‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 102 sur 179 · TOMB. IV · texte numérisé non relu

TOMB. IV

* I Cor. xvi, 9.

SERMONS DE GILLEBERT D'HOILANDÉ

être souillée. Prenez la mienne. Le zèle de ma maison vous dévore. Prenez donc, prenez le manteau du zèle1, comme dit lsaïe. Pressez, reprenez, prêchez, suppliez à temps et à contretemps ". Suivre celte voie ce n'est pas se salir les pieds. S'y attacbe-t-il un peu de poussière, secouez-la. Ce n'est pas aux pieds souillés, c'est aux pieds éclatants que s'adresse cet éloge d'Isaïe : Qu'ils sont beavx sur les montagnes les pieds de ceux qui annoncent la paix et le bonheur * ! Ne tardez pas. Que mes exemples vous touchent. Que ma main vous touche, si ma parole vous laisse insensible. Je suis plein de zèle ; ayez aussi du zèle pour ma cause. Quittez les douceurs du repos ; occupez-vous un peu de mes intérêts. Tout soldat de Dieu doit, quand il en reçoit Tordre, s'immiscer en ses affaires. J'étais riche, et je me suis fait pauvre pour tous; égala Dieu, je me suis anéanti jusqu'à prendre la forme d un esclave. Je suis mort pour tous les hommes, afin que ceux qui vivent ne vivent plus que pour moi.

8. L'Epouse ayant considéré tout cela dans son bien-aimé, et excitée à l'émulation par ces exemples, s'écrie : Mon bien-aimé a passé la main par Couverture, et à ce contact mes entrailles ont frémi. C'est par l'étroite ouverture de le pauvreté, de la persécution et de la mort qu'il a introduit jusqu'à nous les exemples de ses œuvres. Voilà ce qui me touche et m'émeut. Car ce frémissement des

entrailles indique les émotions du cœur. Et écoutez l'effet de cette émotion. Car la suite porte : Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé. Ecoutez, et entendez, vous qui recherchez avec trop d'empressement, avec audace les honneurs de l'Eglise. Car l'Epouse à laquelle s'adressent les caresses de ce Cantique n'avance qu'avec lenteur et hésitation, même quand elle s'est entendu saluer des noms de sœur, d'amie, de colombe, et de toute belle. Méritez- vous ces titres? Si vous les méritez craignez de les perdre; s'ils vous manquent craignez de ne les recevoir jamais. Songez après combien d'invitations et de recommandations l'Epouse dit: Je me suis levée pour ouvrir au bien-aimé. Inutile de vous lever avant qu'on ne vous appelle, vous qui mangez le pain des saintes délices, et buvez le vin dont il est dit plus haut: Mangez, mes amis, et buvez : enivrez-vous, ô vous les objets de mes tendresses. Il est inutile en effet, il est dangereux même de vous lever avant cette invitation, quand vous goûtez un doux sommeil; attendez qu'on vous dise:

Ouvrez-moi. Ayez l'âme inaccessible aux voix de l'ambition, de l'avarice, de l'inquiétude, de l'orgueil ; résistez à leurs fallacieuses caresses. Ignorez toutes ces voies; ne leur permettez pas de vous persuader une œuvre bonne d'ailleurs ; ne vous levez qu'à la voix de votre bien-aimé qui vit et règne, etc.

SERMON XLIIl

Ouvrez-moi, ma sœur, ma bien-aimée, etc. Ma tête est pleine de ta rosée de la nuit.

J'ai quitté ma tunique ; comment la reprendrais-je î Mon bien-aimé a passé ses doigts par r ouverture de la serrure^ etc. Cantiq. v, â, 4.

i. Dans le discours précédent nous avons interprété ce passage de la manièresui vante : Jésus implore les consolations de son Epouse contre les chagrins que lui causent ceux qui essaient d'altérer la pureté de notre foi par

* Inie ux, 17. — > II Tim. iv, 2. — • baie m, 7.

l'alliage corrompu d'une doctrine humaine et perfide, de l'imprégner de la rosée nocturne de leurs subtilités, rosée distillée doucement et secrètement par le prince des ténèbres, le roi de l'air qui nous entoure. Dans un autre endroit de l'Ecriture, il se plaint aussi que les eaux ont débordé au

SUR LE CANTIQUE DE SALOMON

dessus de sa tète1. Hier donc nous vous avons présenté le Seigneur Jésus fuyant les contradictions; aujourd'hui nous le verrons apporter la joie. Hier il mendiait des consolations; aujourd'hui il en donne ; hier il était chargé d'injures, aujourd'hui il Test de grâces. La première interpellation ne regardait que quelques âmes rares ; celle-ci a trait à un plus grand nombre. Toutes ne sont pas aptes à l'œuvre de la prédication ou déléguées pour cet emploi. Tout le monde en effet n'est ni capable, ni chargé de repousser les atteintes portées à la foi. Toutes les âmes ne sauraient être épouses et mères; toutes peuvent être sœurs et épouses Toutes ne sauraient souffrir les douleurs de l'enfantement; toutes doivent accepter les baisers de la grâce. Selon l'interprétation d'hier cette rosée de la nuit était importune; aujourd'hui elle est agréable. Là Jésus parlait pour exhaler les plaintes ; ici sa voix n'a que des caresses. Là il fuyait des ennemis ; ici il se hâte vers son Epouse.

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