POUR LE SIXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
les occasions que la miséricorde de Dieu a écartées de moi. J'aurais aussi bien souvent succombé à la violence des tentations. Mais le Seigneur, roi des vertus, m'a communiqué l'énergie de maîtriser mes appétits, et de dominer la concupiscence dont je sentais les aiguillons. Pour certaines fautes, votre bonté, mon Dieu, m'en a donné une telle horreur que la pensée de les commettre ne m'a pas même importuné.
2. Le deuxième pain était cette attente qui vous portait à retarder votre vengeance parce que vous aviez des pensées d'indulgence. Recevez trois fragments de ce pain, en songeant à la patience de Dieu, au choix de prédestination qu'il voulait réaliser, à l'excessive charité dont il m'a aimé. Le Seigneur a attendu si longtemps sans paraître s'occuper de moi, et détournant le visage de mes péchés comme s'il ne voulait pas même voir l'excès de mes désordres. Il dissimulait, dis-je, pour montrer sa patience, réaliser son choix, confirmer sa charité.
3. Du troisième pain, de la miséricorde qui nous a amenés à la pénitence, je vous présente, non pas trois fragments, mais trois bouchées. Car alors, il m'en souvient, il a ébranlé mon cœur, il l'a excité à remarquer la blessure de ses péchés, il lui a fait sentir la douleur de ses blessures. Il l'a même terrifié, le conduisant aux portes de l'enfer, et lui montrant les supplices préparés aux méchants. Et afin d'eCTacer de mon cœur toute trace de délectation funeste, en m'inspirant des consolations meilleures, il m'a donné l'espoir du pardon. Voilà les trois choses qui m'ont converti, et vous aussi, je pense.
4. Pour le quatrième pain, l'indulgence, je vous en prie, recueillez-en soigneusement les restes. Empêchez qu'ils ne se perdent, car ils sont fort salutaires et surpassent en douceur un rayon de miel. Qu'il a porté loin l'indulgence et la libéralité du pardon! Il ne nous écrase pas de sa vengeance, ses reproches ne nous couvrent pas de confusion, le souvenir de nos offenses ne diminue pas son amour. Il est des personnes, en effet, qui, tout en pardonnant, sans se venger, éclatent en reproches. D'autres, dans leur silence, gardent au cœur un souvenir profond et amer : ni les unes ni les autres ne pardonnent tout à fait. Bien différente est la bonté divine . Elle agit avec libéralité, elle pardonne pleinement et pour inspirer la confiance aux pécheurs, mais aux pécheurs pénitents; là où abonda le crime surabonde aussi la grâce. Témoin Paul, le docteur des nations, qui, aidé de la divine
grâce, a travaillé plus cpie tous. Témoin Mathieu, élevé du comptoir à l'apostolat et qui eut le privilège d'être le premier écrivain du Nouveau Testament. Témoin encore Pierre qui, après son triple reniement, reçut le gouvernement de l'Église entière. Témoin enfin cette pécheresse fameuse, remplie, au début môme de sa conversion, d'une charité si riche, et honorée ensuite de la faveur d'une familiarité si grande. Qui a accusé Marie et l'a obligée à se défendre ? Si le Pharisien murmure, si Marthe se plaint, si les apôtres se scandalisent, Marie se tait, Jésus-Christ l'excuse, il la loue même en son silence. Et puis, quelle prérogative, quelle faveur encore d'avoir mérité de voir la première le Sauveur ressuscité, et de le toucher (a) !
6. Mais passons à d'autres considérations. Il est bon de rester ici, puisque les pécheurs y puisent la confiance, mais il est d'autres vérités qu'il ne faut pas taire. Dans la continence qui est le cinquième pain, je trouve trois choses qui me permettent de m'écrier : Il a fait en moi de grandes choses, le Tout- Puissant^, Peut-être essuyez-vous votre continence peu méritoire, je ne suis pas de votre avis. Car je sais les ennemis qu'elle rencontre, et quelle vertu il faut pour leur résister. Le premier de ces ennemis, c'est la chair dont les désirs sont opposés à l'esprit. Quel ennemi domestique 1 Quelle lutte périlleuse I Quelle guerre intestine ! 0 mon âme ! Nous ne pouvons ni fuir ce cruel ennemi, ni le mettre en fuite. Nous sommes contraints à le porter partout, parce qu'il est enchaîné à nous. Et pour comble de danger et de malheur, nous sommes forcés à le nourrir; car le tuer nous est défendu. Voyez donc avec quelle sollicitude il faut vous garder de celle qui dort sur votre sein ! Toutefois, ce n'est pas là mon unique adversaire, j'en ai un autre qui m'environne et m'assiège, et si vous l'ignorez, cet ennemi, c'est ce monde pervers. Le voilà sur tous mes chemins. Par les cinq portes de mes sens, il me blesse de ses traits; la mort monte par les fenêtres. C'était déjà bien assez de ces deux adversaires. Mais, hélas ! je vois accourir de l'aquilon un vent violent et de ce côté, vient tout le mal. Ahf Seigneur, sauvez-nous, nous périssons 2. Voici le marteau qui brise la terre, le serpent, le plus rusé des animaux, voici cet ennemi invincible. Comment donc s'en défendre?
