‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 117 sur 179 · AVERTISSEMENT DE MABILLON · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE MABILLON

ouvrages de Guillaume, contenue dans la préface et la différence de style, sont des preuves du contraire, l'auteur lui-même, dans cette préface, se dit vieux et mourant, ce qui convient à l'abbé Guillaume et non à Pierre de Celles, vigoureux encore du temps du prieur Haimon, à qui la lettre est adressée : il avait à peine trente ans, comme il serait aisé de le prouver au besoin,

6. 11 n'est donc plus douteux qu'il ne faille restituer cette lettre à l'abbé Guillaume, comme à son véritable auteur. En effet, dans le vieux manuscrit de Saint-Thierry, près Reims, elle se trouve la première dans rénumération des ouvrages de.Guillaume, — voir Harlot, t. IL De la métropole de Reims, p. 287, où on lit : R. P. Guillaume, abbé de Saint-Thierry, a composé beaucoup d'opuscules pieux qu'il a adressés aux frères du Mont-Dieu, comme la Vie Solitaire, le Miroir et l'Enigme de la Foi, de la Contemplation divine, de la dignité, de l'amour, etc.

7. Enfin, dans un court abrégé de sa vie que nous avons tiré d'un vieux parchemin du couvent de Reuil, cette lettre est attri* buée, avec d'autres écrits, au même auteur. Je vais citer un extrait de ce parchemin : a II a laissé, de son talent et de ses travaux, des monuments respectables. Je me bornerai à citer ceux que j'ai vus et lus. Il a commencé une Vie de saint Bernard qui est restée inachevée et dont il n'a terminé qu'un livre, le premier qui est fort étendu. Il a donné un livre contre mattre Pierre Àbeilard qui avait inséré dans ses écrits certaines propositions contraires à la Foi ; livre d'un style élégant, d'une doctrine orthodoxe et d'une grande force de logique. Il composa encore d'autres opuscules intitulés, l'un, Enigme de la Foi, l'autre, Miroir de la Foi, dans lesquels il expose brièvement et nettement ce qu'il faut croire. Il a composé aussi une Exposition morale du Cantique des Cantiques, et il en parle dans la Vie de saint Bernard. On a encore de lui, un livre sur la nature et la dignité de l'amour que nous ap« pelons Anti-Nason,à raison du sujet même. Il y apprend au philosophe par quels degrés et de quelles manières on avance dans l'amour de Dieu. Il adressa un opuscule aux frères de la Chartreuse du Mont-Dieu, et en* core qu'il leur parle plus spécialement, ce travail est utile à toutes les âmes jalouses d'arriver à la perfection religieuse. Il a également une oourte compilation sur la physi-

que, c'est-à-dire sur la nature du corps et de l'âme. Comme le fruit principal de l'étude est de se connaître soi-même, selon ce mot descendu du Ciel : Connais-toi toi-même : l'auteur de cet écrit s'y propose déformer les lecteurs simples à une connaissance au moins élémentaire d'eux-mêmes. On a encore de lui un autre opuscule sur la contemplation de Dieu, dans lequel, pour édifier sans doute ses lecteurs, il parle en ces termes de sa propre contemplation : a Et sou- « vent, Seigneur, pendant que j'espère après « vous les yeux comme fermés, vous mettez a dans la bouche de mon cœur un mets dont « il ne m'est pas permis de connaître la na- « ture, etc. »

8. Je cite toujours le vieux parchemin en question ; on y lit, au commencement, que Guillaume, né d'une famille distinguée de Liège, eut un frère nommé Simon, avec le* quel il alla à Reims, où il a prit l'habit religieux dans l'abbaye de Saint-Nicaise, alors en possession d'une grande réputation. Plus tard, Simon devint abbé de Saint-Nicolas* du-Bois, et après avoir gouverné ses frères longtempset religieusement, il mourut dans cette maison plein de jours et de vertus. Mais mattre Guillaume fut élu abbé de Saint- Thierry, lieu qui domine la ville de Reims. Ce fut en 1120, et seize ans après, il se flt moine à Signy , de l'ordre de Cîteaux , comme on peut le voir dans des notes plus étendues sur la 85* lettre de saint Bernard.

9. De tout ceci il résulte que, non-seule* ment la lettre aux frères du Mont-Dieu, mais les traités de la Contemplation divine, de la Nature et de la dignité de l'Amour, qu'on avait supposés être de saint Bernard , sont bien de Guillaume, C'est pourquoi nous avons cru devoir les lui restituer, et les pla« cer dans cette édition à la suite de ladite lettre. Les autres opuscules de Guillaume, indiqués plus haut, se trouvent au t, IV de la Bibliothèque cistercienne*

Voici maintenant la lettre aux frères du Mont-Dieu, parfaite peinture de la vie monastique, au jugement de ceux qui excellent dans ce genre de vie. Cependant, Gerson, dans son sermon sur la Cène, prévient le lecteur que sur cette matière, à savoir sur l'union des âmes parfaites avec Dieu, il lise avec précaution le second livre de la lettrt de saint Bernard aux frères du Mont-Dieu» n' 62. Ceci fait voir que cette lettre a é quelquefois en deux livres.

