POUR L'OCTAVE DE PAQUES
SERMON II
7)e5 trois témoignages, (I Jean, v, 4,1 1.)
1. On nous a lu aujourd'hui un passage de l'Epttre de saint Jean, où nous apprenons qu'un triple témoignage est rendu au ciel, et un triple témoignage sur la terre. Selon moi, il y a là un signe de stabilité, et ici un signe de réparation : le premier témoignage distingue les Anges, l'autre les hommes; l'un sépare les bienheureux des malheureux, l'autre les justes des impies. Les Anges qui, dans la première prévarication et devant l'orgueil de Lucifer, sont restés dans la vérité, trouvent un témoignage mérité dans la vue de la Trinité, et les hommes, sauvés par la divine miséricorde, ont le témoignage de l'Esprit, de l'eau et du sang. Comment le Père refuseraitil son témoignage à ceux qui l'ont honoré comme Père? Mais à toi, esprit pervers, voici le langage qu'il te tient : Si je suis Père où est r honneur qui m'est dtl ^? Tu seras donc nécessairement privé du témoignage du Père dont tu essaies de ravir la gloire, quand tu songes, non pas à l'honorer, mais à l'égaler. Je siègeraii dit-il, sur la montagne du Testament, et je serai semblable au Très-Haut^. Quoi, toi une créature, partager le trône du Père des esprits ! Ce n'est pas à toi qu'il a dit : Assieds-toi à ma droite 3. Si tu l'ignores, ô imprudent I c'est au Fils unique qu'appartient, en vertu de la génération éternelle, l'égalité avec le Père et le droit de partager son trône. Mais toi, en concevant l'injuste pensée de t'égaler à Dieu, tu envies la gloire du Fils, la gloire du Fils unique du Père, tu ne mérites donc pas d'en recevoir le témoignage. Et comment un être, objet de la haine du Père et du Fils, serait-il honoré du témoignage de l'Esprit-Saint? Ah! il a horreur d'un esprit superbe et inquiet^ Celui qui se repose sur les humbles et les pacifiques, Celui qui aime la paix, qui consacre l'unité, deux choses qu'il défend contre toi.
2. Est-il étonnant, mes frères, si nous appréhendons que ce monstre singulier navienne dévaster cette humble vigne du Seigneur? Que de ceps il a brisés à la vigne céleste jadis, quand
* Malach., 1, 6. — « Isa!., xix, 14. — • Ps. cxix,
il s'est isolé pour la première fois ! Vous remarquez aisément en lui l'orgueil; mais peut-être voyez-vous moins son isolement. Or quand tout le monde angélique se tenait debout, n'était-il pas entaché du vice de la singularité, celui qui prétendait s'asseoir? Mais vous me demanderez peut-être où j'ai appris que les Anges étaient debout? J'ai de cela deux témoins autorisés puisqu'ils déposent de ce qu'ils ont vu. J'ai vu le Seigneur assis, dit Isaïe ; mais les Séraphins se tenaient debout ^. Et Daniel : des milliers d'Anges le servaient et des millions se tenaient auprès de lui ^. Voulez- vous une troisième autorité, afin que tout soit décidé par trois témoins? Voici l'apôtre ravi au troisième ciel; il en revient et il dit : Ne sont-ils pas tous des esprits chargés d^un ministère^ ? Et quand tous sont debout, tous servent, tu seras assis, toi, ennemi de la paix ? Tu contristes l'Esprit qui met partout l'union; tu blesses la charité, car tu scindes l'unité et tu brises le lien de la paix. Il rend donc un juste témoignage à la charité, à l'unité et à la paix des Anges qui ont gardé leur place et leur rang, l'Esprit qui réprouve ta jalousie, ta singularité superbe et inquiète. Voilà pour le témoignage rendu dans les cieux.