* Luc, I, 49. — • Malh., viu, 25.
(a) Ici Madeleine est confondue avec Marie, sœur de La- Bare, et la pécheresse, comme au Sermon II, sur V Assomption. Saint Bernard hédte sur cette question, an Sermon m, sur le Cantiqtte,
Quand on peut garder la continence (je ne parle pas de la seule continence qui nous préserve de la luxure, mais aussi des vices et péchés), on n'a pas uniquement à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l'air *. Et qui pourra étfindre leurs traits enflammés? Ils ont préparé leurs flèches en leur carquois, afin d* en percer dans l'ombre les cœurs droits'^; et ils ont résolu de cacher leurs pièges et ont dit : Qui donc les terra 3 ? Ils nous attaquent, ils nous poursuivent, tantôt par la violence ouverte, tantôt par des ruses cachées, toujours avec une malice cruelle. Qui est capable, je ne dis pas de surmonter, mais de soutenir ces assauts? Vous voyez, je crois, la difficulté de la continence, et vous pouvez apprécier, comme dit l'Apôtre, les dons que Dieu vous a faits*. Car c'est en lui que nous puisons la force, c'est lui qui réduit à néant nos adversaires,, c'est lui qui écrase sous rtos pieds, et la chair avec ses concupiscences, et le monde avec ses curiosités et ses vanités, et Satan lui-même avec ses tentations. N'avait-je pas raison de •dire que nous trouvions dans la continence sujet de nous écrier : Le Tout- Puissant a fait en nous de grandes choses ?
6. Recevez maintenant les restes du sixième pain. Ce pain c'est la grâce qui nous fait mériter les biens de l'éternelle vie. Je crois que cette grâce consiste en trois choses : dans la haine des maux passés, dans le mépris des
» Èphés., vr, 12. — « Ps. x, 3. — ^ Pc. lxviii, G. — * I Cor., Il, 12.
biens présents, dans le désir des biens futurs. Le septième pain est l'espérance d'obtenir : j'en tiens cependant trois fragments, et leur goût est plein de saveur à mes lèvres. Oui, trois choses soutiennent et fortifient mon cœur, en sorte que ni l'absence de mériter, ni la considération de mon néant, ni le haut prix de la béatitude céleste ne sauraient le précipiter de cette hauteur d'espérance où D est enraciné. Les désirez-vous, ou faut-il les réserver à cause de celui qui a dit : As-tu trouvé du miel? Manges-en ce qui te suffit ^ ? Ainsi s'accomplit chaque jour ce que la Sagesse a prophétisé d'elle-même, et je vois maintenant que ceux qui me mangent^ comme elle dit, auront encore faim\ Je ne vous ferai pas attendre davantage, je ne tromperai pas votro faim, car je vous vois disposés, comme si vous n'aviez encore rien pris. Trois choses sont la base de mon espérance : la charité qui m'adopte, la vérité qui promet, la puissance qui réalise la promesse. Que ma folle pensée murmure et dise : qui es-tu? Que cette gloire est grande? En vertu de quels mérites comptestu l'obtenir? Je répondrai hardiment. Je sais en qui j'ai cru, j'ai l'assurance qu'il m'a adopté dans l'excès de son amour, qu'il est vrai en ses promesses, qu'il est assez puissant pour les accomplir, car il lui est permis de faire ce qu'il veut. Voilà un triple lien difficile à rompre. De notre patrie il descend jusqu'en ce cachot. Oh! je vous prie, tenons-le fortement, afin qu'il nous tire, nous soulève, nous emporte jusqu'à la vue de la gloire du grand Dieu, béni dans les siècles. Ainsi soit-il.
* Prov., XXV, î6. — * Ecclc., xxiv. 29.
POUR LE PREMIER DIMANCHE DE NOVEMBRE
SERMON PREMIER
Sur ces paroles d*Isaïe, cb. i , v. i : J'ai vu le Seigneur assiSy etc.
1. J'ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé, et la terre était remplie de sa Majesté» C'est une sublime vision que le prophète nous décrit ici. J'ai vu, dit-il, le Seigneur assis. Quel grand spectacle, mes frères! Heureux ceux qui l'ont vu ! Qui donc ne souhaiterait ardemment contempler la gloire d'une aussi haute Majesté? C'a toujours été là l'unique désir de tous les saints. C'est Dieu, en effet, que les Anges aspirent à considérer, car le voir, c'est la vie éternelle. Mais j'ai lu une autre vision du môme prophète, dans laquelle il a vu Dieu sous un aspect bien différent. C'est ce même Isaïe, en effet, qui dit, en un autre endroit : Nous l'avons vu, et il était sans dehors, sans beauté. Nous l'ajoons considéré comme un lépreux, etc. ^ Il convient d'observer ici une vision commune, et une autre particulière au prophète. Ce n'est pas sans raison que d'un côté il est écrit : Nous avons vu, et de l'autre : J'ai vu : c'est pour nous donner à entendre que la première vision est commune, et h seconde d'une excellence singulière. Hérode, en effet, a vu le Seigneur sans aspect, sans beauté, et il l'a méprisé ; les Juifs l'ont aussi vu, eux qui ont compté ses os. Quant à l'autre vision bienheureuse, le prophète la désigne manifestement, quand il dit : Otez Pimpie pour qu'il ne voie pas la gloire de Dieu 2.
