‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 68 sur 79 · n faut que vous montiez une autre mon · texte numérisé non relu

n faut que vous montiez une autre mon

« Ps. Lxxxni, 2, 3. — « Ps. xli, 5. — « Ps. lxxvi, 4. — ♦ IsaT., LUI, 2. — » Math., xvii,6. — « Ps. lxxv, 14.

tagne, pour y écouter un prédicateur qui y dresse une échelle à huit degrés et dont le sommet touche le ciel. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qne le royaume des deux est à eux. Si vous avez gravi la première montagne , par une continuelle méditation de la gloire céleste, vous n'aurez plus de peine à gravir celle-ci pour méditer jour et nuit la loi du Seigneur ; ainsi le même prophète songeait non-seulement aux récompenses, mais aux préceptes du Seigneur chers à son cœur i. Vous vous entendes dire à votre tour : Vous savez où je vais, à cause de la première ascension, et vous savez la routé 2, à cause de la seconde. C'est pourquoi, prenez la résolution de chercher le chemin de la vérité, afin de n'être pas du nombre de ceux qui n'ont pas trouvé la route qui mène à la cité destinée à leur servir d'habitation; soyez plus empressés encore de vous élever, non-seulement par la pensée de la gloire céleste, mais par une vie qui la mérite.

11. Je trouve néanmoins une troisième montagne sur laquelle Jésus monta pour y prier 3. Vous voyez combien l'Épouse a sujet de dire dans le cantique : Le voici; il vient, il bondit sur les montagnes ^. Sur la première il a été transfiguré, pour que vous sachiez vers quel but marcher; sur la seconde il a fait entendre des paroles de vie, afin que vous sachiez la voie qui y mène ; il a prié sur la troisième, afin que vous travailliez à obtenir la bonne volonté de marcher et de parvenir à ce terme. Car celui qui connaît le bien et ne le fait pas est coupable ^. C'est pourquoi, sachant que la bonne volonté est donnée à la prière, après avoir vu ce qu'il faut faire, recourez aussi à la prière, afin d'avoir la force de le faire. Priez avec instance, priez avec persévérance, à l'exemple de Jésus-Christ qui passait la nuit en oraison, et votre père, qui est la bonté même, vous donnera im bon esprit. Voyez ici de quelle utilité il est de chercher à l'heure de la prière un lieu écarté. Jésus-Christ ne s'est pas borné à nous recommander cette précaution par cette parole : Entrez dans votre chambre fermez-en la porte et priez votre Père 6 ; il nous l'a recommandée aussi par son exemple ; il n'admet en sa société aucun de ses compagnons ; il monte seul à la montagne de la prière.

12. Croyez-vous qu'il nous soit possible de dire quelque chose de plus, touchant ces ascensions? Oui cela est possible. N'oubliez pas,

* Ps. cxviii, 47. — « Jeao, xiv, 4. — > Math., xiv, 23. — * CanUq, ii, 8. — • Jacq., iv, i7. — • Math., vt, C.

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6ii

je vous prie, la monture qui a porté Jé]$u8* Glirist, n'oubliez pas Tascension de la croix. Il fallait que le fils de Thomnie y fût élevé. Et moi, disait-il, après que j'aurai été élevé de terre, f attirer ai tout à moi ^ Vous avez la connaissance et la volonté du bien, et vous ne pouvez encore le réaliser; des mouvements brutaux et dignes de la bête vous font sentir une loi opposée à celle de l'esprit, et essaient de vous asservir. Que ferez- vous devant ces appétits que la raison condamne, et qui s'élèvent en vos membres? Vous consentez à jeûner, la gourmandise vous presse de ses attraits ; vous avez résolu de veiller, le sommeil vous accable. Comment traiter cette béte? car tout cela est de la bête, et nous est commun avec elle : V homme est descendu au rang des animava sans raison^ et leur est devenu semblable >. Montez, Seigneur, montez sur cet tae ; réprimez-en les mouvements bestiaux. S'ils ne sont domptés, ils nous dompteront; si on ne les foule aux pieds, ils nous y fouleront, et si on ne les tient sous le joug, ils nous l'imposeront. C'est pourquoi, ô mon âme ! suis encore le Seigneur, dans cette ascension, afin que tes instincts restent sous ton empire, et que tu les maîtrises. Pour monter au ciel, il faut commencer par t'éiever au-dessus de toimême, en foulant aux pieds les désirs charnels qui te livrent la guerre.

