SUR LA SEMENCE DU VERBE DE DIEU
1. J'userai, en m'adressant à vous, des paroles de l'Apôtre que vous venez d'entendre : Vous supportez un insensé, vous qui êtes pleins de sagesse l . Que ces paroles soient un reproche dans la bouche de saint Paul ; sur mes lèvres, et adressées à vous, elles sont un éloge. Je loue votre avidité, je loue aussi votre humilité, puisque vous souhaitez ardemment d'entendre la parole divine, et que vous daignez la recevoir respectueusement d'une bouche si indigne de vous la dispenser. Et comme dit encore l'Ecriture, tout enivrés que vous soyez, vous accueillez celui que la soif dévore ■. C'est pourquoi j'ai dit : Vous supportez un insensé, vous qui êtes pleins de sagesse : ou pour mieux dire, au lieu de m'endurer seulement, vous m'arrachez la parole sainte. C'est de vous que j'ai reçu et l'ordre de parler et la matière de mon discours, comme si je pouvais trouver des eaux vives dans toute sorte de terrain et semer sur toutes les eaux, comme si les paroles jaillissaient en moi au gré de vos désirs. Plût à Dieu que mes impressions fussent conformes à votre foi ; que tous mes membres se changeassent en langues, et qu'avec le Prophète il me fût possible de dire : Tous mes os crieront : Seigneur, qui est semblable à vous * ?
2. Je m'efforcerai de me conformer aux circonstances, et j'ouvrirai la bouche. De
1 II Cor. xi, 19. — * Deulér. xxix, 19, — 8 Ps. xxxiv,
votre côté, ayez soin que la parole du Seigneur ne revienne pas vide vers moi, ou plutôt vers lui. Et ce malheur n'arrivera pas, si elle ne tombe ni le long du chemin, ni sur le roc, ni au milieu des épines1. Gardezvous donc de ces trois choses, les chemins, les pierres, les épines. La cause du premier empêchement c'est l'adresse de l'ennemi, la cause du second est la duplicité de notre cœur, celle du troisième la multiplicité des soucis. Dans le premier nous nous gardons sans prudence ; dans le second nous cultivons sans courage ; dans le troisième nous portons trop de soins aux affaires d'autrui. Dans le premier molle résistance, dans le second abandon de nos résolutions, dans le troisième application trop vive à des objets inutiles. Dans l'un de ces obstacles nos pensées sont sans énergie, elles sont mobiles dans l'autre, importunes dans le dernier, ou pour mieux dire dans celui-ci elles sont tout ensemble et molles et mobiles et importunes : molles pour le plaisir , mobiles dans les richesses, biens éphémères, importunes à raison des inquiétudes et des sollicitudes dont nos cupidités sont la source. En effet, quelle anxiété douloureuse et cruelle dans le soin des choses qui passent et les passions qui en sont l'objet! Il est malaisé de ies acquérir, elles fuient rapidement, et le fruit qu'on en recueille est vain pour ne pas dire honteux.
1 Math, xiii, 3, 8, 13,23.