4 Isaï., LUT, 2. — • Id. xxvî.. 11
S. Bern. — ToM. m.
2. Le Seigneur s'est donc montré plusieurs fois et en plusieurs manières aux prophètes, comme il a parlé par eux. David l'a vu abaissé au-dessous des Anges; Jérémie l'a vu converser sur la terre avec les hommes; Isaïe l'a aperçu, tantôt sur un trône élevé, tantôt nonseulement plus bas que les Anges, ou au milieu des hommes, mais sous les traits d'un lépreux, c'est-à-dire non-seulement dans la chair, mais dans la ressemblance d'une chair de péché. Voulez-vous, à votre tour, contempler Jésus-Christ dans sa gloire, contemplez-le d'abord dans son abaissement. Commencez par regarder le serpent dressé dans le désert, si vous désirez voir le Roi sur son trône : que cette dernière vision vous humilie, pour que l'autre vous exalte; que l'une réprime votre orgueil, afin que l'autre comble et rassasie vos désirs. Vous le voyez anéanti ? Que cette vision ne soit pas inutile, parce que vous ne pourrez sans profit le voir exalté. Vous lui deviendrez semblables en le voyant tel qu'il est. Devenez-lui donc semblables aujourd'hui en le contemplant dans l'état auquel il s'est réduit pour vous. Car si vous ne dédaignez pas de lui ressembler jusqu'en son infirmité, vous méritez de partager son élévation, et il ne souffrira pas qu'un compagnon de ses tribulations soit exclu de sa gloire. Il est si éloigné de repousser de son royaume celui qui a eu part à sa passion, que le larron en croix a été
reçu ce jour-là même au Paradis. C'est ce qu'il avait promis à ses apôtres : Vous êtes demeurés avec moi dans m^es tribulatiofiSj et moi je vous réserve un trône i. Si nous soufifrons avec lui, nous régnons aussi avec lui. En attendant, mes frères, que Jésus-Christ crucifié soit l'objet de nos méditations. Plaçons-le comme un sceau sur notre cœur et sur notre bras. Embrassons-le, si j'ose dire, des bras de notre charité reconnaissante, et suivons-le par une ^ie pieuse. C'est la route où il se montre à nous, lui, le salut de Dieu, non plus sans aspect et sans gloire , mais avec un tel éclat que sa Majesté remplit le monde.
3. C'est bien à propos que, dans la première vision, comme si l'hiver régnait encore. Dieu se montre, non sur son trône, mais dans un endroit inférieur et bas. Toute grande maison possède^ en effet, deux appartements, l'un en haut pour l'été, l'autre en bas pour l'hiver. Tant que les cœurs des disciples étaient comme glacés, et que Pierre, l'âme aussi froide que ses membres, se réchauffait au foyer, ce n'était pas le moment de résider sur un trône, ou plutôt de s'y montrer. Mais quand retentira le cantique nouveau, Vhiver a fui^ les fleurs ont apparu 9UT fiotre terre 2, ce sera l'heure de
monter sur le trône, et le Seigneur alors habitera les hauteurs.
4. Croyez qu'Isaïe, lorsqu'il tenait ce langage, a vu d'un regard prophétique la gloire de ce temps : J'ai vu^ dit-il, le Seigneur assis sur un trône élevéj etc. Mais que penser, mes frères, de ce trône, et quel est-il? Car le Très- Haut ne réside pas en des lieux visibles ni disposés par la main des hommes. U n'est pas de matériaux corporels propres à former un tel trône, dignes d'une pareille construction, ni d'un tel habitant; des pierres vivantes doivent élever cet édifice spirituel qui aura l'honneur de recevoir la vie véritable et éternelle. Si les Anges ne suffisent pas à préparer un si grand édifice, eux, décimés par la prévarication et la chute, que Dieu tire le pauvre de la terre et l'indigent de la poussière, afin de les placer avec les princes, et de remplir ainsi le trône de gloire. C'est peut-être pour cela que le prophète n'a pas aperçu seulement un trône tr^haut, mais nous parle d'un trône élevé, afin de désigner ainsi et la grandeur stable des Anges, et la miséricordieuse élévation des hommes. Ce qui suit semble demander une considération plus attentive : qu'il nous suffise pour aujourd'hui d'avoir abordé ce sujet.
SERMON II
Sur les paroles d'Isaïe, ch. vi, i, 3.
1. Toute la terre était pleine de sa Majesté^ dit potre contemplateur, parlant de Celui qu'il avait vu sur un trône. Que votre règne arrive. Seigneur, afin que la terre, comme le Ciel, soit rerpplie de votre Majesté ! Pourquoi le PrincjS de c^ monde déploie-t-il partout sa fureur, sinon parce (|ue la terre est aux mains de l'impie ? L heure présente est son heure, l'heure de l'empire 4ps ténèbres. Un jour viendra où \e misérable qui n'a pas eu de place au ciel sera aussi banni de la terre, et emprisonné dans des cachots souterrains.