43. Suis aussi Jésus-Christ, montant sur la croix, Jésus-Christ élevé de terre; place-toi par la pensée, non-seulement plus haut que

toi, mais plus haut que le monde ; considère et méprise tout ce qu'il y a en bas sur la terre, selon ce qui est écrit : Ils verront la terre de loin i. Ne permets ni aux charmes du monde de t'abaisser, ni à ses adversités de t'abattre. Loin de toi toute gloire qui ne vient pas de la croix de ton Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde t'est crucifié, et regarde comme une croix tout ce que le monde désire. Par lui aussi tu es crucifiée au monde : attache-toi de toute l'ardeur de ton cœur, à tout ce que le monde estime une croix.

14. Que vous reste-t-il, sinon à monter vers ' Celui qui est béni dans tous les siècles? Ahl le mieux, c'est que nos liens se brisent, et nous permettent d'être avec le Christ. Heureux (homme qui trouve son secou/rs en vous, dit le prophète au Seigneur; il a disposé des ascensions en son cœur; il s'élèvera de vertu en vertu, jusqu'à voir le Dieu des dieux en Sion .^ C'est la dernière ascension ; c'est le couronnement de tout, comme le dit l'Apôtre : le Christ qui est descendu , est aussi monté, afin de compléter toutes choses *. Mais que dirais-je de cette ascension ? Où monterons-nous, afin d'être où est le Christ? Qu'y aura-t-il là? 0 Dieu ! Vceil na pas vu, et vom seul savex ce que vous 'avez préparé à ceux qui vous aiment *. Ah 1 mes frères, désirons cette ascension ; soupirons sans cesse après elle, et que la vivacité de nos afTections supplée à ce qui manque ici à notre intelligence I

SEMON V

'De r intelligence et, de r affection.

1. Aujourd'hui, le fils de l'homme vient s'offrir à l'ancien des jours, assis sur un trône, qu'il doit partager s, et désormais le germe du Seigneur, ne sera pas seul environné de magnificence et de gloire ; le fruit de la terre se trouvera porté à une hauteur sublime 4. Heureuse union! mystère qu'il faut embrasser avec une joie ineffable ! Le même est à la fois

•Jean, xii, 32. — « p». xlviiIi 13. — • Dan., vu, 13. — * Isal., IV, 2.

germe du Seigneur et fruit de la terre, fils de Dieu et fruit des entrailles de Marie , fils de David, et Seigneur, ce Seigneur, qui le comble aujourd'hui de joie, et qui lui inspirait jadis ce chant : le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite ^. Comment le germe du Seigneur, ne serait-il pas luimême Seigneur? Et il est aussi son fils, le fruit

1 laai., XXXIII, 17. — *Ps. lxxxiii, vi, 8. — * Ephés., IV, 10.— * Isal., Lxiv, 42, et I Cor., ii, 9. — «Ps. cxa, 1.

sublime de la terre, le fruit de ce rameau sorti de la tige de Jessé. Aujourd'hui donc, le Père glorifie son Fils, le fils de Thomme, il le glorifie en lui-même de cette gloire qu'il y possédait avant la création du monde *. Aujourd'hui le ciel se glorifie de se voir rendre la vérité sortie de la terre. Aujourd'hui, l'Époux est enlevé à ses fils, condamnés au deuil, selon sa prédiction, car les fils de l'Époux ne pouvaient s'attrister pendant qu'il était avec eux. Mais le jour est venu où il leur est enlevé, et où son absence les condamne aux larmes et au jeûne 2. Que devient donc votre parole, 6 Pierre? vous disiez : Seigneur ^ il fait fait bon demeurer ici; faisons-y trois taber^ nacles *. Et le voilà entré dans un tabernacle plus vaste et plus parfait, que la main de l'homme n'a pas façonné, et qui n'appartient pas à cette création.