SUR LA LETTKE SUIVANTE

NNS

AVERTISSEMENT DE DOM MASSUET

SUR LA LETTRE SUIVANTE

Où il établit qu'elle est de Otages ou Wigon, 5e prieur de la Grande Chartreuse.

1. On a émis des doutes sur l'auteur de la lettre suivante. Les uns l'ont attribuée à saint Bernard et l'om louée comme étant son œuvre ; ainsi, Jean Gerson, chancelier de Paris, au sermon de la Cène, Jean de Raguse (dans Benri Canisius. tom. III Antiq. lect., p. 240), et un auteur beaucoup plus ancien qui a écrit l'éloge des chartreux il y a plus de quatre cents ans, dont l'ouvrage manuscrit est à la Chartreuse du Mont -Dieu.

Beaucoup de manuscrits appuient ce sentiment, comme celui de saint Arnoult de Metz et un autre du Mont-Dieu, dans lequel on a effacé le nom de l'auteur pour y substituer celui de saint Bernard. L'occasion de cette erreur a été l'ignorance des copistes qui, voyant ce traité joint, sans nom d'auteur, aux ouvrages authentiques de saint Bernard, l'ont cru de lui, y ont mis témérairement son nom, et ont ainsi trompé les autres. Hais Terreur a été découverte, soit à la différence de style , soit parce qu'aucun extrait de ce traité ne se trouve dans le Bernardinum ou livre des Fleurs tirées de de saint Bernard, soit enfin à l'aide d'autres preuves, et alors on s'est à peu près accordé à lui donner pour auteur Willelme ou Guillaume, abbé de Saint-Thierry, près Reims, et plus tard moine de Signy. Toutefois, un savant traducteur de cette lettre a été d'un avis différent et il a cru pouvoir l'attribuer à Pierre de Celles, en dépit du style et des manuscrits.

2. Pourtant, un homme d'illustre mémoire, Habillon, s'est cru ici autorisé à douter, sur la foi d'un vieux manuscrit, appartenant au célèbre Léonore Foy, chanoine de Beauvais, manuscrit qui date d'environ quatre cents ans et ainsi intitulé: Ici commence la lettre aux chartreux, gui porte le nom de Guil-

laume et que beaucoup attribuent cependant à saint Bernard. Vient ensuite une préface publiée pour la première fois dans son intégrité d'après les vieux manuscrits, par le pieux et docte Bertrand Tissier au t. IV de la Bibliothèque cistercienne. Dans cette préface, l'auteur trace un catalogue de ses ouvrages qu'on sait être tous de l'abbé Guillaume. Cette lettre désignée sous le titre de : la Vie solitaire, par Guillaume de Clairvaux, a été aussi citée il y a quatre cents ans par un chanoine régulier de Saint-Sauveur de Bologne, au liv. 1er, chap. xxm des Sermons aux ermites. Sur cet auteur, voyez Mabillon, Voyage en Italie, p. 297. Ce sentiment a paru ensuite avoir pour lui tous les anciens manuscrits, soit ceux qui portent en tète de la lettre le nom de l'auteur ainsi écourté, W., comme les manuscrits de Saint-Germer, aujourd'hui à la Bibliothèque royale, celui de de Thou, à la Bibliothèque de Colbert, celui de Saint-Emmeran de Ratisbonne , dans lesquels la lettre porte cet intitulé : Aux seigneurs et frères. H- prieur, etc. W. souhaite le doux repos.; soit ceux où le nom de l'auteur figure en entier, comme les manuscrits de Signy, Charlieu, Long-Pont, Foucart Mont, et d'autres cités par Tissier , soit enfin ceux d'où ce nom a été totalement retranché.

3. Mais quand Mabillon a adopté ce sentimental n'avait pas vu le manuscrit de Pontigny; c'est de tous, le plus ancien, celui dont l'autorité est la plus grande. Il est d'une élégante écriture et date de 1156. En parcourant la bibliothèque de ce monastère, pontrevoir et augmenter la nouvelle édition de la Gaule chrétienne qui est sous presse, un investigateur zélé du passé, notre dom.

Edmond Martène, a eu la bonne fortune de

AVERTISSEMENT DE DOM MÂSSUET

découvrir ce manuscrit qui porte en plusieurs endroits et en toutes lettres le nom de Guiges, prieur de la Chartreuse. En effet, au commencement de cette lettre ou de ce traité, on lit : «Ici commence la préface du livre de Guiges, prieur de la ChartreuSe, à H., prieur du Mont-Dieu. Aux seigneurs et frères, H., prieur, et H. Guiges souhaite un doux repos. » Puis après la préface : « Ici commence le livre du même Guiges. » Et à la fin : «Fin du 3* et dernier livre de Guiges.» La même main a indiqué l'année où ce ma-* nuscrit fut copié , ce fut en 1156. Mais personne ne croira que quelques années après la publication de la lettre aux frères du Mont-Dieu, quand moins de temps encore s'était écoulé après la mort de Guiges et de Guillaume, on ait pu se tromper si grossièrement sur le nom de l'auteur, et attribuer à l'un la production de l'autre, et cela dans le monastère où était vivant le souvenir de Guillaume qui avait embrassé la règle de Citeaux dans une maison presque voisine, et où on conservait aussi le souvenir de ses ouvrages authentiques, dont les cisterciens n'auraient pas voulu laisser attribuer la gloire à un étranger.

