‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 108 sur 179 · Aussi, à Fâme fidèle, après la tentation · texte numérisé non relu

Aussi, à Fâme fidèle, après la tentation

1 Gen. xxxi, 19. — » Philipp. m, 19. — • Geo. 84, 82. — * Id. xxxv, t.

SUR LA CONTEMPLATION DES CHOSES CÉLESTES

une promesse est faite : Elle sera comme le térébinthe et comme le chêne qui étend au loin ses branches \ Sous an térébinthe qui est derrière la ville de Sichem *. Sichem signifie épaules. Heureuses épaules, desquelles on lit : L extrémité de leur dos a le fauve éclat de For \ Noble épaule, ainsi que celle de Jésus- Christ sur laquelle il porte le signe de sapuisr sance *. C'est derrière cette Sichem qu est placé le térébinthe ; il est planté dans la Pas; sionetla Foi de Jésus-Christ. Heureux celui qu' à l'aide de cet arbre triomphe des principautés et des puissances, et qui enterre sous ses racines tous les simulacres de la vanité ; simulacres vides et menteurs \ Aussi, estce justement que la pompe mondaine est comparée à des simulacres. Mais îi ne faut pas ici une âme infirme, frêle, une âme de femme; il y faut un lutteur qui renverse tous les obstacles. C'est l'œuvre de Jacob et non deRachel; si lesKachel sont nombreuses, les Jacob le sont moins. Oui, il est rare, celui qui sait supplanter Esaû, tromper Laban, et enfouir ses dieux, les enfouir, dis-ie, ensevelir le vieil homme, l'image du monde, la conformité avec ce siècle, pour se renouveleren la piété, sur Je modèle de la mort de Jésus-Christ, et participer a sa résurrection. En effet, on condamne, on détruit, on enterre les idoles de Laban, quand on cache, si on l'a portée , l'image du vieil homme , de l'homme terrestre, pour y substituer l'image de l'homme nouveau et céleste, et l'élever comme un térébinthe.

10, Si je fais toutes ces distinctions, c'est pour empêcher l'homme de s'abaisser sous l'autorité de la femme, l'âme forte de se livrer à l'oisiveté pour laisser l'âme fragile se livrer aux labeurs du négoce, et Jacob de s'effacer, et Rachel prendre sa place. Cette nouvelle génération issue de Laban et que notre siècle a vue naître, génération soignée, élégante, blanche, n'imite guère la modestie de Rachel. Rachel a couvert sa mondaine vanité du voile de la faiblesse ; et ceux auxquels je fais allusion donnent à leur mondanité et à leur luxe les couleurs du savoirvivre ; au lieu de rejeter le vieux levain ils l'étaient en des repas recherchés, en un grand

1 1«ue vi, 13. — f Gtti. xxxv, 4. — *Pi. lxvii, !#• — Ittïe a, 0. — • Id. xli, 29.

luxe de table. Je serais long si je voulais énumérer ici toutes les formes que revêt leur orgueil, et dresser le catalogue de leurs vanités. Fanfarons dans leur attitude, goujats et gourmands à table, ils se croient des Caton dans les chapitres , des Cicéron en éloquence et des Virgile en poésie ; et au fond, leurs entretiens trahissent des mimes plutôt que des moines. Leurs joyeux propos sont pleins de sel, mais pas de celui dont l'Apôtre a dit : Que votre discours soit toujours assaisonné du sel de la ordee '; mais bien plutôt de celui qui a fait dire au Seigneur . Si le sel s'affaiblit, qui Im rendra sa saveur ***

il . Voilà des gens pour lesquels tu dois garder ton poste, au lieu de le quitter : garde-le aussi pour ceux qui ont conservé quelques vestiges de ce qu'on appelle l'antique rusticité; craignons en rejetant le sel resté bon, d'en prendre un qui soit affadi et de vérifier ce mot du Prophète : La motion sera brisée par la sêcfieresse : des femmes viendront et ^instruiront*. Je pourrais Rappliquer en détail toutes les qualités du Patriarche, et pousser plus loin ton éloge en l'appliquant même le nom de Jacob. Je te ménage, en célébrant un ami avec un accent trop solennel, je pourrais avoir l'air de le maudire Et, pour toi, ou je te connais mal, ou en repassant ces vertus en ton esprit tu ne te les appliques pas Assez donc et sur Ja facilité de ton gouvernement, et sur la richesse des grâces que tu reçois, et sur la rareté Jes hommes capables de te remplacer. Et si j'ajoute que tu peux remplir sagement tes fonctions qu'en réalité, tu t'en acquittes mieux que personne aujourd'hui ? Donc , plus d'obstacle pour toi , à moins que tu n'attendes d'un poste plus modeste des grâces et des mérites plus riches ; pour toi et non pour les autres ; pour toi et non pour l'Eglise de Jésus-Christ, et par conséquent, pas m Ame pour toi, puisqueJésus- Christ ne saurait rencontrer en toi seul une compensation aux pertes qu'il éprouve dans le plus grand nombre. Mais si tu le veux bien, réservons cela pour un autre moment; nous avons enseveli notre bien-aitnée; cessons nos discours, et chantons des psaumes.

Colon, rv, 6. — * Math, v, 13. — • l«îe xrvxi, II.

SERMON

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