C'est pour cela que David, après ^voir parlé de l^ prospérité (Jes saints, ajoute au sujet du
* Lnc, XXII, 28, 29. — « Canliq. u, H, 12.
Méchant, de ses Anges ou de ses membres : Il n'en est pas ainsi de Vimpie; non^ il n'en est pas ainsi : il sera semblable à la poussière que le vent enlève de la surface de la terre ^ Alors il perdra et la faculté de tenter, et la liberté de semer le trouble, et la possibilité de «uire. La terre entière sera remplie de la majesté du Seigneur. Quand sa volonté cessera d'être transgressée, ou plutôt quand la création sera enfin affranchie de la corruption qui, jusqu'ici, la condamne aux gémissements et aux douleurs de l'enfantement, alors il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle ; et partout où vous tournerez les yeux, * Ps. 1, 4.
POUR LE PREMIER DIMANCHE DE NOVEMBRE
dans tout Tensemble des choses, vous verrez resplendir la Majesté divine*
2, Mais il y a pour vous une autre terre plus voisine, et qui mérite de votre part une sollicitude pluç grande et plus juste; car personne ne haii sa propre chair ^ Consolez-la donc, afin qu'elle aussi repose dans l'espérance, en entendant dire que toute la terre sera remplie de la Majesté de Dieu. Comment donc, mes très-chers frères, cette Majesté remplirait-elle présentement notre chair, puisque le grand Paul, qui n'avait que les prémices de l'Esprit, gémissait et s'écriait tristement : Je sais que le bien n'est pas en moi, c'esi-à-dire dans ma chair ^1 Assurément le péché ne dominait plus son corps mortel ^, Remarquez, toutefois, que ce corps restait mortel, bien qu'il ne subtt plus la domination du péché. Alors la loi du péché était encore en ses memr bres 4, cette loi que la plénitude de la Majesté détruira, à son arrivée. U y a plus : la mort elle-même sera détruite; la Majesté divine remplira donc notre terre, quand disparaîtra, avec le sentiment du péché, la dette de la mort. Notre terre sera, dis-je, remplie de la Majesté divine, quand elle sera revêtue de la gloire de la résurrection, du vêtement de l'immortalité, et qu'elle aura revêtu l'éclat du corps du Christ : car nous attendons un Sauveur qui réformera^ sur l'image de son corps glorieuxj notre corps humilié ^. Pourquoi murmures-tu encore, chair misérable? Pourquoi regimbes-tu, et formes-tu des désirs contraires à ceux de l'Esprit? S'il t'humilie, te châtie, et te réduit en servitude, c'est dans ton intérêt autant que dans le sien. Pourquoi portes-tu envie à ces gens qui ne rougissent pas de demander une gloire honteuse à l'ouvrage des vers, à des peaux de rat, qui cher^ chent une parure indigne des hommes et interdite aux femmes, et qui se déshonorent plutôt qu'ils ne s'ornent? Ah I qu'ils réforment leurs corps, ou au moins qu'ils le défigurent! Pour toi, si tu as été un corps humilié, l'Ouvrier qui t'a fait te reconstruira. Si tu es sage, tu attendras que la main qui t'a façonné te refasse.
3, Voyez maintemmt la suite de la vision prophétique : Et tout ce qui était sous lui rem-' plissc^it le temple. C'est pourquoi sans doute il est dit : Humiliez-vous sous la main puissante de Dieu^ afin quHl vous exalte au temps de sa visite 6. Songez à être sous lui, sinon vous ne pourriez être avec lui. Car quoi? Pensez-vous que Dieu admette indififéremment les hommes
» Ephés., V, 29. — « Rom., vu, 18. — • Id., vi, i2.— * Id., vu, 23. ~ » Philip., m, 20. — • 1 Pierre, v, 6.
daus ce temple de la béatitude, lui qui n'y a pas souffert indifféremment les Anges mêpoies? Quoi ! il ne ferait pas un discernement dans la fange, après en avoir fait un entre les étoiles? Il examinera certainepaent l'argent, puisqu'il a éprouvé l'or, et l'a même réprouvé. Quel homme faut-il donc pour remplacer l'Auge déchu? Un homme ei^mpt d'iniquité, et surtout de ce péché qui, pour l'Ange, ne fut pas une offense légère, ni l'objet d'une colère passagère, mais qui attira sur lui une yengeance éteiTielle. L'orgueil a mis le désordre eu ce royaume, il en a ébranlé les murs et il en a renversé une portion considérable. Quoi donc? croirez-vous qu'on l'y laisse rentrer facile-» ment? Cette cité n'a-t-elle pas une haine pro-» fonde pour un aussi abominable fléau? Soyeaen certains, mes firères, le Dieu qui n'a pas épargné la superbe des Anges, ne ménagera pas celle des hommes. Il ne peut se contredire et il ne fait acception de personne; ses juge^ ments sont toujours semblables. L'humilité seule lui plaît, dans l'Ange et dans l'homme, et Celui qui siège sur le trône ne choisit que des sujets pour en remplir son temple. U est écrit, en effet : Qui donc est semblable au Seigrwur notre DieUj qui ?habite les hauteurs^ et qui considère les humbles y au ciel et sur la terre ^ ? Prenez garde que la parole de Michel ne vienne résister en face à cet orgueil qui ose dire : Je serai semblable au Très 'Haut. Michel signifie qui est comme Dieu.