4. Un autre manuscrit parfaitement d'accord avec celui de Pontigny, est conservé à Charlieu de l'ordre de Cîteaux. Il est à peu près de la même antiquité, le caractère permet de lui donner environ cinq cents ans d'existence. Nous en devons la connaissance aux soins infatigables de D. Marte ne. La main jalouse et maladroite d'un faux savant de fraîche date a essayé d'en effacer le nom de Guiges pour l'attribuer à saint Bernard. Elle n'y a pas réussi et le nom subsiste entier et visible encore. Voici en effet le titre de l'ouvrage : « Commencement du prélude sur le livre de Guiges prieur de la Chartreuse à H. prieur du Mont-Dieu. Aux seigneurs et frères H. prieur et H. Guiges, souhaite un doux repos. » Viennent ensuite trois livres, comme dans le manuscrit de Pontigny. Après le premier on lit : fin du premier livre : commencement du second. Après le second il y avait une rature au carmin, aujourd'hui totalement effacée, et à sa place une main très-récente a écrit : Fin de l'opuscule aux frères du Mont-Dieu. Commencement du traité d'Anselme, archevêque, sur la Vraie Béatitude.

5. L'autoritéde ces deux manuscrits semble devoir trancher tout différend relatif à l'auteur de la lettre ou traité de la Vie Solitaire, adressé aux frères du Mont-Dieu, et personne

désormais, à mon avis du moins, ne voudra ravir à Guiges l'honneur d'avoir écrit ce remarquable ouvrage. Cette gloire lui est conservée par la plupart des manuscrits qui désignent Guigues par la première lettre de son nom. Ainsi, par exemple W. Ceux qui connaissent les habitudes du onzième siècle savent en effet combien était commun le changement de Gu en W, et réciproquement, ' en sorte qu'on écrivait indifféremment Willelmus pour Guillelmus, Wido (Gui) pour Guido, Wigo pour Guigo et réciproquement De là il est résulté qu'ayant trouvé dans le même manuscrit la lettre aux frères du Mont- Dieu rangée parmi les œuvres de l'abbé Willelme, avec l'indication des premières lettres de son nom, quelques lecteurs trompés par la ressemblance de ces lettres initiales, l'ont crue l'œuvre de Wiilelme même, l'ont louée comme étant de lui, et ont contribué à en induire d'autres en erreur.

6. Pourtant cette lettre renfermait certaines choses qui bien examinées ne pouvaient se rapporter qu'à Guigue ou Wigo prieur de la Chartreuse, et pas à Guillaume, moine d'un autre institut. Au début de l'ouvrage, dans le prélude, l'auteur écrit que depuis qu'il a quitté les chartreux qui habitaient le Mont-Dieu il a toujours gardé une vive sollicitude pour son frère Etienne, et pour ses jeunes compagnons, pour les novices qui venaient se présenter à cette nouvelle maison. Mais il est incertain que Guillaume ait jamais vu les nouveaux habitants du Mont-Dieu, puisqu'un peu après la fondation de l'abbaye de Signy il s'y est retiré en 1134, comme on le trouvera au tome VI* des Annales de l'Ordre de Saint-Benoit. Or, c'est en cette même année que furent jetés les fondements de la Chartreuse du Mont-Dieu, sous l'inspiration d'Odon abbé de Saint-Remi de Reims. Car bien que deux ans auparavant, à l'instigation d'Hugues évêque de Grenoble, Odon eût formé le projet de bâtir une maison de chartreux dans son diocèse, il ne put l'exécuter avant 1134, où revenu du concile de Pise il conduisit lui-même une colonie de solitaires tirée de la grande Chartreuse au Mont-Dieu alors appelé Mont-Boson, sur les frontières du pays de Reims, à deux lieues de la ville de M ouzo n, auprès de la rivière de Bar, et lui accorda un fonds de terre et des revenus suffisants pour l'érection d'un monastère. Je ne fais qu'effleurer cette matière qui sera développée plus longuement dans le volume des Annales indiqué plus haut. Toutefois ceci prouve assez que Guil-

SURLALETÏliE UIVÀNTE-

laumc a pu à peine voir, avant sa retraite > les premiers habitants du Mont-Dieu qui n'y étaient peut-être pas même encore arrivés. Ajoutons qu'occupé tout entier du projet de se retirer, et en proie à des tentations accablantes, comme le rapporte l'auteur de sa vie, il a dû concentrer ses soins sur un objet unique et s'occuper à peine d'autre chose. Mais une fois qu'il eut tait profession à Signy nous ne lisons nulle part qu'il en soit sorti pour visiter les chartreux du Mont-Dieu.