2. Comment donc est-il bon pour nous de rester ici? C'est plutôt une charge, une souffrance, un péril d'habiter une région envahie par le mal, ou la sagesse est rare, si môme on l'y trouve. Tout y est couvert d'une glu dangereuse; tout y est gUssant, et voilé de ténèbres; les filets du péché sont tendus partout. On ne rencontre sous ce soleil que dangers pour les Âmes, affliction d'esprit, vanité, douleurs. Elevons-donc, mes frères, élevons au ciel nos cœurs et nos mains, et eflbrçons-nousd'y suivre le Seigneur avec les pieds de notre dévotion et de la foi. Une heure viendra où, sans retard comme sans difficulté, nous serons enlevés dans les airs à sa rencontre, et nos corps spiritualisés pourront alors ce que ne peuvent aujourd'hui nos âmes anima- Usées. Car maintenant quels efforts il nous faut pour soulever un peu nos cœurs! Ah! nous le lisons malheureusement assez dans le li\re de notre expérience personnelle; ils sont hélas I appesantis par la corruption du corps et retenus en bas par le poids de cette demeure d'argile.

3. Peut-être convient-il d'expliquer ce que c'est qu'élever son cœur, et comment il faut l'élever : mais c'est à l'apôtre plutôt qu'à moi de vous l'apprendre. Si vous êtes ressuscites avec le Christ, dit-il, cherchez les choses d'en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu : goûtez les biens d'en haut et non ceux de la terre. Comme s'il disait avec plus de clarté encore : si vous êtes ressuscites avec lui montez avec lui; si vous vivez avec lui, régnez avec lui. Suivons, mes frères, suivons l'agneau partout, en sa passion, en sa résurrection, et

1. Jean, xvii, 3. — * Math., ix, 15. — » Id., xvii, 4. — * ColoM., m. 1, 2.

plus volontiei-s encore dans son ascension. Que notre vieil homme soit crucifié avec lui, afin que notre corps de péché soit détrui t, que nous cessions d'être les esclaves du péché, en mortifiant noS membres qui sont sur la terre. Mais comme Jésus-Christ est ressuscité des morts par la gloire de son Père, nous aussi marchons dans une vie nouvelle. Car s'il est mort, s'il est ressuscité, c'est pour que, morts au péché, nous vivions pour la justice.

4. Du reste, puisque une vie nouvelle demande un lieu plus sûr, et que la dignité de la résurrection exige une place plus élevée, suivons Jésus-Christ en son ascension, pour chercher à goûter les choses d'en haut et non celles de la terre. Quel est donc ce lieu, me direz- vous? Ecoutez l'Apôtre : La Jérusalem d*en haut est libre; c'est elle qui est notre mère^. Et voulez- vous savoir quels biens on y trouve? La vision de la paix. 0 Jérusalem ! Urne le Seigneur, lou^ ton Dieu, 6 Sion! ton Dieu qui t'a donné la paix pour frontières'^, û paix qui surpasse tout sentiment I ô paix, qui couronne la paix 1 ô mesure pleine, pressée, condensée, débordante! Ame chrétienne, souffrez avec Jésus-Christ, ressuscitez avec lui, montez avec lui, c'est-à-dire : Evitez le mal, faites le bien; cherchez la paix et poursuivez-la ^. C'est ainsi qu'aux Actes des apôtres, saint Paul nous rappelle qu'il a enseigné aux disciples, la continence, la justice, l'espérance de la vie éternelle^. Ainsi, dans TEvangile, la vérité nous avertit de nous ceindre les reins, d'allumer nos lampes, et de nous tenir prêts comme les serviteurs qui attendent leur maître s.

