‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 12 sur 179 · POUR LA NAISSANCE DE S. BENOIT · texte numérisé non relu

POUR LA NAISSANCE DE S. BENOIT

ABBË.

1. En tous voyant réunis pour entendre la parole sainte, je me sens, mes frères, pénétré d'une grande crainte : je redoute qu'il n'y ait parmi tous des âmes qui ne la reçoivent pas avec les dispositions requises, ni comme il faut accueillir la parole de Dieu. Car, je sais que la terre fréquemment arrosée des pluies du ciel et qui reste sans fruit sera réprouvée et que la malédiction la menace1. Et si je le pouvais, je voudrais vous apporter des bénédictions et non des malédictions. Ou plutôt ce n'est pas ma bénédiction, (grâce à lui, vous la recevez cependant de mes lèvres) mais c'est celle de notre Père que je voudrais voir demeurer sur vous, sans que jamais elle puisse se transformer en malédiction.

2. Nous célébrons aujourd'hui la naissance de notre glorieux maître Benoit. A cette occasion, et pour obéir à l'usage, je dois donc vous adresser sur lui une instruction solennelle. Son doux nom mérite que vous l'entendiez et que vous l'honoriez avec des sentiments de joie: c'est notre chef, notre maître, notre législateur. Son souvenir m'inonde de délices, encore que je n'ose rappeler, sans rougir, le nom de ce bienheureux Père. A son exemple, j'ai, avec vous, renoncé au monde, pour embrasser la vie monasti-

* H4br. vi, 7, 8.

que. J'ai même avec lui un privilège qui m'est ici particulier; j'ai le titre d'abbé. Il Ta été et je le suis. 0 abbé, et abbé I De part et d'autre, c'est le même nom. Hais, dans l'un il n'y a que l'ombre de ce grand nom. C'est le même ministère. Hais, hélas! que les ministres sont différents, ainsi que les administrations 1 Malheur à moi, ô bienheureux Benoît ! si je suis si loin de tous dans l'autre vie, que je le suis, ici-bas, de votre sainteté. Hais inutile d'insister longuement devant vous sur ce sujet. Je parle à des hommes qui me connaissent et je vous demande seulement d'alléger par votre compassion fraternelle la honte et la crainte dont je me sens pénétré.

3. Hais puisque mon devoir est de vous servir des aliments que je n'ai pas, j'emprunterai à saint Benoît trois pains pour vous en nourrir. Que sa sainteté, sa justice, et sa piété vous sustentent. Rappelez-vous, mes très-chers frères, que tous ceux qui accompagnèrent Jésus-Christ en sa marche triomphale ne mirent pas leurs vêtements sous ses pieds : je parle de cette procession que bientôt, avec la grâce de Dieu, nous allons célébrer, en souvenir du jour où les habitants de Jérusalem se portaient en foule au devant du Seigneur qui venait assis sur un âne, se faire crucifier : tous n'étendirent pas leurs habits sur la route : mais quelques

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