7. Mais si nous attribuons cette lettre à Guigcs, prieur de la Grande-Chartreuse, plus de difficulté, et tout s'arrange parfaitement. C'est un bon maître qui, éloigné de ses disciples et plein de sollicitude pour leur salut, se décide à leur consacrer son travail de tous les jours, afin d'alléger pour eux, par ses exhortations et ses avis, les ennuis de la solitude, d'affermir les plus jeunes dans leurs résolutions, ou de leur inspirer pour leur profession un amour plus vif. C'est dans ce but qu'il traite de la sublimité de cette profession, qu'il explique les vertus propres aux chartreux, et, donne aux novices les conseils qui leur conviennent. Il leur enseigne la façon de vivre dans leur cellule, et la manière de s'appliquer à de saintes lectures, à la prière, aux exercices corporels, comment il faut manger, dormir, travailler des mains, etc. C'est ainsi qu'on trouve sous sa plume le langage d'un chartreux écrivant à des religieux du même ordre. S'il emploie souvent le pluriel, c'est pour montrer qu'il est assujetti aux mêmes lois. Que notre travail et notre repos, dit-il, au ch. vin du livre Ier, tendent sans cesse à ce que nous ne soyions jamais oisifs, afin qu'en nous s'accomplisse parfaitement ce que dit l'Apôtre, etc. Et au ch. x, parlant des obligations et des devoirs des solitaires dans leur cellule, il dit: «Le Prophète continuant à nous montrer les louanges de Dieu dans les veilles auxqnelles nous nous livrons, en nous levant au milieu de la nuit pour bénir le nom de Dieu, Toi cherché le Seigneur, dit-il, au jour de mon affliction, j'ai élevé les mains vers lui, du sein de la nuit cl je n'ai pas été déçu f . C'est particulièrement dans ces heures que nous devons nous mettre en présence ae Dieu..., etc. » Au chapitre suivant traitant de la manière de prendre ses repas : Pour ce qui est des assaisonnements, dit-il, il suffit que les mets que nous prenons soient mangeables , sans qu'ils flattent le goût par leur saveur agréa-

ble. » Et au ch. xiii, employant les paroles de l'Apôtre pour exhorter les solitaires à manger leur pain en travaillant en silence *, il ajoute : Conformément à la peine infligée à Adam, nous ne pouvons manger notre pain sinon à la sueur de notre front ; du moins mangeons-le dans la douleur de notre cœur, dans les larmes de la douleur, si nous ne pouvons le faire à la sueur de notre travail. Suppléons à ce qui manque de ce côté à notre profession, par la piété et la dévotion d'un cœur humble. » Rien de plus clair que ces paroles : notre profession; elles désignent évidemment les chartreux, dont les pères, ces antiques ermites de la Thébaïde, comme il l'explique au commencement du chapitre, travaillaient de leurs mains et nourrissaient les pauvres du fruit de leur travail. Or il donne ce nom de Pères non aux Benoit, aux Bernard, aux Basile ou autres fondateurs de la vie monastique , mais à ceux qui « en » Egypte et dans la Thébaïde, très-ardents » zélateurs de ce genre de vie, ensevelir t> dans la solitude... s'y bâtissaient des cel- » Iules, ou ils s'abritaient contre l'orage et » la pluie, jouissant des délices de la fru- » galité erémitique, et enrichissant les autres » de leur pauvreté. » Voici bien un ermite qui parle à d'autres ermites, un imitateur de ses aïeux cachés jadis dans les déserts et les misérables cabanes de l'Egypte et de la Thébaïde : Guige, le chartreux, et nullement l'abbé Guillaume, à qui tout cela ne convient pas.

8. Si après cela on conservait encore un doute à ce sujet, il devrait disparaître devant ce qu'écrit l'auteur de cet ouvrage au ch. xn. Ayant appris que les nouveaux Char* treux de Mont-Dieu apportaient dans la construction de leurs cellules une somptuosité inconvenante et contraire aux lois de leur institut, il fait tout pour les détourner de leur projet et les ramener à l'antique simplicité et pauvreté de leurs pères. « Voilà, dit- » il , qu'on élève des cellules somptueuses » avec l'argent d'autrui et avec une pompe » que la pudeur repousse. On rejette la » sainte simplicité et rusticité. Nous nous » créons des habitations élégantes comme » plus religieuses ; en quoi nous mettons d tant de compassion pour le côté animal de » la vie que nous sommes devenus presque » tout matériels. Ce modèle de pauvreté que » nos pères nous ont légué en héritage, » cette belle et sainte simplicité, véritable

* Pi. LXZVI 3.