5. Du reste, si vous observez bien, l'Apôtre nous recommande une double ascension en nous exliortant à chercher et à goûter les choses d'en haut et non les choses de la terre. De son côté, le prophète semble indiquer cette distinction lorsqu'il dit : Cherchez la paix, poursuivez 'la; en sorte que chercher la paix, la poursuivre après l'avoir cherchée est la même chose que chercher les biens pour goûter, et goûter après avoir cherché les choses du ciel et non celles de la terre. Tant que nos cœurs sont divisés, remplis d'innombrables replis, en désaccord avec eux-mêmes, il faut nécessairement les élever par parties, et comme par morceaux, destinés à être rassemblés dans la Jérusalem d'en haut, où règne l'unité. Là ils habiteront non plus isolément, mais tous ensemble l'unité; et non-seulement ils cesseront d'être divisés en eux-mêmes, mais ils ne le seront plus entre eux. Et pour distin-

» Galat., IV, 26.— » Ps. cxlvii, 12, 14. — • » Ps. xxxiii, 15, 4 Actes, XMV, 25, — « Luc, xii, 35, 36.

POUR L'ASCENSION DU SEIGNEUR

guer les parties principales du cœur, il y a en nous l'intelligence et raffeclion, souvent en lutte Tune contre l'autre, l'une cherchant les régions élevées, l'autre les régions infimes. Quelle douleur! quel tourment pour l'âme d'être ainsi tirée, déchirée, brisée! C'est ce que vous pouvez conjecturer vous-mêmes d'après les déchirements du corps qu'il nous est aisé d'éprouver, si une insensibilité funeste et dangereuse vous empêche d'observer ce phénomène dans votre être spirituel. On écarte violemment les jambes d'un patient ; on sépare ses pieds par de longues pièces de bois ; la peau reste encore entière; mais quelle torture !

6. Telle est, et nous le déplorons, la situation douloureuse de ces infortunés qui, vivant corporellement au milieu de nous, éclairés peut-être comme nous, ne partagent pas nos sentiments. Us comprennent le bien qu'ils devraient faire, mais ils ne l'aiment pas comme ils le comprennent. Car pour l'ignorance, pouvons-nous y chercher une excuse, nous, à qui la doctrine céleste, les pieuses lectures, les enseignements spirituels ne manquent pas? Tout ce qui est vrai, pur, juste, aimable ; tout ce qui est de bonne réputation, tout ce qui respire la vertu, les bonnes mœurs, vous l'avez appris, reçu, entendu, vu, dans les exemples et les paroles de ceux qui mènent au milieu de vous une vie parfaite, et dont les exhortations et la conduite sont un enseignement éloquent et universel. Puissent ces leçons, en s'adressant à l'esprit, toucher aussi les cœurs, afin de nous épargner les amertumes et les douleurs d'une contradiction et d'une division qui nous condamnent au supplice d'être tirés en bas, pendant qu'une force opposée nous soulève !

7. Dans toutes les communautés religieuses vous Vencontrez, en eflet, des liommes inondés de consolations, plongés dans les délices, toujours rayonnants de joie et de contentement, fervents, occupés le jour et la nuit à méditer la loi de Dieu, portant au ciel des regards fréquents, levant dans la prière des mains pures, observateurs attentifs de leur conscience, et appliqués avec ardeur aux bonnes œuvres. Pour eux la discipline est aimable, le jeûne facile, les veilles courtes, le travail des mains agréable, et tout ce qu'il y a d'austère dans ce régime ne leur offre que douceur. Vous en trouverez au contraire d'autres pusillanimes et lâches : ils tombent sous la charge; il faut employer contre eux la verge et l'éperon ; leur joie est dissipée, leur tristesse abattue, leur componction rare et

