrée de l'âme lui soit fermée parla vertu de Charité qui, seule, la rend chaste et en purifie les intentions. La preuve assurée qu'on a triomphé du monde, c'est de châtier son corps, de l'asservir, et d'empêcher

* Rom., V, 5. — • 1 Cor., xiii, 1, 3. — ' Ps. vt, 7. — * I Jean, ii, 15, 16. — » Job, i, 17. — « Gen., xxxii, 7.

qu'une liberté fatale n'en fasse l'esclave de la volupté ; c'est de prêter ses yeux aux larmes plutôt qu'à la hardiesse et à la curiosité ; c'est enfin de brûler des ardeurs de l'amour spirituel, et de soustraire son cœur à toute vanité. 8. C'est assurément le même esprit qui rend témoignage au ciel comme sur la terre. Parce que les souffrances corporelles cesseront, la source des larmes tarira, mais la charité est immortelle. Présentement nous la goûtons seulement ; l'avenir nous en réserve la consommation et la plénitude. Cependant encore, que l'esprit demeure après l'eau et le sang, (car l'eau et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu), en attendant, on ne peut guère trouver l'esprit sans ces éléments, parce que ces trois ne sont quun, en sorte que si l'un de ces trois vient à faire défaut, vous n'avez plus les deux autres. Mais unis ensemble ces témoignages méritent notre foi, et celui qui les a sur la terre n'en pourra manquer au ciel. Il confesse le Fils de Dieu devant les hommes, non pas seulement de-la parole et des lèvres, mais en œuvre et en vérité, et le Fils de Dieu à son tour le confessera devant les Anges. Comment le Père ne rendrait-il pas témoignage à celui qu'il voit honoré de celui de son Fils? Oui, il proclamera publiquement ce qu'il aura vu dans le secret. De son côté, l'Esprit ne se séparera point du Père et du Fils puisqu'il est l'esprit de l'un et de l'autre. D'ailleurs une âme qui a mérité son témoignage ici-bas en sera-t-elle déshéritée au Ciel 1 II y en a donc trois qui rendent témoignage au Ciel, le Père, le Fiù, et l'Esprit-Saint. Et pour que vous ne soupçonniez entre eux aucune dissonance, ces trois sont un. Quel magnifique témoignagne attend ceux que le Père recevra au ciel à titre d'enfants et d'héritiers ; que le Fils s'adjoindra à titre de frères et de cohéritiers, et qui, attachés à Dieu, n'auront avec l'Esprit - Saint lui-même, qu'un seul et même esprit. L'Esprit-Saint est en effet l'indissoluble nœud de la Trinité, et par lui, comme le Père et le Fils sont un, ainsi nous sommes aussi un en eux ; et nous devons cette faveur à la miséricorde de Jésus-Christ, notre Seigneur, qui a daigné la solliciter pour ses disciples.

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