ilITbes&ni,

AVERTISSEMENT DE DOM MASSUET

» ornement de la maison de Dieu, nous l'é- » loignons de nous et de nos cellules, et 9 nous demandons aux mains d'ouvriers » choisis des cellules moins érémitiques 9 qu'aromatiques ; chacune coûte cent sous » d'or, et les aumônes des pauvres servent à » satisfaire la concupiscence de nos yeux. » Ah I Seigdeur, bannissez cet opprobre loin » de vos serviteurs! etc. » Dans ces paroles, tout le monde ne reconnaîtra ni Guillaume, ni Bernard, ni un moine menant la vie commune , genre de vie qui , au lieu de cellule particulière ou isolée, n'admettait qu'un dortoir commun, mais un ermite chartreux, Père général de chartreux, qui déplore de voir ses fils oublieux de la simplicité de leurs devanciers se bâtir des cellules trop somptueuses, contrairement aux règles de l'institut qui prescrivaient d'humbles cabanes. Aussi ajoule-t-il : « Je vous en » conjure, dans le pèlerinage de ce siècle, » dans notre milice sur terre , au lieu de » nous construire des maisons, dressons- » nous des tentes... N'est- il pas facile, à un » solitaire, ne suffit-il pas à la nature, n'est- » il pas utile à la conscience de se dresser » une cellule avec du bois, de l'enduire d'ar- » gil, de se couvrir n'importe comment, et » de se procurer une habitation? Que faut-il » chercher de plus ? Je vous en prie donc, » que ces cellules trop élégantes restent » comme elles sont, mais que le nombre

• n'en augmente pas , et qu'on les réserve » aux frères malades ou faibles jusqu'à ce

• qu'ils soient rétablis... Qu'elles restent » comme un exemple qui apprenne à nos » descendants qu'ayant eu de belles cellules, » vous les avez dédaignées. • De quel droit, je vous prie, Guillaume eût-il ainsi parlé à des étrangers dont le soin ne le regardait pas ^Pourquoi se serait-il ainsi entremis dans une question relative à la discipline des Chartreux? Pourquoi ces efforts pour la réforme de leurs mœurs, puisqu'ils n'étaient passes sujets ? Ils étaient gouvernés par leurs supérieurs propres à qui il appartenait de eorriger les infractions aux règles de l'Ordre. Enfin , l'auteur conclut en rappelant à ses religieux les exemples de leurs pères communs, c'est-à-dire des anciens ermites. Pour vous qui êtes a spirituels, qui, » comme les Hébreux, passez, sans avoir ici- » bas de cité permanente, et marchez à la » recherche de la cité avenir, bâtissez-vous » des cabanes comme vous avez commencé » à le faire ; car vos pères habitaient des ca- » banes. » Quels pères? « Nos pères, ajoute-

» Ml, en Egypte et dans la Thébaïde, très- » ardents zélateurs de cette très-sainte vie, » vivant dans la solitude, se construisaient » des cellules dans lesquelles ils s'abritaient » contre l'orage et la pluie ; ils y goûtaient » les délices de la frugalité érémitique4, et » leur pauvreté devenait la richesse de beau- » coup1, » Dans ces paroles, l'auteur trahît assez l'institut auquel il appartient, institut tout à fait différent de celui de Guillaume, qui ne menait pas la vie érémitique, et n'habitait pas de cellule séparée.

9. Ce qui vient d'être dit suffit pour rendre à Guiges, prieur de la Chartreuse , la lettre aux frères du Mont-Dieu , et restituer à son auteur un bel ouvrage, dont la gloire lui avait été ravie par la maladresse des copistes. Cependant on pourrait élever ici , avec quelque ressemblance, trois objections que nous allons brièvement résoudre ; elles pourraient tromper des esprits inattentifs. La première, qui est la principale, est prise de la préface que Bertrand Tissier a publiée , pour la première fois dans son intégrité (il le croit du moins) au tome IV de sa Bibliothèque cistercienne, et dans laquelle l'auteur enumère les autres ouvrages publtés par lui, et qui sont certainement de l'abbé Guillaume. S'il était constant que cette préface, telle que Tissier l'a donnée, est bien tout entière du même auteur , il serait difficile de résoudre cette difficulté. Mais ce point est loin d'être décidé ; il est plutôt évident que la partie ajoutée par Tissier à cettre préface n'est qu'un lambeau étranger qu'y a cousu une bévue des copistes. En effet, ayant trouvé, comme nous l'avons dit, la lettre aux frères du Mont-Dieu transcrite dans le même manuscrit que les œuvres authentiques de l'abbé Guillaume, ils ont cru tous ces ouvrages du même auteur, et ils ont mis imprudemment en tète une préface commune, amalgame malheureux, et de la préface de Guiges, et de celle que Guillaume avait destinée à figurer au commencement de ses élucubrations. Et la cause de cette méprise, c'est que, dans sa préface, Guiges écrit qu'il a cru devoir dédier à ses frères ce qu'il a fait pour consoler les religieux dont la conscience scrupuleuse était troublée de penséesquisemblaientoffenserlafoi: comme si ce travail constituait un ouvrage différent de la lettre. Les détails dans lesquels l'auteur entre avec tant de soin, au deuxième livre, sur l'âme, ses facultés, ses actes, etc. ,

i L!v. I, oh. xut, n» 3$.