4. Le prophète commence donc par dire qu'il a vu le Seigneur sur un trônq haut et élevé : et pour empêcher que par ce siège placé en haut, on n'entende l'Ange qui a dit : je monterai au-dessus des nuées ^ ; ou qu'on applique le mot élevé aux hommes, qui s'exaltent dans leur orgueil, il a ajouté : Et tout ce qui était sq^as lui remplissait le temple. U donne ainsi à entendre qu'il ne recommande pas ici ces hauteurs qui se dressent contre lui ; mais que ceux qui lui sont soumis seront exaltés soit dans le temple, soit sur un troue, les uns mainteuus par une stabilité inébranlable, les autres soulevés de leur néant par la miséricorde divine. N'objectez pas que tout est subordonné à son pouvoir fst qu'il est difficile de déterminer ce que renferme ce mpt : ce qui est sous iMi y pour montrer qu'il ap^ prouve et recommande ici uniquement 1^ soumission volontaire et inspirée par 1^ char rite, le prophète ajoute le nom des Séraphius, dont nous traiterons en temps et lieu, si Dieu nous aide à le faire.
1 PSé GUI, 5, 6. — S l8tl., uv, 14.
5. Ce qui était sous lui re^nplissait le temple. Au commencement Dieu avait créé les Anges qui composaient ce temple bienheureux. Mais tous n*ont pas été Tobjet de ses complaisances, puisque, ainsi qu'il est écrit, il a trouvé des taches jusqu'au milieu d'eux ^. Parmi eux, en effet, il s'en est rencontré un pour oser dire : Je placerai mon tréne du côté de l'aquilon 2, et tout un peuple l'a cru. Malheureux I il a préféré être sans Dieu, au lieu de vivre sous l'empire de Dieu. Infortunés ceux qui, voyant ce voleur, ont suivi ses pas ! Ils sont sortis pour leur perte d'un lieu destiné à d'autres. 0 mon âme, ne seras-tu donc pas soumise au Seigneur? Sinon il n'y aura pas non plus place pour toi dans ce temple, puisque ce qui était soîLs lui remplissait le temple. Les Vierges folles frapperont inutilement à l'entrée; en vain elles pousseront des cris, quand au festin des noces, les places seront occupées, et la porte définitivement fermée. Ah ! plaignez
l'âme ainsi exclue : plaignez le sortjde celui qui donnera occasion de crier : Otez Vimpie, et quHl ne contemple pas la gloire de Dieu ^ ! Pourquoi voit -il cette lumière temporelle, le malheureux qui ne méritera pas cette gloire ? Ah ! Plût au ciel que mon œil n'eût jamais rien vu s'il doit (ô malheur!) être privé de cette vision ! Allez âmes superbes ; soyez insolentes; exaltez-vous, enflez- vous; ambitionnez sans cesse de figurer au premier rang. Lorsqu'on passera le niveau de l'équité, vous disparaîtrez. Qu'il n'en soit pas ainsi de toi, ô mon âme I Demeure soumise . à Dieu ; soumise du fond de ton être, avec toute la ferveur de la dévotion, parce que les Séraphins se tenaient sur ce trône. Tenonsnous là aussi avec eux, mes frères, ne nous éloignons pas de ce temple, ou tous rendent gloire à Dieu, parce qu'ils y contemplent la gloire de notre Seigneur Jésus-Christ qui est le Dieu béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
SERMON III
Sur les paroles dlsàiCy ch. vi, 2.
1 . Vous n'avez pas oublié que je dois vous entretenir aujourd'hui des deux Séraphins, qu'Isaïc, après son récit de la vision de Dieu assis sur son trône, ajoute avoir vus se tenir au-dessus de lui. Les Séraphins, on vous l'a dit souvent, sont des esprits supérieui-s ; ils forment dans les neuf ordres, l'ordre le plus élevé et le plus sublime. Mais, on leur donne ici une autre signification ; c'est mon sentiment, et ,ce qui l'autorise, c'est que ces esprits forment d'innombrables légions ; dans la description d'Isaïe, il n'est parlé que de deux Séraphins. Pour moi, mes frères, si chacun est libre d'abonder en son sens, je crois que ces Séraphins désignent les deux créations douées de raison, la création angélique et la création humaine. Et ne vous étonnez pas de voir l'homme devenir Séraphin ; souvenez- vous que le Créateur et le maître des Séraphins s'est fait homme. Pour ta confusion, esprit superbe créé parmi les Anges, au milieu desquels tu n'as pas mérité de rester, voici que
> Job., TV, 18. — » Isa!., xiv, 13.
