‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 11 sur 179 · SUR LA NAISSANCE DE SAINT VICTOR · texte numérisé non relu

SUR LA NAISSANCE DE SAINT VICTOR

bonté qui ranimaient ici-bas» Non , la terrô que Victor habite n'est pas la terre de l'oubli : ce n'est pas une terre de labeur qu'il occupe, ce n'est pas même une terre : c'est le ciel. Or, ce divin séjour endurcit-il les âmes qu'il reçoit, leur ôte-t-il le souvenir, les dépouille-t-il de toute tendresse? Ah! mes frères, l'immensité du ciel dilate au contraire les cœurs au lieu de les resserrer; elle épanouit les âmes, au lieu de les dessécher ; elle élargit les affections au lieu de les rétrécir. A la lumière de Dieu , la mémoire, loin de s'obscurcir, devient plus sereine; à la lumière de Dieu, on apprend ce qu'on ne savait pas; on ne désapprend pas ce qu'on savait. Ces esprits d'en haut, qui dès l'origine habitent le ciel, dédaignent-ils donc pour cela cette terre? Ne la visiteu t-t-ils pas sans cesse? La contemplation constante de la face du Père entrave-t-elle leur ministère de charité? Us n'en sont pas moins des esprits chargés d'une fonction, et envoyés pour l'exercer en faveur de ceux qui recueilleront l'héritage du salut '. Quoi ! les anges volent au secours des hommes, et nos frères, sortis du milieu de nous, ne nous connaissent plus, ne savent plus compatira des souffrances qu'ils ont euxmêmes éprouvées? Des êtres que leur nature rend étrangers à la douleur ressentent les nôtres, et ceux qui sont venus d'une grande tribulation ne connaissent plus la région qu'ils ont habitée? Je sais qui a du: Les justes attendent que vous ntayez récompensé*. Victor est juste, et il attend certainement notre rémunération. Il n'est pas cet échanson de Pharaon qui garda pour lui seul la faveur du roi, oubliant le compagnon de sa captivité qui lui avait prédit son sort*. Ministre de JésiiB-Ohnst, U suit Jésus-Christ, qui n'a pas oublié sa promesse, ni refusé au compagnon de sa Passion l'entrée de son royaume. Le disciple n'est pas plus que le Maître : Victor no peut rien faire que ce qu'il a vu faire d'abord à ce Maître : il en reproduit les actes.

4. Parvenu enfin à ce ciel qu'il considérait jadis de loin avec bonheur, il contemple face à face la gloire de Dieu, absorbé en elle, sans oublier cependant le cri des pauvres. Bienheureuse vision qui le transforme à son image, de clarté en clarté, comme sous Faction de l'esprit de Dieu 1 Petit pour îe combat, grand pour la victoire, n'avant pas encore ouitté le sein maternel, et chassant déjà les démons * Victor vit au milieu

• Hébr. t, 14. — • Ps. catu, S. — »Gcû. su

des pécheurs avec un accroissement de vertus et de mérites. 0 homme d'une sainteté sublime I II est saint avant de naître : il est vainqueur en réalité avant de l'être de nom. Il est encore enclos dans le sein de sa mère, et déjà il a triomphé de l'ennemi. 0 sainteté vénérable aux anges eux-mêmes! Avec le même empressement, mais avec une volonté différente, les méchants la fuient et les bons la recherchent : et il serait difficile de dire si la crainte des premiers ou l'amour des seconds prouve mieux la vertu de cet homme. Habitant la terre par le corps, le ciel par le cœur, il entendait les anges tantôt lui apporter un message et tantôt le réjouir de la suavité de leurs chants. Votre âme, ô Victor ! était vraiment une de ces perles qui vous apparurent sur la croix. Vraiment fixée à la croix, quand elle a été introduite dans h gloire, elle a revêtu l'image de la céleste clarté Qu'elle a trouvée. H a ouvert son sein au vainqueur, celui qui avait communi<|uc son esprit au combattant. O âme victorieuse! vous avez volé comme le passereau pour échapper aux filets du monde! Jetez un regard sur ces âmes exposées encore au milieu de ces filets , en butte à mille périls, et que votre protection nous délivre I

5. Soldat émérite, vous avez échangé pour le repos de l'angélique félicité les durs labeurs de la milice chrétienne. Regardez vos faibles et timides compagnons occupés à vous louer parmi les armes ennemies et les embûches des esprits méchants. O illustre Victor! qui avez remporté sur la terre cl le ciel un glorieux triomphe , en dédaignant noblement la gloire de Tune, et en emportant par une pieuse violence le royaume de l'autre, abaissez du ciel vos regards sur les captifs d'ici-bas, et achevez votre triomphe en nous associant à votre victoire. Car si la victoire vous a donné son nom , nolfc délivrance donnera à ce nom toute sa vérité: il lui manque quelque chose tant que hous qui vous appartenons ne sommes pas sauvés.

Quelle joie, quelle douceur, quelle suavité, ô Victor ! de vous chanter, de vous honorer, de vous prier dans cette région de douleur et ce corps de mort! Votre nom, votre souvenir est un rayon de miel aux lèvres des captifs : oui le lait et le miel réjouissent la langue occupée à vous célébrer. Allons!

vaillant athlète, doux patron, avocat Adèle, levez-vous pour nous secourir, afin que nous nous réjouissions de notre délivrance , que vous puissiez vous réjouir de votre parfaite victoire. Père tout-puissant I nous avoû'

DE SERMONS SAINT BERNARD

péché contre vous en nous éloignant de tous; mais nous nous en rapprochons en Victor : en triomphant de ses passions qu'il triomphe aussi de votre colère, et qu'il nous réconcilie avec vous . 0 Jésus vainqueur ! nous vous louons en notre Victor, parce que nous reconnaissons que vous avez vaincu en lui. Dpnnçz-iui, bon Jésus! de se gloriûer

en vous de sa victoire , sans nous oublier. Fils de Dieul faites que devant vous il se souvienne toujours de nous, qu'à votre redoutable tribunal il se charge de notre cause et la défende: c'est ce que nous vous demandons à vous qui vivez et régnez avec le Père et l'Esprit Saint, Dieu béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il*

SERMON

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