SUR LA LETTRE SUIVANTE

paraissent pourtant bien propret à calmer lel scrupulei de ces frères Inexpérimentés. Mais les copistes ont vu là, et à tort» les opuscules composés par Guillaume» l'un, sous le titre de Miroir de la Foi, l'autre, sous celui d'Enigme de la Foi, et les préfaces de ces deux opuscules, ils les ont cousues maladroitement, avec les paroles de Guiges qu'ils ont altérées ; ce n'est pas une conjecture de notre part. La vérité de cette assertion est établie par tous les exemplaires soit manuscrits, soit édités , et dans lesquels manque le fragment que nous donnons ici :

« Cet opuscule est divisé en deux livres : Au premier, parce qu'il est facile à entendre, J'ai donné le titre de Miroir de la Foi : l'autre contenant en résumé les raisons et la règle de la foi, selon les paroles et le sens des pères catholiques, est un peu plus obscur; — je l'ai intitulé Enigme de la FoL Dans ce travail, j'ai songé à fuir l'oisiveté ennemie de l'âme : (car la vieillesse et les infirmités m'interdisent le travail commun : ce n'est pas que je sois un soldat émérite ; je suis, au contraire, un serviteur lâche et paresseux). Je n'ai pas eu pour but d'instruire les autres, cette tâche ne sied guère aux lèvres d'un pécheur ; elle n'appartient qu'à ceux dont la vie confirme ce que leur parole plante. Le premier de ces opuscules montre le but, le second apprend au lecteur inexpérimenté avec quelle précaution il y faut marcher. C'est l'ordre tracé par le Seigneur lui-même à ses disciples : Vous savez où je vais, et vous connaissez la route *. Ce qui fait dire au Prophète : Les riches du salut sont la sagesse et la science*. Et dans le psaume, il est dit premièrement que le jour parle au jour, ensuite que la nuit révèle la science à la nuit 8 . J'ai encore composé d'autres opuscules : deux traités, le premier sur la contemplation divine , le second sur la nature et la dignité de l'amour; un petit livre sur le sacrement de l'autel ; des méditations utiles pour former à l'oraison les esprits novices: un autre sur le Cantique des Cantiques jusqu'à cet endroit : Après les avoir

un cceur

mon Abai-

peu dépassés, j'ai trouvé celui que

ur aime. J'ai aussi écrit contre Pierre lard qui m'a empêché d'achever l'ouvrage indiqué ci-dessus. Je n'ai pas cru devoir me livrer paisiblement chez moi à ce doux travail, quand lui, l'épée à la main, ravageait sans pitié les frontières de notre foi. Ce que j'ai écrit contre lui, je l'ai puisé aux sources

1 Jean xiv, 4. — « Iule xxxm, 6. — • P8. j, 8, 3. « Oen. xxvn, 17, 18. -» Rom. xh, 17, 18. — » Id, xiv.

des pères» comme dans le commentaire sur l'épltre aux Romains, et dans les autres ouvrages dont je parlerai plus bas, où il n'y a rien ou presque rien de Moi. Mieux vaut donc supprimer ici mon nom, laisser la composition parmi les anonymes, que d'avoir l'air de réunir des productions dont je ne suis pas l'auteur. J'ai tiré des livres de S. Ambroise, tout ce qu'il a dit sur le Cantique des Cantiques, ouvrage remarquable et célèbre. J'ai fait aussi des extraits de S. Grégoire, mais plus étendus que ceux de Bède ; car Bède, vous le savez, a placé ces extraits à la fin de ses œuvres. Les sentences sur la foi que j'ai tirées surtout des livres de S. Augustin, si vous voulez les transcrire, sont fortes et d'un grand poids, et s'harmonisent bien avec l'opuscule que j'ai intitulé: Enigme de la Foi. Il y a encore de moi un autre opuscule sur la nature de l'âme, sous ce nom , Jean à Théophile. Afin d'y traiter de l'homme tout entier (et c'était presque une nécessité), j'ai mis au commencement un mot sur la nature du corps, c'est-à-dire, sur la médecine corporelle ; mais je l'ai emprunté aux livres de ceux que veillent au soin des âmes. Lisez donc tout cela , sinon le commencement, au moins la fin. Car si ces écrits tombent aux mains de ces gens qui, ne faisant rien, déchirent les œuvres d'autrui, je crains bien, en ma qualité de vieillard fatigué, comme il est dit d'Isaac \ fatigué, non des jambes, mais d'esprit, je crains,dis-je, de n'en pas sortir sans blessure. D'ailleurs, si on trouve mes écrits inutiles, que le jugement ou plutôt le conseil de mes amis les condamne aux flammes vengeresses, plutôt que de voir la jalousie et la détraction se déchaîner contre eux. Dieu nous a appelés à la paix ; il faut faire le bien, nonseulement devant lui , mais devant les hommes, afin d'avoir, s'il est possible^ la paix avec tout le monde1. C'est à quoi l'Apôtre nous exhorte, pour éviter de mettre une pierre d'achoppement sous les pieds d'un frère ». Du reste , celui qui ne lira avec un sentiment fraternel, s'il ne trouve en mes œuvres rien qui le console ou l'édifie, n'y rencontrera aucune présomption qui le scandalise ou le blesse. Laissons de côté l'édification. Un ami excusera même sous ce rapport mon insuffisance, et il ne verra pas de mauvais œil ma simplicité, surtout pour la raison que j'ai indiquée plus haut. Je suis étranger à l'éloquence : l'âge et les inflrmi-

cm

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lés ont brisé mes forces; et c'est dans ce travail que j'ai pu trouver un asile contre l'oisiveté, qui, au dire de l'Ecriture, dorme à l'homme tant de mauvaises leçons *. »

