‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 118 sur 179 · U DOUX HEPOS DE LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

U DOUX HEPOS DE LA SOLITUDE

I . Je blesse peut-être la pudeur et la bienléance en osant yous parler, 6 mes très-chers frères en Jésus-Christ, mais je ne puis me taire, Dieu le sait. Pardonnez-moi : c'est sa charité qui dilate mon cœur. Ouvrez aussi le vôtre pour m'y recevoir, car je suis totalement à vous en celui dans les entrailles duquel nous nous aimons mutuellement.

Aussi, depuis que je vous ai quittés, j'ai voulu consacrer le fruit de mes modestes travaux non pas à vous, mais à mon frère Etienne et aux jeunes religieux ses compagnons, et aux novices qui viennent à vous, et qui n'ont d'autre maître que Dieu seul. Qu'ils aient cet écrit, qu'ils le lisent ; peutêtre y trouveront-ils de quoi édifier leur solitude et soutenir leurs résolutions. Je vous oflre tout ce que je puis, ma bonne volonté, et je vous la redemande avec tous ses fruits. David plut à Dieu en dansant devant l'arche !, moins pour sa danse même que pour son zèle, et la femme qui oignit les pieds du Seigneur fut louée de Jésus-Christ, non pour cette onction, mais pour son amour* : eUe fut justifiée pour avoir fait ce qu'elle pouvait.

» II Roifl VI, 14, 29. — • LOO vu, 37, 48.

2. J'ai cru aussi devoir vous dédier un autre opuscule que j'ai été obligé de composer pour consoler et aftermir la foi de certains religieux dans une occasion plus pénible que dangereuse pour eux ; leur tristesse d'ordinaire m'est une joie si je puis les voir plongés dans l'affliction. Car la grandeur non seulement de leur foi, mais de leur charité, leur inspire une si vive aversion pour tout ce qui semble contraire à la foi, que la moindre tentation ou la moindre pensée de cette nature soulevée en eux par l'esprit de blasphème ou par la sensibilité charnelle les alarme, et ils se croient coupables pour avoir écouté ou simplement souffert .ces choses : ils gémissent, ils pleurent, comme s'ils étaient réprouvés dans leur foi. Sortis des ténèbres du siècle pour entrer dans les exercices d'une vie plus pure ils éprouvent les impressions de ceux qui après une longue obscurité aperçoivent tout à coup le soleil. Et comme les yeux de ces derniers sont blessés par les flots de lumière qui les inondent subitement, ainsi les rayons de la foi éblouissent si bien les premiers qu'ils sont incapables de supporter les rayons d'une lumière nouvelle pour eux, jusqu'à ce que l'habitude la leur fasse aimer.

LETTRE OU TRAITÉ DE f.UlGES

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