notre roi vient créer sur la terre des Angfô nouveaux. Et ce qui doit accroître ton dépit el ton supplice, il ne prépare pas des Anges d'un rang inférieur, mais des Séraphins. Car écoutez son langage : Je suis venu apporter le feu sur la terre, et mon désir est qu'il s'aUume 2. Il veut donc faire des Séraphins destinés à occuper la place d'où tu es tombé. Les Séraphins, dit Isaïe, se tenaient au-dessus de lui. Pourquoi donc toi qui brillais comme l'astre du malin, n'es-tu pas resté dans la vérité, sinon parce que tu n'étais pas Séraphin ? Séraphin veut dire ardent et embrasant. Malheureux ! lu avais la lumière , tu n'avais pas l'ardeur. Il valait mieux pour toi être porte-feu qu'être porte-lumière, et que ton désir de briller ne t'eût pas pousse, froid déjà, à chercher une région froide. Tu as dit : Je monterai au-dessus des nuées, je siégerai du côté de l'aquilon. Pourquoi, ô Lucifer, cet empressement à te lever dès Taurore? Pourquoi rêver d'effacer la gloire des astres, toi qui les surpasses en éclat ? Ta gloire sera
1 Isaî., XXVI, 10.— * Luc, xii, 49.— ' Isaï.,xiii, 14.
POUR LE PREMIER DIMANCHE DE NOVEMBRE
éphémère ; le soleil de justice te suit, car tu te vantes inutilement de Tôtre ; il te suit, et sa clarté et sa chaleur t'éclipseront bientôt. Le Dieu qui doit venir à la fin des siècles et se lever comme un vrai soleil, vainement tu te prépares à le devancer, à l'aide de cet homme de perdition dont tu useras et qui se posera en ennemi et, au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu ou qui est adoré ; l'éclat de son avènement sera ta destruction.
2. Ce fut dans un meilleur sens, et sans confusion pour lui-même, que Jean-Baptiste à été porte-lumière. Il n'avait pas usurpé cette onction, poussé par une injuste et déloyale présomption. Mais Dieu le Père l'avait, de sa propre autorité, envoyé devant le Seigneur. Voilà, dit-il, que j* envoie mon Ange deioant votre face ^ Et, dans le psaume, il est dit encore au sujet de Jean : J'ai préparé un flambeau à mon Christ 2. C'était un flambeau ardent et luisant. Les Juifs voulurent se réjouir à son éclat : il s'y refusa. Pourquoi? Interrogez-le lui-môme, qu'il parle, qu'il dise ce qu'il est. Vami de VÉpouXj dit-il, se tient debout , et se réjouit à la voix de l'Époux '. Jean se tient donc debo.ut ; ce n'est pas un roseau agité par le vent, parce qu'il aime, parce qu'il est ardent, et les Séraphins nous sont aussi représentés debout. Oui il est vraiment l'ami de l'époux : quand celuici sort de la chambre nuptiale, au lieu de jalouser sa gloire, il lui prépare la voie, il en proclame la grâce, afin de mériter aussi de s'enrichir de sa plénitude. Jean brille donc et avec d'autant plus d'éclat que sa ferveur est plus vive, avec d'autant plus de vérité, qu'il est moins avide de paraître ; fidèle flambeau venu non pour usurper, mais pour annoncer la splendeur du soleil de justice. Je ne suis pas le Christ, dit-il, un plus fort que moi vient, et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure ; et encore : Je vous baptise dans Veau ; lui vous baptisera dans l'esprit saint et dans le feu ^. Comme s'il disait ce Lucifer : pourquoi admirez-vous mon éclat ? Je ne suis pas le soleil : vous en verrez un autre en comparaison duquel je suis ténèbres, et non lumière. Semblable à l'étoile qui devance le jour, je vous couvre d'une rosée matinale ; mais lui versera sur vous^ses ardents rayons ; il fondra la glace, desséchera les marais fangeux, réchau£rei;a les membres glacés, et deviendra le vêtement des pauvres. Le précurseur parle à peu près comme le juge ; mais le Christ a donné visiblement le feu promis par Jean. Jesuis venu, dit-il, apporter le feu sur la terre,
* Luc, VII, 27. — ' Ps. cxxxi, 17, — ' Jean, m, 20. — * Id., I, 20, 27, 26, 33.
3. Vous direz peut-être que le feu possède aussi bien l'éclat que l'ardeur. Je ne le conteste pas ; bien que l'ardeur soit, en quelque sorte, plus inséparable de sa substance. Mais écoutons Jésus-Christ lui-même et voyons ce qu'il recommande davantage dans le feu. Je suis venu, dit-il, apporter un feu sur la terre, et quelle est ma volonté sinon quHl brûle? Vous savez maintenant ce qu'il veut. Mais vous n'ignorez pas que la vie dépend de sa ^^rolonté * ; que le serviteur qui a connu la volonté de son mattre et ne l'a pas faite recevra une punition plus sévère 2. Pourquoi vous hâter de briller? Le temps n'est pas venu où les justes brilleront, comme le soleil, dans le royaume de leur Père. Jusque-là le désir de paraître est un désir pernicieux; il vaut bien mieux brûler. Mais si vous souhaitez tant l'éclat, efforcez-vous d'être ce que vous voulez paraître ; cherchez premièrement la ferveur; il n'est pas douteux que l'éclat ne s'y ajoute. Sinon vos efforts sont inutiles, car vain est l'éclat que l'ardeur n'accompagne pas. Elle est empruntée ou simulée, la lumière qui ne vient pas du feu. Il vous servira peu d'usurper le bien d'autrui, et vous serez couvert d'une confusion plus grande pour avoir voulu paraître ce que vous n'étiez pas. La lune, dit-on, a de l'éclat, mais point de chaleur, et cet éclat lui vient du soleil; aussi subit -elle des phases fréquentes pour ne pas dire continuelles. Vinsensé change comme la lune; tandis que le sage demeure stable comme le soleil ', cet insensé, qui a perdu la sagesse en voulant paraître beau, et qui s'est glacé dans sa splendeur.