Or, ce passage manque dans toute» les éditions antérieures à Tjssier ; il manque dansles manuscrits les plus anciens, et presque contemporains del'autenr, ceux de Pontigny, Charlieu, S. Arnould de Metz, dans l'ancienne traduction française de cet ouvrage, faite il y a 400 ans, et conservée jusqu'à ce jour à la Chartreuse de Mont-Dieu : il manque, en un mot, dans presque tous les manuscrits, à l'exception d'un seul, celui de Signy, dont s'est surtout servi Tissier. Nous n'en connaissons pas d'autre où on le trouve» Mais , jusque dans le manuscrit de Signy, que D. Martène a examiné, avec le soin qui lui est habituel, l'addition faite par un savant asse de fraîche date se trahit ellemême. Elle n'est ni de la même main, ni de la même date que le reste, du manuscrit. L'écriture en est postérieure de cent ans ; le papier est plus court, il n'a pas la même forme. Tout cela est évidemment le fait visible d'un faux érudit plus moderne, qui a voulu attribuer à Guillaume une lettre que ce manuscrit ne lui attribuait qu'obscurément ou ne permettait pas du tout de lui attribuer. En effet, le manuscrit porte en tête : « Ce volume renferme quelques opus- » cules de D. Willelme, abbé de Saint-Thierry. » ensuite moine de Signy. » Puis, en tête dé la lettre aux frères de Mont-Dieu, ce titre : Aux seigneurs et frères H., prieur, etc. W. souhaite un doux repos. Et à la fin du second livre : Ici finit l'opuscule de Dom. W. aux frères de Mont-Dieu. Vient ensuite un opuscule qui commence ainsi : « Il faut » noter qu'il y a deux béatitudes, etc. » C'est le troisième livre de Guiges aux frères de Mont-Dieu, bien que sur la marge du manuscrit une main plus récente ait écrit ; « Sermon de D. Anselme. » Vous voyez ici le nom de l'auteur abrégé, et indique seule ment par les premières lettres. Il n'en es pas de même de celui de Guillaume, placé en toutes lettres en tête des opuscules suivants : « Livre de Willelme, moine de Signy, intitulé : Miroir de la Foi. Extrait des méditations de D. Willelme. Livre de D. Willelme; intitulé : Enigme de la toi : Exposition de D. Willelme sur le Cantique. » Ces exemples établissent clairement ce que nous avons dit, à savoir que l'abréviation du nom de

'Eccli. zxm, 29.

Wigon et sa lettre mêlée aux œuvres de Guillaume ont été l'obstacle où s'est heurtée l'irréflexion des copistes.

10. Il ne faut pas omettre ici que dans un exemplaire de Charlieu, qui date d'environ cinq cents ans, différent de celui dont on a parlé plus haut, on rencontre la lettre aux frères du Mont-Dieu, sous le nom de S. Bernard, mais sans aucune préface. Le livre troisième, écrit de la même main, est attribué à l'archevêque Anselme. Or, la préface, avec son addition, telle que l'a éditée Tissier, et aorès lui, M ab il Ion, est placée après la lettre avec ce titre : Prologue des livres suivants de D. Willelme, adressé aux frères du Mont-Dieu : aux seigneurs et frères H, prieur, et H., frère W. Suivent deux livres de l'abbé Guillaume, le Miroir de la Foi et l'Enigme de la Foi. Le copiste a si bien vu que toute cette préface, éditée par Tissier, n'allait ni à la lettre, ni au but de l'auteur, que Tayant trouvée tout entière dans le manuscrit qu'il transcrivait, et n'en pouvant distinguer la partie authentique de la partie supposée, par un excès contraire, a préféré la mettre en tête des ouvrages de Guillaume avec lesquels elle s'arrageait en partie.

11. On pourrait encore objecter le manuscrit de Saint-Thierry, près de Reims, qu'a vu Marlot, où sont énumérés les ouvrages de l'abbé Guillaume, et, parmi ces ouvrages, les opuscules sur la vie solitaire, adressés par lui aux frères du Mont-Dieu. Mais il est récent, et le caractère de l'écriture, au juge* ment de Martène, ne permet guères de le faire remontrer au-delà de trois cents ans. Il n'a pas l'autorité des manuscrits de Pontigny, de Charlieu, bien plus anciens. Il faut porter le même jugement sur la vie du même Guillaume dans le manuscrit de Rcuil, qui lui attribue la lettre aux frères de Mont-Dieu : cette vie n'est pas d'un contemporain , elle est d'un écrivain bien postérieur.