3. Il en est un autre rendu sur la terre, dans le but de discerner les exilés des indigènes, les citoyens du ciel de ceux de Babylone. Quand donc^ en efiet. Dieu laissera-t-il ses élus sans témoignage ? Quelle serait leur consolation, quand ils flottent pleins d'anxieuses sollicitudes entre l'espérance et la crainte, s'ils ne méritaient absolument aucun témoignage de leur élection? Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, il sait seul ceux qu'il a choisis de toute éternité; mais parmi les hommes quel est celui qui sait s'il est aimé ou haï de Dieu? Si cependant il est indubitable que nous ne puissions avoir sur ce point aucune certitude, quel cas ne devons-nous pas faire des marques qui nous permettent au moins de conjecturer que nous sommes du nombre des
« Isa!., VI, 1, 2. — « Daniel, vu, 10. — » Hébr., i, 14.
élus, si toutefois on peut en assigner quelqu'une? Et quelle tranquillité, quelle paix pourrions-nous avoir sans cela? Heureuse parole, et que nous devons saisir avec avidité, que celle qui nous donne des témoignages de notre salut ! Elle est la consolation des élus et enlève aux réprouvés tout prétexte d'excuse. Car celui qui, connaissant les marques de la vie, les néglige, est convaincu d'avoir reçu en vain son âme, et de ne faire aucun cas de la terre que tous nos désirs doivent appeler.
4. Or il y en a (rois, qui rendent témoignage sur la terre : fesprit, Veau^ et le sang. Vous savez, mes frères, que nous avons tous péché dan^s le premier homme, que nous sommes tous tombés en sa personne. Nous sommes tombés, n'en doutons pas, dans une prison remplie de boue et de pierres. Là nous étions étendus, salis, souillés et brisés jusqu'à ce que le Désiré des nations est venu, qui nous a racheté^ lavés, et secourus. C'est lui qui a donné son sang pour notre rédemption. Il a tiré de l'eau de son côté pour nou3 laver. Enfin ij nojus a envoyé son Esprit du haut des cieux pour secourir notre faiblesse. Voulez- vous savoir si ces précieux avantages ne sont pas pour vous sans effet , de peijir que vous ne vous rendiez coupable du sang du Seigneur, en n'en profitant pas ; de peur que l'eau qui aurait dû vous purifier, ne soit pour vous une source de copdamnation, parce que vous préférez de rester dans vos souillures, plutôt que d'en être lavés; de peur que l'Esprit-SaRit, à qui vous résisteriez, ne vous délivre point de la malédiction qu'il a prononcée contre ceux qui abusent de ses grâces? Car si ces tfois moyens
de salut vous étaient inutiles, ils tourneraient nécessairement à votre perte.
8. Or quel est celui qui peut se flatter d'avoir le témoignage du sang de Jésus-Chrisè versé pour notre salut, si ce n'est celui qui évite le péché? Car celui qui commet le péché est esclave du péché. S'il est parvenu à s'en abstenir, s'il a secoué le joug de sa misérable servitude, il a un témoignage infaillible de la rédemption qui lui a certainement été acquise par le sang de Jésus-Christ. Hais il ne suffit pas à un pécheur de cesser de pécher, il faut encore qu'il fasse pénitence. L'eau lui sert alors de témoignage, s'il travaille dans les gémissements, en lavant toutes les nuits sa couche de ses larmes. Car^ de même que nous sommes rachetés par le sang, pour que le péché ne règne plus dans notre corps de mort, de même, par cette eau, nous sommes purifiés de tous les péchés que nous avons commis. Mais que deviendrons-nous, fatigués des pesantes chaînes que nous avons portées pendant longtemps? Affaiblis par le séjour d'une longue et cruelle prison, brisés et comme rompus, nous ne saurions supporter les fatigues de la route. Invoquons avec confiance l'Esprit vivifiant et consolateur, parce que Dieu le Père donnera un bon esprit à ceux qui le lui demanderont. Or on connaît certainement la présence du nouvel esprit, par une conduite et une vie toute nouvelle. Et maintenant pour reprendre en peu de mots ce que j'ai dit : Nous trouvons dans le sang, l'eau, et l'esprit le témoignage de notre justification, ou de notre électior?, si nous évit jns le péché, si nous faisons de dignes fruits de pénitence, et si nos œuvres sont des œuy^ es de vie.