4. Lucifer est donc tombé du ciel, comme la foudre, tandis que les Séraphins se tenaient au-dessus du trône. Oui, les Séraphins, se tiennent, car la charité ne meurt pas *. Ils se tiennent étonnés et absorbés dans la contemplation de Celui qui est assis sur le trône, ils se tiennent dans une étemelle immutabilité, et dans une immuable éternité. Impie, tu as essayé de f asseoir, et c'est pourquoi tes pieds se sont ébranlés et ont glissé. C'est le Fils qui siège sur le trône, le Dieu des armées, qui juge tout avec sérénité. La Trinité est seule assise, parce qu'elle a seule l'éternité en partage ; seule eue est soustraite à toute vicissitude; elle en ignore jusqu'à l'ombre. Les Séraphins sont bien aussi immuables, mais à leur façon qui diffère de celle de Dieu. Us se dilatent, ils s'étendent vers Celui dont la vue excite leurs désirs. L'esprit qui dans sa présomption a essayé de s'asseoir, a voulu se con-
1 Ps. XXIX, G. — « Luc, XII, 47. — » Ecclé., xxvii, i9. — * I Cîor., xm, 8.
tenter de lui-même, aussi, aujourd'hui encore, n'est-il avide que de méchanceté, seul bien qu'il ait de son fonds. Lorsqu'il parle mensonge, il parle de lui-même^ car il est menteur et père du mensonge i. Ce qui est dit ici d'une parole de mensonge, entendez-le aussi des œuvres de malice. Et, bien qu'il trouve dans le mal une déplorable complaisance, il sera éternel-
lement impuissant à se sufQre à lui-même. Il n'y a donc que la Trinité souveraine qui siège sur le trône, car seule elle possède Texistence en propre : aussi, à vrai dire existe-t-elle seule; seule elle jouit d'elle-même, et n'a besoin de personne, parce que seule elle suffit à sa propre félicité.
SERMON IV
Sur les paroles d'Isaïe, ch. vi, 2,
1 . Après avoir dit que les Séraphins se tenaient, le prophète ajoute : L*un avait sit ailes et Vautre six ailes aussi. Mes frères, que signifient ces six ailes? Quand l'hiver de cette vie sera fini, et que le Roi siégera assis sur son trône, les Séraphins seront-ils encore obligés de voler, afin de pourvoir aux diverses nécessités des hommes, les arracher aux dangers, les secourir dans leurs peines et les consoler dans leur afflictions? Ah! loin du royaume de la béatitude éternelle toute nécessité, tout péril, tout labeur et toute tribulation. Alors pourquoi ces ailes? J'aime la place des Séraphins. J'y veux demeurer, et je n'admets pas qu'aucune cause puisse me tirer jamais de la stabilité dont on y jouit. Pourtant je sais, Ô bienheureux Isaïe I que vous êtes prophète, et que vous possédez l'esprit de celui dont la riche bonté dépasse non-seulement les mérites, mais les vœux dei hommes. Qu'on me conserve d'abord cette stabilité qui m*est si chère. Quant à ces ailes, je ne les repousse pas, si elles ajoutent à ma félicité. Mais je crois que si l'attitude droite des Séraphins indique Timmortabilité, le vol promet Tactivité, car la stabilité des cieux n'est pas un état d'insensibilité. Vous me direz : s'il est besoin d'ailes, pourquoi sont-elles si nombreuses? Quel est le but de leur multiplicité? Écoutez la suite du texte: Avec deux ailes, ils voilaient sa tête ; avec deux, ses pieds, et avec les deux dernières j ils volaient. A mon avis, ces paroles expliquent clairement par le vol des Séraphins ce qui a été dit de
\^'^ Jean, VIII, 44.