courte, leurs pensées animales, leur vie tiède. Ils obéissent sans dévotion, ils parlent sans circonspection, ils prient sans ferveur, ils lisent sans s'édifier. C'est à peine, nous le voyons, si la crainte de l'enfer les retient, si la honte les arrête, si la raison leur fait sentir son frein, si la discipline les maîtrise. Une pareille vie ne vous semble-t-elle pas s'acheminer vers l'enfer? Cette lutte entre l'intelligence et l'afiection les force de mettre la main à des œuvres qui sont le partage des forts, et ils ne mangent pas le pain des forts, dont ils partagent les tristesses, sans en goûter les consolations. Levons-nous, je vous en conjure, nous tous qui vivons de cette vie , réparons nos âmes, rassemblons nos forces, sortons de cette tiédeur funeste ; si ce n'est pas parce qu'elle est dangereuse et qu'elle provoque d'ordinaire le dégoût de Dieu , que ce soit du moins parce qu'elle est fatigante, pleine de misère et de douleur, qu'elle expose à l'enfer, et qu'elle est comme l'ombre de la mort.

8. Si nous cherchons les choses d'en haut, efforçons-nous aussi d'en prendre un avantgoût. Peut-être est-il permis d'appliquer à l'intelligence et à l'affection l'avertissement qui nous est donné, de chercher les biens d'en haut, et de les goûter, afin, comme nous l'avons déjà dit, d'élever vers Dieu nos cœurs, dans ses principales parties, comme avec les mains d'un pieux effort et d'un exercice spirituel. Tous, si je ne me trompe, nous cherchons les choses d'en haut, par l'intellect de la foi, et le jugement de la raison ; mais nous n'avons pas tous, au même degré, le goût des choses d'en haut, car nous sommes pris à l'appât des choses terrestres, qui nous inspirent une violente affection. Quelle est, en effet, la source de ces divergences d'idées, de cette disparité de goûts, de cette opposition de conduite, de tous les contrastes indiqués plus haut? D'où vient que certaines âmes sont tristement privées de grâces, quand d'autres en sont si abondamment pourvues? Certes, celui qui les distribue, n'est ni pauvre, ni avare ; mais les vases vides manquent, et l'huile est condamnée à s'arrêter. L'amour du monde nous assiège de toute part; ses consolations ou plutôt ses désolations obstruent nos routes, entrent par nos fenêtres, envahissent nos âmes; ce n'est pas l'âme cependant de celui qui a dit : Mon aine a refusé d'être consolée; je me suis souvenu de Dieuj et j'ai goûté des délices ^ Un cœur rempli de désirs mondains, voit les joies saintes fuir loin de lui. La vérité ne s'allie pas à la va-

* Ps. LXXVI, tS, 4.

im

nité , réternel au passager, les choses spirituelles aux corporelles, celles d'en bas, à celles d'en haut, et vous ne pouvez goûter tout ensemble , les biens du ciel et ceux de la

terre.

9. Heureux ces hommes prédestinés à figurer d'avance l'Ascension du Seigneur, Enoch ravi S Élie enlevé au ciel 2.» Heureux ceux qui vivent exclusivement pour Dieu, et qui sont voués uniquement à l'intelligence, à l'amour, à la jouissance ! Un corps corruptible n'appesantit plus les âmes, une maison de boue ne tient plus abaissés les pensées et les sentiments de ces hommes qui ont marché avec Dieu. Pour eux, plus d'obstacle, plus d'occasion, plus de matière capable d'appesantir leur affection, ou d'abaisser leur intelligence. L'Écriture déclare en effet, que si le premier a été ravi (a), c'est pour empocher la toalice de triompher de sa sagesse, et soustraire son intelligence et son âme, à toute possibilité de séduction ou de changement ».