12. Enfin, la troisième difficulté vient de la liste des prieurs de Mont-Dieu, dressée par le vénérable P. François Gagneron, moine de cette Chartreuse. 11 indique comme premier prieur, Geoffroi qui aurait eu pour successeur H ai mon, à qui la lettre est adressée : à Haimon, aurait succédé Gervais, etc. Or, Guige, étant mort en 1137, n'a pu écrire cette lettre à Haimon, qui n'est devenu prieur qu'en 1141. Mais cette difficulté, si c'en est une, existe aussi si on suit l'opinion qui attribue la lettre à Guillaume. En effet, de la lecture du ch. xu du livre Ier, il résulte net-

SUR LA LETTRE SUIVANTE

e ment que cette lettre a été écrite aux comme ncents de la Chartreuse de Mont-Dieu, alors que ces Chartreux, oubliant les exemples qu'ils avaient trouvés à la grande Chartreuse (l'auteur fait une allusion évidente), se bâtissaient des cellules d'une somptuosité contraire à la simplicité érémitique. Elle fu) donc écrite environ vers 1135, et certainement avant 1137, date d'un acte d'Odon abbé de Saint-Kemi, dans lequel il ne dit pas seulement qu'il a fondé et doté la Chartreuse de Mont-Dieu, mais qu'il a construit un couvent dans le lieu appelé Mont-Dieu. « Ledit couvent et tout ce que notre Eglise possède autour, nous l'avons donné avec joie et affranchi de tout sens et redevance. » Le couvent était donc déjà bâti et achevé avec des cellules sufOsantes pour le nombre des moines. Cependant, en cette année, Haimon n'était pas encore prieur, s'il faut en croire la liste de Gagneron. Gagneron place le commencement de ce priorat en 1144, sans apporter de preuve à l'appui de son sentiment, et il ne reste à la Chartreuse de Mont-Dieu aucun monument qui puisse l'appuyer; c'est l'aveu des Chartreux eux-mêmes interrogés par D. Martène. Dans le nécrologe de cette maison, qui date à peu près de cent ans, Geoffroi est appelé premier prieur. Mais, outre que l'autorité d'une pièce si récente est de peu de valeur, Geoffroi a pu n'exercer ses fonctions que quelques mois, et lui mort, Haimon lui être immédiatement substitué. Le manuscrit de Pontigny qui date de 1156, c'est-à-dire, de quelques années après la mort de Guiges, et qui porte en tête les noms de Guiges et d'Haimon, doit l'emporter sur le sentiment de Gagneron qu'il n'a appuyé d'aucune preuve.

13. Que la lettre aux frères de Mont-Dieu reste donc l'œuvre de Guiges, cinquième prieur delà grande Chartreuse. Or, comme

elle a été écrite pendant la construction de la Chartreuse de Mont-Dieu, ainsi que nous l'avons dit, et avant la mort de Guiges arrivée en 1137, elle a dû être composée vers 1135 ou l'année suivante. Nous la publions ici telle qu'on la trouve dans les manuscrits, divisée en trois livres, revue et corrigée surtout d'après le manuscrit de Pontigny. Le livre troisième n'a pas encore été publié, bien'qu'on le trouve aussi dans l'exemplaire de Signy. Mais après l'addition faite à la préface et où tout le monde a lu que l'opuscule se divise en deux livres, trompé par ces paroles, le manuscrit de Signy a cru que l'opuscule de Guiges était renfermé dans ces deux livres; c'est pour cela qu'à la fin du livre second on lit, écrit d'une autre main et d'une autre encre, dans l'espace étroit qui sépare le livre deuxième du troisième : a fin de l'opuscule de D. W. aux frères de Mont- Dieu » et à la marge du troisième livre : «Sermon de D. Anselme:»et pourtant ce livre ne respire ni le génie, ni le style d'Anselme, et personne ne l'a jamais rangé parmi ses écrits. Il est résulté de là que les manuscrits pris sur celui de Signy ont omis le troisième livre comme étant d'un autre auteur.Cepenpendant, il est évident pour tout homme réfléchi, soit par les manuscrits cités plus haut, soit par la lecture du livre, par ses analogies avec ce qui précède, par la suite du contexte, qu'il est du même auteur.

14 Bien que cette lettre soit regardée comme un parfait modèle de la vie monastique par ceux qui excellent dans ce genre de vie, Jean Gerson, dans son sermon sur la cène du Seigneur, avertit pourtant le lecteur que sur cette matière, à savoir sur l'union des parfaits avec Dieu, il lise avec précaution saint Bernard dans sa lettre aux frères du Mont-Dieu, au livre second(ch. m, n°16): où vous voyez qu'alors cette lettre était déjà partagée en deux livres au moins.

LETTRE OU TRAITÉ DE GUIGES

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