leur attitude. Vers quel but volent-ils, sinon vers le Dieu dont l'amour les embrase ? Considérez cette flamme qui Vole et qui demeure tout à la fois, et vous ne serez plus surpris de ces Séraphins qui volent dans leur immobilité , et qui restent immobiles dans leur toI. 2. Nous avons dit le terme vers lequel leur vol les dirige. Votre pieuse curiosité demande aussi, quelles sont ces ailes dont ils s'aident dans leur vol. Celui qui a eu le privilège de les voir pourrait apporter ici un témoignage plus certain et plus croyable. Pour moi je
f)ense que ces ailes pourraient bien désigner a connaissance et la dévotion qui emportent les Séraphins vers le Dieu qui est au-dessus d'eux. En effet, l'aile de la connaissance nous élève, mais elle est insuffisante. U tombe bientôt, celui qui essaie de voler avec une aile unique, et, plus il monte, plus sa chute est profonde. Les philosophes païens en ont fait l'expérience : ils ont connu Dieu et, au lieu de le glorifier comme Dieu, ils se sont évanouis en leurs pensées, et leur cœur insensé a été enveloppé de ténèbres. Dieu les a livrés au sens réprouvé, et ils se sont précipités en des passions igtiominieuses ^ Ce qui prouve la vérité de cette maxime : Celui qui sait le bien qu'il faut faire et ne le fait pas est coupable de péché 2. De même aussi le zèle, sans la science, tombe avec Une gravité proportionnée à sa véhémence ; il se heurte contre les obstacles et recule. Mais que la charité accompagne l'intelligence, que la dévotion s'unisse à la
* Rom. T, 2!, 28, 26. — > Jacq., iv, 17,
POUR LE PREMIER DIMANCHE DE NOVEMBRE
science, avec ces deux qualités, on prendra un vol assuré, et sans fin, parce qu'on volera vers l'Éternité.
3. Quant à ces ailes qui voilent les pieds et la tête, c'est un sentiment approuvé par les Pères, que la tête et les pieds de Dieu sont voilés, en ce sens que nous ignorons ce qu'il était avant la création du monde, et ce qu'il sera après sa consommation : ceci s'applique aux manuscrits latins qui portent distinctement sa tête et ses pieds. Mais notre interprête (saint Jérôme) atteste que , dans l'hébreu, il y a une expression vague qui peut signifier : se^ lui, de façon que, selon l'ambiguïté du texte hébreu, les Séraphins couvrent ou la face et les pieds de Dieu, ou leur propre visage et leurs propres pieds. D'après cela, il est permis de s'étonner, qu'entre deux sens, il ait adopté celui qui s'harmonise moins avec l'ensemble de la vision, qui fait voler les Séraphins et leur fait voiler en même temps la tête et les pieds de- celui qui est assis sur le trône : peut-être a-t-îl en cela suivi l'exposition d'Origène.
4. S'il est permis d'appliquer ce texte aux Séraphins, représentez-les-vous la tête et les pieds voilés, ne laissant paraître que le milieu du corps, en partie couvert lui-même par les ailes qui soutiennent leur vol. Je trouve en quelque sorte, ma tête, mon corps et mes pieds dans ces paroles de l'Apôtre: Ceux qu'il a connus d'avance et prédestinés à êtrecon for mes à timage de son Fils, qu'il a prédestinés^ il les a appelés, il les a justifiés ; ceux qu'il a justifiés, il Us a glo-
rifiés ^ Je dois donc mon commencement à la grâce seule, et, dans ma prédestination comme dans ma vocation, je ne puis rien m'altribuer. Quant à l'œuvre de la justification, j'y ai ma part, la grâce l'opère, mais avec mon concours. Remarquez-vous comme dans les Séraphins le milieu parait? La consommation du salut n'est due aussi qu'à la grâce; je ne saurais me glorifier d'y avoir coopéré, ni de l'avoir secondée. Le Séraphin se voile donc la tête avec deux ailes, s'il reconnaît vraiment et confesse humblement que la miséricorde seule Ta prévenu. Il se voile également les pieds de deux autres ailes, s'il reconnaît aussi la miséricorde conséquente et s'il ne la paie pas d'ingratitude. Due faut pas négliger présentement cette façon de se voiler la tête et les pieds, qui devra surtout s'accomplir quand le juge siégera sur son trône, qu'il inondera de la pleine connaissance de la vérité les Séraphins placés à ses côtés, et les enflammera de l'ardeur de la charité. Puissions-nous être rangés parmi eux, malgré notre indignité, par cette miséricorde dont nous parlons et qui s'étend sur les élus, aux deux extrémités de l'éternité! L'intervalle de ces deux termes est rempli par la grâce du mérite fondée sur le libre arbitre ; mais la miséricorde réclame le commencement et la fin, afin que notre t)ieu soit pour nous l'alpha et l'oméga, et que, reconnaissant le double droit de la miséricorde, nous puissions nous écrier : Donnez, Seigneur, donnez la gloire, non pas à nous, mais à votre nom ^. Ainsi soit-iL
SEEMON V
Sur les paroles d'haïe^ ch. vi, i, 3.
1. Les saintes Lettres nous montrent le Christ, Notre-Seigneur , sortant de son Père, vivant en son Père, avec son Père, de son Père, pour son Père et même sous son Père. En disant qu'il sort de son Père, elles nous retracent son ineffable naissance ; en nous le montrant dans le Père, elles nous enseignent son unité consubstantielle, et, en le plaçant avec le Père, elles nous rappellent l'égalité de sa majesté. Ces trois propriétés sont éternelles.
Mais s'il naît du Père, pourquoi est-il en lui et avec lui? Peut-être ce langage a-t-il pour but d'exprimer qu'il se repose en son Père et siège avec lui sur le trône. Et apprenez la raison de ce repos et de cette session commune : être assis exprime la majesté^ et être assis ensemble exprime l'égalité dans la majesté, surtout la place du fils étant à la droite de son Père, et non sous ses pieds, ou derrière lui.
* Rom,, viii, 29, 30. — • Ps. cxiii, \,