10. Mais d'où nous vient donc la vérité dans ces ténèbres, la charité dans ce siècle méchant, dans ce monde plongé tout entier dans le mal? Trouverons-nous quelqu'un qui éclaire notre intelligence, et échauffe nos affections? Oui, si nous nous tournons vers Jésus-Christ, afin qu'il enlève de nos cœurs le voile qui les couvre. C'est de lui qu'il est écrit : Une grande lumière s'est levée sur ceux qui habi-taient dans la région et les ombres de la mort *. Dieu, en effet, prenant en pitié les temps de l'antique ignorance, a annoncé aux hommes de faire partout pénitence, selon que saint Paul le disait aux Athéniens s. Souvenez-vous que le Verbe de Dieu, sagesse éternelle, s'est incamé. Pendant tout le temps que daigna se montrer et séjourner parmi les hommes cette ineffable vertu, cette gloire, cette majesté, son occupation fut d'éclairer les cœurs, et d'inspirer aux hommes la foi par la prédication et les miracles. L'esprit du Seigueur est sur moi, disait-il; il ma envoyé évangéliser les pauvres ^. Et il disait aux apôtres : La lumière est encore au milieu de vous^ pour un peu de temps; marchez pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres, ne vous surprennent pas 7. Et non-^seulement avant sa passion, mais après sa résurrection, quand il leur prouve qu'il est vivant, quand il leur apparaît pendant quarante jours, qu'il leur parle du royaume de Dieu 9, qu'il ouvre leur esprit à l'intelligence

* Ecclé., XLiv, 16. — • IV Rois., H, 2.— » Sages., iv, IL — * Isal., IX, 2. — » Actes., xni, 30. — • Ittl., ïXi, i. — 7 Jean, xii, 35. — * Act., i, 3.

(a) Voir plus haut Sermon lu, n? 3.

des Écritures ^, il façonne leur esprit, plus qu'il ne purifie leur affection.

H. Comment, en effet, les cœurs matériels eussent-ils été touchés de choses spirituelles? Us étaient même incapables de supporter la lumière pure, et il fallut leur présenter le Verbe dans la chair, le soleil dans une nuée, la lumière en un vase d'argile, le miel dans la cire, le flambeau dans une lanterne. VEsprit, le Christ, le Seigneur était bien sous leurs yeux, et non séparé de l'ombre sous laquelle ils devaient vivre parmi les nations. Aussi lisons-nous que la Vierge fut couverte de cette ombre 2, de crainte qu'ébloui d'une trop vivo splendeur, l'œil de cette aigle fût impuissant à soutenir la lumière fulgurante et les feux de la Divinité. Cependant, cette nuée légère ne fut pas inutile ; il en a fait un salutaire emploi. Les cœurs de ses disciples ne pouvaient s'élever jusqu'à l'intelligence de la foi et des choses spirituelles, si leurs affections n'étaient pas changées. Jésus-Christ a donc voulu leur inspirer une affection chamelle, afin qu'en fixant leurs attachements à son humanité sainte, par laquelle il opérait de si grands prodiges et disait de si grandes choses, il les détournât de s'occuper des choses humaines. Cet amour, à la vérité, était humain et charnel, mais il était si fort, qu'il l'emportait sur tous les autres, et ainsi il cherchait à les élever de la chair à l'esprit. C'était sans doute cet amour dont ils étaient épris, qui leur faisait dire : Voilà que nous avons tout abandonné pour vous suivre 8. Car bienheureux les yeux qui voyaient le Dieu de Majesté présent dans son humanité, le Créateur de l'univers conversant avec les hommes, donnant l'exemple de toutes les vertus, guérissant les malades, marchant sur la mer, ressuscitant les morts, commandant aux démons, et donnant aux hommes une f)uissance semblable à la sienne ! Heureux les yeux qui voyaient cet homme doux et humble de cœur, bon, affable, riche en miséricordes, cet agneau de Dieu sans tache et sans souillure, portant les péchés de tous les hommes ! Heureuses les oreilles qui ont mérité d'entendre de la bouche du Verbe incarné les paroles de vie, par lesquelles le Fils unique du Père annonçait et faisait connaître tout ce qu'il eu avait appris I C'est dans ces torrents de la doctrine céleste, dans cette pure fontaine de la vérité, qu'ils ont puisé, disons mieux, qu'ils se sont enivrés du vin des sublimes vérités qu'ils ont ensuite répandues et comme vomies parmi les peuples.

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