CHAPITRE VI
Dieu a donné à Vhomme une intelligence capable et entendre les sciences et les arts: bon et mauvais usage qu'on en fait.
15. Mais aux confins de la partie animale et de la raison, Dieu a placé l'intelligence et le génie naturel, et dans cette puissance naturelle il a conféré à l'homme l'empire sur tous les ouvrages de ses mains; \\ a mis à ses pieds tout le monde visible, montrant ainsi à l'animal superbe la pertç qu'il a faite de
sa dignité naturelle et do la ressemblance divine, en aidant l'homme simple et humble à recouvrer cette dignité et à garder cette ressemblance. C'est par cette faculté que nous connaissons de Dieu ce qu'on en connaît naturellement1. C'est elle qui nous montre le Créateur dans la création, elle qui connaît la justice de Dieu, et nous apprend que ceux qui font bien méritent la vie éternelle, et que ceux qui font mal sont dignes de mort. Ces créatures qui d'elles-mêmes servent l'homme et se prêtent à ses besoins, elle les contraint encore à de vaines nécessités nées du péché; elle les plie à ses caprices et à ses passions. Par elle, les bons et les méchants ont fait et font encore tous les jours tant de choses nécessaires à la vie, utiles à la vertu et au vice et belles dans leur genre. Par elle enfin on a trouvé mille découvertes nouvelles dans les lettres, les métiers, les constructions. De là sont nées tant d'études, de professions, d'habiletés; les sciences, les arts, l'éloquence, cette variété infinie de fonctions et d'offices, ces ressources innombrables dont les sages du monde, aussi bien que les enfants de Dieu, dans leur simplicité usent également pour les exigences et l'utilité de la vie. Les premiers en abusent pour contenter leur curiosité, leur plaisir, leur orgueil ; les seconds ne s'en servent que pour la nécessité ; ils mettent ailleurs leur bonheur. Aussi, les uns étant esclaves de leurs sens et de leur corps, récoltent les fruits de la chair, la fornication, l'impureté, l'orgueil, l'impudicité, les haines, les querelles, les jalousies, les inimitiés, l'envie, l'intempérance, l'ivresse et les autres vices qui écartent du royaume de Dieu ceux qui s'y livrent, tandis que les autres recueilleut les fruits de l'esprit à savoir : la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la longanimité, la bonté, la douceur, la foi» la modestie, la continence, la chasteté' et la piété qui a les promesses de la vie présente et celles de la vie future*.
16. Lorsque ces deux sortes do personnes agissent, les hommes voient des actions toutes semblables» mais Dieu sait discerner les volontés et les intentions. Et lorsque ces personne* rentrent en elles-même?, chacune trouve que sa conscience la nourrit de* fruits de ses désirs. Cependant elles ne rentrent pas en elles-mêmes avec les mâjnes dispQ? sitions, car pour rentrer ave: plfûsir en soimême après ration, U faut en être wrti
1 Gin., m, 16.
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AU* FRERES PU MONT-WEU
avec une intention pure. Rentrer en soi sans avoir surmonté ki concupiscence, c'est trouver qu'elle nous cause ou des jouissances vives, ou de$ remords cruels, et c'est le principe qe pensées bien différentes. Mais celui qui a vaincu la concupiscence, sans avoir encore l*esprit plein d'une autre concupiscence plus grande, celle du bien véritable, ou d'un plaisir plus vif, souffre les images des choses qu'il a faites, vues, ou entendues, avec une complaisance qui lui est odieuse. C'est pourquoi dans les deux cas ses reins sont remplis d'illusions, la lumière <}e ses yeux lui fait défaut, lorsqu'il veut penser aux choses divines ou spirituelles ; et en luttant ainsi contre ses désirs, il est en butte aux peines et aux difficultés, parée qu'il ne peut encore remporter sur ses affections une victoire parfaite. Mais celui qui aspire après la liberté est incapable de se débarrasser de l'obsession (les imaginations engendrées par les affections, images ou dangereuses ou oiseuses qui embarrassent l'esprit. De là durant la psalmodie, la prière ou les autres exercices spirituels, ces imaginations qui trouhlent malgré lui le serviteur de Dieu, ces fantômes, ces pensées qui l'assiègent malgré ses résistances, qui se posent sur lui, f oient autour de lui comme des oisaaux m purs, et enlèvent de ses mains le pieux sacrifice qu'il offre à Dieu, ou qui le souillent it le corrompent jusqu'à lui faire verser des larmes. Aussi l'âme endure une malheureuse et triste division, puisque d'un côté l'esprit et la raison s'efforcent de maintenir dans 1$ cœur des intentions termes, dans le corps une obéissance prompts, tandis que la partie animale prévient la sentiment et l'intelligence, de sorte que } arae reste (a plupart dp temps stérile, Pe là dans les esprits faibles qui n'ont pas encore mortifié en eqx les affections charnelles et mondaines, des curiosités dangereuses. De là, pour se désepr nuyer de la solitucje et dp silence, cette avidité de consolations déréglées et contraires à nnç profession sainte. En dehors de la route royale des obligations communes, la volonté propre poursuit des sentiers dérobés : elle prend en dégoût les choses ordinaires : il lui faut du nouveau ; ces nouveautés apaisant un moment l'inquiétude, et les démangeaisons d'un esprit malade, réchauffent et l'enflamment, et pe font qu'accroître ses ardeur* et le prurit qui le torture. Pe là aussi ces changer ipepts Journaliers d'occupations, de travaux , d'qxerqcpSjdP lectures destinées pipjps à édifier qu'à tromper l'ennui et la lenteur du
tçmps. Et qqapçj lç fqljfcpre 4é$oûté 4e $ef occupations anciennes et habituelles n'en pourra plus trouver de nouvelles, il ne lui restera plus cju'à haïr sa cellule et à la déserter au plus vite.
47. C'est pourquoi l'homme pieux et simple récemment entré dans la vie religieuse et solitaire, qui n'a encore pi la raison pour le guider, ni l'affection pour l'attirer, ni la discrétion pour le régler, mçtis que de fortes inclinations attachent % lui-même., doit se laisser manier, conformément à la loi de Dieu, par une piain étrangère, façonner en toute patience, tourner sur la roue de l'obéissance, cuire au feu de l'épreuve, assujettir à la volonté et au gré de l'ouvrier chargé du soin de le former. Car, quels que soient son habileté, ses talents, la supériorité do son intelligence, tout cela sert d'instrument autant au vice qu'à la vertu. Qu'il ne trouve donc pas mauvais qu'on lui apprenne à taire un bon emploi d'une chose dont il pourrait mal user : c'est là l'œuvre de la vertu. Que l'esprit l'aide à assouplir te corps, la science à former la nature, l'intelligence à rendre le cœur docile au lieu de l'enfler. Car esprit, science, intelligence sont des dons gratuits. Il n'en est pas de même de la vertu. On ne peut l'apprendre que par l'humilité, la chercher que par le travail, la posséder qu'avec amour. Elle mérite bien qu'on fasse tout cela pour elle, et la connaître : sa recherche et su possession sont à ce prix.